Le quotidien des médecins du 6 septembre 1999 Ataxie de Friedreich : les promesses d'un antioxidant Une équipe de chercheurs de l'INSERM publie dans le "Lancet" les résultats encourageants de l'idebenone dans le traitement de l'hypertrophie cardiaque compliquant l'ataxie de Friedreich. Une première pour cette pathologie, la plus fréquente des ataxies héréditaires, inaccessible jusqu'à présent à toute thérapeutique. Trois jeunes malades présentant une cardiomyopathie hypertrofphique ont bénéficié de ce médicament, un anti-radicaux libres, qui avait fait la preuve de son efficcacité et de son innocuité dans des études in vitro. Le traitement administré per os pendant quatre à neuf mois, s'est traduit par une diminution significative de l'atteinte cardiaque des trois patients. La courte durée de l'essai n'a pas permis d'évaluer l'évolution des atteintes neurologiques caractéristiques de la maladie, mais l'entourage des patients a signalé une amélioration de leur force musculaire et de la précision de leurs mouvements. Cette observation subjective devra bien entendu être confirmée par des études à plus large échelle. Un nouvel essai est d'ailleurs en cours. Il porte sur 52 patients, dont 20 enfants. Deux équipes collaborent, celle de l'hôpital Necker - Enfants-Malades et celle de la Pitié-Salpêtrière. Cette étude devrait permettre de vérifier l'efficacité de l'idebenone non seulement sur l'hypertrophie cardiaque, mais aussi sur les autres manisfestations de la maladie. Rappelons que l'ataxie de Friedreich est une affection héréditaire autosomique récessive caractérisée par une dégénérescense cérébelleuse. Elle touche 1 personne sur 50 000 en Europe. Les premiers signes apparaissent vers l'âge de la puberté. Il s'agit d'abord de troubles de la coordination avec instabilité en position debout et démarche vacillante. S'associent, par la suite, une dysarthrie, des tremblements, une perte de la sensibilité profonde et des réflexes tendineux. L'évolution se fait vers une impotence fonctionnelle et une perte de la marche avant la trentaine. Une hypertrophie cardiaque, qui peut être fatale, est le plus souvent associée aux atteintes neurologiques. Le gène responsable a été localisé en 1988, puis identifié en 1996 par l'équipe du Pr Jean-Louis Mandel (Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire, Strasbourg). La mutation se situe sur le chromosome 9 au niveau du gène codant pour la frataxine, une protéine dont la fonction est inconnue. Un an plus tard, en 1997, c'est l'équipe du Pr Arnold Munnich (INSERM U393) qui mit en évidence le mécanisme de la maladie : une accumulation de fer dans les mitochondries, responsable de l'apparition de radicaux libres toxiques pour les cellules. D'où l'idée d'explorer la piste des antioxydants. Parmi les molécules testées in vitro, l'idebenone s'est affirmée comme le meilleur candidat. Les résultats publiés dans le "Lancet" tendent à le confirmer et ouvrent la voie au premier traitement de cette maladie héréditaire. Dr Marine JORAS __________________ Pierre Rustin et coll. (INSERM U393 et service de cardiologie pédiatrique, hôpital Necker - Enfants-Malades, Paris). "Lancet du 7 août 1999. Ces travaux ont bénéficié du soutien de l'AFM grâce aux dons du Téléthon et de l'Association Française de l'Ataxie de Friedreich.