31.5.03

Survivor
Bon, d'accord, je retire ce que j'ai dit à propos de Chuck Pahlaniuk récemment. Je viens de lire Survivor, son deuxième roman, et celui-là est très bien, je l'ai aimé plus que Choke, peut-être bien. C'est du Pahlaniuk à son meilleur, encore tout un mélange d'idées tordues : le héros est le dernier survivant d'une secte semblable aux Amish qui se sont tous suicidés, sa copine a des rêves précognitifs, il a une fausse ligne de téléphone anti-suicide (et répond «Kill yourself» à ceux qui demandent de l'aide), il finit par devenir une superstar médiatique... et le style est drôle, mordant, plein de punch. J'apprécie aussi la force de son écriture minimaliste, voire télégraphique, et son usage des répétitions. Ceux qui ont aimé Fight Club (le film ou le livre) devraient se précipiter là-dessus.


Réveil
Je suis en train de me faire avoir. Déprimer parce que je n'arrive pas à trouver une job d'été. Me sentir diminué, inutile, bon à rien, juste pour ça. Mais voyons, qu'est-ce qui m'arrive? Depuis quand «avoir un travail» est-il si important pour mon amour propre, depuis quand ai-je besoin de cela pour savoir quoi faire de mes journées? Ce que je suis en tant qu'être humain n'a rien à voir avec mon «potentiel commercial». Le seul argent dont j'ai besoin véritablement, c'est pour manger et payer le loyer, et de ce côté ça va. Si je trouve un travail, tant mieux, mais ça ne doit pas devenir une obsession. Ça ne doit jamais devenir prioritaire, ni important. Ce n'est pas important. Faire des recherches quelques heures par jour devrait suffire, on verra bien. Et le reste du temps, je peux en profiter pour vivre sans que ça ne me coute rien, sans me sentir mal ou coupable. Bordel de pression stupide que je me mets sur les épaules. J'ai bien failli me faire avoir.


30.5.03

Beurk
Se chercher une travail est pénible et humiliant. On dirait que je n’ai aucune compétence. «Ah, t’as pas d’expérience». Non. Pas d’expérience. Pas de vie. Je n’ai jamais rien fait et je ne sais rien faire. D’utile en tout cas. Tout est complet, on n’a pas besoin de moi. Aussi bien jeter mes CVs dans l’égout. Et pendant ce temps, le compteur descend sans arrêt. Le frigidaire est vide, le garde-manger aussi. Je bois de l’eau dégueulasse du robinet. J’attends d’être malade pour être exempté de tout cela, peut-être. Je sais pas.

Quand je serai grand, je veux être rentier.


29.5.03

Je m’ennuie
Je constate l’installation d’un fort état dépressif. Je constate aussi une forte envie de décrire les causes, ou du moins l’atmosphère, de cet état dépressif. Et puis je repense à mes critiques contre le narcissisme des blogs et je n’ose plus. Mais je me dis que Narcisse, c’est celui qui est fasciné par sa propre image, c’est celui qui s’aime. Or, en ce moment, je ne suis pas particulièrement fasciné par mon image. Je n’ai pas envie de me mirer dedans. Juste de la donner à quelqu’un. N’importe qui. Pas quelqu'un en particulier, le plus d'inconnus possible. Pour diviser l'image en le plus de pièces possibles. Pour alléger le poids sur mes épaules.


28.5.03

Note de lecture
« Le monde du relativisme, le monde où plus personne ne doit prendre position, mais respecter les autres. (...) Quand toutes les valeurs se valent, sous prétexte que les ordonner rationnellement est ridicule, réactionnaire et dépassé, les valeurs du plus fort sont toujours les meilleures. » (Jean-François Chassay, L'angle mort, p.313)


Marie-Sissi Labrèche
Interview très intéressant avec la très jolie écrivaine et très talentueuse Marie-Sissi Labrèche sur le site culturel de radio-canada. Interview vidéo, en plus. Elle parle de ses influences là-dessus, ce qui m'a fait penser que son livre Borderline à justement une de mes influences. Ça m'avait cogné solide, ce livre, je m'en souviens encore.


26.5.03

Un pouème!
La bête asphyxie
Nécrose
Abattue écrasée de force
Sous pellicule plastique
Soulever les quatre coins pour évacuer la vapeur
Brûlante
Les croûtes noircies circonscrivent
Les parois du compartiment
Cubique
En plastique
Filament visqueux
Sanglants brûlés
Pas mangeable

(Instruction pour lasagne au micro-onde)


Mon roman
Terminé. J'imprime actuellement la première copie du manuscrit, pour l'envoyer aux éditeurs. Demain j'achète le papier, les enveloppes et les timbres, et j'expédie le tout!

C'est un peu plate d'avoir déjà terminé, par contre. J'aimais bien ça, écrire un livre, moi. Je vais en commencer un autre, tiens...


25.5.03

Contre le matérialisme
Depuis longtemps j'essaie de résoudre un problème : comment me débarasser du matérialisme (croire que la matière précède l'esprit)? Je traine cette philosophie comme un boulet, voire une tare : je sais que c'est dû à mes études précédentes en science. Je n'arrivait pas à en sortir.

Voilà que Schopenhauer vient de me rendre un sérieux coup de main. Sa critique du matérialisme est exactement ce que je cherchais. Voilà l'argument qu'il m'a fourni : je croyais que la pensée était causée par la matière. Que la conscience était un effet dont la cause est le cerveau. Le problème, c'est que la matière, pour exister dans ma conscience, n'existe que comme représentation, et la causalité est une forme a priori de l'entendement. Je cherche la conscience dans la matière, mais la matière existe dans la conscience! Cercle-vicieux!

Réfléchir en matérialiste signifie croire que la matière existe avant nous, comme point de départ. Mais je ne me rendais pas compte que pour que je puisse croire à la matière, il fallait d'abord que ma conscience organise sa forme à travers les catégories d'espace, de temps, de causalité. Sans cela, je ne pourrais pas penser la matière. D'ailleurs, penser la matière en dehors de ces catégories est impossible.

Il m'arrive de tenter de penser le monde "en dehors de toute perception", avant l'apparition de la vie par exemple. Mais aussitôt, j'imagine une planète déserte, un océan primordial balayé par les vents, et les années qui passent lentement... J'imagine de l'espace, du temps, une activité, des causes, des effets... Je ne peux l'imaginer qu'à travers les catégories de l'entendement. On ne peut pas imaginer un monde vu "à travers la conscience d'une non-conscience". Impensable!

