Le présent travail, en utilisant beaucoup l'imagerie, veut exprimer un ensemble de situations. Toutes les situations décrites ne se retrouvent pas nécessairement réunies dans un même cas. Cependant, le travail veut pointer des éléments servant à réaliser un discernement.
La situation visée est celle d'enfants vivant dans les valises c'est-à-dire obligés de vivre tantôt chez le père, tantôt chez la mère. Cela se produit habituellement suite à une séparation ou un divorce. Que vit l'enfant, et quelles influences cela exerce sur son développement et l'acquisition de son autonomie? Comment l'enfant peut vivre des relations harmonieuses avec son entourage.
Prenez d'abord le temps de lire l'histoire de la valise qui avait perdu la carte. Laissez-vous rejoindre par l'imagerie. Par la suite, tout en gardant en parallèle chacune des étapes du conte, parcourez la grille théorique pour bien saisir tout ce qui est contenu et exprimé dans le conte.
Ce sont deux chemins pour rejoindre et comprendre l'intérieur de la personne et ce qui y est souvent enfoui comme dans le double fond d'une valise.
1- LA MAISON DANS LE RANG CROCHE Cliquez ici pour l'analyse
2- L'AVENTURE DE LA VALISE Cliquez ici pour l'analyse
. entre les bas et les pantalons
. les passages
. les chemins s'embrouillent
. défense de passer
. voie sans issue
. arrêt interdit
. du rêve au cauchemar
3- RUPTURE ET FERMETURE Cliquez ici pour l'analyse
4- LA VALISE RETROUVE SA PROPRE CARTE Cliquez ici pour l'analyse
5- NOUVELLE ADRESSE Cliquez ici pour l'analyse
- La valise trouve une nouvelle enseigne
- La maison sur le rang croche
6- LA ROUTE DE LA DÉCOUVERTE Cliquez ici pour l'analyse
Il y a quelques années, vivait dans le rang croche une famille qui n'aimait pas beaucoup la compagnie. M. et Mme Latour avaient peu d'amis. M. et Mme Latour s'étaient mariés il y a quatorze ans. Ils avaient un enfant, Lévis, maintenant âgé de 9 ans.
Au début, les Latour ne voulaient pas avoir d'enfant. Ils vivaient le parfait bonheur et se suffisaient à eux-mêmes. Même qu'après leur mariage, ils avaient commencé à délaisser leurs sorties avec des amis. Ils ne trouvaient plus le temps et finalement, à bien y penser, ces anciens amis ne vivaient plus dans le même monde qu'eux.
Les années passèrent. Peu à peu, ils commencèrent à ne plus se voir de la même façon. Chacun était sur ses gardes, regardant l'autre de haut, l'esprit rempli de soupçons et le coeur rempli de déceptions. Ils se disputaient souvent. Les Latour se mirent à penser qu'ils manquaient de liens entre les deux, quelque chose qui serait commun, qui les rapprocherait et leur ferait retrouver leur harmonie paisible d'antan. Ce quelque chose devint quelqu'un. Ils décidèrent d'avoir un enfant. Ainsi, pensaient-ils, ils auraient un lien, un objectif commun. Chacun se reconnaîtrait dans l'enfant et, par voie de conséquence, ils se reconnaîtraient l'un l'autre.
Le petit vint au monde. Il reçut le nom de Lévis. C'était merveilleux. Mais le merveilleux ne dura pas longtemps. Lévis était le seul pont entre M. Latour et Mme Latour. Les Latour se parlaient pour ainsi dire par personne interposée.
Lévis était né pour créer un pont entre les parents Latour dont le mariage était en train de se disloquer. Vite il était devenu une occasion de dispute. La maman de Lévis, qui ne se sentait plus désirée par son mari, s'attachait de plus en plus à son enfant en en faisant l'objet de toute son attention et de son amour. De son côté, le père de Lévis multipliait les absences. Lorsqu'il était là, il se trouvait trop occupé pour s'occuper du petit. Après tout, c'était son enfant à elle, c'est elle qui le voulait le plus et il n'y avait que l'enfant d'important pour elle. Souvent, les Latour se disputaient au sujet de l'éducation de Lévis.
Lévis ne comprenait pas ce qui se passait. Pourtant tout était si beau auparavant. Il se revoyait dans son berceau avec son père et sa mère penchés tout souriants au-dessus de lui. Il se revoyait couché dans le lit de ses parents, sur l'oreiller entre les deux. Mais tout cela était du passé. Ses souvenirs s'estompaient rapidement lorsqu'il entendait ses parents se disputer. Il se sentait de plus en plus malheureux car souvent il avait l'impression d'être la cause de la mésentente de ses parents.
L'inévitable finit par arriver. Les Latour décidèrent de divorcer, de s'établir chacun de leur côté. Lévis aurait bien voulu comprendre, il aurait bien voulu unir à nouveau son père et sa mère, mais il se sentait complètement impuissant. Il avait l'impression de ne plus avoir sa place. Quelle serait sa maison maintenant. Il l'ignorait.
Il fut décidé que Lévis demeurerait chez Mme Latour et qu'à toutes les deux fins de semaine, il irait demeurer chez M. Latour. C'est alors que commence l'aventure de la petite valise. Toute la famille se rendit au village acheter une valise pour Lévis. Il fallait la prendre sur mesure. Assez grande pour tenir les vêtements pour une fin de semaine, et assez petite pour que Lévis puisse la transporter facilement.
C'est au magasin La Randonnée que les Latour trouvèrent la petite valise. Elle était posée là bien discrètement entre de grosses valises sur un comptoir. Quand Lévis s'en approcha, il eut l'impression que la petite valise à demi entrouverte lui souriait. Ce fut comme un coup de foudre. Comme s'ils s'étaient toujours connus, comme de grands amis qui se retrouvent enfin. Lévis s'approcha discrètement vers la valise, l'ouvrit davantage, approcha sa tête à l'intérieur de la valise. Elle sentait bon, elle sentait le neuf, la jeunesse. Le vendeur le sortit de ses rêves en prenant la valise dans ses mains. "Tu l'aimes, cette valise?," dit le vendeur. La valise en se fermant fit un clin d'oeil à Lévis et avec le tintement de ses clefs, lui lança un sourire scintillant. Tout de suite, Lévis et la petite valise comprirent qu'ils seraient amis pour toujours. Le marché fut conclu.
Deux semaines plus tard, ce fut le premier départ. Lévis et la petite valise se tenaient serrés l'un contre l'autre, habités par beaucoup de crainte et d'anxiété. Jamais auparavant ils n'avaient fait un tel voyage. Que se passerait-il chez M. Latour.
Mme Latour avait tout prévu. Il n'était pas question que Lévis et la petite valise se perdent en chemin. Elle avait bien accepté que Lévis aille chez son père, mais seulement pour la fin de semaine. Mme Latour attacha à la poignée de la petite valise une étiquette solide, bien visible. Destination - Retour. Comme cela, pas de danger de se perdre. L'adresse de M. Latour était bien indiquée vis-à-vis la destination. L'adresse de retour chez Mme Latour attirait l'attention par ses lettres carrées en noir.
. entre les bas et les pantalons
C'est Mme Latour qui décida du contenu de la valise pour le voyage. Des bas, un t-shirt, un pantalon de rechange, tout le qu'il faut pour l'hygiène. Lévis eu tout juste le temps de coincer entre les bas et les pantalons son vieux toutou Snoopy que son père lui avait donné étant jeune. "Ne perds surtout pas la clef", lui recommanda sa mère. Mme Latour remit à Lévis une carte toute neuve de la région tout en lui indiquant bien la route à suivre, les numéros d'autobus et surtout l'heure du départ et de l'arrivée. Et les voilà partis pour la grande aventure.
