DIEU ÉTONNANT
Qu'est-ce qui est le plus étonnant chez Dieu, le plus bouleversant, le plus
admirable? Ce n'est pas sa puissance, sa capacité de tout créer, de tout faire
jaillir du néant constamment...Ce n'est pas son intelligence infinie qui
organise et dirige tout l'univers dans son infiniment grand aussi bien que dans
son infiniment petit et complexe...Ce n'est pas sa force pour dominer le
monde entier... Ce qui est le plus renversant, au contraire, c'est sa faiblesse!
Dieu nous étonne parce qu'il a le coeur sensible, les émotions fragiles, la
sympathie facile: ce sont là des caractéristiques d'un être sans défense.
On connaît bien la mauvaise attitude que développent les hommes, dans notre
société, pour démontrer en public leur force de caractère, leur solidité.
Défense de pleurer, de livrer ses émotions, de dire à quelqu'un qu'on l'aime,
de démontrer sa tendresse. L'adolescent qui joue à l'homme adulte va souvent
emprunter ce masque trompeur. Il va aussi sacrer, ridiculiser les plus petits,
faire mal aux petites soeurs pour prouver qu'il est un homme. À une certaine
époque de notre histoire contemporaine, des gens comme Hitler, Mussolini et
leurs semblables ont prôné l'abolition des vertus chrétiennes de patience,
d'humilité, de pardon. Seul compte l'équilibre de la force, et la vengeance
devient la monnaie d'échange la mieux cotée.
Nous vivons entourés de gens qui pensent de cette manière, de systèmes
politiques basés sur la haine, de régimes militaires basés sur la force et la
violence d'un petit groupe. Nous vivons entourés de gens qui ont la manie de
toujours chercher la paille dans l'oeil du voisin. Nous sommes peut-être
nous-mêmes de cette foule de chrétiens qui sont portés à jouer les durs avec
les autres, à crier après les enfants, à répondre bêtement à sa femme, à son
mari, à ses parents, à ne jamais faire de concession, à ne jamais prendre le
temps de chercher la paix et le calme avec les autres.
Ce qui m'étonne de Dieu, c'est sa patience, sa bienveillance infinie. Il n'est
pas le genre à se ficher des autres. Combien de fois on entend dire: lui, son
affaire va mal mais il a couru après, qu'il s'arrange! - elle, elle avait beau pas
se mettre les pieds dans les plats, qu'elle s'arrange! - Dieu ne dit à personne:
qu'il s'arrange avec ses troubles. Il va au devant, il est sensible, il n'a pas peur
de se salir.
Voyez le Père qui va au devant de son fils prodigue. C'est Dieu. Il le prend
par le cou, l'embrasse. Le petit gars devait être crotté! Dieu n'a pas peur des
crottés! Il n'a pas peur des drogués, des alcooliques, des non-pratiquants, des
accotés, des mal-aimés de toutes sortes.
La bonté de Dieu nous étonne et nous scandalise. Combien de fois, comme le
fils aimé, nous sommes choqués parce que les pécheurs reçoivent plus de
considération que les vertueux. J'ai souvent vécu cette réaction par rapport
aux couples en difficulté parce qu'un pasteur leur montre de la
compréhension. Il y a parfois des couples fiers de leur réussite, de leur
fidélité et qui trouvent qu'on passe bien du temps à s'occuper des divorcés et
qu'on ne donne pas assez de considération aux champions de la fidélité.
Dieu est du côté des faibles. Il a un faible pour les plus faibles. Il sait de plus
que nous sommes tous faibles en quelque part. Faibles surtout en amour, en
pardon, en bienveillance. J'aime mieux, comme disait Jean XXIII, aimer trop
que de risquer de faire injure au coeur de Dieu. J'aime mieux avoir la
faiblesse de ne pas me venger, de ne pas juger, de ne pas écraser que la dureté
de la vertu vide de sens. J'aime mieux un Dieu fait de tendresse qu'un
policier céleste prêt à nous coincer. Je bénis Dieu de sa bonté.
Jean Desclos
Faculté de théologie, d'éthique et de philosophie
Université de Sherbrooke