De ce point de vue, la matière n'existe pas si il n'y a pas de conscience pour la percevoir. Exister, dans le sens d'être-là... et bien quelque chose est là seulement comme représentation, dans une conscience. Donc matière = représentation. Ce que le monde est vraiment en dehors d'une conscience, ce n'est pas de la matière telle que nous la connaissons, c'est la chose en soi, c'est quelque chose de totalement inconnaissable...

Les scientifiques s'occupent du monde objectif, de la matière, mais parfois perdent de vue que l'objet n'existe pas sans sujet pour la percevoir. L'objet n'est pas "la réalité", l'objet est la représentation que nous nous en faisons. Représentation ne signifie pas seulement image floue. C'est la réalité telle qu'elle nous apparait, dans toute sa solidité.
La science est matérialiste, c'est parfait, mais si je veux faire de la philosophie, je ne dois pas en rester là.

Schopenhauer dit : "A cette observation que la pensée est une modification de la matière, il sera toujours permis d'opposer l'affirmation contraire, que la matière est un simple mode du sujet pensant, autrement dit pure représentation".

D'accord, je me débarasse enfin du matérialisme comme point de départ. Il était temps! Je ne bascule pas pour autant dans l'idéalisme, position que je combat depuis longtemps; la vérité doit être ailleurs. Plus loin encore...

Finalement quand le Mérovingien dans Matrix Reloaded disait que la loi universelle de l'univers est la causalité, il ne parlait que du monde de la représentation. (On peut remercier le courrant cyberpunk pour ramener les questions métaphysiques à l'avant-plan)


Inversion
Dans un sordide snack-bar de Longueuil, hier avec 42, nous regardont le journal de Montréal. L'article dit : "Une étude montre que ceux qui écoutent Metallica ont plus de chance de développer des tendances dépressives que ceux qui écoutent Britney Spears". Est-ce qu'on inverserait pas la causalité ici? Ce n'est pas Metallica qui cause la déprime, c'est que ceux qui ont déjà des tendances plus sombres préfèrent écouter du métal plutôt que du pop bonbon, il me semble que c'est évident...

Je vois souvent ce genre de "révélations" à la suite de recherche scientifique : on constate que le résultat était prévu d'avance, et que la divulgation des résultat à une visée moralisatrice. Quel gaspillage de ressources scientifiques!

Et je repense à Michael Moore à la fin de Bowling for Columbine : la dernière chose que les jeunes de Littleton ont faite, avant leur tuerie, c'est d'aller jouer aux quilles. Pourquoi les quilles ne seraient pas responsable, plutôt que les jeux vidéos ou Marylin Manson? Hmm? C'est la faute au bowling! C'est la faute à Metallica!

Et bien je tiens à dire que si un jour je pète une coche, la responsabilité devra être entièrement imputée à Céline Dion. I kill for you, baby!


24.5.03

Théorie
Récit mythique/épique : personnage sans intériorité, sans psychologie. Focus sur l'action des personnages.
Récit moderne (et surtout post-moderne) : que de l'interiorité. Focus sur les pensées et les émotions des personnages.

Snobisme chez les partisans des deux côtés.


Déception
J. disait à propos d'un film : "J'ai été déçu". J'ai pensé à l'usage que je fais du mot "déception"; je ne l'emploie jamais. Surtout pas pour des films. Est-ce vraiment parce que je n'ai plus d'attentes envers rien? Pourtant, non, j'attends encore des films. J'avais bien hâte de le voir, le nouveau Matrix. Mais peut-être que j'ai appris avec le temps à apprécier ce qu'on me donne à voir, simplement.

Je ne sais pas, il me semble qu'il y a quelque chose d'égoïste lorsqu'on dit qu'un film nous a déçu. Comme si les réalisateurs nous devaient quelque chose, devaient calibrer le film en fonction de nos goûts précis. Dès que quelque chose nous déplaît, nous pleurnichons. C'est automatiquement dans le film que ça ne va pas. Oh! Nos petits goûts fragiles ont été heurtés! Méchant réalisateur! Il doit y avoir un défaut dans le film! On dirait que certains entrent au cinéma avec l'attitude "C'est mieux d'être bon, sinon je vais chialer". Un bon film devient un film qui n'a pas gaffé, qui ne nous a pas déçu. Fiou! Le film était bon!

Avez-vous pensé à quel point le cinéma a progressé? À quel point les mondes merveilleux qu'il nous montre aujourd'hui sont à des années lumières de ce qui était possible il y a seulement quelques années? C'est absolument sidérant ce qui est possible de créer, de nos jours. Et pourtant, les foules sont de plus en plus difficiles à contenter.

Je pense que le public, du cinéma surtout, est devenu blasé. De vrais enfants gâtés. Ils ont trop vus d'effets spéciaux, plus rien ne peut les impressionner. Les électrochocs pour les rejoindre deviennent de plus en plus brutaux, et évidemment, comme ils sont habitués à de fortes doses, ils ne réagissent plus. Il n'y a plus de magie du cinéma, seulement des films qui "sont mieux d'être bons parce que j'ai payé 12,95$".

Comment j'ai fait, moi, pour garder intact ma capacité d'émerveillement? Comment je fait pour redevenir un enfant chaque fois que j'entre dans une salle de cinéma? Pourquoi la magie agit encore? Pourquoi je suis encore impressionné? Je ne sais pas vraiment... mais moi, quand je vais au cinéma, je me laisse embarquer. Je laisse le cinéaste raconter son histoire; c'est lui qui mène. Je ne suis pas là pour lui dire quoi faire. Je ne suis pas là à attendre qu'il satisfasse mes moindre désirs narcissiques. Le cinéaste est un créateur, j'entre dans son oeuvre ou non, mais l'oeuvre, elle, reste intacte, reste toujours hors de moi. C'est l'oeuvre de quelqu'un d'autre. Si j'entre, elle devient un peu la mienne, sinon, non; et ce n'est pas grave.

Les frustrés qui disent "moi j'aurais fait ça autrement, j'aurais fait bien mieux" devraient s'acheter une caméra et faire mieux. La seule critique valable d'une oeuvre est une autre oeuvre. Je me demande si ces critiques ne sont pas une attitude de créateur frustré, manqué. De désir de création atrophié, jamais satisfait.

Créer à aussi cet effet là; nous libérer de la pulsion de vouloir que les oeuvres des autres se plient à nos exigences. L'oeuvre qui correspond parfaitement à mes goûts, c'est celle que je crée. Alors je ne l'attends pas de la part des autres, et je peux apprécier leurs oeuvres pour ce qu'elles sont. C'est peut-être une sorte de sérénité que nous apporte la création.

Ça fait du bien de se prendre pour un démiurge. Toutes sortes d'effets positifs.


