La Commission Warren

Le Président des États-Unis est abattu dans le centre-ville de Dallas. Un suspect est arrêté quelques heures après ce terrible événement. Lee Harvey Oswald est amené au poste de police pour subir un interrogatoire. Tout au long de son interrogatoire Oswald affirmera qu'il n'a tiré sur personne. Le District attorney de Dallas accusera Oswald pour le meurtre du président Kennedy et celui de l'officier de police Jefferson Davis Tippit. Le 24 novembre, les autorités décident de transférer Oswald à la prison du comté. Oswald ne s'y rendra jamais car Jack Ruby ouvrit le feu sur Oswald au moment de son transfert.

Pour faire la lumière sur ce tragique événement, l'attorney général du Texas, Waggoner Carr, nomma à titre de conseillers spéciaux deux avocats dont Leon Jaworski qui avait été procureur spécial, lors de la célèbre affaire du Watergate. Outre le Texas, le Sénat et la Chambre des Représentants pris l'initiative d'instituer une commission sur l'assassinat du président Kennedy.

Formation de la Commission :

Le 29 novembre 1963, afin d’éviter des enquêtes parallèles, le président Johnson institua une Commission d’enquête présidentielle chargée d’établir les faits sur l’assassinat de son prédécesseur. Lyndon Baines Johnson nomma les principaux membres de cette Commission, dont celui qui devait présider la destinée de l’enquête, le juge en chef de la Cour suprême des États-Unis, Earl Warren. Cependant, celui-ci n’avait aucune intention de servir au sein d’une telle commission. Il avait affirmé et avec raison : " Qu’il n’était pas approprié pour une section du gouvernement à être employé par une autre section ". 

Johnson convoqua alors le juge Warren à son bureau. Il appliqua une énorme pression sur lui afin qu’il accepte la présidence de la Commission. Dans sa biographie, Warren écrivit :

" Le Président me déclara qu’il y avait une possibilité de répercussion internationale significative. Il invoqua le sens du devoir et de mon patriotisme. Ce n’est qu’à la fin de l’entrevue que Johnson ordonna : " En tant que commandant en chef, je vous demande de reprendre le service, comme vous l’avez fait durant la Grande guerre ".

Warren finit par accepter mais sans conviction. Le patriotisme avait pris le dessus sur ses responsabilités juridiques.

Principaux acteurs de la commission Warren:
Earl Warren
Le président de la commission Warren le juge Earl Warren.
Nicholas Katzenbach
Nicholas Katzenbach adjoint de l'Attorney général des États-Unis.
Arlen Specter
Arlen Specter conseiller de la commission Warren qui a élaboré la judicieuse théorie de la "balle magique".
Abraham ZapruderAbraham Zapruder auteur du célèbre film de l'assassinat de JFK.

Membres de la Commission :

C’est ainsi qu’on retrouva à la tête de cette Commission un homme sans ambition et désireux d’en finir au plus vite. Johnson nomma également au sein de la commission: Richard B. Russell, sénateur démocrate de Georgie, siégeant au sénat depuis 30 ans; John Sherman Cooper, sénateur républicain du Kentucky, ancien ambassadeur en Inde, et considéré comme l’un des chefs de file de l’aile libérale du parti Républicain; le Représentant républicain du Michigan, ancien président des États-Unis de 1974-77, Gerald Ford, ayant été qualifié d’espion du FBI au sein de la commission. Hale Boggs, représentant de la Louisiane, et était chef de file de la majorité en Chambre. (Boggs fut le critique le plus virulent de la Commission); Allen W. Dulles, directeur de la CIA de 1953 à 1961, congédié par John F. Kennedy à la suite de l’échec du débarquement de la Baie des Cochons. Et enfin, John McCloy, ancien haut-commissaire des États-Unis en Allemagne et ancien président de la Banque Internationale pour la reconstruction et le développement. Il fut le premier à déclarer que la théorie de la balle unique contenait des faits supportant la théorie dite persuasive.

