Je lisais dernièrement dans le journal La Tribune de Sherbrooke une page publicitaire qui m'a beaucoup interpellé. Il s'agit d'une publication de la FiiQ, la fédération des infirmières et infirmiers du Québec. On y voit une infirmière près d'un malade. Le texte qui accompagne la photographie dit ceci : « Il y a dans le mot soigner quelque chose qui va bien au-delà du diagnostic, de la médication, de la technologie. Il y a cette capacité des infirmières de voir au-delà des symptômes, de comprendre par-delà les mots, de poser plus que des gestes. C'est quelque chose qui marque. Quelque chose qui est unique. Indispensable même. La compassion, ça ne se prescrit pas. » Et c'est signé la FiiQ, « La vocation d'être humain »
Nous ne sommes pas tous infirmières ou infirmiers. Mais nous avons tous une vocation d'humanité. Un jour ou l'autre, nous avons été amenés à rencontrer ou accompagner une personne vivant un grand malheur, une maladie ou une épreuve. Au coeur de notre rencontre ou de notre accompagnement, il y a cette compassion dont nous parle la FiiQ.
Cette compassion est faite d'écoute, de respect, d'accueil, de temps donné sans compter. La compassion exclut les solutions toutes faites à l'avance. La compassion exclut une recherche de son propre profit.
Les gens de St-Bernard, en Beauce au Québec, ont vécu, et vivent encore, des événements très douloureux avec la perte de quarante-deux des leurs dans un accident d'autobus. Il y a eu de la compassion de la part de la population de tout le Québec. Mais, il y a eu aussi des gens intéressés à profiter de la situation. Les personnes en deuil ont reçus de très nombreuses visites ou lettres pour offrir des services, par exemple, pour changer de monument au cimetière, pour vendre la maison, pour entrer dans de nouveaux groupes religieux, etc.
Y avait-il une véritable compassion dans toutes ces offres de services? Nous y reconnaissons plutôt une recherche de profits personnels. La situation fut si grave que le curé et d'autres responsables de la communauté ont cru bon de rassembler les familles éprouvées pour en parler franchement et ainsi éviter aux gens de se faire exploiter.
Les personnes éprouvées sont fragiles et vulnérables. Parfois, des situations sont si marquantes et si émouvantes qu'il se trouve des gens pour sauter à pieds joints sur les personnes éprouvées. Et cela, soit pour réussir à en tirer profit, soit, ce qui n'est pas mieux, pour les envahir et tout régler à leur place.
Je trouve très pertinente la page publicitaire de la FiiQ. Elle nous interpelle dans nos relations quotidiennes avec les personnes blessées de la vie. Il faut garder à l'oeil les valeurs les plus importantes. Dans le virage ambulatoire, il est facile de se laisser emporter par toute la technique, par l'absolu du déficit zéro, par les structures à mettre en place. Et la personne dans tout cela? Même dans nos relations inter-personnelles, nous pouvons souvent être accaparés par l'extérieur, par des solutions toutes faites, par nos phrases très belles à dire aux autres.
Quelqu'un décrivait comme ceci notre
attitude à développer. Il disait à peu près
ceci : quand nous allons à la rencontre d'une personne souffrante,
il faut entrer chez elle comme sur la pointe des pieds, sans faire de bruit,
sans s'imposer. Ensuite, il faut écouter, permettre à l'autre
de se dire, d'exprimer, dans ses mots et avec ses sentiments, ce qu'elle
vit.
Ensuite, après avoir bien écouté, repartir comme on est venu, c'est-à-dire, sur la pointe des pieds, avec beaucoup de respect et d'humilité, simplement heureux d'avoir permis à la personne de se dire et d'avoir fait un pas en avant.
La FiiQ parle de la vocation d'être humain. Nous avons bien besoin de répondre à cette vocation dans tout le système hospitalier actuel. Mais, cette vocation se vit à tous les jours avec nos proches.
Une vocation, c'est un appel. Cela veut donc dire que tout n'est pas réalisé. Nous découvrons cet appel et nous apprenons chaque jour à mieux y répondre. Aujourd'hui, je reçois l'appel de la FiiQ. Je compte faire des pas chaque jour pour répondre à cet appel, à cette vocation que nous avons en commun, celle d'être humain.
André Castonguay