22.5.03

Semaine de divertissement hétéroclite à Montréal

Lu Les septs jours du talion de Patrick Sénécal, notre Stephen King québécois. Quand on a lu des tonnes d'oeuvres plus "littéraire" juste avant, c'est un peu déroutant de trouver une prose aussi... banale, mais très vite je me suis laissé prendre par le suspense. Il y a quelque chose que j'admire vraiment dans les romans "noirs", même si j'en lis peu : la structure. L'histoire est toujours structurée de façon précise, les informations révèlées juste au bon moment... il y a une sorte d'architecture presque mathématique à l'oeuvre, tout doit être solide, en béton... un peu comme des théories philosophiques, en fait. Autant je peu aimer les histoires à la structure éclatée et déconstruite, autant je peu admirer une histoire bien orchestrée. Un jour j'écrirai bien une véritable intrigue, moi aussi.

Le roman a une dimension de plus que les précédents : l'éthique. Plutôt que d'avoir affaire à un simple tueur en série maboul, nous avons ici un homme dont la petite fille à été violée, et qui cherche à se venger du violeur en le torturant pendant sept jours, puis en le tuant. Est-il justifié dans ce geste? Est-ce qu'un tel geste est compréhensible? Dans la même situation, est-ce que nous ferions la même chose? Ces questions ajoutent beaucoup au livre. Du moins, pour des obsédés de philo.

Parlant de Sénécal, l'adaptation au cinéma de Sur le seuil s'en vient, j'ai vu les trailers en salle récemment. Ça me semble pas mal du tout; attendont de voir.

Puisque nous sommes au cinéma... j'ai bu Matrix Reloaded, bien sûr! Je me suis follement amusé! Comment faire autrement, à moins d'être sérieusement blasé! J'ai aimé les monologues philosophiques, et j'aimerais encore mieux pouvoir les relire pour déterminer si c'était n'importe quoi ou si ça se tenait. Au premier survol, ça me semblait solide... si je me souviens bien, il était question que la causalité est la loi universelle de l'univers, qu'il n'y a pas de liberté, sauf la possibilité de connaître le "pourquoi" des causes qui nous déterminent. Mais j'ai peut-être halluciné mes propres théories à travers le mumbo-jumbo, ça allait tellement vite...

J'aimerais bien avoir une soutane comme Neo, par contre.

Après ça... films québécois... Vu Le déclin de l'empire américain + Les invasions barbares, qui fait fureur à Cannes en ce moment. Thumbs up! Et puis aussi, j'ai lu quelques albums du Scrameustache, l'une de mes séries de BD préférées quand j'étais jeune. Comment un auteur peut passer sa vie dans le même univers? Le Scrameustache, comme les Simpsons, est coincé dans un vortex temporel; le temps ne passe pas. Personne ne vieilli, le style de dessin reste toujours le même. Cette vieille convention narrative semble être passée de mode, à part pour quelques rescapés comme James Bond. Comment un créateur peut passer sa vie à recycler des personnages immortels? Là est la question.

Et puis le nouvel album d'Enki Bilal s'en vient, la suite du sommeil du monstre, hâte de voir ça.

J'ai aussi commencé Invisible Monsters de Chuck Pahlaniuk, mais je l'ai mis de côté... Est-ce que je suis le seul à trouver que ses livres se ressemblent peut-être un peu trop? Son style est fort, bien sûr, mais le mannequin défiguré et ce bouquin parle exactement comme Tyler Durden, impossible d'imaginer qu'une femme puisse parler ainsi. Je ne sais pas tellement pourquoi, mais je n'accroche plus...

Et ça conclut cette chronique batarde.


19.5.03

Réconciliation
La laideur de Montréal me paraissait superbe aujourd'hui... Me promener durant ce superbe après-midi d'été sur St-Denis et St-Laurent à suffit à me réconcilier avec notre métropole. J'ai envie de retirer tout ce que j'ai pu dire de mal à propos de Montréal, peut-être même écrire par dessus. Et j'ai même trouvé la nouvelle édition Quadrige du Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer. Yatta!


18.5.03

Individualisme et blogs
(Retour sur L’ère du vide, Gilles Lipovetsky + Conversation sur le balcon avec C.)

L’individualisme contemporain, narcissique et hédoniste, est le stade ultime de la démocratie. Lorsque tout le monde devient égal, il y a une baisse de l’intérêt envers les autres. Les autres ne sont plus ni supérieurs ni inférieurs, ne peuvent plus nous opprimer ni être opprimés. Comme chacun peut se développer une personnalité à sa guise, les autres paraissent de plus en plus étranges.

Il ne reste plus rien qu’à se replier sur soi. Chaque indivu claquemuré dans son alvéole dans la grande ville; par mesure de protection, il faut apprendre à ignorer ses voisins, il faut fermer les fenêtres et barrer les portes. Et s’occuper exclusivement de son épanouissement personnel. Plus personne ne s’intéresse à la vie des gens qui les entoures, leurs voisins, leur famille, leurs amis. Chaque individu n’est plus intéressé que par sa propre vie : arrive l’époque du blog, où les ego narcissique peuvent se déverser en toute liberté sur le réseau.

Et ici, un paradoxe qui n’en est pas un : ces individus qui ne sont plus intéressés par leurs voisins sont pourtant très intéressés à lire la vie des autres, sur leurs blogs. Pourquoi? Parce qu’ils se retrouvent ailleurs – reconnaissance de l’ego dans celui d’un autre. Nous ne lisons que les bloggeurs qui nous ressemblent, qui nous rejoignent. Narcisse regarde dans l’eau du réseau, jusqu’à ce qu’il y a trouve un reflet. Plutôt que d’affronter l’étrangeté et la différence d’un voisin inconnu, il est plus rassurant de se reconnaître dans la personnalité d’un bloggeur qu’on lit. Et c’est une relation hygénique, propre – sans contact, à distance.

L'ère de la «communication», l'ère de narcisse hypnotisé par un reflet qu'il croit le sien.


Microserfs
Je lis Microserfs de Douglas Coupland. Sympathique. Je reconnais la mentalité geek; et je remarque à quel point, finalement, je suis différent. Même rétrospectivement. J’ai peut-être eu l’air d’un semi-geek dans le passé, mais maintenant que j’en connais de véritables, je vois à quel point je diffère. L’informatique n’est pas mon monde.