Oswald le seul tueur :

La théorie persuasive fit son apparition bien avant l’émergence de la commission. L’adjoint de l’Attorney général des États-Unis, Nicholas Katzenbach, avait fait parvenir un mémorandum à l’assistant spécial du président Johnson, Bill Moyers, qui affirmait ceci :

" Le public doit se satisfaire de ceci : Oswald est l’assassin, il n’a pas de complices en fuite ; et avec les preuves dont nous disposons, il aurait été condamné. … Il faut couper court à toute spéculation sur le mobile d’Oswald ".

Étrange façon de débuter l’enquête. De plus, J. Edgar Hoover, deux heures après le meurtre de Lee Harvey Oswald, le présumé assassin de John F. Kennedy, alla à la Maison-Blanche pour rencontrer Lyndon Baines Johnson et lui déclarer :

Ce qui me préoccupe … C’est de présenter quelque chose qui puisse convaincre le public qu’Oswald était l’unique assassin ".

C’est ainsi que les autorités judiciaires américaines donnèrent l’envole à la conclusion d’une enquête qui n’avait pas encore vu le jour.

Travaux de la Commission :

Les membres de la Commission se réunirent pour la première fois, le 5 décembre 1963 à Washington D.C. La Commission se pencha sur la nomination d’un conseiller principal. Le juge Warren proposa J. Lee Rankin. La Commission accepta cette proposition à l'unanimité. La Commission décida ensuite de faire pression sur l’Attorney du Texas afin qu’il mette un terme aux travaux de la commission d’enquête du Texas. Warren insista largement sur l’audition publique des témoins, qui pourrait porter préjudice au procès de Jack Ruby, accusé du meurtre de Lee Harvey Oswald. Warren proposa à Carr de participer aux travaux de la commission présidentielle. L’offre enchanta Carr qui l’accepta pleinement. Les membres de la Commission déclarèrent unanimement qu’elle mènerait indépendamment sa propre enquête. Malgré ces vœux pieux, à la seconde réunion du 16 décembre 1963, la Commission décida d’utiliser les organismes fédéraux afin de mener ses recherches. La Commission préféra agir ainsi, plutôt que d’employer des enquêteurs indépendants. Allen Dulles affirma :

" Les enquêteurs indépendants occasionneraient d’inutiles frictions entre les organisations gouvernementales et compliqueraient le problème de sécurité ".

Comment peut-on affirmer ceci, le but de cette commission étant de faire la lumière sur l’assassinat de John F. Kennedy. Dulles oubliait-il qu’on ne peut être juge et partie dans une même cause ?

Public ou le huis clos :

Le 21 janvier 1964, la Commission se réunit pour discuter de la procédure de l’audition qui devait débuter le mois suivant. Le public serait-il admis à cette commission ? Les membres de la Commission décidèrent de tenir ses audiences à huis clos. Pour appuyer leur décision la Commission donna plusieurs raisons pour siéger à huis clos. La première fut qu’avec des audiences publiques celles-ci pourraient nuire au droit de Ruby d’être jugé impartialement et équitablement. Foutaise. La Commission aurait pu reporter les témoignages portant sur Ruby à plus tard. La seconde raison évoquée par la Commission afin de défendre le huis clos était le risque de nuire à des innocents. Ainsi, si des témoignages étaient entendus publiquement et cités hors contexte, ceci pourrait porter préjudice à des personnes innocentes. Mais qui voulait-on protéger ? Et la dernière raison invoquée et non la moindre fut celle de l’ordre logique. Les témoignages ne pouvaient être pris dans un ordre logique, "il n’était pas pratique et éventuellement erroné de tenir des séances publiques ". Dans l’affaire du Watergate, a-t-on suivi un ordre logique et strict ?

Ainsi la Commission Warren décida de siéger à l’huis clos. En tout la Commission a entendu 552 témoins qui se sont succédés à la barre pour raconter ce qu’ils avaient vu ou ce qu’ils savaient. Mais le témoignage le plus éloquent de la Commission fut un témoignage visuel. Il s'agit du film d’Abraham Zapruder, qui se tenait sur la pergola de Elm Street à l’ouest du dépôt de livres scolaires. Les dix secondes de ce film amateur présente les scènes les plus dramatiques et haineuses qu’aucun autre cinéaste ou réalisateur auraient pu tourner.

