LA DISTANCE D'UN PAS

Un pas, c'est court, c'est vite franchi. Mais en même temps, il y a des jours où cela n'en finit plus d'être loin et lourd.

Entre les hommes, il y a souvent un abîme infranchissable. Et l'on retient son pas de peur de perdre pied et de se perdre tout entier.

Combien de ces pas des hommes se côtoient sans jamais se croiser! Combien de ces pas des hommes se rencontrent sans jamais s'arrêter! Combien de ces pas des hommes se font face que pour mieux s'écraser!

Autour de soi, martèlent les pas, frappent les pas, se dérobent les pas, se faufilent les pas, se traînent les pas. Et parmi cette foule de pas qui vont et viennent sans arrêt, il y en a qui désespérément s'arrêtent trouvant trop lourde à franchir la distance d'un autre pas. Parfois près de ces pas, s'arrêtent un moment quelques pas distraits. Mais ils sont trop pressés et ils craignent que s'approchant de ces pas brisés, cassés sur le bord de la route, ils ne puissent seuls et sans inquiétude reprendre leur course folle protégés les uns des autres par cette somme de pas où se perd le cri du pas cassé, piétiné, abandonné sur le bord du chemin.

La distance d'un pas... c'est si court et si long! Si pour un moment on acceptait de faire halte, d'écouter ces bruits de pas. Si pour un moment notre oreille se faisait attentive. Peut-être alors que dans cette foule anonyme, nous reconnaîtrions des pas. Peut-être qu'au loin, presqu'imperceptiblement d'abord, se lèverait le cri d'un pas à la recherche d'un autre pas pour marcher avec lui, pour marquer avec lui un chemin trop lourd à franchir tout seul.

Et si plusieurs pas se mettaient un jour à prendre le temps de perdre un peu de temps à la recherche d'autres pas! Alors, pas à pas, se rapprocherait le coeur des hommes. Alors pas à pas, se marquerait le temps d'une mélodie à mille temps où chacun, étant à l'écoute de la musique de l'autre, s'harmoniserait dans un grand concert où les coeurs battraient à l'unisson.

André Castonguay

acaston@sympatico.ca