Histoire d'une dévotion

"Messire J.J. Olier, le fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice à Paris dédiait la compagnie qu'il venait d'instituer pour évangéliser les villes à la Sainte Famille, et, par suite de la dévotion particulière qu'il avait pour sainte Anne, la prenait pour son avocate dans ses affaires temporelles.

"Dès 1627, nous voyons la dévotion de Sainte Anne recevoir la haute consécration de l'autorité épiscopale. Par son mandement du 3 décembre, Mgr de Laval, premier évêque de la Nouvelle-France, érigeait la solennité de Sainte Anne en fête obligatoire pour tout le pays.

"Quelques années plus tard, dans un catéchisme préparé par les soins de Mgr de Saint Valier, second évêque de Québec, nous trouvons que les motifs qu'ont les Canadiens d'honorer particulièrement Sainte Anne sont que: "la colonie lui est redevable d'une infinité de faveurs et de grâces qu'elles a reçues par son intercession.

"De tous les sanctuaires dédiés à la mère de Marie, aucun n'est devenu si rapidement miraculeux, ni plus populaire que celui de Sainte Anne du Petit Cap ou de Beaupré, qui est le sixième établissement fondé depuis la découverte du pays. Après Tadoussac, Québec, Montréal, Château-Richer, vint Sainte-Anne-de-Beaupré.

"Le premier missionnaire de Sainte-Anne fut le R.P. André Richard, jésuite, en 1657, l'année même de l'arrivée des premiers Sulpiciens à Montréal. Il baptisait le 28 juillet 1657 un enfant du nom de Pelletier. Ce garçon devint le frère Didace, récollet, mort en odeur de sainteté en 1699, aux Trois-Rivières où il fut inhumé.

"Parmi les autres desservants de Sainte-Anne, on remarque M. Morin, à partir de 1885 à 1693, le premier prêtre canadien, né à Québec en 1642, ordonné en 1665 et mort à l'Hôtel-Dieu de Québec en 1702.

"En 1759, M. Joseph Porneuf, se trouvait curé de St-Joachim, paroisse voisine de Beaupré. Comme on était au temps de la cession du pays, ce généreux pasteur se mit courageusement à la tête de ses paroissiens afin de résister aux Anglais qui promenaient la torche incendiaire sur toute la Côte de Beaupré, l'Île d'Orléans et la côte du Sud. M. Porneuf fut massacré sans pitié par plusieurs de ces lâches, avec sept de ses paroissiens, le 23 août, et, le 26 du même mois, son corps fut inhumé à Sainte-Anne sans cercueil.

"Ajoutons que notre historien Ferland, né à Montréal, a été aussi curé de Sainte-Anne, de 1837 à 1841.

"À partir de 1878, la cure de Sainte-Anne de Beaupré a été confiée aux RR. PP. Rédemptoristes de Belgique dont l'ordre a été fondé en 1732 par saint François de Ligori.

"La mission de ces Religieux est de prêcher et de prier pour la conversion des pécheurs les plus endurcis et de répandre le culte de la bonne Sainte-Anne.

"Selon l'éminent historien Faillon, S.S. dans son Histoire de la Colonie Française en Canada, le premier autel élevé à Beaupré sous le vocable de Sainte Anne, fut celui qu'y fit construire en 1658 M. Thubières de Queylus, premier supérieur du séminaire de Saint-Sulpice dans Ville-Marie, et vicaire-général en Nouvelle-France.

"L'austère religieux marqua lui-même l'endroit où serait construite l'église, et dès le 13 mars 1658, M. le gouverneur-général d'Ailleboust alla en compagnie de M. Guillaume Vignal, - sulpicien, cruellement martyrisé par les Iroquois en 1661- visiter la côte de Beaupré pour voir si on travaillait aux "réduits".

"Messire Vignal délégué spécialement par M. de Queylus, bénit la place de l'église du Petit-Cap, et M. d'Ailleboust, fervent serviteur du Petit-Cap, voulut poser la première pierre du petit temple, placé sous le vocable de la mère de Marie.

