Ils sont venus de loin

Connaissez-vous Nghin et Huu? Ce sont deux jeunes enfants vietnamiens. Nghin est une fille de 2 ans et demi et Huu, un garçon de 5 ans. Ils sont venus de très loin. Leurs nouveaux parents adoptifs, un couple de Stoke au Québec, Nicole et Réjean, sont allés les chercher au Vietnam. Ils sont arrivés au pays au début décembre. C'est un long chemin et tout un changement pour ces enfants.

La première fois que j'ai vu Nghin et Huu, c'est lors d'une fête de Noël pour les enfants. Je pensais qu'ils seraient gênés et qu'ils demeureraient dans leurs coins. Ce fut tout le contraire. Ils ont joué avec les autres enfants comme en pays de connaissance depuis toujours. C'était merveilleux de les voir agir et de voir la réaction du groupe à leur égard. Ces enfants, venus de loin, semblaient tout à fait à l'aise avec la vie, avec l'amitié, avec le partage. Pour eux, aucune frontière de race, ni de langue, ni de culture.

Encore tout ému de mon premier contact avec ces enfants, je réfléchis à ces événements de même qu'à la fête de Noël encore récente. À Noël, nous fêtons la naissance d'un enfant lui aussi venu de loin : Jésus. Ce Jésus est venu d'un monde tout autre que le nôtre. Pourtant, il est tout à fait à l'aise avec la vie, avec l'amitié, avec l'amour, avec le partage. En lui, son entourage se reconnaît comme s'il avait toujours été de chez nous. Cela aussi est merveilleux. À son contact, son entourage découvre la paix, la joie et l'espérance.

Ces situations contrastent avec les événements douloureux vécus un peu partout dans le monde. L'opération « Renard du désert » en Irak, une semaine avant Noël, la reprise des hostilités dans des pays ayant déjà trop souffert de la guerre, nous montrent que nous ne sommes pas toujours à l'aise avec la vie, le respect, l'amour et l'accueil sans frontière. Notre humanité a encore beaucoup de chemin à parcourir. Il y a du chaos dans notre monde et dans nos vies. Mais il y a aussi de l'espérance, du partage et de l'amour. La venue de ces jeunes Vietnamiens, la venue de Jésus, l'Emmanuel, le Dieu avec nous, apportent un souffle d'espérance. Nos rêves d'un monde meilleur sont encore réalisables.

L'avant-veille de Noël, j'ai regardé au Réseau De l'Information de Radio-Canada l'émission de télévision Maisonneuve à l'écoute. M. Maisonneuve a fait une entrevue avec M. Hubert Reeves, un grand scientifique et en même temps un grand philosophe. M. Reeves racontait comment il avait été surpris de la portée de ses conférences scientifiques à des jeunes étudiants. Il décrivait le cosmos, les étoiles, les galaxies, etc, montrant comment tout cela était bien ordonné. Le monde est sorti du chaos pour s'organiser. Cette force organisatrice est toujours présente dans le monde.

Les auditeurs de M. Reeves lui ont dit comment cela leur faisait du bien de l'entendre. Eux qui vivent du chaos dans leur vie, eux qui ont souvent de la difficulté à trouver du sens, cela leur faisait du bien de voir qu'à l'extérieur d'eux, il y avait de l'ordre, de l'organisation. Faire partie d'un monde bien organisé leur donnait de la force.

M. Reeves a raconté aussi une partie de sa vie durant laquelle il était très malade. Il n'avait plus alors le goût à la vie. Un soir qu'il regardait par la fenêtre, tout a changé. Il a vécu pour lui-même ce qu'il enseignait aux étudiants. Il a aperçu la grande ourse. C'est comme si le ciel, comme si l'univers lui disait: il y a de la vie dans l'univers, tu fais partie de l'univers et tu es vivant toi aussi. Il a repris goût à la vie.

Pour M. Reeves, il y a du hasard dans l'univers. Mais il y a aussi une force organisatrice qui, même avec le hasard, produit de la vie. Il y a une force dans la nature qui la fait sortir du chaos pour continuellement évoluer et s'améliorer.

Nous aussi nous tournons notre regard vers les étoiles. Nous aussi nous y voyons une force organisatrice. Nous aussi nous y entendons un appel à l'espérance et à la vie. Mais notre regard ne se porte pas uniquement sur les étoiles et les galaxies. Nous croyons que cette force organisatrice trouve sa source en Dieu. Dieu parle et agit à travers la nature. Il nous invite à entrer dans ce grand mouvement de la vie, d'un monde en évolution où le meilleur se construit petit à petit.

Mais Dieu ne parle pas que par la nature. Il vient lui-même habiter notre monde. Il prend visage d'homme, il a nom de Jésus, ce qui veut dire Dieu sauve; il a nom d'Emmanuel, ce qui veut dire Dieu avec nous. Notre regard se porte sur ce Jésus, véritable étoile et véritable lumière en notre vie. Il nous dit aujourd'hui son amour et sa vie. Il nous communique une grande force. C'est à cause de lui qu'encore aujourd'hui, après deux mille ans, malgré le chaos de notre monde, des hommes, des femmes, des enfants découvrent la force de vivre, la force d'aimer, la force de créer des liens entre les personnes et les nations, la force de travailler à un monde meilleur.

En ce temps de Noël, des millions de personnes, partout dans le monde, tournent les yeux vers les étoiles et vers un petit enfant venu de loin, né pauvre, presque inconnu. Cet enfant a grandi, il a parcouru les chemins de la Galilée. Ses pas, sa parole et son amour dépassent les frontières des pays et du temps. Que Jésus, dont nous rappelons avec joie la naissance, nous donne d'en reconnaître les traces aujourd'hui. Qu'il raffermisse nos pas trop hésitants sur le long chemin de la paix et de la solidarité entre les humains.

Que Nghin, Huu et Jésus, venus de loin, ouvrent nos yeux et notre coeur. Pas à pas, habités par Jésus, nous apprendrons, nous aussi, à être à l'aise avec la vie et l'amour. Je souhaite qu'en ce temps de Noël 1998, nous passions du souvenir à la présence. Puissions-nous passer du Jésus de la crèche à ce Jésus, vivant avec nous. Il est capable de nous remettre en marche les uns vers les autres et les uns avec les autres. Jésus est venu de loin. Découvrons-le tout près de nous. Il est à la source de notre force, de notre amour, de notre joie, de notre espérance.

André Castonguay

acaston@sympatico.ca