Trouvailles  (3e volet)

accueil / home page                                                

 

 

   

   

 

 

 

 

 

 

Les Pousseurs de bois

Ethnologie des joueurs d'échecs, Thierry Wendling

 

    «Il m'aborde... AH! ah! vous voilà, monsieur le philosophe; et que faites-vous ici parmi ce tas de fainéants ?  Est-ce que vous perdez aussi votre temps à pousser le bois ?»  (C'est ainsi qu'on appelle par mépris jouer aux échecs ou aux dames.) 

Denis Diderot, Le Neveu de Rameau, 1951, 397

    L'expression «Pousseurs de bois» conserve encore de nos jours cette nuance dépréciative citée par Diderot car elle est employée par les joueurs pour désigner, littéralement, ceux qui n'entendant rien à l'esprit du Jeu d'Échecs (les majuscules s'imposent !) restent condamnés à n'agir que sur la matière qui compose les pièces d'échecs.  Aussi user de cette expression, quelle qu'en soit la beauté un peu étrange, un peu exotique, pour introduire une observation ethnologique des joueurs d'échecs pourrait paraître a priori quelque peu malheureux si cette formule n'offrait en fait un raccourci de la problématique poursuivie tout au long de cette recherche.  L'objectif est en effet de comprendre ce qu'implique d'un point de vue social, culturel, cognitif la pratique échiquéenne en général et j'ai été attentif, dans cette perspective, à ne jamais privilégier le discours des «grands maîtres» de l'échiquier.  Bien qu'ils ne soient - pour la plupart - ni «maître», ni «grand maître», les joueurs que j'ai étudiés, ceux que j'ai observés, écoutés, ceux avec qui j'ai discuté, joué..., ne tombent pas pour autant dans la nullité échiquéenne car ils dament le pion à quiconque n'appartient pas à leur monde.  Mais ils savent aussi qu'à l'intérieur du «monde des échecs», ils ne seront jamais à l'abri d'un de ces jugements que l'orgueil préfère souvent ne pas entendre.

    Ces investissements psychologiques ne surgissent pas de nulle part; ils décèlent en fait des valeurs culturelles qui s'élaborent et se cristallisent au cours d'interactions sociales très concrètes.  Aussi m'a-t-il semblé utile de décrire, comme je vais le faire maintenant, certains de ces moments interactifs car ils permetttent de comprendre comment ces personnes singulières racontant des histoires tout aussi singulières participent à leur niveau, à la construction de la culture qu'ils partagent.

    Le club parisien de la «Tour blanche» part ce dimanche-là affronter un autre cercle de l'Ile-de-France et ses représentants attendent les derniers retardataires en discutant devant le MJC.  Tout en sautant d'un sujet à un autre, la conversation évalue la force d'une demi-douzaine de membres du club en moins de cinq minutes.  Le principal distributeur de notes est «maître Albert», ainsi que l'appellent les autres joueurs dans une affection et un respect teintés d'ironie; les mains croisées dans le dos, ce charcutier, aujourd'hui retraité, parle d'expérience:

    ...X... (un nouveau venu), dans un an ou deux il est (deux mille), j'ai l'habitude des joueurs d'échecs, je vois, je me trompe pas.  Lui (A, un des participants de la conversation), il aurait été capable, A., il s'y prend pas assez sérieusement, il a pas le temps (car il exerce la profession de dentiste).  Moi je me contente d'être en deuxième catégorie, vu mon âge, 74 ans, je vaux pas plus...

    Significativement, cette dernière phrase voit la main droite d'Albert s'animer d'un geste:  Elle s'avance au milieu du rond formé par les joueurs et en suivant le rythme de la parole s'abaisse légèrement à plusieurs reprises.  Que cette main jusqu'alors immobile se mette ainsi à ponctuer le dire de «maître Albert» rend particulièrement manifeste l'investissement psychologique que tous, jeunes ou vieux, placent dans leur propre classement...  Arrive alors un joueur non sélectionné dans l'équipe qui, après les salutations d'usage, monte dans la salle de jeu.  Dès qu'il a disparu, sa valeur échiquéenne devient le nouveau point de mire de la conversation:

    Albert:  Lui, par exemple, il saura jamais jouer, je parle (bien), il saura jamais jouer, je l'ai vu tout de suite, mais c'est pas ça ce qui l'empêche de jouer.  Du moment qu'il prend son plaisir en jouant.