Rapide analyse psychologique (récente lecture oblige) : les geeks typiques décrits dans le livre de Coupland perçoivent aussi le monde sous le mode intuitif : ils tirent des théories abstraites de tout ce qui les entourent. De ce côté, je suis semblable. Mais ils analysent leurs intuitions d’un point de vue logique, scientifique, impersonnel. Par exemple le personnage calcule la biomasse du campus de Microsoft, végétaux et humains compris. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de réfléchir de la sorte. Pour moi, c’est presque une réflexion robotique, une réflexion de machine. L’humain est toujours présent dans mes réflexions. Juste à voir ce qui m’intéresse : c’est un livre qui parle de technologie, et qu’est-ce que fais? J’analyse les personnages.

Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment vivent et pensent les geeks. Et Coupland est très fidèle à la réalité. Ça me fait sourire. Parce que plusieurs de mes amis en sont. De purs techies.

De mon côté, mon ordinateur n’est plus un pentium III, 933mhz, 256 megs de RAM, disque dur 40 gigs. Ce n’est qu’une boite beige qui respire un peu trop fort, et je la garderai tant qu’elle me permettra d’écrire, d’écouter mes mp3 et ma collection d’épisodes des Simpsons (complétée; 310+ épisodes). Et puis, comme les geeks, j’aime bien la science-fiction, mais donnez-moi Star Wars plutôt que Star Trek, Philip K Dick et Ursula K LeGuin plutôt que Asimov ou Clarke ou (gasp!) Gibson.

J'ai fait la paix avec les machines, je crois. Je ne penserai pas contre elles. Je ne pense pas qu'on puisse s'en débarasser de sitôt, de toute façon. Elles sont là pour rester; aussi bien faire avec. Bref, longue vie aux geeks.


14.5.03

Préférence stylistique
Je viens de terminer Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel, j’ai beaucoup aimé, c’est fort et touchant (l’histoire d’un adolescent en train de mourir du cancer). Le style est lyrique; j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de comparaisons; et j’ai aussi remarqué que je ne les emploies jamais quand j’écris. Ça ne me vient pas spontanément. J’aime employer des métaphores, mais pas des comparaisons. Je préfère «la faucille d’or illumine le ciel» à «la lune est comme une faucille d'or». Simple préférence personnelle, je suppose. Ce n'est pas une critique envers le roman - le lyrisme qui se dégage des comparaisons était parfait pour le propos.


13.5.03

Réflexions numérotées
1. Chaque vie est dirigée selon une philosophie implicite (façon de vivre et de penser = personnalité innée).
2. Cette philosophie implicite est sans cesse modifiée, plus ou moins consciemment, par les évènements extérieurs de la vie, mais son cœur reste le même.
3. Il n’est pas essentiel à la vie de quiconque de connaître la philosophie de Hegel (par exemple).
4. Pour Hegel, écrire sa philosophie était essentiel.
5. Chez les philosophes, c’est semblable à un commandement intérieur qu’ils ne peuvent qu’obéir. Cela fait partie de leur nature.
6. Il est plus facile et plus naturel pour un philosophe d’écrire de la philosophie que de s’en abstenir.
7. Les philosophes ne créent pas leur philosophie, ils reconnaissent leur philosophie implicite et la développent en une philosophie explicite.
8. En la développant, ils transforment leur philosophie implicite. Celle-ci se retrouve modifiée directement par l’acte de réflexion, au lieu de l’être indirectement par la vie.
9. Le travail de transformation est ainsi une forme de création.
10. Écrire sa philosophie revient à mettre en forme sa personnalité hors de soi, de la structurer et de la modifier devant soi.
10. Les philosophes veulent donc créer leur vie, plutôt que simplement la vivre.
11. Les philosophes sont insatisfaits de leur philosophie implicite, contrairement à la majorité. Voilà pourquoi ils veulent la remettre en question, la modifier, l’améliorer.
12. Les philosophes veulent communiquer leur philosophie aux autres. Cela naît peut-être d’une impossibilité à communiquer leur philosophie implicite (leur personnalité) directement aux autres; ils doivent alors employer un moyen détourné, la philosophie.


12.5.03

Encore Myers-Briggs & la philosophie
« Logic : an organised way of going wrong with confidence. »

Un jour j’aimerais analyser les philosophes en terme de typologie myers-briggs. Par exemple, les penseurs (T) appliquent leur jugement de façon impersonnelle : c’est la dichotomie vraie/fausse qui est utilisée partout. Beaucoup de philosophes semblent se situer de ce côté, prenez Descartes et son obsession de certitude et de vérité, Kant et sa morale du devoir... Quoi de plus (T)?

À l’inverse, les penseurs F appliquent leur jugement de façon personnelle : la dichotomie est plutôt ce qui a de la valeur et ce qui en a pas. Le sentiment, lorsqu’il est bien développé (et il ne l’est pas dans le cas des penseurs T), peut être un excellent outil de décision. C’est cet outil qui permet de déterminer quelles valeurs doivent être supérieures à d’autres.

Pourquoi ne pas l’employer en philosophie? Contrairement aux sciences, une vérité objective ne peut y être découverte. Les philosophes contemporains (selon moi) ne sont plus à la recherche de vérités extérieures, elles produisent des vérités, utiles à la vie.

Ce qui me fait penser immédiatement à Nietzsche, et ses interrogations sur la valeur de la vérité, sur la nécessité de penser plutôt la question de la valeur. Ce qui est si nouveau chez Nietzsche, c’est qu’il est un (F) parmi les (T). Je me rapproche de lui, et de sa critique virulente du rationalisme. Nietzsche montre que la pensée ne se résume pas aux faits impersonnels et à la logique déshumanisée. Laissons cela à la science – la philosophie concerne l’humain.

Cela me porte à penser que la philosophie à été trop longtemps entre les mains des (T) et de leurs systèmes. Le renversement de Nietzsche est le bienvenue.


Encore Myers-Briggs / La fonction auxiliaire
(Je vais rester simple et vous épargner les détails techniques).

Les introvertis sont plus difficiles à cerner que les extrovertis. Les extrovertis utilisent leur fonction dominante pour vivre dans le monde extérieur, ce que l’on voit est donc leur façon préférée d’être. You see what you get. Les introvertis, par contre, utilisent leur fonction auxiliaire pour vivre dans le monde extérieur. Leur fonction dominante, ils la gardent bien cachée à l’intérieur. Il est donc difficile de les cerner, difficile de savoir qui ils sont vraiment. Ce qu’ils nous montrent à tous les jours n’est pas ce qu’ils sont en réalités. Les introvertis sont davantage masqués que les extravertis – voilà pourquoi je me suis si souvent trompé en voulant identifié les types de certaines personnes.

Par exemple, si on veut déterminer quelle est ma fonction dominante, on pourra se fier sur la face que je présente au monde extérieur : en lisant mon blog, on pourra dire que c’est l’intuition extrovertie, puisque je présente une suite débridées de possibilités enthousiastes sans retenue aucune. Mais est-ce ma fonction dominante? Non.

