Nous fêtons
ce que nous avons semé
Le temps n'est pas à la semence ni à l'éclosion et encore moins à la récolte. La
froidure s'installe et pénètre jusqu'au profondeur des racines. Si la nature est au
repos, à la récupération après le fruit donné, il me semble que l'homme au
contraire est à la récolte et au partage de la moisson.
La fête, c'est le temps de la joie, le temps du partage. C'est l'aboutissement d'une semence, d'un long travail de mûrissement. Nous fêtons ce que nous avons semé.
L'amour que nous avons semé au coeur des jours et des semaines, la joie que nous avons cultivée, la paix que nous avons taillée, émondée, l'unité à laquelle nous avons donné des racines profondes, la chaleur de l'accueil que nous avons su prodiguer à chacun, tout cela porte des fruits et garnit la table de nos fêtes. Nous fêtons ce que nous avons semé.
Et ce Jésus qui vient, il sera de la fête, il surgira dans nos vies dans la mesure où il y aura été semé, dans la mesure où il y aura pris racine. « Un rejeton sort de la souche de Jessé, un surgeon pousse de ses racines, nous dit le prophète Isaïe; sur lui repose l'esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force ».
À Noël, nous fêterons ce Jésus; nous fêterons avec lui et notre entourage les nouvelles pousses que son enracinement en nous aura permises; nous fêterons les fruits de nos semences de sagesse, d'intelligence, de conseil, de force; nous ferons éclater l'amour, la joie, l'accueil, l'unité et la paix que nous aurons semés et cultivés.
En ce temps qui nous sépare de Noël, il nous est donné de faire croître la semence. Elle serait triste la fête si de notre table étaient absents les fruits qui donnent saveur et force à nos vies. Elle serait triste la fête si en cours de route nous perdions la semence sur un chemin rocailleux ou poussiéreux. Elle serait triste la fête si nous laissions la semence être étouffée par une trop grande place laissée aux courses et aux préoccupations matérielles de toutes sortes.
Nous fêtons ce que nous avons semé. Un temps nous est donné pour faire croître la semence. Alors, il nous sera donné de fêter ce à quoi nous sommes nés ensemble. Alors, il nous sera donné de nous fêter et de fêter Celui qui vient, Celui qui prend racine en nous, Celui qui vient avec du nouveau.
André Castonguay