B:  On joue pour s'amuser, c'est tout.

Albert:  Exactement.

B:  Y en a qui jouent (aux échecs) comme d'autres font des dominos, ou tapent la belote...

Albert:  ...ont un permis de conduire, y en a qui ont vingt ans de permis de conduire, ils sauront jamais conduire.

    Il peut paraître étonnant que cette observation du milieu échiquéen néglige intentionnellement les grands maîtres et les champions du monde.  Mais il fallait rompre d'avec ces innombrables Histoires des échecs qui, collectionnant les coups d'éclat et les anecdotes, fabriquent une hagiographie échiquéenne où la nature (extraordinaire) du champion est sans cesse réaffirmée.  Cette volonté critique d'orienter la recherche dans une optique dégagée de toute apologétique, pose cependant le problème du statut théorique du joueur ordinaire.  Centrer l'observation et l'analyse sur la vie des tournois ordinaires et des petits clubs d'échecs implique en effet le refus de considérer le joueur ordinaire comme une simple et pâle imitation du champion et revient à s'opposer, de ce point de vue,  à la démarche du philosophe Yves Vargas qui, donnant cette définition:  «Le sport proprement dit est un spectacle qui consiste en un combat dont les acteurs (...) sont des professionnels», conclut son essai par ces remarques sur l'amateurisme:

    «Je n'ai pas négligé les amateurs ludiques (...).  Dans le système sportif, je leur ai fixé une place:  Ils sont les effets du sport et non la cause. (...).  Le sport a mieux réussi que le théâtre ou les jeux de rôles à cristalliser des pratiques d'imitation».

    Pourtant, à l'appui de la thèse de Vargas, il paraît flagrant que le comportement des joueurs est empreint de mimétisme:  Ils lisent et analysent sans cesse les parties des grands maîtres, ils répètent leurs ouverures... Les publications échiquéennes traduisent la même fixation d'intérêt:  Exceptionnel est le livre de Baudrier et Bouton qui délaisse les exploits des champions pour commenter des parties ordinaires de petits joueurs.  Habituellement, l'idéal supplante le simple dans la pédagogie échiquéenne.  Malgré ces évidences, j'ai préféré partir de l'hypothèse inverse qui consiste à poser que ce sont paradoxalement les joueurs ordinaires qui construisent les champions; Marcel Duchamp, peintre et joueur d'échecs, ne disait-il pas quelque chose de comparable lorsqu'il affirmait:  «Ce sont les regardeurs qui font les tableaux».

    Si un univers de compétition, comme celui des échecs, est fréquemment dépeint sous la forme d'une pyramide dont la base serait constituée par les débutants et le sommet par les champions, la réflexion anthropologique se doit de remarquer que cette vision hiérarchique véhicule essentiellement de la croyance.  Certains parallèles entre l'adhésion religieuse et la pratique ludique avaient déjà été établis par Johan Huizinga lorsqu'il ouvrit avec Homo Ludens (1938) un nouveau champ d'investigation pour les sciences sociales.  D'une part, Huizinga notait qu'«au point de vue des règles d'un jeu, aucun scepticisme n'est possible»D'autre part, annonçant par certaines remarques le célèbre «je sais bien mais quand même...» de Octave Mannoni, il considérait que le caractère ambivalent des «croyances primitives» rend celles-ci assimilables, voire équivalentes, au jeu.  Mais d'une manière plus générale, la nécessité de la croyance dans tout jeu transparaît à travers ces remarques:

    «Le résultat du jeu, en tant que fait objectif, est insignifiant et indifférent en soi.  Le Shah de Perse, qui aurait refusé, de passage en Angleterre, d'assister à une course pour le motif «qu'il savait bien qu'un cheval courait plus vite qu'un autre» avait, de son point de vue, parfaitement raison.  Il ne consentait pas à se rendre dans une sphère ludique qui lui était étrangère:  Il entendait demeurer en dehors.  L'issue d'un jeu ou d'un concours n'a d'importance que pour ceux qui entrent dans la sphère du jeu, comme joueurs ou spectateurs (sur les lieux, par radio ou autrement) et ont accepté ses règles.  Ils sont devenus et seront des participants du jeu.  Pour eux, il n'est ni insignifiant ni indifférent que le vainqueur soit Njord ou Triton» (Huizinga, 1988, 89-90).

