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La photo d'un immense boudhha taillé dans une des montagnes de l'Afghanistan a d'abord éveillé mon attention sur la vallée de la Bamyan. Des recherches et des lectures subséquentes n'ont fait qu'accroître en moi le désir de me rendre en Afghanistan, de remonter à cet ancien carrefour entre l'Occident et l'Orient et d'admirer enfin ces deux bouddhas qui depuis bientôt deux siècles veillent sur cette vallée.
A mon arrivée à Kaboul , après avoir trouvé un guide, je fixe le départ au lendemain matin. A la sortie de Kaboul, nous roulons une soixantaine de kilomètres vers Kunduz et la frontière de la Russie, puis nous quittons la grande route pour bifurquer sur une sorte de sentier rocailleux qu'on distingue à peine de la plaine.
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Incident de la montée: une crevaison. Un paysan s'approche de la voiture et vient causer avec le guide. La tête entourée du turban afghan, il tient deux branches à la main. Son sourire découvre des dents cassées, mais on oublie vite ce détail devant la bonté et la force qu'inspire le personnage. Sa figure bronzée et ocrée s'apparente bien à la couleur des rochers arides qui l'entourent. Nous montons de plus en plus et traversons des gorges étroites entre des pans de roc escarpés
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Quand nous arrivons enfin à Bamyan, il est près de 22 h et c'est l'obscurité totale. Nous nous trouvons un petit hôtel,mangeons un peu de fromage avec un thé chaud, et je me couche. L'émerveillement vint à l'aube. Réveillé tôt, je pousse les rideaux de ma chambre: la falaise aux deux bouddhas et aux cent grottes est là.
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Je me trouve un autre guide pour me conduire à travers ces centaines de grottes jusqu'au sommet de la principale statue appelée dans la région Shir Sal. Ses dimensions ne me viennent tangibles que lorsque j'arrive à ses pieds et lève la tête vers elle.
Elle mesure 53 mètres . Je peux distinguer sa figure massacrée par les musulmans vers le dixième siècle. Suivant mon guide, je commence la lente ascension à travers de nombreuses grottes reliées
par des escaliers et des passages étroits, tantôt à l'intérieur de la montagne, tantôt sur le flanc.
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Arrivé au sommet, je sors pas un étroit orifice et me hisse sur la tête du bouddha.
La vallée s'étend devant moi, silencieuse, paisible, immobile. Ce paysage est le même que contemplaient autrefois les moines bouddhistes. Une grande sérénité
émane de ces lieux.
J'examine la voûte au- dessus de la tête de Shir Sal. Le peu qui reste des fresques illustre bien le mélange étonnant des civilisations dont Bamyan fut le témoin.
La partie le mieux conservée représente un dieu lunaire, vêtu d'une longue robe, une lance à la main et le pied gauche reposant sur une épée, debout dans un chariot conduit par des chevaux ailés. Trois civilisations se retrouvent dans cettte fresque: le chariot et les chevaux sont grecs, les vêtements sont de l'Asie centrale, les armes sons sassanides, et l'image totale de cet apsara volant est bouddhiste. Carrefour des grandes routes par lesquelles passèrent les voyageurs de l'Occident à l'Orient, Bamyan fut aussi le carrefour des civilisations.
A plusieurs reprises au cours des siècles, Bamyan fut détruite. En l'an 425, les Huns des Sables massacrèrent systématiquement les paisibles moines habitant ces couvents troglodytes. En 1221, ce fut Gengis Khan qui mena lui-même une attaque contre la ville et sa population, et selon les historiens, il ne subsista absolument rien. Mais après chacun de ces massacres, la vallée se repeupla et survécut à toutes les marées du temps.
Le lendemain, je survole les pics et les crevasses de l'Hindou Kouch. Je peux distinguer Bamyan vue des airs cette fois. Cette vallée, ces bouddhas et ces centaines de grottes demeurent dans mon souvenir comme une grandeur isolée , mais paisible et immuable, et cela, malgré les dommages causés aux statues par les musulmans, et plus récemment, par les talibans qui interdisent aujourd'hui qu'on les photographie.
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