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Écrire à côté de la page Tout ce qui y passe saisi au passage. Avec des pinces, pour ne pas que ça grouille. C'est un foutu laboratoire que j'ai là-dedans. Analyse et dissection, construction méticuleuse de théories pour tout expliquer. Je voudrais tout expliquer. Réduire le mal à une équation mathématique. Me guérir par raisonnement logique. Que tout soit clair et limpide. Clair comme une tête vide. Des fois j'aimerais entrer là-dedans et tout saccager. Balancer toutes les éprouvettes par terre dans un grand fracas. De la vitre brisée coupante partout sur le sol, pour que je puisse me l'enfoncer dans les pieds. Pour que ça saigne. Parfois j'écris des poèmes dans l'autobus, en regardant juste à côté de la page de mon cahier. Comme elle regardait juste à côté de ma tête, quand elle me parlait. Jamais dans les yeux. Juste à côté. J'écris sans me lire, j'écris ce qui sort, j'écris en regardant ailleurs. Ça ne fait pas de sens. Ce n'est pas lisible, ce n'est pas beau. Le laboratoire n'y comprends rien. Pourtant, il me semble que c'est plus vrai que le reste.
Ma petite Anomalie Il m'arrive d'aimer penser. J'aime sentir monter en
moi de belles idées froides et rigides, j'aime sentir des théories
poindre, j'aime voir des mots être expulsés, s'agglomérer
et se calcifier, j'aime voir des liens se tisser, une belle logique dont
je peux être fier - j'aime m'effondrer dans mon lit l'esprit totalement
vidé, le sentiment d'avoir accompli quelque chose. Une sale besogne
qui devait être faite. Comme abattre une forêt. Déraciner
une montagne. Empaler un dieu. Anomalie ne me sauvera pas.
Rewind Puis je relis chaque journée. Deux années, comptabilisées, décrites, deux années perdues. Deux années de ma vie, durant lesquelles je n'ai pas su vivre. Voilà ce que je retire de ces expériences : je suis quelqu'un qui ne sait pas vivre. Quelqu'un qui n'agit pas. Je n'ai aucune spontanéité. Je pense beaucoup, mais je pense surtout après. Trop longtemps. Trop tard. |