    La même analyse peut être poursuivie afin de mieux comprendre le regard qui s'élève jusqu'au sommet de la pyramide.  Pour que le champion existe, il faut en effet que d'autres croient en lui, c'est-à-dire le reconnaissent comme champion, car sinon la pyramide s'écroule et il n'est rien de plus qu'un joueur ayant remporté une partie sans importance.  Ainsi, pour Le Neveu de Rameau qui, dans son apostrophe à Diderot, ramenait tous les joueurs du café de la Régence à de vulgaires pousseurs de bois, le maître d'échecs n'existe pas.  Ils disparaissent, les maîtres dont Diderot (1951, 395) admirait les assauts:  Exit Legal, pourtant toujours «connu des amateurs du monde entier grâce à la combinaison fascinante qu'il joua en 1750»; exit Philidor qui posa les bases de la stratégie échiquéenne en affirmant le premier que «les pions sont l'âme des échecs».

    Aussi, fondamentalement, c'est le joueur ordinaire qui, par sa reconnaissance, son imitation et son désir, construit le champion.  L'objet de cette étude ne remet donc pas ici en cause l'approche ethnographique classique centrée sur un lieu ou un groupe d'hommes a priori anodins.  En conséquence, ce travail ne cherche, essentiellement, qu'à présenter et analyser les pratiques et discours des joueurs ordinaires de club sans accorder d'attention particulière aux motivations des champions.  Pourtant le champion est un objet privilégié de discussion pour l'ensemble des joueurs.  Aussi, si la personne même du champion (existe-t-elle ?) reste remarquablement absente de ce terrain il n'en est pas de même de l'invention de l'idée du champion par les joueurs ordinaires.

    Avec le titre de «maître» conféré (non sans humour) à Albert, nous avons déjà entraperçu cette construction au quotidien du champion.  Car dans cet univers polarisé entre le fort et le faible, une infinité de relais contribue à la réalité du champion.  Après avoir posé un jugement sans appel sur le joueur qui ne «saura jamais jouer», Albert évoque celui qui fut et qui reste le meilleur joueur du cercle:

    Albert:  Si il avait voulu étudier, lui, les échecs, il aurait été maître international.  Il dit «J'ai fait un choix»Mais il a gagné un 2 400 et il a gagné un maître international, je me rappelle plus le nom (du maître).

    B:  Il a arrêté de jouer quand ?  (Question d'un joueur qui ne fréquente le club que depuis deux ans).

    Albert:  Il y a trois-quatre ans.  Il avait 2 260 fide (un classement international) mais enfin il est fort.  D'ailleurs il en sait quelque chose, hein ? Jacques, il est fort, il a le sens des échecs, terrible.

    Significativement le discours d'Albert ne se développe pas comme un simple monologue argumenté car le déictique «il» dans «il en sait quelque chose» réfère au joueur présent possédant le plus haut classement afin d'obtenir son approbation.  Ainsi cet avis autorisé est-il requis par Albert pour conforter l'idée que Jacques avait bien l'étoffe d'un champion.

    Le lecteur aura peut-être compris qu'en recourant à cette expression de «pousseurs de bois», je tenais, aussi, à me prémunir contre le mythe qui fait du jeu d'échecs un archétype de l'exercice de l'intelligence.  Considérer le joueur d'échecs comme un être doué d'un QI élevé et d'une mémoire exceptionnelle est un stéréotype largement partagé, même chez ceux qui ignorent jusqu'aux règles élémentaires du jeu.  Mais comme beaucoup de lieux communs, ce cliché ne s'exprime que sous des formes lacunaires comme «c'est un jeu de surdoués»; et il m'est même arrivé d'entendre une ethnologue qui avait - un instant - perdu sa perspicacité naturelle et son sens critique professionnel, tenir ces propos flatteurs:  «Ha, vous travaillez sur les joueurs d'échecs, vous devez être très intelligent»...

