| Maurice Séguin (1918-1984)
A. Note biographique : En histoire, Maurice Séguin fait partie de ce qu'on a appelé l'École de Montréal, avec Guy Frégault et Michel Brunet. Titulaire de la Chaire Lionel Groulx, il a enseigné l'histoire du régime britannique au Canada au département d'histoire de l'Université de Montréal. Il fut longtemps secrétaire de l'Institut d'histoire de l'Amérique française. Dès 1946, il a proposé une interprétation nouvelle de l'histoire des deux Canadas et révolutionné l'historiographie tant canadienne-française que canadienne-anglaise en rompant radicalement avec les conceptions de tous ses prédécesseurs, y inclus celle de Lionel Groulx. Encore aujourd'hui, il demeure un historien de l'avenir tant par sa conception de l'histoire que par son analyse lucide du fédéralisme et des nationalités fondé sur son système de Normes (voir dans la bibliographie descriptive : Les Normes de Maurice Séguin). Voir : Maurice Séguin, la société québécoise et l'avenir du Québec, par Bruno Deshaies
B. Un des Québécois qui ont fait le XXe siècle : Selon une enquête de la revue L'Actualité (1er février 1999, « Les maîtres du XXe siècle »), parmi les 100 Québécois qui ont fait le XXe siècle, Maurice Séguin fait partie du groupe des « Semeurs d'idées » avec Lionel Groulx, Guy Frégault et Michel Brunet. Maurice Séguin diffusera ses idées à des générations d'étudiants. Selon l'historien et éditeur Denis Vaugeois, ex-ministre des Affaires culturelles (1978-1981) dans le cabinet de René Lévesque : « Pendant ses cours, l'amphithéâtre était plein. Il y avait les étudiants en histoire, ceux de droit et de sciences sociales aussi : pour 25 inscrits, on se retrouvait 250! ».
C. Anecdote significative : L'année 1970 a particulièrement été pénible pour Maurice Séguin. Selon l'historien Robert Comeau, un de ses étudiants, l'élection du Parti libéral provincial de Robert Bourassa le rendit malade. Opéré pour un ulcère d'estomac en juillet, l'opération le laisse pendant quatre mois entre la vie et la mort. Au mois de novembre, une heure après son retour de l'hôpital, il est parmi les citoyens québécois qui reçoivent la visite des policiers à leur résidence en vertu de la Loi des mesures de guerre du Canada promulguée par le Cabinet de Pierre-Elliot Trudeau dans le contexte de la Crise d'octobre provoquée par le FLQ, le Front de libération du Québec.
D. Bibliographie descriptive : 1968 1- L'IDÉE D'INDÉPENDANCE AU QUÉBEC : GENÈSE ET HISTORIQUE. Série de trois conférences prononcées sur les ondes de la Société Radio-Canada dans le cadre de l'émission télévisée Conférence, les dimanches 18 mars, 25 mars et 1er avril 1962, et intitulées « Genèse et historique de l'idée séparatiste au Canada français ». Les militants indépendantistes de l'Alliance laurentienne publièrent la transcription de l'enregistrement sonore dans la livraison de juin 1962 de leur revue Laurentie. Ces mêmes trois conférences furent publiées six ans plus tard, en 1968, sous forme révisée, par les Éditions Boréal Express. La même année, en 1968, paraissait le manifeste de René Lévesque Option Québec qui prépara la voie au congrès de fondation du Parti québécois. 1970 2- LA NATION CANADIENNE ET L'AGRICULTURE (1760-1850). Étudiant de Lionel Groulx, La nation canadienne et l'agriculture est la thèse de doctorat de Maurice Séguin à l'Université de Montréal qui date de 1947 et qui fut publiée seulement en 1970, soit 23 ans après sa rédaction. Pour l'époque étudiée dans la thèse, le terme canadien s'applique exclusivement aux Canadiens-Français. Cette thèse vient battre en brèche une idée fausse qui a toujours pesé lourd sur notre destinée et qui a fait en sorte que les Canadiens-Français et les Québécois-Français se sont culpabilisés de leur état de conquis/colonisé, une idée fausse qui a contribué à leur donner un complexe d'infériorité face au conquérant britannique. Cette idée, est l'opinion répandue par les Canadiens-Anglais depuis la conquête de 1760 et acceptée par l'élite nationaliste québécoise-française, pour diminuer psychologiquement les conquis et les maintenir dans un état d'infériorité économique, laquelle affirmait que les Québécois-Français étaient inaptes au commerce : nés pour un petit pain, les Québécois-Français ne sont bons à rien. Cette idée fausse se voit détruite et expliquée par l'histoire. Comme l'a écrit Esdras Minville (1896-1975), directeur de l'École des Hautes Études commerciales de 1938 à 1962 et président de la Ligue d'Action nationale de 1934 à 1944 :
