Jim Garrison

Jim Garrison
Source: Gerald Posner.

Jim Garrison, procureur de la Nouvelle-Orléans, fut le seul à intenter un procès dans l’affaire de l’assassinat du président Kennedy.

Garrison prit conscience des questions laissées sans réponse par la Commission Warren. Le procureur s’est payé la lecture de ce volumineux rapport.

À la lecture du témoignage de Lee Bowers, il devenait évident que quelque chose de louche s’était passé, le 22 novembre 1963. Bowers, qui était aiguilleur pour la compagnie de chemin de fer, avait une vue panoramique de l’ensemble du terrain se trouvant derrière le Texas School Book Depository. Selon la version officielle, tous les coups de feu tirés sur le cortège présidentiel provenaient de cet entrepôt.

Oswald intéressait Garrison, car il avait séjourné dans sa ville au cours de l’été de 1963. Il s’était fait arrêter au début du mois d’août, après une altercation avec un dénommé Carlos Bringuier. Oswald, qui distribuait des tracts procastristes Fair Play for Cuba, fut arrêté pour avoir troublé l’ordre public. Il se disait anticastriste et voilà qu’on le prenait à distribuer des tracts pro-Castro. Le 21 août 1963, Oswald et Bringuier prirent part à un débat radiophonique concernant Cuba.

Le procureur se demandait si Oswald n’était pas un agent provocateur. Pourtant, il travaillait pour les Cafés Reily et le propriétaire soutenait farouchement les anticastristes. Le dossier s’engageait sur la bonne voie car, selon des renseignements obtenus par Garrison, l’assassin de Kennedy avait été vu au bureau de Guy Banister, une agence de détective privé qui servait de couverture. Banister était un ancien agent du FBI.

La thèse du procureur, qui plaçait Oswald comme agent provocateur, prenait de l’ampleur. Il apprit que Banister stockait des armes pour le compte des anitcastristes. David Ferrie fut lui aussi vu au bureau de Banister. Ferrie s’occupait de l’approvisionnement en armes pour les camps anticastristes.

Un ex-membre de la CIA, Gordon Novel, confirma les faits. Il ajouta qu’un soir Ferrie s’était introduit par effraction dans un entrepôt d’armes de la société Schulmberger. Cette société appartenait à une compagnie française. Ladite société avait soutenu O.A.S. en Algérie, qui avait été soutenu à son tour par la CIA. Les révélations de Novel éclairaient davantage le procureur. Le quotidien québécois Le Devoir avait fait mention de ce Novel dans l’un de ses articles publiés en mars 1967.

Comment se faisait-il que le tireur solitaire de Elm Street se trouvait lié à l’agence de renseignements américaine et au FBI? Garrison obtint la réponse, mais beaucoup plus tard. Oswald avait dans son carnet d'adresses le numéro de téléphone personnel d'un agent du FBI et des amis liés à la CIA. Il est vrai que nous avons tous un ami au FBI et une connaissance à la CIA!

On apprenait qu’une opération secrète menée par la CIA avait été mise en place pour éliminer Castro. Il s’agissait de l’opération Mongoose. La CIA, aidée par la mafia, tenterait d’éliminer Castro.

À l’époque le débarquement avait été fomenté par le vice-président Nixon avec le président Eisenhower. Entre-temps, Nixon se porta candidat à la présidence de 1960. L’élection fut très serrée et le candidat démocrate devança de justesse le candidat républicain. Kennedy fut informé du débarquement et lui donna son aval. Le débarquement fut un échec total, et c’est la jeune administration Kennedy qui porta l’odieux de l’échec. Kennedy assuma l’entière responsabilité de cet échec. Le scénario aurait été sûrement différent avec Nixon à la Maison-Blanche. Ce n’était pas le cas, Kennedy dut remercier le directeur de la CIA, ainsi que deux de ses adjoints : Richard Bissel, qui était l’adjoint de Dulles en matière de sécurité, et le général Charles Cabell. Ce même général était le frère de Earle Cabell, maire de la ville de Dallas en 1963, lors de l’assassinat.

Il aura fallu attendre en 1974 pour voir la tête de Nixon tomber dans l’affaire du Watergate. On reconnut des noms qui avaient été liés à la Baie des Cochons.

En 1975, une commission d’enquête présidée par le vice-président de l’époque, Nelson Rockefeller, remit son rapport concernant les activités de la CIA à l’extérieur des États‑Unis. Une vingtaine de pages étaient consacrées exclusivement à l’assassinat de JFK.

Un an plus tard, la commission Church révéla qu’entre 1960 et 1965, huit projets avaient été élaborés au sein de la CIA pour assassiner Castro. En juin 1963, McGeorge Bundy, un des principaux conseillers de Kennedy, forma un groupe spécial pour mener clandestinement des opérations contre Cuba. En septembre 1963, Castro fut mis au courant et annonça que ceux qui complotaient contre lui pourraient bien être à leur tour menacés.