    Les responsables de fédérations échiquéennes, soucieux de promouvoir leur passion , ne sont évidemment pas les derniers à exploiter cette idée d'un jeu de l'intelligence.  Un président de la Ligue Ile-de-France, A. Terrien, écrivait ainsi dans un opuscule destiné aux néophytes:

    «Le jeu par excellence... Il «met en jeu» toutes les facultés de la pensée. (...).  Un extraordinaire outil de formation.  Dépassant ses facultés d'analyse, le jeu d'échecs apprend à l'homme à maîtriser sa pensée:  Celle-ci sollicitée par tant de solutions, doit choisir les seules logiques.  Les meilleurs joueurs ont un quotient intellectuel très élevé.  Les échecs sont un merveilleux moyen de perfectionnement de l'outillage mental Chez l'enfant, la pratique des échecs détermine souvent une amélioration spectaculaire des  résultats scolaires» (1986).

    Ce lien privilégié entre les échecs et la pensée amène tout naturellement certains à concevoir cette activité de l'esprit comme quasi consubstantielle à l'Homo SapiensUn ardent propagandiste du jeu d'échecs, Sylvain Zinser débutait en ces termes la brochure qui accompagne la boîte d'un jeu assez répandu dans les clubs:  «Roi des jeux et jeu des rois, le jeu d'échecs est un sport de l'esprit et un art à la portée de tous.  Venu de la nuit des temps, il existera tant que l'homme lui-même vivra»En invoquant le vieil aphorisme du «roi des jeux» et du «jeu des rois», ce discours mythique rappelle aussi que le jeu d'échecs sert volontiers de métaphore aux relations politiques.  Le magnifique jeu en ivoire de Charlemagne, les brillantes parties de Napoléon, ou encore les dessins humoristiques des quotidiens illustrent à loisir que les qualités de stratège d'un général ou d'un chef d'État gagnent à être exprimées sous une forme échiquéenne même si c'est au détriment de l'exactitude historique:  Charlemagne ne pouvait connaître le jeu d'échecs qui n'est apparu en Europe qu'à partir du XIe siècle (cf. Pastoureau, 1990) et Napoléon n'était qu'un piètre joueur auquel on prêta quelques victoires apocryphes.

    À de nombreux égards, le jeu d'échecs présente donc, que ce soit dans la culture globale ou dans l'esprit des joueurs, un caractère spécifique le distinguant profondément des autres jeux.  Les emblèmes royaux ainsi que l'idée d'une complexité intellectuelle inaccessible au commun des mortels convergent, d'un point de vue «symbolique», à donner à ce jeu la prééminence dans la hiérarchie ludique.  Or l'enseignement du jeu d'échecs dans les écoles élémentaires prouve que n'importe quel enfant de sept ans est capable en quelques heures d'en assimiler les règles.  Si les «prouesses» que développent par la suite les joueurs (mémorisation de centaines de parties, capacité de jouer sans voir l'échiquier, profondeur du calcul sur plusieurs coups...) sont certes de nature à étonner le profane, il ne faut cependant y voir que le produit d'une passion qui s'est exercée sur de nombreuses années; ces «performances» sont dès lors à considérer au même plan que la mémorisation des épopées par les bardes, l'art de l'improvisation musicale, le calcul mental ou encore la reconnaissance des milliers de visage qu'impose notre vie quotidienne...  La pratique du jeu d'échecs s'avère donc être une activité intellectuelle comme une autre et, à ce titre, ne se singularise pas des autres conduites humaines.

    Considérer un jeu uniquement sous l'angle de ses règles permet d'en suivre la propagation de civilisation en civilisation.  Les sources littéraires et archéologiques témoignent de la diffusion du jeu d'échecs à partir du sub-continent indien où il est attesté, sous le nom de caturanga, dès le VIe siècle de notre ère.  La Chine, le Japon, la Perse, l'Europe..., connurent ainsi le jeu en procédant chaque fois à des modifications qui en facilitèrent l'intégration.  Le nom des pièces, leur représentation, leur force varièrent mais n'entamèrent pas le principe général d'un jeu sur tablier où deux adversaires maniant des pièces qui se différencient par leur capacité de mouvement cherchant, pour emporter la victoire, à capturer à «mater» une pièce particulière (dans le jeu occidental, le «Roi»)La conception de l'espace joua également un rôle dans ces adaptations ludiques et un exemple significatif est fourni par la pensée chinoise qui, empuntant à l'Inde l'échiquier unicolore de 64 cases (8x8 colonnes), l'utilisa comme un tablier de 81 intersections (les pièces sont posées au croisement des 9 x 9 lignes)Notons que les grandes civilisations n'eurent pas l'apanage du jeu d'échecs car il fut aussi pratiqué dans les petites sociétés sibériennes et c'est sans doute à l'occasion des relations que celles-ci entretenaient avec les nations indiennes de la Côte nord-ouest que le jeu passa même en Amérique.