L'arrivée chez M. Latour fut plutôt gênante. La joie, les sourires, les fronts plissés, entrecoupés de quelques courtes paroles composèrent le premier menu. Ils étaient comme deux étrangers, comme deux personnes qui se regardent par la fenêtre, incapables de se serrer l'un contre l'autre, la fenêtre ayant fini par se coincer sous l'effet répété des rayons brûlants du soleil et de l'infiltration de la pluie.
Le soir, Lévis disposait sa petite valise sur une chaise tout près de son lit. La valise demeurait bien ouverte, avec le toutou Snoopy bien assis entre les bas et les pantalons. Tard dans la soirée, ils échangeaient des confidences. Lévis finissait par s'endormir, mais la petite valise demeurait ouverte, à l'écoute durant toute la nuit.
Il s'établit une connivence entre Lévis et la petite valise. Une sorte de complicité. On se disait tout. Des souvenirs aux rêves et projets les plus fous, tout y passait. Lévis confiait tout à la valise, il enfouissait en elle ses secrets les plus profonds.
La nuit, durant son sommeil, Lévis continuait souvent à parler. Le petite valise l'écoutait attentivement ne comprenant pas trop tous ces propos faisant écho à des situations, à des personnes, à des paroles qu'elle avait de la difficulté à rattacher les uns et les unes aux autres. Le matin venu, la valise passait sous silence ce qu'elle avait entendu craignant de troubler Lévis, lui qui avait tellement de peine à dormir.
. les passages
Les voyages se multiplièrent. Lévis et la petite valise suivaient fidèlement les instructions données par tantôt le père, tantôt la mère. Pour se distraire et ne pas rester là immobiles à se regarder, M. Latour amenait fréquemment Lévis et la petite valise en voyage. Et selon la coutume, partout où ils passaient, ils achetaient un autocollant à apposer sur la valise en souvenir des endroits visités.
De son côté, Mme Latour trouva que M. Latour gâtait un peu trop son fils. En même temps, elle ne voulut pas être en reste et amena elle aussi son fils et la valise en voyage. Et les autocollants se multiplièrent. Tiens : celui-ci c'est le voyage à la ronde avec papa; celui-là : c'est au zoo avec maman. Et puis il y a chez tante Ursule dans la Beauce et chez oncle Ernest à Sorel. À vrai dire, ce n'était pas tellement Lévis ni la valise qui choisissaient les autocollants. Ce sont les parents Latour et puis tante Germaine, qui prenait pitié d'eux et voulait leur faire plaisir, et oncle Jean-Baptiste, qui donnait de bons conseils à Lévis et à la valise pour ne pas se perdre et pour être un fils et une valise bien rangés lorsqu'ils allaient chez son père et puis la cousine Blanche, une ancienne institutrice, qui veillait à ce que Lévis n'oublie pas d'étudier entre deux voyages de plaisir.
Les passages se succédèrent, les allers-retours se multiplièrent. Lévis et la valise partageaient toutes leurs aventures rêvant encore à l'impossible, rêvant encore au jour où tous les deux pourraient enfin s'arrêter et jouer ensemble dans la cour arrière comme autrefois sous le regard et la surveillance complices de M. et Mme Latour. De plus en plus, Lévis parlait durant son sommeil. Mais la valise gardait tout en secret ne voulant pas déranger le frêle équilibre du sommeil et de la paix de Lévis.
. les chemins s'embrouillent
Un jour, il se produisit un drôle de phénomène. Lévis et la valise s'étaient habitués à la route, ils connaissaient presque par coeur les différents chemins pour réaliser les allers-retours. Ils ne consultaient presque plus la carte que Mme Latour avait placée dans la valise.
La carte avait pris toutes sortes de plis. Elle était un peu usée, froissée. D'habitude, avec le temps, l'écriture a tendance à s'effacer. Curieusement, la valise remarqua comme des chemins nouveaux qui apparaissaient sur la carte. On y distinguait de nouvelles rues inconnues jusqu'ici.
Constatant ce drôle de phénomène, M. Latour et Mme Latour, chacun à leur tour, tracèrent au crayon marqueur le bon chemin à suivre. Mais les routes ne concordaient pas. Les chemins devenaient de plus en plus embrouillés. Lévis et la petite valise ne savaient plus trop quel chemin prendre pour aller de chez Mme Latour chez M. Latour et de chez M. Latour chez Mme Latour. La vie devint comme une tour infernale. C'était à ne rien comprendre. Lévis et la petite valise ne comprenaient plus rien, ne savaient plus comment se comprendre eux-mêmes.
Dans la valise, il y avait de moins en moins de place pour le vieux toutou tout usé qui faisait le voyage avec la valise. Il avait de plus en plus de peine à se glisser dans la valise entre les bas et les pantalons. C'est qu'il y avait de plus en plus de choses dans la valise. M. Latour trouvait que la mère de son fils ne lui donnait pas les vêtements convenables. Il s'était donc mis à acheter de nouveaux vêtements et à les placer dans la valise. Il enlevait les vêtement placés par la mère de son fils pour les remplacer par les siens. De son côté, Mme Latour faisait de même, trouvant que le père de son fils manquait de goût et de discernement.
M. Latour se mit à raconter à Lévis et à la valise ses frustrations vécues avec la mère de son fils. Mme Latour n'en revenait pas de voir comment le père de son fils pouvait être irresponsable et pouvait donner une si mauvaise éducation à son fils. Au retour des visites chez M. Latour, Mme Latour s'empressait de vérifier le vécu de la fin de semaine et de corriger le tir au besoin, de remettre Lévis et la valise sur le bon chemin à suivre.
Lévis et la valise ne savaient plus quel chemin prendre. Ils étaient complètement perturbés. Ils voulaient se rendre chez M. Latour comme chez Mme Latour mais ne savaient plus comment. Ils ne se sentaient plus à l'aise nulle part. Ils ne se sentaient plus chez eux nulle part.
. défense de passer
Avec le temps, M. et Mme Latour avaient créé de nouvelles relations. Chacun avait un nouveau conjoint ou conjointe venu prendre place dans la maison. La relation avec Lévis et la valise en fut affectée. Mme Latour ne cessait de dire à Lévis tout son amour et à le vanter auprès de son nouveau conjoint mais, en même temps, Lévis et la petite valise sentaient bien qu'à quelque part ils n'étaient plus complètement chez eux chez eux. Mme Latour et son conjoint avaient leur secrets, leur chambre était maintenant un endroit interdit à Lévis et à la valise et ils semblaient bien apprécier ensemble les fins de semaines durant lesquelles Lévis était chez son père.
Chez M. Latour, les choses n'étaient guère plus intéressantes. M. Latour, pour faire plaisir à Lévis, lui avait acheté un nouveau toutou, le premier étant tout usé. Il comblait son fils de bien d'autres présents. Mais en même temps, il devenait de plus en plus absent, il avait de moins en moins de temps pour s'arrêter et jouer ou parler avec son fils Lévis. Les randonnées de fin de semaine s'estompèrent et la valise demeurait ouverte sur la chaise toute la fin de semaine, attendant patiemment le moment du retour chez Mme Latour.
