Première église, 1658
"On savait, dans le siècle dernier, qu'il avait existé à
la côte de Beaupré une première église de Sainte Anne, envahie ensuite par les eaux du
fleuve, remplacée par une autre; et comme le peuple ignorait l'origine de ce monument
primitif, il concluait qu'il avait dû remonter aux premiers temps de la colonie. De plus,
cette église ayant été construite sur les bords du fleuve, on ajoutait qu'elle avait
sans doute été bâtie par des matelots; et comme elle était dédiée à Sainte Anne, on
supposait enfin qu'elle avait été construite en souvenir du pèlerinage de Sainte-Anne
d'Auray, à la demande des habitants du voisinage, venus probablement de la Bretagne.
C'est ce qu'on lit en partie dans une note écrite au dernier siècle sur un registre de
la paroisse de Sainte-Anne, et dans les mémoires publiés par M. de Latour. De toutes ces
suppositions, on devait conclure, comme on l'a fait dans ces derniers temps, que l'église
dont M. de Queylus désigna la place en 1658, était non la première, mais une nouvelle
église destinée à remplacer celle qui aurait existé auparavant.
"Mais toutes ces suppositions ne sont appuyées sur aucun
fondement certain, ou plutôt l'examen des monuments du temps montre d'une manière
irréfragable qu'avant l'année 1658 il n'existait à la côte de Beaupré aucune église
ou chapelle dédié à sainte Anne; et que celle dont M. de Queylus désigna la place et
détermina le nom fut la première qu'eût été érigée en Canada sous ce vocable,
quoiqu'il existât déjà dans l'église paroissiale de Québec un autel dédié à Dieu
sous le nom de cette Sainte.
"1er: D'abord aucun monument écrit n'atteste qu'il eût
jamais existé quelque chapelle dans cette côte avant l'année 1658 (...). La Compagnie
des Cent Associés donnait autrefois 25 écus par an à un prêtre de Québec pour qu'il y
fit chaque année quelque voyage.
" En 1645, c'était M. de Saint-Sauveur, prêtre séculier,
qui était chargé de cette mission passagère; les Pères Jésuites la prirent ensuite,
et y firent à chaque année la visite générale des habitants. En 1646, le P. Vimont le
parcourut à Pâques; l'année suivante, le P. Dequen la visita à Noël; il en fit autant
l'année d'après, et alla jusqu'au cap de Tourmente. Enfin, nous voyons d'autres de ces
Religieux la visiter les années suivantes et le P. Jérôme Lallemant remplir cet office
de charité, l'année même qui précéda l'arrivée de M. de Queylus en Canada.
2e: On ne peut pas supposer qu'on allât ainsi célébrer la
sainte Messe dans des maisons d'habitants, parce que les eaux de fleuve auraient détruit
une chapelle bâtie dans cette côte et dédié à Sainte Anne. Car le donateur du terrain
sur lequel M. de Queylus désigna la place de l'église ne supposait pas, dans son contrat du 8 mars
1658, qu'il eût jamais existé
sur sa concession ni dans aucun autre lieu de la côte de Beaupré, une église dédiée
à cette Sainte.
"Il est certain que l'église dont M. de Queylus marqua la
place fut construite non sur la côte, mais au bord du fleuve et que, par conséquent,
elle a été la première église de Sainte Anne de Beaupré. Comme dès le commencement,
les grandes crues des eaux firent craindre que l'église et le presbytère, construit tout
auprès, ne puissent subsister longtemps dans ce lieu, M. de Laval, le 17 décembre 1666,
en confirmant les privilèges accordés au donateur du terrain par M. de Queylus, y met
des conditions expresses: "Au cas qu'il soit bâti une
chapelle du côté de la côte, il sera pris sur la terre dudit sieur de Lessart autant de
terre qu'il sera jugé nécessaire pour cet effet." Et
encore: "Dans ce cas, il sera pris pareillement sur la
terre du sieur de Lessart, du côté de la côte, ce qui sera nécessaire pour
l'accommodement du presbytère, qui est placé sur la concession du sieur de Lessart."
"Ce que M. de Laval avait craint et prévu arriva:
l'église de Sainte-Anne et le presbytère furent détruits par les eaux avant l'été
1676, où M. Fillon, prêtre, en commença une nouvelle, non au bord de l'eau, comme avait
fait M. de Queylus, mais du côté de la hauteur. Or le manque de fonds n'ayant pas permis
de continuer la construction du nouvel édifice, il n'y eut plus pendant un certain nombre
d'années, aucune église de Ste-Anne au Petit Cap."
Tiré de: Faillon, Étienne, S. S. (1865).Histoire de la
Colonie Française en Canada. Villemarie, bibliothèque paroissiale.
cote 971.01 F161 1865 - 66 Collection spéciale Bibliothèque
du Parlement du Québec.
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