    Si la descendance d'un jeu est identifiable grâce à la reconnaissance des formes, somme toute élémentaires, de ses règles, il faut néanmoins l'enthousiasme d'un mathématicien pour réduire l'analyse anthropologique d'un jeu à ses règles logico-mathématiques:

    «En présence d'un jeu, donné par sa règle, on se demandera par exemple s'il est déterminé, ou de hasard pur, ou de stratégie; s'il est à «information parfaite» ou non; s'il est coopératif ou non, etc.  Tout reste à faire dans ce domaine, mais nous pensons qu'il y a là une voie de recherche riche de promesses pour l'ethnologie et la sociologie:  Peut-être l'étude de la structure des jeux pratiqués par les sociétés aura-t-elle alors un rôle aussi révélateur que celle des structures de la parenté»  (Barbut, 1967, 863).

haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Religion and Chess

by Bill Wall

 

    Chess (shatranj) was a legal issue after Mohammad died in 642 A.D. In 655 his son-in-law, Caliph Ali Ben Abu-Talib disapproved the game for his sect of Muslims because of the graven images.

    In 680 the 50th rule of canons was interpreted as forbidding chess. But the caliphs themselves played and had chess players in their circle of influence. Legal scholars debated the merits of chess. It was legal to play chess if not played with items of chance (dice) and there were no betting or gambling on chess.

    It was still disapproved in 725 by Sulaiman ibn Yashar but still popular among caliphs, especially when they moved their capitol to Baghdad in 750 and took their top chessplayers with them.

    The caliph al-Mahdi wrote a letter to Mecca religious leaders to give up gambling with dice and chess in 780, but he died in 785 and caliph al-Rashid came to power who was an avid chess player.

    By 810 the top chessplayers in the world were known and recognized and all had sponsors by powerful caliphs. In fact, the word Grandmaster was introduced by caliph al-Ma'mun in 819 AD.

    Chess was getting serious in India as well but tolerated. By 900 there was a problem of players actually wagering fingers in their chess matches - you lose, you cut off a finger.

    The Egyptian al-Hakim banned chess in Egypt in 1005 and ordered that all chess sets and pieces be burned in Egypt.

    Chess had picked up in Europe and pretty soon many of the clergy was spending more time playing chess than saving souls. In 1061 Cardinal Damiani of Ostin forbad the clergy from playing chess.  He died in 1072 and chess was resumed in his domain.

    By 1093 the Eastern Orthodox church condemned chess. The Church stamped out chess in Russia as a relic of heathenism.

    In Europe some members of the clergy thought that receiving a "check" in chess was similar to committing a sin which one was able to redeem.  A checkmate was similar to committing a sin that was perishable, and thus deadly.

    By 1100 chess was accepted as a regular feature of noble life in England. It was even a knightly accomplishment to play chess in 1106 under Petro Alfonsi. Chess was played by the upper classes and excluded women from playing the game.

    By 1115, the emperor of the Byzantine empire was a chess addict. Despite that, it was still being banned in the churches up to 1125. John Zonares, a former captain of the Byzantine imperial guard, became a monk and issued a directive banning chess as a kind of debauchery.

     St. Bernard (1090-1153) forbade his knights templars from playing chess.

    Chess become more popular during the crusades, but Alexander Neckam, a British author, condemned chess as being frivilous.

    By 1195, the Jews were seriously involved in playing chess, but Rabbi Maimonides included chess among the forbidden games for jews.

    In 1197 the Abbot of Persigny was warning folks not to play chess.

    In 1208 the bishop of Paris, Odo Sully, banned chess in Paris to his clergy.

    It was also forbidden in Worcester, England in 1240 by the religous leadership.

    In 1254 St Louis of France restricted chess to laymen. Provinical councils were forbidding chess in France (Beziers).

    King Henry III (1207-1272) instructed the clergy to leave chess alone "on pain of durance vile."

    In 1291 the Archbishop of Cantebury, John Peckman, was forbidding chess.  He threatened to put anyone on a diet of bread and water if they played chess.

    Priests were forbidden to play chess up to 1299. The Clementine Kormch wrote a series of directions of priests.  It included no chess play.

    Chess was forbidden in Germany in 1310 after the Council of Trier.