Reprenant l'idée de Minville, Séguin écrit : « Après 1760, les Canadiens ne furent pas seulement parqués de fait dans l'agriculture; leur esprit, de même, fut victime d'une déformation analogue. La Conquête leur a légué une conception diminuée de la vie économique ». Séguin soutient :
La thèse de doctorat La nation canadienne et l'agriculture (1760-1850) a révolutionné l'historiographie traditionnelle en contestant le mythe de la vocation agricole du peuple canadien-français; c'est-à-dire en prouvant que cette vocation était en fait une pseudo-vocation, un mythe inventé qui a été élaboré par compensation psychologique et nécessité de survie par l'élite dans le contexte de l'après-Conquête; mythe qui, bien que reposant sur une réalité sociale indéniable, c'est-à-dire l'agriculture comme moyen de survie économique, a toujours occulté la véritable cause de cet état de fait : la Conquête britannique. 1995 3- UNE HISTOIRE DU QUÉBEC, VISION D'UN PROPHÈTE. Histoire du Canada, surtout entre 1760 et 1840; dans ce livre, un minimum est dit sur la période française et l'après-Confédération. Pour Maurice Séguin, l'essentiel se situe entre l'interruption de la colonisation française et la mise en subordination politique du Canada français dont sortira la province de Québec en 1867. 1997 4- HISTOIRE DE DEUX NATIONALISMES AU CANADA. Maurice Séguin se concentre ici sur le problème central de l'annexion du Canada-Français au Canada-Anglais et sur l'évolution de l'idée d'indépendance dans l'histoire du Québec. Promoteur d'action nationale, comme historien, c'est le devenir des Québécois-Français et des Québécois qui l'intéresse. Le lecteur découvrira dans ce livre un brillant survol de l'histoire des deux Canadas que sont le nationalisme canadien-français et le nationalisme canadien-anglais, des relations entre les Canadiens-Français (qui ne se sont jamais remis de la Conquête de 1760) et les Canadiens-Anglais (qui n'ont jamais vraiment vaincus les Canadiens-Français).
Ainsi donc, alors que tous les historiens et les politiciens ont vu dans la Confédération, dans le fédéralisme de 1867, le triomphe politique des Canadiens-Français, la fin du projet assimilationniste anglo-saxon et l'indépendance de deux nations à l'intérieur d'un même pays, Maurice Séguin, lui, voit dans la Confédération la consécration officielle de l'annexion et de la subordination de la nation canadienne-française à la nation canadienne-anglaise. Alors que l'élite canadienne-française se qualifiait d'optimiste en voyant dans le fédéralisme le bon côté des choses, Séguin lui, n'occultait pas la réalité fondamentale de notre histoire, c'est-à-dire la Conquête, et regardait les deux côtés de la médaille. En voyant dans le fédéralisme la perpétuation de la Conquête sous une autre forme, son histoire fut étiquetée d'histoire pessimiste ou noire parce que, selon les nationalistes fédéralistes, il verrait seulement le mauvais côté des choses; par son analyse objective de la question nationale, il créerait une vision déformée et noire de la réalité, un esprit revanchard, défaitiste, désillusionné et inutilement alarmiste qui prévoit le pire. Bref, c'est l'éternel combat canadien-français devenu québécois-français, entre la naïveté et la lucidité historique. 1999 5- LES NORMES DE MAURICE SÉGUIN, LE THÉORICIEN DU NÉO-NATIONALISME. Les Normes de Maurice Séguin consistent en « une série de concepts pour comprendre la société en général et la nation en particulier » (Jean-Pierre Wallot, historien et archiviste national du Canada). Son projet d'établir des Normes pour bien comprendre et pour interpréter le plus objectivement possible l'histoire des Canadiens-Français est étroitement lié à sa thèse sur La nation canadienne et l'agriculture (1760-1850) qui affirme que :
Voir : Maurice Séguin, l'historien visionnaire du Québec par Bruno Deshaies |
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