Owerri est un petit village du sud-ouest du Nigéria . Il a été la capitale du Biafra de 1967 à 1970. Dans le cadre des programmes de l'aide canadienne, j'y arrivai en septembre 1962 pour y organiser l'enseignement du français à l'Ecole secondaire gouvernementale . Ce pays anglophone , entouré de plusieurs francophones(Cameroun, Dahomey), sentait le besoin de se doter d'une langue seconde.


Le village est modeste, mais il a de grandes ambitions.




Le marché local est très restreint. Pour s'approvisionner , il fallait se rendre aux villes voisines plus populeuses: Aba, Enugu (capitale administrative de la région), Onitsha, près du fleuve Niger , ou Port-Harcourt, près de la mer, où l'on exploitait de vastes puits de pétrole: les deux tiers du pétrole nigérien.


L'ethnie principale de cette région est celle des Ibos qui sont en majeure partie catholiques, d'où l'omniprésence de nombreux couvents et collèges tenus surtout par des catholiques irlandais.


Les Ibos sont vifs, très intelligents et travailleurs. Je m'en rendis compte après quelques semaines de classe. Comme je venais de terminer l'explication d'un poème anglais d'une quinzaine de lignes et qu'il me restait du temps, je demandai à mes étudiants de le mémoriser. A ma grande surprise, après deux minutes, l'un d'eux leva la main et me le récita de la première à la dernière ligne. Il ne fallait pas traîner dans ces classes.Les professeurs aussi étaient avides d'apprendre. On me demanda de donner des cours de français le soir, une fois la semaine. Une quinzaine les suivirent régulièrement. La dernière demi-heure était consacrée , à leur demande,à apprendre des chansons françaises. C'est ainsi que vers les neuf heures du soir, résonnaient dans l'école les airs de Sous les ponts de Paris, Chevaliers de la table ronde, l'eau vive, etc.


Durant les mois qui suivirent, accompagné de mon domestique qu'on appelle communément boy dans certains pays d'Afrique,je visitai plusieurs villages dans la brousse environnante. Le boy allait d'abord voir le chef pour obtenir la permission de visiter le village, et celui-ci venait m'accueillir. Alors, le village devenait grouillant de jeunes enfants rieurs et moqueurs.



Vers les années 65, des conflits tribaux et religieux éclatèrent entre les Ibos catholiques et les musulmans du nord. Cette partie du Nigéria était en fait une poudrière ethnique et religieuse. L'Ouest décida de se séparer du reste du pays. Le 13 mai 1967, le lieutenant-colonel Ojukwu proclama l'indépendance de la république du Biafra. Londres et le département d'Etat américain prirent partie pour le Nigéria. S'ensuivit un conflit sanglant qui dura 30 mois. Le Biafra capitula le 14 janvier 1970. La guerre avait fait entre un million et deux millions de morts, surtout des enfants, victimes de la famine.


Quand je revois les photos de ces paisibles et heureux villages d'alors, je ne puis m'empêcher de me demander ce que sont devenus ces enfants.

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