Entre deux rêves

Nous vivons ces jours-ci entre deux rêves: un rêve lié à la fête de Noël et un autre lié à la fête de la nouvelle année. Notre rêve de Noël prend des airs de joie, d'amour, de partage, de rencontre entre les personnes. Il prend aussi un air de nostalgie: bien souvent nos souvenirs nous ramènent à notre enfance et notre regard s'attache au Jésus de la crèche il y a 2,000 ans. Notre rêve de la nouvelle année prend des airs de paix, c'est une journée mondiale de la paix, il prend des airs de grandes espérances pour une vie meilleure, pour un échappement aux malheurs actuels. Il prend aussi un air d'avenir: nous projetons dans le futur ce que nous ne pouvons vivre aujourd'hui.

La vie nous ramène vite à la dure réalité entre ces deux rêves. Vite, la fraternité, la joie, le partage, la paix, le bonheur sans faille laissent place à une vie qui a bien du mal à se frayer un chemin. Qu'en est-il de ce temps de paix et d'amour inauguré par la naissance de Jésus? Quand est-il de ce monde nouveau, de ce royaume promis par Jésus? Qu'en est-il de nos beaux rêves? Il faut bien le constater, Dieu n'impose pas la paix et l'amour par la force.

La naissance de Jésus en notre monde et la réalisation de son salut, c'est un enfantement qui dure encore. C'est ce qui faisait dire à l'apôtre Paul: "Nous le savons bien la création toute entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. Et elle n'est pas seule. Nous aussi nous crions en nous-mêmes notre souffrance; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance." (Rm 8, 22-23)

Quelle attitude adopter? Allons-nous nous évader dans le rêve, complètement débranchés de la réalité? Allons-nous sombrer dans le pessimisme et le défaitisme? Je crois que le Christ Jésus nous invite à garder bien au coeur et dans la pensée son grand rêve pour l'humanité. Mais comme sa naissance nous le rappelle, il nous invite aussi à nous incarner dans la réalité, à participer de façon soutenue à cet enfantement qui dure encore. Le travail de chacun est nécessaire pour réaliser cet enfantement.

Les chrétiens portent au coeur une espérance qui ne les fait pas fuir la réalité mais plutôt s'y incarner pour qu'advienne un monde nouveau.

À l'aube de la nouvelle année, je souhaite que chacun nous fassions un rêve bien incarné. Je souhaite que chacun nous acceptions d'apporter notre part au travail d'enfantement d'un monde nouveau. Je souhaite que nous puisions dans le Christ la force de réaliser les inévitables recommencements et que nous puissions comme lui ne jamais désespérer de personne mais au contraire ouvrir des chemins d'espérance et d'amour.

André Castonguay

acaston@sympatico.ca