À l’époque, Garrison ne disposait que d’une parcelle de ces renseignements. Petit à petit, les morceaux se mettaient en place, mais de là à prouver une conspiration, le dossier demeurait incomplet.

Maintenant que l’on sait que la CIA avait fomenté un complot pour assassiner Castro, il faut se demander pourquoi Allen Dulles, membre éminent de la commission Warren, n’a rien divulgué à ses collègues? Qu’avait-il à cacher?

Garrison poursuivit son enquête. Il rencontra un de ses camarades de l’école de droit, Dean Andrews. Ce dernier avait témoigné devant la commission Warren. Il avait affirmé qu’un certain Clay  Bertrand l’avait contacté afin d’assurer la défense d’Oswald. Le procureur tenta de savoir qui était ce Clay Bertrand. Andrews déclara qu’il ne l’avait jamais rencontré.

Garrison se mit à la recherche de l’identité de Clay Bertrand. Le quartier français semblait bien connaître ce Bertrand. Un propriétaire de bar s’étonnait que le bureau du procureur cherchait à savoir qui était Clay Bertrand, car il était bien connu dans les bars du quartier. C’était un homme respectable qui utilisait ce pseudonyme afin de ne pas entacher sa personnalité de marque. Après tout, il était le directeur de l’International Trade Mart de New Orleans.

Cet homme était Clay Shaw. Et selon l’auteur Maurice Philipps, Shaw était un des directeurs du Centro Mondiale Commerciale, dont le principal actionnaire était un Montréalais, le major Louis Mortimer Bloomfield. Ce Bloomfield était de nationalité américaine et membre de l’O.S.S. (Office of Strategic Service). Le Centro Mondiale Commerciale était initialement basé à Montréal; il fut déménagé à Rome en 1961, mais expulsé un an plus tard. On retrouvait un amalgame d’hommes riches et puissants au sein de ce comité de direction.

Dans un article publié par le quotidien québécois Le Devoir, en mars 1967, en pleine enquête de Garrison, on apprenait que le Centro Mondiale Commerciale était en Italie le prolongement de l’organisation Permidex. Cette organisation finançait le groupe OAS en France et finançait des partis politiques italiens d’extrême-droite. Plus loin dans l’article, on apprenait que l’organisation couvrait une autre organisation encore plus importante celle-là, soit celle des services secrets américains.

Il est dommage que les journalistes québécois ou canadiens n’aient pas poussé plus loin leur enquête sur le Centro Mondiale Commerciale ou Permidex. On peut s’imaginer un journaliste québécois sortir la vraie raison sociale de ces organisations. Cela aurait lié sans aucun doute Clay Shaw avec la CIA, car celui-ci avait toujours nié être lié de près ou de loin à la CIA. Après tout, il n’était que le directeur du Centro Mondiale Commerciale, financé par la CIA. Si ce n’est pas avoir les deux mains dans le panier, on se demande bien comment on peut appeler cela? Dire qu’on aurait pu avoir au Québec nos Carl Bernstein et Bob Woodward avant les Américains! Où se trouvent donc nos journalistes d’enquête quand on a besoin d’eux?

Le procureur avait pu lier Oswald avec Ferrie et avec Shaw. Il ne lui restait plus qu’à prouver que Clay Shaw avait conspiré contre le président Kennedy. Il fut accusé le 1er mars 1967 d’avoir conspiré dans l’assassinat de JFK.

Le procès débuta le 29 janvier 1969 à la Nouvelle-Orléans. Garrison a bien tenté de démontrer la conspiration, mais le 1er mars 1969, après une heure de délibérations, le jury déclara Clay Shaw non coupable.

Richard Helms, ex-directeur de la CIA entre 1966 et 1973, avait affirmé sous serment que Clay Shaw était effectivement à la solde de la CIA. Helms est décédé le 23 octobre 2002. Shaw est décédé le 14 août 1974 et aucune autopsie ne fut pratiquée.

Garrison, pour sa part, est décédé le 21 octobre 1992. Il avait 71 ans. Dans le film d’Oliver Stone, JFK, il joua le rôle d’Earl Warren, président de la commission d’enquête présidentielle sur l’assassinat de JFK. Warren a toujours discrédité l’enquête menée par le procureur de la Nouvelle-Orléans.


Acteurs dans le dossier Clay Shaw
Clay Shaw alias Clay BertrandClay Shaw a toujours nié être à la solde de la CIA.Source: Robert J. Groden
David FerrieDavid Ferrie a connu Oswald dans le Civil Air Patrol.Source: Robert J. Groden
Guy BannisterGuy Bannister ex agent du FBI. L'adresse de son bureau de détective privé apparaissait sur les tracts que distribuaient Oswald à la Nouvelle Orléans.Source: HSCA


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