L'AS ET LE CHIEN

Il m'arrive occasionnellement de jouer aux cartes. Vous aussi sans doute? Cela se produit surtout lors de soirées de famille. Habituellement nous jouons au 500. On a toutes sortes de cartes en main. Les plus importantes sont les As et les Figures. Malheureusement nous avons la plupart du temps aussi des chiens. Les chiens sont des cartes de petits numéros tel les 4 et les 5. Nous cherchons à discarter le plus possible les chiens pour ne garder que les As et les Figures.

Mais il arrive que ces petites cartes soient très utiles et très précieuses. Si ces cartes sont des atouts, elles peuvent même emporter des levées sur des As et sur des Figures. Même en pas d'atout, si les chiens sont dans une bonne série, ils deviendront des cartes gagnantes.

Je me dis que c'est un peu comme cela dans une famille. Tous, extérieurement, ne semblent pas avoir la même valeur. Il y a des membres de la famille qui sont très importants, qui sont des figures considérées dans le milieu.

Il y a aussi des membres qui sont malheureusement parfois considérés comme des chiens dans un jeu de carte et que l'on aimerait bien pouvoir discarter ou ne jamais avoir eus. C'est ainsi qu'il peut arriver que des membres d'une même famille soient embarrassés par la présence d'un membre qui est jugé perturbateur, qui a mal tourné, qui réussit moins bien ou qui est doté d'un handicap que l'on a peine à accepter.

Dans la société, cela se passe de la même façon. Il y a les gens sur le bien-être, les handicapés, les grands malades, les personnes âgées. Ces personnes sont embarrassantes, elles coûtent cher à la société. La solution? Les discarter, c'est-à-dire couper les prestations, parquer les personnes âgées dans des résidences et les considérer comme des enfants, euthanasier les cas lourds pour la société et ainsi laisser la place à de moins grands malades.

Comme pour le jeux de cartes, je me demande s'il ne pourrait pas arriver que ces personnes, moins désirées ou perturbatrices, deviennent des atouts précieux. Nous pourrions leur donner la chance de développer toutes leurs richesses humaines. Elles pourraient nous aider à découvrir des valeurs importantes pour la vie.

En fait, est-ce qu'il ne serait pas possible que chaque personne devienne un atout précieux et contribue à donner du jeu à toute la famille et à toute la société? En tout cas, c'est souvent ce dont j'ai été témoin. C'est notre défi : aider chaque personne discartée à devenir un atout précieux? Ainsi, chaque personne pourrait recevoir de l'autre une dose d'estime nourrissante et épanouissante et pourrait en donner une dose égale aux autres. Car finalement, ce qui fait une bonne main, ce n'est pas la présence d'un seul atout, même d'un As ou d'un Roi, mais la présence de plusieurs cartes toutes unies les unes aux autres.

Pour Jésus, aucune personne n'était considérée comme un chien à discarter, quelque soit sa condition ou son rang social. Il considérait chaque personne comme des atouts et permettait à chaque personne de trouver et développer l'estime d'elle-même et celle des autres. Jésus nous invite à trouver les chemins conduisant à faire de chacun un atout, de l'As de coeur au plus petit 2 de Pique. Qui sait, si on s'en donnait vraiment la peine, nos familles et notre société pourraient bien devenir des mains pleines d'atouts.

Bon, assez parlé. Jouons aux cartes. Moi, je gage 9 plein d'atouts. Et vous, que prenez-vous?

André Castonguay

acaston@sympatico.ca