Ma fonction dominante est plutôt introverted feeling. Tout cela me saute aux yeux maintenant. Je vous présente ma face d'extroverti intuitif, voilà pourquoi j’ai tant de facilité et tant envie de partager toutes ces folles idées philosophiques avec vous, et voilà pourquoi j’ai choisi de ne pas publier de choses plus «personnelles» sur cette page. Ce n’est pas simplement que je veux réserver cela pour l’art, c’est une sorte de pudeur typique d’introverti à vouloir dissimuler son «moi profond», sa fonction principale, qui est justement mes sentiments. Il est arrivé dans le passé que je me «laisse aller», mais je me suis aussitôt senti indécent. Un retrouve cette réticence partout dans mes vieux écrits.

Par contre, mon livre qui s'en vient a décidément été écrit du début à la fin en mode introverted feeling. Et c'est un tout autre monde qu'on y retrouve, quelque chose de beaucoup plus personnel. (comme le texte Finale, par exemple).

Un introverti est si bien masqué qu’il peut se cacher à lui-même. Je me suis déjà pris moi-même pour un extraverti, durant une période où j'exercais justement ma fonction auxiliaire à plein! Mais je suis bien vite retombé en moi-même, mon petit coin sombre entouré de mes livres.


Théorie de la personnalité
(Notes en lisant Gifts Differing de Isabel Myers)

Voilà la meilleure explication du MBTI que j’ai vu à date, par son inventrice elle-même. Chaque lettre détermine une préférence de personnalité qui s’est développée avec le temps :

D’abord les deux activités de la pensée :
Perception : (S)ensing ou (I)ntuitive
(S)ensing : Préférence pour l’information directement obtenue par les sens.
I(N)tuitive : Préférence pour l’information obtenue par l’inconscient, par l’intuition.
Les S sont plus intéressé par ce qui est là, ici, devant eux, les N sont plus intéressés par les possibilités. Par exemple, en lisant, les S voient ce qui est là, sur la page, les N voient toutes sortes de possibilités suggérées entre les lignes. Je suis N.

Jugement : (T)hinker ou (F)eeler
(T)hinker : Préférence pour le jugement logique, impersonnel.
(F)eeler : Préférence pour le jugement émotif, lié aux valeurs personnelles.
Par exemple, en lisant des idées, les T remarquent d’abord si les idées sont logiquement ordonnées, et les F remarquent s’ils leur plaisent ou non. J’ai longtemps cru être T, pourtant, je suis F. Ce que je remarque avant tout en lisant des théories, c’est si elles m’excitent les neurones où si elles me troublent. Par exemple, hier je lisais l’Antéchrist de Nietzsche. Je me souviens d’abord que certaines idées m’ont dérangées, puis que d’autres m’ont amusées. Ensuite seulement je peux analyser leur logique. Peut-être.

Préférence pour l’application (I)ntroverted ou (E)xtraverted de la perception et du jugement : Application de la perception et du jugement d’abord sur le monde intérieur des faits et des idées, ou bien sur le monde extérieurs des faits et des personnes. Je suis plutôt introverti.

Préférence entre les deux activité par rapport au monde extérieur : (P)erceiving ou (J)udging. Voilà quelque chose que j’avais mal compris. Lorsque nous avons le choix, nous préférons rester en mode perception (laisser entrer l’information) ou en mode jugement (décider). Les gens P me suivent probablement jusqu’ici sans avoir émit de jugement, les J ont depuis longtemps décidé si ce que je dis est valable ou non. Lorsqu’on juge, il faut temporairement fermer la perception, faire comme si toutes les informations étaient entrées, alors que si on demeure perceptif, aucun jugement ne peut se faire. Avec le monde extérieur, je préfère ne pas me prononcer, rester en mode perception.


Nostalgie
Il y a un an, j'étais au Japon. Photos + Récit de voyage.


Mon roman
Progrès actuel du premier jet : 100% complété!


11.5.03

Sur l’art
Quelques idées, lancées comme ça. Qu’est-ce que l’art, qu’est-ce qu’un artiste? Au terme d’un cours de philosophie de l’art :
-Un artiste est quelqu’un qui produit quelque chose avec une intention esthétique (par imitation, création, inspiration ou expression)
-Une œuvre d’art est un objet investi d’une fonction esthétique par l’artiste (il peut l’avoir produit ou trouvé, comme par exemple le fameux urinoir de Duchamp)
-L’esthète est le public qui consomme l’œuvre, et détermine si l’objet produit par l’artiste (hypothèse d’objet artistique) doit être reçu comme un œuvre d’art ou non.

Le modernisme (début XXe siècle) : rejet de la tradition, culte absolu de la nouveauté pour la nouveauté, exploration révolutionnaire dans toutes les directions. L’art doit tout intégrer, créer une expérience totale, art = vie, il y a une éclipse de la distance, l’avant-garde est élitiste, austère, terroriste, dans son expérimentation violente elle s’éloigne radicalement du public. Intégration de l’humour. La beauté n’est plus nécessairement la visée de l’artiste. Recul de l’imitation comme mode de production artistique.

Post-modernisme : les avant-garde ne suscitent plus d’indignation et se mettent à tourner à vide, la recherche de la nouveauté cède sa place à la recherche d’authenticité : de nos jours les artistes ne veulent plus tant faire du nouveau qu’être absolument eux-mêmes. Il se rapprochent du public, il y a une réhabilitation des anciennes formes, il devient possible de combiner autant l’ancien que le nouveau. Le post-modernisme n’est pas une scission, c’est plutôt l’aboutissement du modernisme, sa phase refroidie : l’ultime nouveauté, c’est finalement l’authenticité. L’ultime originalité : avouer son absence d’originalité. (tiré de L'ère du vide, Gilles Lipovetsky)

Alors c’est compréhensible cette absence d’intérêt, voir cet agacement que j’ai par rapport aux avant-gardes de notre époque. Celle du modernisme était transgressive, excitante, choquante. Celle de nos jours ne fait qu’expérimenter pour expérimenter, et ne réussit plus à surprendre qui que ce soit. C’est l’âge de l’indifférence, il faut croire. D'où mon exaspération pour le style Dérapage, pour l'art contemporain, pour la musique expérimentale.

Et pourtant… j’essaie. J’essaie même d’écouter le dernier Autechre.