La valise ne prenait même plus le temps d'enlever son gilet et de retirer ses bas. Cela n'en valait plus la peine. De son côté, Lévis n'appréciait pas beaucoup le nouveau toutou que lui avait donné son père. Il le laissait là à côté sur le bureau. Il préférait encore son vieux Snoopy qu'il s'efforçait encore d'insérer dans le peu de place qui restait dans la valise entre les bas et les pantalons. Lévis et la petite valise se sentaient comme abandonnés, ne trouvant plus de place dans le coeur de M. Latour ni dans le coeur de Mme Latour.
Souvent la nuit, Lévis rêvait. Il se voyait arriver avec sa valise devant un beau château. De la tour, sans qu'ils ne voient personne, ils entendaient une voix les invitant à entrer. Mais ils ne le pouvaient pas. Un large ruisseau entourait le château et la tour et le pont donnant accès à la tour demeurait toujours levé. Puis finalement, la voix finissait par ne plus se faire entendre. Nuit après nuit, Lévis et la petite valise faisaient le même rêve.
. voie sans issue
Lévis et la petite valise étaient de plus en plus perturbés. D'autant plus que les nouveaux conjoints de M. Latour et de Mme Latour se permettaient de leur donner des ordres, se permettant de faire leurs commentaires sur leurs allers et venues. Çà, Lévis et la petite valise ne le prenaient pas. Après tout, ils n'étaient pas leur père ou leur mère.
M. et Mme Latour ne comprenaient pas que Lévis et la valise n'acceptent pas leur nouveau conjoint. Ils avaient eux aussi leur place, leur vie et ce qu'ils faisaient, c'était pour le bien de Lévis et de la valise, pour leur bonne éducation.
Lorsqu'ils se retrouvaient chez Mme Latour, Lévis et la valise devenaient de plus en plus enfermés sur eux-mêmes. Souvent, la valise refusait de s'ouvrir durant plusieurs jours. Lévis se mit à dire à sa mère qu'il aimerait mieux aller demeurer chez son père.
Lorsqu'ils se retrouvaient chez M. Latour, Lévis et la valise manifestaient de plus en plus d'agressivité. Souvent, la valise se refermait bruyamment, ce qui indisposait M. Latour. Le nouveau toutou que M. Latour avait acheté à son fils se retrouvait plus souvent par terre que sur le bureau.
. arrêt interdit
Lévis et la valise devinrent de plus en plus distraits. Les résultats scolaires s'en ressentaient. Cela alla même jusqu'à passer tout droit en autobus, à ne pas s'arrêter devant la maison de M. ou de Mme Latour mais de se retrouver beaucoup plus loin dans un quartier tout à fait inconnu. Aux passants auxquels ils demandaient de les aider à retrouver leur chemin, Lévis et la petite valise avaient de la peine à bien décrire le lieu de leur demeure.
Au fond, ils se demandaient s'ils avaient encore une demeure et si l'on voulait bien d'eux quelque part.
. du rêve au cauchemar
Une nuit, Lévis et la petite valise firent un rêve qui tourna au cauchemar. Ils se voyaient arrêtés sur le bord d'un chemin non identifié et désert. Lévis et la petite valise s'étaient arrêtés sur le bord du chemin et avaient décidé de faire du ménage à l'intérieur de la petite valise. Ils en retirèrent tous les nouveaux vêtements qu'ils avaient reçus en cadeau. Il ne restait que les vieux bas et les pantalons usés et ce bon Snoopy bien à l'aise entre les bas et les pantalons.
Ils marchèrent longtemps puis, sans trop savoir comment, ils se retrouvèrent chez Mme Latour. Dès qu'ils entrèrent, une grosse valise brune qui se trouvait tout près de la porte s'ouvrit largement et se referma sur la petite valise pour complètement l'enfermer en elle. La petite valise, aidée par Lévis, se débattit si fort qu'elle finit par faire sauter la fermeture de la grosse valise et par sortir en courant. Lévis et la petite valise s'enfuirent en courant ne sachant trop en quelle direction.
Le hasard fit qu'ils se retrouvèrent mystérieusement chez M. Latour. M. Latour les reçut amicalement. Il tenait comme en laisse une immense valise sur roulettes comme celle que l'on emploie pour de longs voyages. Puis, sans que personne ne puisse réagir et dire quoi que ce soit, M. Latour détacha la courroie avec laquelle il tenait la grosse valise à roulettes et se mit à enlacer la petite valise avec la courroie et à l'attacher solidement pour l'empêcher de s'ouvrir. Lévis assistait à la scène impuissant. Il finit par piquer une colère telle que M. Latour, surpris, lâcha prise un instant, juste le temps que Lévis attrape la petite valise bien attachée et se sauve avec.
Une fois éloignés de la maison, Lévis et la valise s'arrêtèrent sur le bord du chemin à l'orée du bois. Et là patiemment, Lévis se mit à défaire les noeuds de la courroie autour de la valise pour libérer celle-ci. Puis, ouvrant doucement la valise, il la déposa sur un sol mousseux au pied d'un arbre. Lévis ce soir là se coucha la tête dans la valise entre les bas et les pantalons tout près de Snoopy. La nuit était très épaisse et d'étranges cris traversaient la forêt. Tout tremblants, Lévis et la petite valise n'osaient pas bouger.
Soir après soir, le cauchemar se répéta sans que ni Lévis ni la petite valise
n'en
comprennent rien.
Chapitre trois
Lévis et la petite valise étaient de plus en plus enfermés en eux-mêmes. On avait beau essayer de les aider, ils ne voulaient plus rien dire à personne. Les allers retours étaient de plus en plus routiniers. Lévis et la valise se perdaient de plus en plus souvent. Et chaque fois qu'ils consultaient la carte routière placée dans la valise ils se retrouvaient encore plus mêlés qu'avant. Ils y reconnaissaient bien des chemins connus, mais il s'en ajoutait toujours de nouveaux qui bien souvent ne semblaient mener nulle part. Même les anciens chemins étaient annotés pour indiquer des détours ou des voies sans issues.
À force de distractions et de fouilles infructueuses, Lévis finit un jour par perdre la clef de la petite valise. Cela prit plusieurs jours avant qu'il ne la retrouve pour enfin ouvrir la valise. Mais un malheur n'arrive jamais seul. Lévis perdit à nouveau la clef. Cette fois, la valise n'était pas barrée. Il la fermait sans la barrer et la maintenait pratiquement toujours fermée de peur de perdre autre chose. Toute recherche fut peine perdue. La clef semblait bien perdue à tout jamais.
Les Latour se fatiguèrent eux aussi de ce va et vient continuel d'une maison à l'autre. D'ailleurs, les relations entre M. Latour et Mme Latour se détérioraient de jour en jour.
Ils s'entendirent quand même sur un point: Lévis et la petite valise devaient définitivement s'installer chez l'un ou l'autre. Finis les autobus et les voyages. Lévis et la petite valise devaient choisir où ils désiraient demeurer. Les parents de Lévis avaient beau insister, Lévis et la petite valise n'arrivaient pas à se décider.
Un jour, par mégarde, Lévis barra la petite valise. Rien à faire, impossible de l'ouvrir, impossible aussi de retrouver la clef. De toute façon, le temps des voyages était du passé, et Lévis possédait des vêtements neufs que lui avaient achetés son père et sa mère. Il demeurait toujours chez sa mère, n'ayant pas encore pu se décider à y demeurer ou à partir ailleurs chez son père.