    In 1322 the Jewish rabbi Kalonymnos Ben Kalonymous condemned chess. By 1328 the Jewish laws were intrepreted by some Jewish leaders that chess could be played, but not for money.

    Chess was still forbidden in Germany up to 1329 after the Synod of Wurzburg.

    Charles V (1337-1380) of France prohibited chess.

    In 1380 William of Wickham (1324-1404), founder of New College, Oxford, and Winchester College, forbade chess.  He was the Bishop of Winchester and the Chancellor of England twice.

    Charles VI (1368-1422) of France continued to forbid chess.  He later became unsane.

    In 1405 John Huss, Bohemian religious reformer, sought repentance for loss of self-control at the chess table during a game in Prague.

    In 1416 the Jews of Forli, Italy relaxed a bit and forbade all games of chance except chess.

   In 1420 Werner von Orseln, the Grand Master of the Knights of the Teutonic Order, abandoned the prohibition of chess on the grounds that chess was a proper amusement for a knight.

    By 1476 chess was being played in France again under Charles the Bold.

    In 1495 the Inquisition saw victims of persecutions stand in as figures in a game of living chess. The game was played by two blind players.  Each time the captured piece was taken, the person representing that piece was put to death.

    By 1500 chess was a recognized pastime for Jews on the Sabbath.

    In 1549 the Protohierarch Sylvester wrote that those who play chess shall go to hell and be accursed on earth. This was documented in his work Domostroi (Household Goverment), a book of principles of family life. This was the first printed book in Moscow.

    In 1550 Saint Teresa of Avila, a Spanish conventical reformer, mentioned chess in her writings to illustrate ethics and chess. The Church authorities in Spain proclaimed her patron of chessplayers.

    In 1551 Czar Ivan IV (1530-1584), Ivan the Terrible, of Russia banned chess.

    The leading clerics compiled the Stoglav Collection (council of the Hundred Chapters) in 1551, which prohibited chess in Moscow. This same document prohibited shaving as well as beards were said to imitate the visage of God and to distinguish Orthodox males from women.

    In 1575 a plague hit Cremona, Italy. Afterwards, all games were considered evil and the cause of their troubles.  All games but chess were banned.

    Chess was still banned in Russia in the 17th century. In 1649 Czar Alexei (1629-1676) found some players playing chess and had them whipped and imprisoned.

    The Puritans were against chess and discouraged chess play.

    Religious leaders who have played chess include Thomas Becket (Archbishop of Cantebury), Charles Borromeo (Bishop of Milan), Pope Gregory VI, Pope Innocent III, Pope John Paul I, Pope John Paul II, Pope Leo X, Pope Leo XIII, Cardinal Richelieu, and Billy Graham.

    In 1981 chess was forbidden in Iran as it encouraged gambling (haram). The chess players went underground with their boards and pieces. In 1988 the Ayatollah Ruhollah Khomeini (1900-1989) issued a religious decree (fatwa), permitting chess play for Muslims as long as it was not played for the purpose of gambling (haram) and it does not delay the obligatory prayers or neglects other duties. The Ayatollah changed his mind after admitting that chess had its high educational and intellectual values.  Chess made a comeback, spawning chess parks, chess palaces, and chess masters. In 2000, an Iranian became a world chess champion. In October, 2000, the World Girls' Chess Championship for 12 and under was won by Atousa Pourkashian of Iran at the tournment held in Madrid, Spain.  Iran also produced a recent World Boys' Under 10 Champion. Today the Chess Federation of Iran occupies one of the best buildings among all sportive federations in the country. All over the country there have construction of chess clubs.

    Prior to the Ayatollah, Iran, under the Shah, was the only Islamic country that organized chess and participated in chess tournaments, including the 22nd chess olympiad in Israel in 1976 (in Haifa).

    In 1996 chess and other clubs were banned from some high schools in Salt Lake City, Utah. Most of the school board is Mormon which condemns homosexuality. Rather than let gay high school students form an organization, they banned all non-academic clubs. School board members said federal law gave them only two options: Allow all extra-curricular clubs or eliminate them all.  Some 30 clubs, including the chess club, are banned for 1996-97.

