Faits divers à Charlesbourg le 2 janvier 1669
Cette histoire est tirée du livre "La vie libertine en Nouvelle-France, au XVII siècle" par Robert-Lionel Séguin au Volume I page 320-321et au Volume II en page 382-383. Édition Leméac
Quels que soient l'âge et la condition de la victime, le viol est sévèrement puni. Gare à celui ou à celle qui lance des accusations à la légère. Une femme de Charlesbourg, l'apprend à ses dépens.
Le 2 janvier 1669, Pierre Fayon (Pierre Jouy) et sa femme Marie Chauvet, tous deux de Charlesbourg, se présentent chez le procureur du Roi, à Québec. Une fois introduite dans le cabinet du fonctionnaire, Marie Chauvet déclare qu'elle a été violée par deux voisins, Pierre Vivier et Étienne Roy.(1)
Plaignante et inculpés témoignent à tour de rôle, à la lumière de ces dépositions, il appert que la femme Fayon fut une proie facile pour ses séducteurs à qui elle n'a pas disputé longtemps sa vertue. Bref, Marie est tombée délibérément dans les bras de Vivier et de Roy.
D'accusatrice, elle devient Complice pour crime d'adultaire*. Jugements du conseil souverain, ap. cit.:541 La voilà dans de beaux draps, c'est le cas de le dire. Convaincue de Calomnie, la plaignante est formellement condamnée " à estre razee et Battue de verges par les carrefours ordinaires de cette ville et ensuite enfermée dans un lieu seur pour y demeurer. En fournissant par le dict Fayon sa nourriture à moins que ce dernier passe l'éponge et reprenne la vie commune avec elle*."
Pour avoir si allègrement couru le cotillon, Vivier et Roy passeront 8 jours à la prison de Québec, "Les fers aux pieds et au pain et à l'eau" En guise d'amende chacun d'eux paiera dix livres à l'hôpital de la ville, avec obligation de " tenir prison jusqu'au paiyement d'icelle *". Enfin, autre versement de 3 livres pour défrayer les dépenses encourues durant le procès. Voilà ce qui en coûte à ceux qui broutent l'herbe du voisin.
Pierre Vivier et Étienne (Le)Roy sont beaux-frères, le premier est le fils de Grégoire et de Clemence Adjourne de Bourg-de-Tiré évêché de LuJon, à Québec, le 16 février1665, il épouse Marguerite Roy, fille de Mathurin Roy et de Marguerite Biré. Pierre Vivier meurt à Charlesbourg, où il est inhumé le 3 avril 1702
(1) Étienne Roy est le frère de Marguerite Roy, épouse de Pierre Vivier. A Québec, le 26 août 1669 soit quelques mois seulement après l'escalande que l'on sait. Étienne Roy épouse Marguerite Navarre.
Dans le volume II, l'auteur Robert-Lionel Séguin sera plus précis; La justice est plus méfiante lorsqu'elle est saisie d'une plainte d'adultère. Il y a de quoi. Le moindre interrogatoire révèle parfois des faits nouveaux qui changent l'orientation du procès. Surtout s'il arrive qu'une plaignante soit mise en accusation.
Le 2 janvier 1669, deux habitants de Charlesbourg, Pierre Vivier, 31 ans, et son beau-frère Étienne Roy, 28 ans, sont accusés d'avoir violé une voisine, Marie Chauvet, femme de Pierre Fayon dit VilleFayen. A la suite de cette dénonciation, la machine judicière se met en branle. Selon les premiers témoins, il n'y a pas viol mais plutôt adultère, puisque Marie Chauvet s'est complaisamment abandonner à ses "ravisseurs" Quand les fruits de l'aventure parviennent aux oreilles du mari, la frivole épouse parle alors de viol pour sauver sa réputation. Personne n'est dupe de ce stratagème attendu "Qu'il n'y a aucune violence de la part du dict Vivier*" Ceci établi, le tribunal " Déclare que les dicts Pierre Vivier, Étienne Roy et Marie Chauvet duement atteints et convaincus de crime d'adultaire*"
Le trio est frappé des châtiments suivants: "La dicte Chauvet a estre razee et battue de verges par les carrefours ordinaires de cette ville, et ensuite enfermée dans vn lieu seur pour y demeurer.En fournissant par le dict Fayon sa nourriture, si mieux il n'ayme la reprendre avec luy ; Et les dicts Vivier et Roy a tenir pendant huit jours prison les fers aux pieds et au pain et a l'eau, en quinze livres chacun de dommage et interest envers le dict Fayon et en dix livres d'amende chacun applicable à l'hospital de cette ville et à tenir prison jusqu'au payement d'icelle*"
Comme Marie Chauvet est enceinte l'exécution est remise à une date ultérieure. Le 10 avril suivant, elle met au monde un fils, Jean-Baptiste, qui ne vivra que 4 jours.
Points intéressants à souligner: Marie Chauvet, fille de Jacques Chauvet et de Marie Michelet, de Sainte-Marguerite, Évêché de Saintes. A Québec, le16 août 1668, elle épouse Pierre Fayon, baptisé en 1637, il est le fils de Jacques Faye et d'Isabelle Séguin, de Villefayen, Évêché d'Angoulème, France.
Commentaires: Le trio auraient commis l'adultère, quand Marie Chauvet n'était mariée que depuis 5 mois quand elle fait la dénonciation de ce supposé viol pour sauver sa réputation. Comme elle a épousée Fayon le 16 août 1668 et ils ont eu un enfant le 10 avril 1669, soit à peine 8 mois seulement après leur mariage. A savoir si l'enfant a été; conçu au mariage ou avant. Tout cela mérite une certaine réflexion.
(*) Comme écrit dans le texte