Tous les soirs, Lévis plaçait sa petite valise, maintenant fermée, près de son lit. Il finissait par s'endormir et régulièrement il refaisait le même cauchemar.
Lévis et la valise ne pouvaient plus guère bien communiquer entre eux. Ils gardaient des liens un peu flous mais chacun vivait de son côté.
La petite valise avait de son côté beaucoup de temps pour ruminer, pour se souvenir du passé. Mais un souvenir non partagé n'a que peu d'attrait. Un jour qu'elle ressassait le fond de sa mémoire, elle découvrit quelque chose de bizarre au fond d'elle-même. Dans le coin à gauche, au fond, on eu dit que le tissu recouvrant le fond de la valise avait tendance à se détacher. Il fallait réparer cela. En y regardant de plus près, la valise s'aperçut que le tissu n'était pas décousu mais qu'il y avait comme un double fond en train de se soulever.
Il y avait bel et bien un double fond. La valise n'en avait jamais pris conscience. Elle en fut toute secouée. Elle était bien curieuse de découvrir ce qui s'y cachait. Mais elle se ravisa très vite. Elle se souvenait avoir vu à la télévision ce qui était arrivé à une valise à double fond: les longs procès pour finalement se retrouver en prison. Il valait encore mieux demeurer comme elle était que de se ramasser en prison.
Mais plus le temps passait, plus le double fond avait tendance à se relever. Certains jours c'était la panique.
Un jour, la valise aperçut dépassant du double fond, un bout de papier. La valise décida enfin d'aller voir. Elle tira sur le papier qui finit par sortir complètement du double fond. C'était une carte routière. Il y avait peu de chemins, quelques villes assez rapprochées les unes des autres, quelques noms. La carte semblait avoir été pliée et repliée à plusieurs reprises. À plusieurs endroits dans les plis, il manquait des morceaux, comme si la carte avait été déchirée ou accrochée quelque part.
La valise regardait tout cela mais sans trop comprendre. Elle y voyait bien des chemins, des villes ou des noms dont Lévis avait parlé dans ses rêves, mais la valise n'arrivait pas à bien voir les éléments sur la carte tel qu'il avait pu se l'imaginer à partir des rêves de Lévis. Mais tout le contenu de ses rêves semblait être là ainsi que d'autres éléments qu'elle ne pouvait pas très bien identifier. Seule, elle se sentait incapable d'y voir vraiment clair. Si seulement elle trouvait la clef de la valise et si elle pouvait en jaser avec Lévis, tout s'éclaircirait. C'était son plus grand souhait. Elle s'ennuyait de ces moments d'intimité avec Lévis mais en même temps, elle avait peur de soulever complètement le double fond et d'en parler ouvertement avec Lévis.
La petite valise regardait distraitement le fond de la valise quand tout à coup son regard fut attiré par quelque chose de brillant qui avait l'air de sortir du double fond. La petite valise tira sur cet objet brillant et après bien des efforts finit par le retirer du double fond. C'était une clef. Elle se dit que si elle pouvait faire parvenir la clef à Lévis, celui-ci pourrait enfin ouvrir la valise. Ils pourraient enfin se parler et peut-être même découvrir le secret du double fond.
Longtemps, la valise appela Lévis. Mais les cris étaient étouffés parce que la valise était fermée. Mais un bon jour, Lévis finit par entendre la faible voix de la valise. Il s'en approcha. Lévis par l'extérieur essayait d'ouvrir la valise ou à tout le moins d'écarter un peu les deux parties de la valise pour que la valise puisse y glisser la clef. À force d'efforts, ils finirent par glisser la clef en dehors de la valise.
Nerveusement et avec beaucoup d'anxiété, Lévis ouvrit la valise. Comme ils étaient heureux de pouvoir enfin se parler ouvertement! Lévis reconnut ses vieux vêtements et son toutou Snoopy. La valise révéla à Lévis la présence du double fond. Lévis ne voulait pas le croire. Il ne le voulait pas, pas dans le sens qu'il ne pouvait croire une telle chose possible, mais véritablement dans le sens qu'il ne voulait pas qu'un tel double fond existe. La valise montra à Lévis la carte qu'elle avait découverte dans le double fond.
Lévis fondit en larmes. Il reconnaissait bien les rues, les routes, les maisons et les noms inscrits sur la carte. Il reconnaissait surtout les morceaux manquants à la carte. Des souvenirs qu'il pensait à tout jamais disparus remontaient à la surface. Lévis raconta longuement à la valise toute l'histoire de toutes les brisures dans la carte. Ces brisures étaient autant de blessures, de moments douloureux de son enfance. On eut dit qu'à mesure que Lévis racontait toutes ses blessures qu'il s'en approchait en même temps, qu'il s'apprivoisait avec elles.
La valise écoutait attentivement, ne reprenant à l'occasion que quelques éléments de ce que disait Lévis pour être bien sûre de bien comprendre. Lévis parla longuement. À un moment donné, la valise fit remarquer comment ce qu'il racontait de son enfance était proche de ce qu'ils avaient vécu ensemble depuis quelques années. Il y avait tous ces chemins croches qui ne mènent nulle part, ces difficultés de se trouver bien, de se trouver aimés de M. Latour comme de Mme Latour, et puis il y avait tous ces chemins que les autres traçaient sur sa carte sans qu'il ne le veuille vraiment.
Mais à chaque fois que la valise voulait soulever le double fond pour y découvrir autre chose, Lévis s'y refusait prétextant qu'il n'était plus un enfant pour jouer à la cachette. Mais la valise, se souvenant de tout ce que Lévis avait raconté dans ses rêves sans même s'en apercevoir, continuait de faire parler Lévis sur ce qu'il ressentait vis-à-vis ce qu'il vivait actuellement et sur ce qui apparaissait sur la carte venue du double fond.
Peu à peu, comme distraitement, Lévis se mit à soulever légèrement le double fond de la valise. Quelle ne fut pas sa surprise de retrouver des morceaux manquants sur sa carte. Il prit ces morceaux arrachés à la carte et les replaça tous les uns après les autres. Bien sûr, sa carte n'était pas redevenue neuve, et les morceaux replacés dans la carte laissaient comme des cicatrices tout autour. Mais presque tous les morceaux y étaient. Peu à peu, Lévis se mit à voir comment sa carte avait été brisée. Il se mit à rattacher des routes les unes aux autres, des maisons les unes aux autres.
Tout cela était bien beau, mais il s'en était passé des événements depuis cette première carte. Lévis et la valise avaient bien voyagé. Il y avait M. et Mme Latour qui eux aussi avaient bien voyagé et qui les avaient dirigés sur toutes sortes de chemins. La petite valise suggéra à Lévis de faire un jeu, une sorte de casse-tête juste pour voir. Ils prendraient des morceaux de la carte que lui avait remise Mme Latour et sur laquelle un peu tout le monde avait ajouté des chemins, des maisons et des détours pour voir si ces morceaux ne pourraient pas s'imbriquer avec la carte trouvée au fond de la valise.
Ce fut comme un jeu. Puis ce fut un vrai casse-tête. Les couleurs ne concordaient pas toutes, les chemins ne se rejoignaient pas tous. Après avoir fait un peu de ménage, la valise et Lévis réussirent avec joie à placer ensemble des morceaux de la nouvelle carte tellement embrouillée avec des morceaux de la carte trouvée dans le fond de la valise. Il y en avait juste assez pour voir comme de nouveaux chemins qui se traçaient vers le rang croche et entre M. Latour et Mme Latour. Lévis était capable de retrouver le chemin qui conduisait vers M. Latour et le chemin qui conduisait vers Mme Latour. Mais les numéros de route n'étaient pas indiqués sur la carte. Il faudrait encore des recherches pour bien voir.