    The Taliban believed chess was a form of gambling and distracted people from saying their prayers. When the Taliban caught people playing chess, they would burn the chessboard and pieces and put the players in jail.  For five years (1996-2001), Afghanistan was the only place in the world where playing chess was illegal. It was banned by Mullah Mohammad Omar, the supreme leader of the Taliban.

 haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ALFRED DE MUSSET

 joueur d'échecs
par Bernard Lucas
 

Nom: De Musset     Prénom: Alfred
Né le 11 décembre 1810 au 33, rue de Noyers
(actuellement 57 Blvd.  St-Germain Paris)
Profession: Écrivain, bibliothécaire (emploi honorifique)
Santé: Malade en 1843: Excès d'alcool et crises nerveuses.  Nouvelle maladie en 1845: Altération des valvulves de l'aorte.
Décorations:  Légion d'honneur en même temps que Balzac en 1845.

1er aout 1837:  Nouvelle publiée dans la revue des deux mondes  saluée par Balzac comme: «Chef d'oeuvre de la littérature moderne».

Emmeline:

    Elle trouva, en rentrant, son mari dans le salon jouant amicalement avec un de ses amis.  Elle s'assit à quelques distances, et, presque malgré elle, regarda le comte. Elle suivait les mouvements de cette noble figure qu'elle avait vue si belle à dix-huit ans, lorsqu'il s'était jeté au devant de son cheval. M. de Morsan perdait et ses sourcils froncés ne lui prêtaient pas une expression gracieuse. Il sourit tout à coup, la fortune tournait de son côté et ses yeux brillèrent.

 -Vous aimez donc beaucoup ce jeu ? demanda Emmeline en souriant.

 -Comme la musique, pour passer le temps, répondit le comte. Et il continua sans regarder sa femme. "Passer le temps!" se répéta tout bas madame de Marsan, dans sa chambre au moment de se mettre au lit.  Ce mot l'empêchait de dormir: "Il est beau, il est brave, se disait-elle, il m'aime.
 

Théâtre:

    Deux raison amenèrent Alfred de Musset à fréquenter Le café de la Régence à deux pas du Théatre Français. La première est une pièce jouée pour la première fois le 27 novembre 1847: "Un caprice" imposée par l'actrice Mme Allan-Despréaux qui devenant sa maitresse jusqu'en 1850 sera la deuxième attache.

    Delvaux Alfred cite de Musset dans "Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris" 1862 en  p.134  à 141.


    -
Je ne suis entré dans ce temple du gambit qu'avec le plus grand effroi et le plus grand respect; présenté à quelques-uns des habitués par mon excellent ami F. Vialay, un joueur expert, à ce qu'il parait, qui a eu l'honneur de faire souventes fois vis à vis à Alfred de Musset.
Alfred de Musset venait souvent au café de la Régence jouer aux échecs; son jeu était assez habile, et dans les jours lucides, il passait pour un joueur de force recommendable. Il faisait sa partie avec Ravergie, peintre Provost, Comédie Française Eugène de Mirecourt, Blosse, libraire F. Vialay, Delegorge, le tueur d'éléphants.

    Dans l'après-midi du 24 février 1848, il commençait une partie (Alfred de Musset) avec Delegorge lorsque des coups de fusil vinrent l'interrompre forcément; le roi Louis-Philippe était fait échec et mat par le peuple parisien.  Alfred de Musset était trop véritablement joueur pour s'émouvoir de si peu, et il eut volontiers continué la partie qu'il considérait déjà comme gagnée, si Delegorge, en qui les ardeurs belliqueuses venaient de se réveiller aussitôt, ne lui eut brûlé la politesse pour brûler quelques amorces sur la place du palais royal avec les gardes nationaux en train d'enlever le poste du château d'eau.

La Régence janvier 49:

    Provost, de la Comédie française, ancien habitué fort rare autrefois, que l'année a rapproché de nous:  «Jeu de salon, dont le contact artistique entraine naturellement, surtout quand il s'entoure de ce cortège de qualités aimables qui rendent l'intimité si précieuse.»                                          

    Il est cité parmi les membres du cercle des échecs de la Régence avec cette appréciation: "M.  Alfred de Musset, imagination fantasque et brûlante" (membre pour l'année 1848.)

Les samedis 10 et 27 novembre:

    Il participe sans succès à deux coupes avec cette appréciation: "M. Alfred de Musset, toujours spirituel et généreux dans la manière de jouer. Cet amateur avec son jeu plein de combinaisons élégantes et de belles fautes est tout à fait apte à lutter honorablement contre le fort que perdre contre le faible."

