Le Viol

 

Contrairement à ce qu'on pense, le viol n'a pas grand-chose à voir avec la sexualité. La plupart du temps le viol est une tentative de contrôle et d'humiliation de l'autre, une manière illusoire, pour le violeur, de compenser son sentiment de ne pas contrôler sa vie, de ne pas être à la hauteur, explique un psychiatre à l'Institut Pinel de Montréal. C'est la raison pour laquelle ils récidivent presque toujours. L'agresseur n'a aucune empathie pour ses victimes. Cela fait quasiment partie de la définition.»

D'autres préjugés ont la vie dure, tel celui voulant que la victime n'en est pas vraiment une, qu'elle l'a cherché. En réalité, personne ne désire être agressé et, même si certaines sont plus à risque, il n'y a pas de prédispositions à être une victime de viol. Un agresseur ne va pas nécessairement choisir sa proie. Les hommes que j'évalue m'avouent souvent qu'ils ne seraient même pas capables de la reconnaître s'ils la voyaient», témoigne un psychologue. En fait, c'est généralement une question de «disponibilité», d'être au «bon» endroit au «bon» moment. «Ça peut toucher n'importe qui, car c'est l'agresseur qui agit, ce n'est pas la victime», résume Danièle Tessier, intervenante au Mouvement contre le viol et l'inceste.

Souvent, aussi, la personne agressée se sent coupable de s'être mise dans une situation risquée, d'avoir emprunté une ruelle sombre et déserte, de ne pas s'être défendue, de ne pas avoir crié; mais la peur peut être paralysante. De plus, les agressions se produisent à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, un peu partout, mais en particulier au domicile de la victime. Enfin, bien que certains agresseurs  préfèrent les femmes en situation de non consentement  la plupart ne sont pas de grands malades. Ce n'est pas écrit sur leur front qu'ils ont ce problème. Ce sont des gens ordinaires, qui sont apparemment «normaux», mais qui ont des problèmes dans leurs relations, leur sexualité, leur estime de soi.

DÉNONCER, même un acte mineur d'agression sexuelle, EST CAPITAL, car il y a généralement escalade dans le comportement des agresseurs. Dans le cas d'attouchements, d'exhibition, on connaît souvent la personne et on peut l'identifier. Un SALVAC (Système d'analyse de liens de la violence associée au crime) est rempli, explique le capitaine Maurizio, responsable du service de l'analyse du comportement à la Sûreté du Québec. Cet outil, utilisé dans 13 pays, permet de faire des recoupements et d'appréhender plus rapidement les coupables. On y inscrit les éléments rattachés à l'événement en détail, les caractéristiques physiques de l'agresseur, ses comportements verbal et sexuel. Si, des années plus tard, cette personne commet un viol, grâce aux paroles prononcées et aux caractéristiques répertoriées dans le SALVAC, on peut le relier au dossier remontant à plusieurs années et l'identifier.» Par ailleurs, la loi C-16 sur le registre des agresseurs sexuels est sur le point d'être entérinée. Cette loi obligera toute personne reconnue coupable d'agression sexuelle à s'enregistrer au poste de police le plus près de chez lui dans les 10 jours suivant sa sortie de prison et à continuer de le faire chaque année pendant un minimum de 10 ans. Quand il y aura une agression, cela nous permettra de cibler plus rapidement nos agresseurs.

Savoir le coupable derrière les barreaux peut contribuer à se remettre d'une telle épreuve, car peu importe la forme de l'agression et le moment où elle a été commise (enfance, âge adulte), elle est susceptible d'entraîner une multitude de conséquences néfastes pour les victimes (détresse psychologique, peur, vie sexuelle perturbée, etc.). Heureusement aussi, pour certaines personnes, le temps peut aider à panser leur blessures.

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