LA CHASSE AUX SORCIÈRES!
La chasse aux sorcières est devenue en 1999 la chasse aux chômeurs. Le gouvernement fédéral veut à tout prix débusquer les fraudeurs. Pour ce faire, il instaure une série de mesures très restrictives qui touchent finalement tout le monde. La dernière trouvaille est celle de quotas imposés aux enquêteurs de l'assurance-emploi. Oh! pardon! Il ne s'agit pas de quotas mais d'objectifs... Pardon encore... d'indicateurs!
Personne ne s'opposera à une meilleure équité, à une plus grande justice. Cependant, tout le système mis en place semble bien sacrifier la personne aux rouages administratifs. Tous passent dans le même rouleau compresseur. Les situations particulières et fort difficiles de milliers de chômeurs sont oubliées au profit d'une machine implacable et aveugle : temps limité pour l'enquête, objectifs précis à remplir, menaces de perte d'emploi faites aux enquêteurs non suffisamment productifs, etc.
Tout cela me fait penser à cette parole très sévère de Jésus : « Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton oeil à toi, tu ne la remarques pas! » (Mt 7, 3) Nous pourrions aussi citer toutes ces paroles qui dénoncent le fait de sacrifier la personne à la loi.
Les provinces et le fédéral ont discuté récemment dans le cadre de l'union sociale. Il y a été question notamment du transfert d'argent dans le secteur de la santé. Le fédéral met de l'avant toute une série de mesures visant à contrôler l'utilisation des argents. Il veut s'assurer que les sommes servent vraiment à la santé et ce dans le cadre de ses propres objectifs. C'est une attitude surprenante en comparaison avec son agir dans le domaine de l'assurance-emploi. Malgré les nombreuses protestations, le fédéral veut disposer à sa guise des immenses surplus de la caisse, même pour d'autres fins que l'aide à l'emploi et aux chômeurs; en même temps, les conditions de réception de prestation d'assurance-emploi sont de plus en plus restrictives et causent de graves préjudices à des milliers de travailleurs de bonne foi.
Tout cela m'apparaît comme un double langage. Je ne peux m'empêcher de penser à la paille et à la poutre dans l'oeil. Je ne peux m'empêcher de penser à la primauté de la loi et du système sur la personne humaine. Pour parodier un commercial bien connu, je crois que la personne à bien meilleur goût.
La chasse sportive, c'est fort emballant. La chasse aux sorcières l'est moins. Que diriez-vous de partir à la recherche des plus mal-pris de notre société? Et si notre regard se portait davantage sur les situations concrètes? Et si, de surplus, les énergies servaient davantage à rendre justice qu'à faire justice? Ainsi, se réaliserait la parole de Jésus aux disciples de Jean-Baptiste : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez... la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». (Mt 11, 4-5)
André Castonguay