Clarifications
Dans le passé, j’ai flirté avec des intentions esthétiques sur ce blog et sur Anomalie. J’ai pu dire que ce blog était «artistique», j'ai écrit de beaux petits textes, de quasi-poèmes. Maintenant, c’est terminé. J’ai clairement divisé mes deux activités d’écriture. Je clarifie donc :

1) Ce blog est un endroit où j’écris des réflexions à caractère philosophique. L’écriture vise la clarté, la précision des concepts. Il n’y a pas de travail particulier sur l’écriture, je n’essaie pas d’écrire «bien», j’essaie d’écrire spontanément et clairement. C’est une sorte de carnet de notes personnel, où j'écris des fragments d'idées, de théories. La publication vise à stimuler la réflexion des lecteurs, et non pas à les émouvoir ou quoi que ce soit du genre. En ce sens il peut m'arriver d'utiliser un mode polémique pour susciter des réactions, mais toujours dans le but de faire réfléchir. Faire réfléchir est mon futur métier : j'étudie pour devenir professeur de philosophie. Ici, c'est mon terrain d'expérimentation et de pratique.

2) Je réserve toute écriture à visée esthétique pour de futurs livres. Le format idéal pour une œuvre littéraire reste le livre, pas internet. Je ne suis pas partisant de livre électroniques, oeuvres interactives ou peu importe. Si un jour des formes électroniques de littérature se révèlent légitimes, tant mieux, mais ce que je veux écrire de ce côté, ce sont des livres. Dans ce cas, je recherche tout autre chose : authenticité, intensité, émotion, beauté du style, profondeur des personnages, réflexion philosophiques, expression personnelle, création de monde... Les réflexions sont subordonnées à la visée, qui est d'écrire un «bon livre». La définition de ce que c'est qu'un «bon livre» selon moi, c'est le livre que j'écris lui-même. Ces intentions ne se retrouvent pas ici. Ce qui demeure «artistique» ici, c’est la publication occasionnelle de dessins, mais pas l’écriture.

Voilà.


9.5.03

Anti-dérapage
Dans l'Ère du Vide, Lipovetsky disait, à propos des avant-gardes post-modernes qui tournent à vide :
«En dépit de quelques vaines proclamations, la révolution permanente ne trouve plus son modèle en art. Il n’est que de voir certains films « expérimentaux » pour s’en convaincre : à coup sûr, on sort du circuit commercial et de la narration-représentation, mais c’est pour tomber dans la discontinuité pour la discontinuité, (…) dans l’expérimentation non comme recherche mais comme procédé. » (p.173)

Voilà qui m’a fait penser à Dérapage, le festival audiovisuel de l’UQAM auquel j’ai déjà assisté et même participé. Le but : produire un petit film non-narratif expérimental. Le résultat : sans aucun intérêt, à part de rares exceptions.

Dérapage est né en réaction aux cours d’audiovisuel, en design graphique à l’UQAM. Mon ancien prof, le très excellent JP Fauteux, explique dans cet article : « Au départ, il y a trois ans, je voulais contrer mes propres cours. Professeur à l'UQAM, mes élèves trouvaient la scénarisation difficile, un peu laborieuse. Je les ai donc mis au défi de concevoir des petits films sans scénario ».

Vous voulez un scoop? Les élèves ne trouvaient pas seulement la scénarisation difficile : ils étaient POURRIS. Pratiquement personne n’était capable de construire un storyboard cohérent, une histoire qui se tienne. C'était vraiment décourageant. Dérapage est né d’un manque de talent, voilà la vérité.

Les designer aiment expérimenter pour expérimenter, sans aucun autre but. Symptôme de l’attitude qui prévalait généralement dans ce pavillon : faire des bô projets, pour n’importe quoi. On s’en fiche que ça servira à vendre des cossins. Aucune importance! Talent artistique au service de n'importe quel client pourvu qu'il paie = prostitution, voilà mon avis.

Fauteux dit : « Que les images soient belles ou non, c'est une question de subjectivité. Mais les enchaîner de façon à attirer l'attention c'est autre chose ». Justement, les films expérimentaux échouent à retenir l'attention dans 99% des cas. La plupart du temps, c'est pénible et agaçant, souvent vain et prétentieux, et toujours beaucoup trop long. Bref, une perte de temps.

Les étudiants se sont bien amusés à faire du n'importe quoi, et qui sortent de l'école de design complètement incapable de scénariser une histoire ou dessiner un storyboard. J'appelle ça de l'enfantillage, pas de la créativité.

Lipovetsky dit aussi : « En fait, il y a davantage d’expérimentation, de surprise, d’audace dans le walkman, les jeux vidéos, la planche à voile, les films commerciaux à grand spectacle que dans tout les films d’avant-garde et toutes les déconstruction «tel quiennes» du récit et du langage ». (p.173)

Après m’avoir tapé du dérapage une dernière fois à Vidéaste recherché, je ne peux qu’être d’accord. Les effets spéciaux d’un blockbuster comme X-men sont bien plus surprenants que de voir un gars se faire tapper sur la gueule à répétition devant un fond blanc pendant 10 minutes (un de ces films d’avant-garde merveilleux produit par une ancienne collègue à l’UQAM).

La soirée de Vidéaste recherché était animée par l'inénarrable Mononc'Serge, qui qualifiait ces films de « films de drogués, finalement ». On pourrait lui donner raison.


8.5.03

Bientôt! L'étrange monde de Darnziak...



L’ère du vide culmine dans le blog
Le blog est un symptôme de notre époque, peut-être l’aboutissement ultime de l’individualisme post-moderne. On dirait que Lipovetsky l’anticipait :

«…plus ça s’exprime, plus il y a rien à dire, plus la subjectivité est sollicitée, plus l’effet est anonyme et vide. Paradoxe renforcé encore du fait que personne n’est intéressé par cette profusion d’expression, à une exception non négligeable il est vrai : l’émetteur ou le créateur lui-même. C’est cela précisément le narcissisme, l’expression à tout-va, la primauté de l’acte de communication sur la nature du communiqué, l’indifférence aux contenus, la résorption ludique du sens, la communication sans but ni public, le destinateur devenu son principal destinataire. […] …le droit et le plaisir narcissique à s’exprimer pour rien, mais amplifié, relayé par un médium. Communiquer pour communiquer, s’exprimer sans autre but que s’exprimer et être enregistré par un micropublic, le narcissisme révèle ici comme ailleurs sa connivence avec la désubstantialisation post-moderne, avec la logique du vide. » (Gilles Lipovetsky, L’ère du vide, p.23)

Ma stratégie pour contrer cela? Toujours mettre la priorité sur le contenu, plutôt que sur l’expression pure. Ne pas parler «parce que j’ai le droit et l'envie de m’exprimer» mais seulement quand j’ai quelque chose à dire.