Cela faisait tout un casse-tête : de vieux morceaux de carte avec des morceaux plus récents, des morceaux collés laissant paraître les déchirures du passé, des routes anciennes et des routes nouvelles. La valise et Lévis ne savaient pas trop comment, mais ils avaient vraiment l'impression d'être en train avec tous ces morceaux de construire un réseau tout neuf et meilleur que le premier (un peu rudimentaire et avec des trous) et meilleur que le deuxième (un peu trop chargé avec surtout des routes qui pour eux n'allaient nulle part et sur lesquelles ils se sentaient tout à fait mal à l'aise). Ils se mirent à rêver comme il serait beau de pouvoir réaliser ce qu'ils avaient toujours désiré sans toujours pouvoir le nommer tout en y ajoutant une dose de réalisme avec tout ce qu'ils avaient appris durant leurs nombreux voyages.
La valise et Lévis rêvaient encore quand, tout à coup, Lévis se mit à blêmir et les pentures de la valise à grincer. C'est qu'encore une fois, le rêve se changea en cauchemar. Le même cauchemar se remit à les envahir. Lévis demeura bouche bée tandis que la valise se referma nerveusement. Après un moment d'affolement, la valise s'ouvrit à nouveau et suggéra à Lévis de fouiller encore dans le double fond et d'étaler sur la table toutes leurs dernières découvertes. Peut-être trouveraient-ils l'explication à ce cauchemar.
Après avoir examiné longuement tout ce qui était sorti du double fond et avoir aussi ressassé tout ce qu'ils avaient vécu pendant les dernières années, ils commencèrent tous deux à ressentir comme une paix les envahir. C'est comme si tout devenait plus clair.
La valise rappela à Lévis comment ils se sentaient de plus en plus étouffés à chaque fois qu'ils se retrouvaient chez Mme Latour. Ils avaient vraiment l'impression d'être enfermés dans un cachot au soubassement d'une tour imprenable. Ils ne se sentaient plus chez eux et ne pensaient qu'à s'enfuir. Si c'était cela le secret de la petite valise avalée par la grosse valise!
Et puis, il y avait ces fins de semaine passées chez M. Latour. Ce n'était guère plus réjouissant. Ils avaient vraiment l'impression que M. Latour ne s'intéressait pas à eux mais qu'il cherchait au contraire des moyens pour fuir. À chaque fois que Lévis voulait s'en approcher, M. Latour détournait l'attention et la conversation. Ce n'était plus comme avant. Un jour, M. Latour avait donné un toutou neuf à la valise, mais en fait, c'était pour s'en débarrasser. Ce n'est pas d'un toutou que Lévis avait de besoin. Lévis l'avait bien senti lui qui avait préféré garder ce vieux Snoopy que son père lui avait donné alors qu'il était tout jeune. Se sentant frustrés, la valise et Lévis étaient devenus de plus en plus agressifs envers M. Latour. Évidement, qui gagnait? M. Latour. Il savait bien leur clore le bec et couper court à toute tentative de la valise et de Lévis pour changer quoi que ce soit. La valise et Lévis se sentaient muselés, ficelés.
La valise trouve une nouvelle enseigne
Tranquillement, à mesure des souvenirs et des prises de conscience, la valise et Lévis multiplièrent des points de repères pour comprendre tout ce qu'ils vivaient depuis plusieurs années. Ils se dirent que ce n'était pas par hasard s'ils se retrouvaient dans une telle situation, s'ils ressentaient toutes ces émotions contradictoires et qu'ils se sentaient si effrayés, tout perdus.
Depuis longtemps, ils ne se reconnaissaient plus. Maintenant ils commençaient à se comprendre. La valise et Lévis comprenaient mieux maintenant le fait qu'ils étaient si unis. Ensemble, ils étaient maintenant capables de trouver des mots pour exprimer tout ce qu'ils ressentaient en dedans.
C'est comme un nouveau chemin qui s'ouvrait devant eux, un chemin où ils savaient un peu plus d'où ils venaient et où ils voulaient aller. Lévis regarda bien en face la valise. Sans rien dire, il détacha de la poignée de la valise l'étiquette sur laquelle Mme Latour avait inscrit Destination - Retour. À la place, Lévis attacha une étiquette avec un seul nom, le sien, et une seule adresse, celle qu'il choisissait maintenant d'habiter.
De leurs côtés, M. et Mme Latour avaient aussi bien réfléchi. Ils se retrouvaient aussi malheureux qu'avant. Ils avaient voulu régler leurs problèmes par personne interposée, Lévis, et cela avait été un échec. Ils avaient voulu recommencer leur vie en prenant un nouveau conjoint. Au début, tout était merveilleux. Mais bien vite ils avaient constaté qu'ils se retrouvaient exactement dans la même situation qu'avant. Même que les choses avaient empiré. Ils se détruisaient l'un l'autre et avaient aussi brisé leurs relations avec Lévis.
Par la suite, lorsqu'ils rencontraient Lévis et la valise, ils cessèrent graduellement de vouloir espionner l'autre et de discréditer l'autre aux yeux de Lévis et de la valise. Ils laissaient à Lévis le soin de choisir ce qu'il voulait mettre dans sa valise. La valise commença à respirer un peu mieux. Elle se trouvait dégagée de tout ce que tout le monde voulait y enfouir.
Lévis continuait à rêver la nuit. Mais ses rêves changeaient graduellement. Il se voyait arriver avec sa valise devant un beau château. De la tour, une voix les invitait à entrer. Un beau ruisseau sur lequel voguaient des canards entourait le château et la tour. Lentement, le pont donnant accès à la tour se baissait. La valise et Lévis s'y engageaient. Au moment d'entrer dans la tour, Lévis se réveillait.
Lévis et la valise savaient que désormais ils pouvaient espérer habiter une maison où il y aurait de l'espace pour respirer, une maison où ils seraient bien. Ils savaient qu'ils pouvaient trouver un chemin nouveau pour aller de chez eux chez M. Latour et de chez eux chez Mme Latour.
La valise et Lévis avaient l'impression d'avoir parcouru des kilomètres. Ils avaient exploré comme jamais dans les voyages précédents. Comme à chaque voyage, ils avaient l'habitude de coller sur la valise un macaron en souvenir du coin de pays visité, il décidèrent de coller un nouveau macaron sur la valise. Mais cette fois-ci, ils choisiraient ensemble le macaron à coller.
Lévis proposa de le fabriquer eux-mêmes. La valise acquiesça. Lévis fit la première suggestion. Il dessina un pont-levis qui s'ouvrait sur un chemin. La valise dessina une rivière sous le pont. Sur le bord de la rivière poussaient des arbres tout en fleurs. De l'autre côté du pont, une route très sinueuse d'abord puis avec des courbes douces. Dans le début de ces courbes, Lévis se dessina en train de courir joyeusement. À ses côtés la valise ouverte ressemblait à un oiseau en train de prendre son envol. Les suivait le toutou Snoopy qui avait l'air d'avoir repris un air de jeunesse. La valise ajouta plusieurs autres chemins qui partaient du chemin principal ou bien qui y aboutissaient. Lévis dessina sur les différents chemins ses parents et d'autres personnes rencontrées au cours des années. Et, d'un commun accord, ils laissèrent beaucoup d'espaces blancs pour pouvoir y ajouter avec le temps d'autres éléments, fruits de leurs découvertes.