"En 1666, le vice-roi de la colonie, M. le Marquis de Tracy, accompagné du gouverneur fit un pèlerinage à Sainte Anne de Beaupré où il reçut Jésus-Hostie. Cinq mois après, le 17 août, le même personnage se rendit de nouveau dans ce sanctuaire en compagnie de Mgr de Laval.

"Le tableau que l'on remarque et admire au-dessus du maître-autel de la basilique actuelle et sorti, affirme-t-on, du pinceau de Lebrun est un dos de M. de Tracy; ce tableau représente Sainte Anne et sa pieuse fille en présence d'un pèlerin et d'une pèlerine. Au-dessus de ses quatre personnages: le Père Éternel, au bas: les armes du donateur. Ce don fut fait en 1666, au retour d'un voyage en France et au cours duquel le marquis fut sur le point de périr.

"La chapelle dont M. d'Ailleboust avait posé la première pierre fut bientôt trop petite pour l'affluence toujours croissante des pèlerins. On érigea donc la deuxième église dans un endroit plus éloigné de la mer, au pied de la côte de Beaupré qui commence à Beauport et va se souder aux premiers contreforts du Cap Tourmente dont la hauteur est de 1800 pieds au-dessus du niveau du fleuve.

"L'érection en fut commencée en 1660 sous la direction de M. François Morel, prêtre du séminaire de Québec et 3e missionnaire de Sainte Anne. Mais on ne la termina qu'en 1676 sous M. Filion de la même communauté et 5e directeur de cette mission. On l'agrandit en 1694 sous les soins de M. Herbecy qui y fit faire le clocher. Elle subsiste jusqu'en 1784.

"En 1787, sous M. Gaillard, né à Montréal, on refit presque en entier cette deuxième chapelle.

"Le 26 juillet 1876 fut le dernier anniversaire de la fête de Sainte Anne célébré dans la 2e chapelle terminée justement 2 siècles auparavant. Comme dimension et architecture, ce pieux rendez-vous ne devait pas être considérable, car c'est à peine s'il pouvait contenir commodément assises, cent personnes. Il faut ajouter qu'en 1660, Sainte Anne n'était encore qu'une mission qui fut érigée en paroisse le 3 novembre 1678.

"La troisième église ou basilique fut consacrée en 1876, le 17 octobre, par Mgr l'Archevêque de Québec, qui après la bénédiction, accompagné par la paroisse entière, se rendit à l'ancienne église pour y prendre la sainte relique et la transporter processionnellement dans le nouveau sanctuaire. Cette relique de la grande thaumaturge fut envoyée en 1688 à Sainte Anne de Beaupré par le chapitre de Carcassonne, sur la demande de Mgr de Laval. Elle consiste en une partie de l'os d'un doigt de Sainte Anne, posé sur un morceau de voile.

"Un autre objet bien précieux a été présenté aux missionnaires de la paroisse de Beaupré, en 1880, par le P. P. Charmetant des missions d'Afrique. C'est un fragment de rocher, détaché de la chambre que Sainte Anne habitait à Jérusalem.

"La nouvelle basilique a été élevée, en 1887 au rang de basilique mineure par Sa Sainteté Léon XIII et les décorations intérieures ont été à peu près terminées pendant l'été 1891."

N.B.: "L'archiviste Gagné, raconte Jacques Lacoursière, note que la maison de Lessart servait de pension aux pèlerins, car déjà à ce moment-là, à l'époque du vivant d'Étienne Lessart, Ste-Anne de Beaupré était devenu un lieu de pèlerinage fréquenté beaucoup par les marins bretons." Émission "J'ai souvenir encore" avec Jacques Lacoursière, historien, à Radio-Canada le 7 mai 1995

Tiré de Giroux, H. (1895). Histoire et miracles de Sainte-Anne de Beaupré. Montréal

Bibliothèque du Parlement du Québec.