La question que plusieurs bloggeurs pourraient se demander, avant de poster, est : «Est-ce que je communique quelque chose d’intéressant ici? Ou est-ce que je ne fais que m’exprimer parce que j’en ai envie? » Peut-être que ça en conduirait certains à s'abstenir.

L’expression valide en elle-même, c’est l’art; et de plus en plus, je pense que l'art est justement ce qui réussi à extraire l'universel du particulier. L’expression pour l’expression, subjective et narcissique, sans visée esthétique, j’appelle cela du verbiage, du commérage, du papotage, bref, une perte de temps, d'espace et d'énergie. Symptôme de l'époque, je suppose.


7.5.03

Compas politique


The political compass (le site), via Geradon. Résultat intéressant... et pas très surprenant pour moi. Ce qui m'intéresserait, c'est de mélanger ce compas politique avec le système psychologique Myers-Briggs : il me semble que les opinions politiques ont beaucoup a voir avec la personnalité. J'ai écrit mes suppositions sur le graphique : pour ceux qui ne sont pas familiés avec Myers-Briggs, je suppose que les gens plus J (Judging) seront plus autoritaires politiquement que les P (Perceiver), puisqu'ils le sont à propos de tout. Je suppose aussi que les gens plus T (Thinker), logiques avant tout, auront une vue plus pragmatique et sévère de la sphère sociale, alors que chez les F (Feeler), pour qui les émotions passent en premier, la sphère sociale est la plus importante de toute. Donc les TJ sont Autoritarians, et les FP Libertarians.

Ensuite, supposons que les N (intuitive), plus abstraits dans leur pensée donc plus attirés par des théories de contrôle économique, ont tendances à être plus à gauche que les S (Sensing), plus terre à terre et réalistes, donc plus enclins à penser que le marché peut fonctionner « tout seul », (droite, néo-libéralisme).

Tout cela semble concorder fort bien avec les opinions politiques et les personnalités de plusieurs personnes que je connais, je suis étonné du résultat!

Un jour j'écrirai bien un essai de psychologie politique. Ce serait nouveau, non?


6.5.03

Idées après le film
J et moi sommes allés voir X-Men 2. Verdict? Je me suis bien amusé, J pas mal moins. Comment nous avons expliqué cela? Il faut dire que J est un fanatique de cinéma, beaucoup plus connaisseur et spécialiste que moi : il dévore les films à la tonne, surtout le cinéma de répertoire.

J a tellement vu de films qu’il est devenu extrêmement critique: il remarque le moindre petit défaut, toutes sortes de choses que je ne vois jamais. D’une certaine façon, J n’est plus capable d’apprécier le cinéma de simple divertissement, du moins, pas autant qu’auparavant.

De mon côté, c’est très facile – je suis un excellent public, très impressionnable. Je me laisse emporter. Le cinéma agit directement sur les émotions, c’est sa grande force, et je le laisse faire. Un de mes profs disait « on ne peut pas réfuter un film ».

J’ai réalisé une chose : si je ne regarde pas beaucoup de cinéma de répertoire, c’est que cela demande un effort. Les arts les plus «cérébraux» demandent un lent apprentissage, un effort certain. Cet effort vaux la peine, mais si on ne s’y exerce pas souvent, c’est plutôt difficile. Par exemple, j’ai beaucoup aimé le film Waking Life, un film ultracérébral s’il en est un, mais je ne trouve jamais le courage de me taper le DVD.

Il semble que pour moi, le cinéma fonctionne mieux comme divertissement. Un film cérébral reste intéressant, mais jamais autant qu’un bouquin : le médium ne s’y prête pas. Alors je ne suis pas porté à louer des films « profonds »; je préfère lire un roman ou même de la philo. Par contre, je dirais que les meilleurs films de divertissement font mieux leur travail qu’un livre divertissant : les images et le son y contribuent pour beaucoup. Et puis, on peut se divertir à deux : plus difficile avec un livre.

Nous avons conclu que pour moi, regarder des films difficiles demanderait un effort aussi grand que si J lisait mes bouquins. Pour moi, il n’y a plus vraiment d’effort à faire pour entrer dans un bouquin complexe, j’ai mis un mécanisme en branle il y a quelques années, j’ai enclenché une sorte de curiosité dévorante qui me demande de lire tout le temps, le plus possible. Et pour lui, il carbure au cinéma; il ne pourrait s’en passer.

La question finale est : est-ce que je suis devenu comme J, mais par rapport aux livres? Suis-je encore capable d’apprécier les bouquins divertissants de ma jeunesse? Si je retrouve un bon vieux « livre dont vous êtes le héros », est-ce que je pourrai m’amuser? Parce que moi aussi, je suis devenu très critique, côté littérature... Faudrait voir.


5.5.03



2.5.03

Hallucinations, PKD et Kant
J’ai toujours pensé que les hallucinations sont des déraillements du cerveau, mais maintenant je comprends mieux comment Philip K Dick les voyait : comme une possible fenêtre vers autre chose…

Un peu de philo : selon Kant, l’espace et le temps sont des catégories a priori de nos perceptions, autrement dit, une sorte de cadre qui restreint notre façon de percevoir le monde. Ce qui entre là-dedans, ce sont les phénomènes. Nous ne pouvons percevoir que des phénomènes, jamais la réalité en elle-même, le noumène (ce que seraient les choses en dehors de toute perception). J’ai tendance à penser que ce qu’on peut percevoir est tout ce qui existe, mais la science justement nous dit le contraire. La physique de nos jours s’occupe que d’entités « imperceptibles » : qui a vu un atome? Un quark? Pourtant, ils existent.

Dick pensait que les états « altérés » (schizophrénie, drogue, hallucinations, etc.) étaient peut-être des moments où les catégories kantiennes a priori étaient modifiées, voire tordues, de façon à faire entrer dans la conscience un champs plus large de la réalité nouménale – le monde des phénomènes s’élargit jusqu’à se confondre avec le noumène – et c’est la réalité elle-même, au complet, qui t’entre dedans.

Sommes-nous physiquement équipés pour cela? Est-ce que nos organes sensoriels peuvent élargir leurs perceptions? Est-ce que cela peut se faire directement par le cerveau? Est-ce que les drogues peuvent «ouvrir les portes de la perception» ou ne font que nous bousiller les neurones, comme j’ai tendance à le croire?

Hmm...


1.5.03

Et si le monde continuait?
Ceux qui prédisent la mort de l'homme et la chute de la civilisation aurait l'air un peu tarte...


