Je rencontre souvent des personnes qui sollicitent mon aide pour résoudre des difficultés qu'elles vivent ou pour me partager leurs souffrances. Je constate bien des fois mon impuissance à aider ces personnes dans leur cheminement. Je voudrais tellement pouvoir faire plus, pouvoir leur éviter les souffrances qu'elles rencontrent. Ces personnes vivent toute une succession de joies et de peines, d'espérances et de désespérances, de succès et d'échecs. Finalement, dans ma prière adressée au Seigneur chaque soir je ne peux que dire: «Seigneur, j'ai aimé. J'ai aimé malgré les blessures, j'ai aimé malgré les rechutes.»
Cette situation, bien des parents la vivent à l'égard de leurs enfants. Les parents veulent le meilleur pour leurs enfants. Ils cherchent pour eux le chemin du bonheur. Mais en même temps, les parents constatent leur impuissance. La vie de leur enfant ne leur appartient pas. Lorsque survient ce qui apparaît comme un échec, ils se demandent s'ils ont fait suffisamment pour leur enfant, si tout cela en valait la peine. Et il me semble que la paix dans mon coeur, la paix dans le coeur des parents vient lorsque je peux dire au bout du chemin: «Seigneur, j'ai cultivé l'autonomie et la responsabilité. Seigneur, j'ai aimé.» C'est souvent la seule chose que je puisse dire. Mais n'est-elle pas la plus importante?
Je demeure également convaincu que l'autre en face de moi est aussi habité par l'amour. C'est vrai que cet amour a de la peine à se reconnaître. Il n'en demeure pas moins au coeur de sa vie. Bien des souffrances l'empêchent de se vivre et de se dire, de s'épanouir. Cette recherche d'amour est le cri le plus intense même de la personne la plus désespérée. Je crois en cet amour qui habite le coeur de l'autre. Je demande au Seigneur de m'aider à le reconnaître et à le cultiver.
Lui, le Christ, aurait bien des raisons de désespérer de nous. À voir la distance entre sa Bonne Nouvelle et le vécu de notre monde, il y a de quoi désespérer de toute la peine qu'il s'est donnée pour nous. Mais, j'en suis convaincu, il aime toujours. Lui aussi cultive notre amour, notre autonomie et notre responsabilité. Il est le Dieu de l'espérance et de l'amour. Je lui confie tous ceux et celles que j'aime et devant lesquels je me sens certains jours si impuissant. Qu'il garde en mon coeur et dans le coeur des personnes que je rencontre la force de son espérance et de son amour. Le regard du Christ porte plus profondément qu'à la surface de la vie des personnes. Il voit ce qui est invisible à nos yeux. Qu'il nous donne aussi ce regard habité par l'espérance et l'amour.
André Castonguay
acaston@sympatico.ca