Lévis et la valise se sentaient maintenant plus capables de se retrouver chez Mme Latour ou chez M. Latour sans se sentir menacés. De renfermés sur eux-mêmes qu'ils étaient, ils apprirent lentement à se faire de nouveaux amis sans se sentir obligés de leur ressembler en tout point.
Les nouveaux conjoints des parents de Lévis cessèrent aussi de donner des ordres à Lévis et à la valise. De part et d'autre, ils découvrirent des aspects nouveaux de leur personnalité. Tout le monde n'était pas toujours d'accord et il y avait encore quelques courbes dans leurs relations, mais ils apprenaient à s'écouter et à se respecter.
Au cours de ces visites chez des amis ou chez ses parents, Lévis et la valise se surprenaient à apprendre autant sur eux-mêmes que sur les autres. À mesure qu'ils faisaient un apprentissage, Lévis et la valise l'indiquaient sur leur macaron. Celui-ci prenait de plus en plus l'allure d'une carte. Mais elle était différente de celle qu'ils avait d'abord connue, (cette carte toute embrouillée qu'on leur forçait à utiliser), et en même temps différente de la carte trouvée dans le double fond de la valise, (cette carte passablement déchirée). Curieusement, leur macaron conservait des éléments des deux cartes mais comme en laissant de l'espace et de l'air dedans.
Un jour, au cours de leurs nombreuses visites, ils aperçurent sur le coin de la table de salon un livre bien usé avec les coins retournés. D'après l'usure de la tranche, Lévis et la valise conclurent que certaines pages avaient dû être lues plus souvent. Ils commencèrent à feuilleter le livre. C'était un drôle de livre. On eut dit que l'auteur avait comme attaché ensemble plusieurs pages ou morceaux de page. On eut dit comme un casse-tête agencé avec soin mais à partir de toutes sortes de morceaux.
La valise et Lévis se mirent à en lire quelques pages. La valise s'exclama la première. En effet elle venait de découvrir qu'elle n'était pas seule à trouver des choses cachées. On parlait d'un homme qui avait tout vendu pour acheter un terrain dans lequel se trouvait un trésor caché. De son côté, Lévis se prit de sympathie avec cette femme samaritaine dont on racontait la surprise de se voir accueillie par un étranger. La valise s'aperçut que les histoires de pêche n'étaient pas d'aujourd'hui. Il paraît qu'un groupe de pêcheurs avait peiné toute la nuit quand quelqu'un au matin levant leur avait indiqué comment prendre une quantité incroyable de poissons.
Lévis s'exclama tout à coup. Il n'en finissait pas de trouver des pages dans lesquelles on parlait de fêtes, de repas, de rassemblements. Il y avait un repas en particulier qui le touchait profondément. Cela semblait avoir beaucoup d'importance puisque Lévis avait retrouvé ce récit raconté à plusieurs reprises. On y racontait le repas d'un groupe de personnes qui semblaient en avoir passablement long à se raconter. Le repas s'était prolongé tard dans le soir.
Finalement, la valise fit remarquer à Lévis le nombre de routes tracées dans ce livre. Le récit qui attira particulièrement leur attention fut celui de ces hommes marchant tristes sur le chemin. Ils étaient trois. Deux marchaient d'un pas lourd comme tirés par le troisième. À un moment donné, alors qu'ils s'étaient arrêtés pour manger, l'homme qui semblait plus reposé disparut. Ce qui intrigua le plus Lévis et la valise fut de voir les deux autres "traînes la patte" partir en courant et en riant sur la route.
En partant de chez leur ami, Lévis et la valise se dirent entre eux qu'un jour ils essaieraient de trouver quelqu'un pour leur expliquer ce drôle de livre et surtout ce récit des hommes qui semblent tout heureux de voir disparaître leur compagnon de route.
La dernière fois que j'ai rencontré Lévis et la valise, c'était à un carrefour de routes très achalandées. Lévis était en train d'ajouter quelque chose sur le macaron collé sur la valise. Je n'ai pas pu bien voir ce que c'était. J'aimerais bien les rencontrer à nouveau pour pouvoir jaser avec eux à valise ouverte, car moi aussi j'en ai du bagage dans le fond de ma vie.
LA VALISE QUI AVAIT PERDU
LA CARTE
La famille Latour
Les Latour forment un couple qui a passé de la fusion au divorce. Au début, c'est le coup de foudre. C'est la fusion totale. Tout ce qui est extérieur à leur couple est jugé comme mauvais.
Chacun arrive avec sa propre carte du monde. Par la suite, c'est la déception. Les différences apparaissent. Chacun veut que l'autre change. Cela ne se produit pas.
Ils cherchent à l'extérieur. C'est à ce moment qu'ils décident d'avoir un enfant. Il s'appellera Lévis. Il est désiré pour être un pont-levis entre les Latour.
La mère qui n'est plus dans le désir de son mari cherche à être dans le désir de son enfant.
Il se vit entre la mère et l'enfant une relation fusionnelle. Le père qui est de plus en plus absent, qui en même temps cherche l'intimité et l'éloignement pour ne pas étouffer, ne joue pas son rôle pour effectuer la coupure entre la mère et l'enfant, pour briser la fusion.
L'enfant devient l'objet de dispute. Il ne peut en être autrement car il n'est pas désiré pour lui-même mais pour créer un pont, pour réparer une blessure qui est ailleurs. À ce moment, l'enfant développe un sentiment de culpabilité. C'est de sa faute, pense-t-il si ses parents se disputent. Il développe une mésestime de lui-même, il ne se sent pas aimé.
L'enfant rêve de retrouver la fusion perdue où tout était harmonie, où il était aimé.
Le divorce survient parce que les Latour ont été incapables de comprendre que le malaise était en eux-mêmes, qu'il vient de leurs propres cartes.
L'enfant au coeur de la dispute, non accueilli pour lui-même a l'impression qu'il n'a plus de maison.
On achète
Les parents achètent une petite valise qu'ils trouvent entre deux grosses valises. C'est une valise adaptée à la situation. L'enfant aussi se sent bien petit entre ses parents.
L'enfant projette à l'extérieur, sur un objet, la valise, ce qu'il vit à l'intérieur. Il n'a aucun mot pour dire ce qu'il ressent en dedans.
L'enfant se plonge la tête dans ses souvenirs, dans ses rêves dans l'espoir de retrouver sa jeunesse, son enfance. Tout allait alors si bien, tout était harmonie totale. Mais il est vite ramené à la réalité.
Tout ce que l'enfant vit, ses blessures, il les cache dans un monde de rêve, dans un objet extérieur comme dans un autre lui-même. La valise est la projection de son premier je, de sa première carte, de sa carte du monde. Il y cachera toutes ses blessures, tous ses espoirs premiers, toutes ses premières demandes.
Destination - retour
La mère veut garder pour elle son enfant même si elle consent à ce qu'il aille chez son père. Il y a double contrainte. Va chez ton père, mais aussi n'y va pas. Elle veut que l'enfant prenne contact avec son père, mais en même temps, elle veut l'envelopper. Elle veut demeurer la principale.
La première carte routière
. entre les bas et les pantalons
Vite apparaît la deuxième carte, le programme officiel. Cette carte routière n'est pas la véritable carte de l'enfant.