Dantec
Il y a trois ans, je lisais Le théâtre des opérations; journal métaphysique et polémique de Maurice G.Dantec, dans l'avion au retour de Paris. Je n'y comprennais pas grand chose alors. Maintenant, je le feuillete à nouveau, et tout cela ne m'impressionne plus... (voire m'agace, par moment - tout ça pue le ressentiment).

Mais je me disais : ce journal hétéroclite, il a exactement la forme d'un blog. Ouaip, malgré la couverture de la collection blanche de la NRF, c'est à un blog, sous forme papier. Un blog serait préférable un pavé, à mon avis.

Je suis tout de même curieux de lire son nouveau roman, Villa Vortex. Les Racines du mal, c'était quelque chose. Et puis le film de La Sirène Rouge s'en vient. Du moins en France, ici, ça sera pour l'année prochaine, je suppose.


Mon roman
Progrès actuel du premier jet : 92% complété.


Vérité ou intérêt/Cérébral sans excuses
« La philosophie ne consiste pas à savoir, et ce n'est pas la vérité qui inspire la philosophie, mais des catégories comme celles d'Intéressant, de Remarquable ou d'Important qui décide de la réussite ou de l'échec (...) De beaucoup de livres de philosophie, on ne dira pas qu’ils sont faux, car ce n’est rien dire, mais sans importance ni intérêt, justement parce qu’ils ne créent aucun concept, ni n’apportent une image de la pensée, ou n’engendrent un personnage qui en vaille la peine. » (Qu'est-ce que la philosophie, Deleuze & Guattari, p.80)

Ouaip, quand un livre de philo est trippant, je me dis : « c'est tellement intéressant! » Et non pas « c'est tellement vrai! » Mais ce qui est intéressant se rapproche plus de la vérité que de l'inintéressant, je dirait tout de même. Mais est-ce qu'il peut y avoir du vrai sans intérêt? Du faux intéressant? Euh?

Quand j'écris quelques chose ici, c'est parce que je considère cela intéressant, pas nécessairement vrai, mais ce qui est intéressant est vrai selon un point de vue subjectif temporaire... admettons. (Oops, le relativisme n'est pas trop loin). Et je suppose que chaque blogueur doit considérer intéressant ce qu'il écrit, sinon il ne l'écrirait pas. Mais ce qui est intéressant varie d'un individu à l'autre: voilà pourquoi je ne considère pas intéressant ce que la plupart des blogueurs ont à dire, et voilà pourquoi pas mal de gens ne trouveront pas intéressant mes réflexions philosophiques.

Ou peut-être qu'ils trouveront qu'elles demandent un effort trop difficile, mais pour moi, ce qui ne demande pas d'effort n'est PAS intéressant, justement. Ce qui ne demande pas d'effort ne développe pas l'esprit, le maintient au même niveau et le ramolli, même. Il faut prendre garde au divertissement, qui sous le prétexte de procurer du plaisir ou du repos, ne fait que nous maintenir dans l'inertie de l'absence d'effort intellectuel... Un esprit habitué à l'effort intellectuel le fera de plus en plus facilement, et en tirera un immense plaisir.

Je peux insérer ici un certain élitisme intellectuel, qui me rappelle ce que disait J.S.Mill : «Mieux vaut être Socrate insatisfait qu'un porc satisfait». Le porc satisfait étant l'esprit maintenu dans la satisfaction immédiate du divertissement et le Socrate insatisfait étant l'esprit intellectuel toujours à la recherche de stimuli.

Donc ce blog se veut, comme le roman Solaris que j'ai lu hier, cérébral sans excuses. Si vous venez ici, il faudra faire travailler vos méninges - je me pratique à être un futur professeur stimulant!


Embryons de réflexions garrochés pendant que dehors il pleut et qu’il y a deux balles de tennis sur le toit du voisin (on s’amuse)

A) Kessafou, la philosophie?
La philosophie crée de nouveau concepts, qui serviront à quoi? À la pensée.

Parfois je pense que la science finira par tout absorber le champs du savoir et rendre le reste caduc, mais la science ne permet pas de « penser », elle permet d’expliquer. Un phénomène est démonté dans ses éléments, et on les fait correspondre à des équations mathématiques qui permettent de le visualiser en système. L’explication scientifique n’est pas un concept. La philosophie modifie directement notre vision du monde concrète : on la pense à travers des concepts, pas à travers des fonctions mathématiques scientifiques.

Il est possible de vivre sans science, sans explication des phénomènes de la nature. Nous n’avons pas une science personnelle, mais il existe UNE science, unique et commune à la société. Par contre nous ne pouvons vivre sans philosophie, sans ensemble de concepts a travers lesquels voir le modne, nous avons toujours une philosophie personnelle, reçue (opinions, religions) ou formée (par notre propre réflexion).

(En lisant Qu’est-ce que la philosophie de Deleuze & Guattari, si fascinant et si difficile)

B) Est-ce que la logique et les maths sont éternels et transcendants?
Critique de Frege/Husserl contre le psychologisme : la logique et les mathématique ne peut pas se réduire à des processus psychologiques. Autrement dit, si je pense 1+1=2, c’est exactement la même chose que si quelqu’un d’autre pense 1+1=2. Mon « 1+1=2 » n’est pas subjectif, il n’est pas personnel, il ne diffère pas de celui des autres – il est objectif, normatif, il est toujours le même. Ce qui conduit Frege à un platonisme total, la logique est objective et absolue, elle n’est ni naturelle ni psychologique, elle appartient à un troisième plan, celui de l’être-pur. Ma réplique rapide : si la logique est la même pour tous, c’est qu’elle doit être inscrite dans les structures même de notre cerveau (puisque je pense que la pensée n’a lieu que dans le cerveau). Nos cerveaux sont codés de la même manière, voilà pourquoi notre logique est toujours la même, indépendamment de nos expériences psychologiques subjectives.

Codés par quoi? Par la nature. Les recherches de Jean-Louis Krivine (tel que je l’ai lu dans Science et vie de février 2002) montre que les couches inférieures du cerveaux procédèraient à des calculs mathématiques : les mathématiques ne seraient pas des découvertes dans un « troisième monde » transcendant tel que le pensait Frege, mais plutôt le décryptage des structures profondes de notre propre cerveau. Ce troisième monde est en nous, et serait naturel, donc immanent. Parce que parait-il selon Deleuze, que j’arrête pas de lire ces jours-ci, et bien il faut mettre dehors toute transcendance et penser dans l’immanence, et je suis totalement d’accord avec ça, depuis que j’ai lu Nietzsche ou peut-être même depuis toujours. Renversons Platon! Yeah!
(En lisant Philosophie et psychologie de Pascal Engel, intéressant mais tellement dense que j'aime mieux le lire tranquillement)