Film Zapruder :

Ce film montre clairement le président Kennedy et le gouverneur du Texas, John Connally s’effondrer sous l’impact des balles. Le 27 janvier 1964, pour la toute première fois, les experts du F.B.I., des conseillers adjoints de la Commission et des agents du Service secret prirent part à la projection du film. La proximité des coups de feu suscitait de grands doutes quant au maniement de l’arme à culasse mobile. Ainsi, Arlen Specter, conseiller adjoint à la Commission fut saisi de l’étude de cette épineuse question de la proximité des coups de feu tirés et des blessures occasionnées. Les experts étaient tous d’accord sur le fait qu’il était impossible que Lee Harvey Oswald ait pu faire feu de façon aussi successive, comme le démontre clairement le film Zapruder. Pour éliminer toute ambiguïté, Specter énonça une hypothèse selon laquelle Kennedy et Connally avaient été touchés par la même balle. Pour confirmer sa théorie, il effectua des tests balistiques et des analyses poussées du film Zapruder.

La théorie de la balle unique venait de résoudre le problème de la proximité des impacts des balles sur les corps du Président et du Gouverneur. De plus, cette théorie renforçait la thèse selon laquelle les blessures furent occasionnées par un seul fusil et un seul tireur. Specter, grâce à son ingénieuse théorie, venait de consolider le souhait que Lee Harvey Oswald soit le seul et unique assassin.

Conclusion :

Le 27 septembre 1964, le président de la Commission Warren déposa à la Maison-Blanche les conclusions de l’enquête sur l’assassinat du président John F. Kennedy. Les 26 volumes furent remis au président Johnson qui félicita les membres de la Commission pour leur excellent travail. La Commission conclut que Lee Harvey Oswald était l’assassin parce que l’arme du crime lui appartenait et qu’il l'avait apportée au dépôt de livres ; il se trouvait à la fenêtre du sixième étage du dépôt de livres ; l’arme a été retrouvée au sixième étage, où il travaillait; il possédait les capacités de tireur ; et enfin il avait tenté d’assassiner le général Walker. C’est pour toutes ces raisons que Lee Harvey Oswald était bel et bien l’assassin du président Kennedy et de l’officier de police J.D. Tippit.

Ainsi la Commission Warren préserva l’intégrité des institutions en statuant qu’Oswald avait agi seul et qu’il n’avait eu aucune complicité lors de l’attentat du président Kennedy.

Le dépôt des conclusions tombèrent à l’aube des élections présidentielles de 1964. L’enquête fut menée durant une année d’élections aux États-Unis. Le résultat fut très impressionnant, Johnson remporta 46 états contre 4 pour son adversaire Républicain. Seuls les états de l’Arizona et les états du sud comme la Louisiane, le Mississippi, l’Alabama, la Georgie et la Caroline du sud lui échappèrent. Il ne faut pas oublier que son prédécesseur avait connu de nombreux problèmes avec sa politique d’intégration. Lyndon Johnson obtint 486 votes des Grands électeurs contre seulement 52 pour son adversaire Républicain Barry Goldwater.

Cependant, malgré l’enthousiasme du dépôt du rapport de la Commission, plusieurs questions furent oubliées, comme celle-ci : " Lee Harvey Oswald était-il à la solde d'une agence gouvernementale "? Encore aujourd’hui plusieurs se posent cette question. Le gouvernement américain a-t-il trompé la nation et le reste du monde? Et comme l’affirmait Arthur Sylvester, sous-secrétaire à la défense des Affaires publiques : " Un gouvernement avait droit au mensonge pour se maintenir au pouvoir ". Le gouvernement américain a-t-il menti à sa population et à l’ensemble de monde afin de préserver l’intérêt national?

Liens avec la commission Warren:
Juge Earl Warren
Film Zapruder
Mémo de Nicholas Katzenbach
Liste des témoins de la Commission Warren
Membres de la Commission Warren


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