L'enfant se retrouve devant un père absent. Père manquant, fils manqué. Le père est devenu de plus en plus manquant, absent. L'enfant garde la nostalgie de la présence de son père. Il projette cette nostalgie, ce désir dans le vieux toutou Snoopy, cadeau de son père du temps de la fusion.
Il est difficile de rétablir la présence, la communication. Snoopy, souvenir de la présence de son père, souvenir de la fusion, est toujours présent au coeur même du programme officiel, du deuxième je.
Tout ce qui a été vécu au départ demeure, mais est de plus en plus enfoui profondément dans l'inconscient. Tout cela est pêle-mêle. Tout cela est gardé enfoui, est caché pour pouvoir garder une paix de surface.
. les passages
Ce n'est pas l'enfant qui décide. Ce qu'il vit, ses émotions ne sont pas vraiment considérées. C'est d'abord l'arrangement des parents. L'enfant a été écarté de la décision.
L'enfant est marqué par toutes ces directives, par toutes ces directions que les personnes de l'extérieur donnent à sa vie.
Le père essaie de compenser ou remplacer sa présence par des activités dans lesquelles il n'a pas à se dire et dans lesquelles l'enfant n'a pas à être écouté.
L'enfant est de plus en plus marqué par ces présences qui sont en fait des absences.
Non seulement les parents composent le programme officiel, mais tout l'entourage y contribue. Jamais, l'on ne se préoccupe de ce que vit vraiment l'enfant. On multiplie les conseils à l'enfant.
La jalousie entre les parents, par laquelle chacun veut être plus aimé et considéré que l'autre, amène à discréditer l'autre parent aux yeux de l'enfant.
Plus cette situation perdure, plus ça bouge et gronde dans la carte du monde de l'enfant. Mais tout est toujours étouffé. L'équilibre est fragile. Ça pourrait sauter.
La deuxième carte
. les chemins s'embrouillent
L'enfant finit par assumer le programme officiel, par le connaître par coeur, par le suivre, par s'en faire un devoir.
Mais tout devient de plus en plus embrouillé. L'enfant finit par se comprendre de moins en moins et par de moins en moins comprendre où va sa vie.
Même s'il y a divorce de ses parents, l'enfant veut être aimé des deux parents. Mais il finit par ne plus savoir comment être aimé ni de l'un ni de l'autre.
Le discrédit d'un parent par l'autre coupe en fait la présence des deux parents et non seulement du parent discrédité.
L'enfant se comprend de moins en moins et ne sait pas comment habiter l'amour de son père et de sa mère. Il finit par se sentir de plus en plus coincé, par croire qu'il n'a plus de demeure, de maison.
.défense de passer
La venue d'un nouveau conjoint accentue le fait que l'enfant sent bien qu'à quelque part il n'a pas sa place.
Il y a double contrainte. Il entend sa mère lui dire : viens je t'aime, approche-toi et en même temps n'approche pas. Il entend son père l'inviter à venir, lui dire sa présence, lui faire des présents, et en même temps accentuer son absence.
Cela était déjà inscrit dans l'inconscient de l'enfant depuis son enfance, depuis sa sortie de la fusion avec ses parents. Cette nouvelle blessure accentue la première. C'est un choc qui amplifie le premier choc.
Avec la venue d'une conjointe, le père est moins présent. Ce n'est pas d'un cadeau neuf que l'enfant a besoin, qu'il recherche, mais de la présence d'autrefois. Il n'y a pas vraiment d'arrêt chez le père, ce n'est qu'un passage à côté.
L'enfant vit de moins en moins d'estime de lui-même à cause de la relation manquée. Il manque la qualité de la présence qui permettrait l'émergence de l'estime de lui-même.
Le désir de la fusion est toujours présent dans l'inconscient de l'enfant. Il se fait entendre, il monte un peu à la surface, mais sans trop s'identifier. Cependant, il ne peut être rejoint, être réalisé.
.voie sans issue
Les nouveaux conjoints du père et de la mère se situent dans une ligne d'autorité avec l'enfant et sur un terrain occupé auparavant par l'un ou l'autre parent. Cela ne peut amener que fermeture, recul et révolte.
Les parents peuvent vouloir que l'enfant les respecte, qu'il les accepte dans tout ce qu'ils vivent, mais eux ne respectent pas ce que l'enfant vit.
L'enfant se sent envahi par sa mère, il se referme et veut s'enfuir.
L'enfant montre d'autant plus d'agressivité envers son père qu'il manque de sa présence.
. arrêt interdit
À force d'être dans les valises, de ne plus pouvoir habiter l'amour de ses parents, l'enfant n'a plus de demeure. Il ne peut jamais s'arrêter pour dire qu'il est chez lui. Il ne peut s'arrêter nulle part.
. du rêve au cauchemar
L'imagerie révèle des paires:
* le désir qui veut revenir à la surface:
nouveaux vêtements vs vieux vêtements et vieux Snoopy
le programme officiel vs la carte du monde
* la relation à la mère:
une grosse valise vs une petite valise
la grosse valise enferme la petite vs fait sauter la fermeture de la grosse valise
enfermé, étouffé vs fuite
L'absence du père n'a pas aidé l'enfant à se défusionner de sa mère
* la relation au père:
reçu amicalement vs valise à roulettes, donc absente
désir de la valise de s'ouvrir, de parler vs le père la boucle
impuissance à communiquer vs colère et fuite
* la blessure et le désir profond:
veut se libérer des contraintes vs veut retrouver la fusion
et l'harmonie de l'enfance
Comment sortir de l'impasse, comment trouver le chemin de la vie? L'enfant est paralysé.
La clef perdue
La manière pour les parents de régler ou de ne pas régler leurs blessures a une influence sur la blessure de l'enfant. En fait, comme les parents ne vont pas voir leurs blessures, ils n'en sortent pas et ils vont toujours reprendre, répéter la situation du passé.
La personne cherche consciemment ce qui a manqué et retrouve inconsciemment ce qu'elle a connu.
L'enfant ne peut régler sa blessure. Il n'a plus aucun point de repère, il n'a plus aucun chemin, aucune porte d'entrée pour régler le problème. Il a perdu la clef ouvrant sur une solution à la blessure.
Arrêt d'autobus
Au début, les parents décident à la place de l'enfant. En fait, ils se servent de lui pour régler leurs problèmes, leurs blessures.
Devant l'impasse, ils placent l'enfant devant un choix à faire entre les parents. Mais celui-ci ne peut choisir car il veut les deux et ne connaît plus le chemin vers aucun des deux.
La rupture et la fermeture de l'enfant deviennent totales. Il n'y a plus de possibilité d'être chez l'un et l'autre en même temps et d'être aimé, estimé en lui-même. Peu importe le choix, ce choix signifie une exclusion de l'autre.
Non seulement l'enfant n'a plus la clef de la solution, mais ce qu'il est, ses besoins, ses désirs sont définitivement enfouis, enfermés. L'enfant perd le contact avec lui-même.
Bien que cela paraisse contradictoire, le cauchemar est la seule possibilité de salut. Le cauchemar représente la seule façon pour l'inconscient de monter à la surface, de tenter un dialogue entre le premier je et le deuxième je. Mais encore faudrait-il comprendre le langage de ce cauchemar.
Double fond
Ce qui est enfoui dans notre inconscient, dans le premier je, dans la première carte cherche toujours à revenir à la surface.
La personne résiste à aller voir la blessure qui s'y cache par peur d'être encore blessée. On préfère agir que de se souvenir. Malgré tout, rien ne peut l'empêcher de revenir la surface.
Inconsciemment, la personne demeure fidèle à sa carte même si la carte conduit à sa mort.
Les codes de la route
Le premier je a retenu le choc de la sortie de la fusion. Il y a divorce entre le premier je sorti de la fusion et le deuxième je social qui, lui, a enregistré les rôles, le langage convenable et qui s'est constitué en programme officiel.
La thérapie passe par l'écoute du premier je par le deuxième je. Mais c'est difficile. L'enfant manque de repères, de capacité de faire des liens.
L'enfant se retrouve pris dans une double contrainte:
* le programme officiel: les buts conscients,
les demandes qu'une personne fait
et
* la carte du monde: le premier je,
les demandes inconscientes
Cette double contrainte est le prisme par lequel l'enfant ressent la réalité. Le programme officiel et la carte du monde sont des cartes réductrices de la réalité.
Tout ce que la personne est devenue est là, mais comment faire l'harmonie? Comment discerner? Il faudrait que le deuxième je accepte de regarder le premier je.
Au fond du double fond
L'enfant finit par prêter l'oreille à son premier je. C'est la clef de sa survie, de la quête de son identité, de son autonomie.
Le premier mouvement consiste à accepter qu'il y a un double fond en soi, un je caché et blessé. Lorsque la personne accepte de regarder ce double fond, elle revit la blessure et cela fait mal. Mais c'est un passage obligé de la thérapie.
Il y a un temps d'apprivoisement. Le focusing permettra de rejoindre de plus en plus cette blessure et de construire avec.
Nouvelle carte
Des points de repère surgissent, des liens se font entre le passé et le présent. Il y a souvent des reculs, des refus d'aller plus loin. On ne peut forcer mais seulement y revenir patiemment convaincu qu'il y a là une source de vie.
La thérapie ne consiste pas à nier ou rejeter la blessure, elle consiste à construire avec.
Peu à peu, en rassemblant tous les morceaux, ceux de son premier je et ceux de son deuxième je, l'enfant arrivera à faire poindre sa propre identité. C'est une recherche d'unification et de cohérence.
Peu à peu, l'enfant trouvera des mots pour dire sa réalité, pour dire son identité.
Identité requise
Le rêve, l'imagerie débouchent sur des paires. L'imagerie se comprend lorsque l'on saisit les paires.
L'imagerie est très révélatrice de la vie. Lorsque l'on saisit les paires, les symboles, on trouve des repères et on se retrouve. Il y a une croissance possible.
L'enfant comprend son cauchemar, il est capable d'identifier chacun de ses éléments.
La valise trouve une nouvelle enseigne
Le prisme à travers lequel l'enfant ressentait la réalité est en train de changer. Il est important de savoir discerner.
La première quête de l'homme est l'autonomie, est d'être à sa propre enseigne.
L'enfant veut être lui-même et aimé.
La maison sur le rang croche
Pour les parents, la façon de gérer leurs propres blessures a eu une influence sur la blessure de l'enfant.
En cherchant ce qui leur a manqué, ils se sont retrouvés avec ce qu'ils ont connu.
Lorsqu'eux aussi découvrent leurs blessures et apprennent à construire avec, c'est tout le système de relation parents et enfant qui change.
Le fait de cesser de discréditer l'autre aidera à la relation. L'enfant veut habiter l'amour des deux parents.
Les parents laissent l'enfant acquérir son identité, son autonomie. Ils cessent de se parler par personne interposée. Ils cessent de chercher dans l'extérieur la solution à leurs propres blessures.. Ceci crée un espace pour que l'enfant aille découvrir en dedans de lui tout ce qui se vit, pour découvrir les appels à la vie.. Il est maintenant possible pour l'enfant d'inventorier un endroit secret en lui.
Nouveau macaron
L'enfant devient capable de dire son identité, de la construire. Cette identité passe par ce qu'il a toujours été (pont), par les appels à la vie (rivière et arbres), par le rang croche (par toutes les blessures), par un nouveau chemin à parcourir (mais qui comportera aussi des courbes).
La découverte de son identité, ouvre à l'avenir, rend capable de surmonter les difficultés, donne des ailes (valise). C'est comme une nouvelle naissance, non à partir de rien, mais à partir de sa réalité (Snoopy).
L'identité ouvre à la communion avec les autres (multiples chemins venant de ou vers la route principale).
On se visite
Un solide sentiment de son existence, de sa réalité, de son identité est nécessaire pour que l'humain soit capable d'établir une relation véritable avec autrui sans se sentir menacé.
Les nouveaux conjoints des parents établissent une relation autre que d'autorité. Ils investissent là où le père et la mère biologiques ne sont pas présents.
Des relations nouvelles favorisent l'acquisition de l'estime de soi. C'est la qualité de la relation, de la présence qui favorisera l'autonomie, la croissance, qui permettra d'habiter l'amour de ses parents.
Ensemble, parents et enfant développent entre eux à la fois l'autonomie et la communion. Pour ce, ils développent la capacité:
* d'expression de soi ouverte et non déformée
* de recevoir l'expression de l'autre
d'une manière ouverte et non déformée
* de voir les différences et les désaccords
comme une occasion de grandir et de se comprendre
* de s'engager à exprimer à l'autre toutes les émotions
* d'établir des frontières claires comme expression de ses limites
* de comprendre et accepter que ni l'un ni l'autre
n'a l'intention de blesser l'autre
* de vouloir donner à l'autre tout ce que l'on peut.
Identité et communion
Le projet de Dieu va se réaliser lors du discernement. La volonté de Dieu passe par le discernement: découvrir ce qui se cache.
Un pouvoir respirer psychologique permettra d'accueillir Dieu dans un souffle (Esprit). Quelle intimité et quelle communion les personnes sont-elles capables de vivre?
L'intégration de ce que l'on est ouvre à la foi.
Il y a un trésor caché en soi. Un trésor déposé par Dieu, par Jésus. Jésus veut que nous mettions tout en oeuvre pour le découvrir, pour le posséder.
Jésus accueille toute personne telle qu'elle est avec ses blessures. Cet accueil nous permet de nous accueillir nous-mêmes, de nous ouvrir à la communion.
Le discernement, découvrir ce qui se cache, n'est pas facile. Il faut peiner et recommencer bien souvent. Jésus encourage, supporte, accompagne pour que nous puissions enfin trouver et vivre.
Jésus invite à la communion, au partage de tout ce que nous sommes et de ce que nous vivons. Il invite à l'intimité. Cette intimité ne se réalise pas au matin de notre vie, mais elle se découvre et s'enracine jusqu'au soir de notre vie.
Tous nos rangs croches, Jésus les parcourt avec nous. Les maisons dans le rang croche, Jésus les habite avec nous. C'est lui qui nous donne la capacité de discerner ce que nous vivons. Lorsque ce discernement se produit, c'est une vie nouvelle qui surgit, une force nouvelle qui nous envahit. Nous devenons capables de parcourir dans l'espérance tous les rangs croches. Nous savons que nous habitons le coeur de Jésus. Nous savons qu'il habite notre vie et marche avec nous.
Il me reste encore beaucoup à découvrir, à jaser avec Jésus du bagage tiré du fond de ma vie et du bagage acquis sur les routes visitées.
Le macaron de ma vie a encore des espaces blancs pour l'enrichir.