Le 17 mars 1850:

     2e candidature à l'Académie française. Il est reçu le 22 février 1852, voiçi ce qu'en dit Alfred Delanoy, secrétaire de la Régence dans le N°XII de décembre 1851 p.352, ce N° très en retard sera le dernier :

    "Nos lecteurs ont sans doute appris par les journaux la nomination de M.  Alfred de Musset à l'Académie, et comme nous, assurément, ils ont tous applaudi, car la science des Échecs revendique avec orgueil M. de Musset comme un de ses plus zélés disciples.  Cette nomination n'est qu'un acte de justice dû à une plume façile, élégante et pure, à cette intelligence dont les oeuvres gracieuces charment délicieusement l'esprit et vivront dans la postérité comme une des gloires de la littérature moderne; pourvu seulement que les lauriers académiques n'étouffent pas en lui sous leur énorme poids les élans de l'imagination, ni les fantastiques combinaisons de jeu ! Alph Delannoy.

1854:

    Épuisé, il n'écrit presque plus rien, se distrait en jouant aux échecs, en buvant, fréquentant quelques salons, et meurt.

    haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The Best American Chess Player

par NM Dan Heisman

  

    -Sir, there is a Mister Richard Franklin here to see you.  He wishes to indulge in a game or two, if you are interested.

     The study was filled with fine paintings and books that his family had collected over many decades.  In the northwest corner, near a candleholder and window, sat a seldom used chessboard.  The World Champion frowned.

      Franklin The name was not familiar.  He was probably another old, wealthy gentleman who wished to tell his grandchildren that he had played the famous recluse.  Sometimes he humored them, more often not. Being a little bored with nothing else to do, this time it was humor:

    -Show him in please, Charles.

   -Very good, sir.  Charles was never surprised no matter what his employer decided, or at least if he was, he never showed it.

     Not half a minute later Charles reappeared, but no longer alone.

   -Sir, Mr. Richard Franklin.

    The Champion looked up and stared; he couldn’t have been more wrong.  Franklin was a young man, tall and somewhat slender, with large shoulders.  But it was the eyes…  These were the eyes of an assassin, or at least not those of someone who was here just to lose a couple of chess games.  Why was he here

   -Do sit down Mr. Franklin.  Tell me, what brings you to my home on such a nice Louisiana afternoon?  You don’t look like a local player. 

   -I am … from the North.  His accent confirmed this.  Not that many Yankees wanted to be in the South these days.

   -I see.  The diminutive master of the house was almost a foot shorter than his guest.  He let the subject drop, reasoning that the stranger’s hesitation was due to political, and not social matters.   -Charles says that you have come all this way just to play some chess with me.

   -Yes, that it precisely the reason I came. 

    This was quite unusual.  Usually guests would say something like, «I would be honored.»  No such courtesy was offered here.  Straight.  Harsh.  Assassin ?

    Paul Morphy walked over to a handsomely carved bureau and opened a drawer.  Inside was a box containing an exquisitely carved wooden set he had been given during his tour of Europe.

  -Nice set, Mr. Morphy.  A pleasantry Or a recognition of the set’s rare quality

  -Thank you.  You may have the White pieces if you wish. 

  -I would rather play Black.

    Morphy set up the White pieces without comment, but before he could finish the Black army was ready and its commander waiting to move.  Whoever he was, he sure knew his way around the chessboard.  Sometimes just the way someone captured a piece or set up the pieces was a clue.  He played 1.e4. 

    Franklin’s hand instinctively shot out for the c-pawn, but then he stopped.  Apparently that would not serve his purpose; apparently only one move would; it was 1…e5.  Franklin was not afraid of any lines with 2.Nf3 Nc6 3.Bc4.

    3.Bc4 it was.

    The game soon turned into a rare, old, and yet really not so old variation of the Max Lange attack.  Black was close to equalizing, but there was plenty of play in the position and he had to be careful.

    Soon both sides were moving very slowly.  White’s extra space and development stacked against Black’s extra pawn and solid pawn structure.  But Morphy was happy; he was familiar with this type of position and had won handily many times.  Today it was not so easy, not easy at all. 

    Nevertheless, the pressure on Black’s King grew more quickly than the tall stranger had anticipated.  He began to play even more slowly. 

    Strange, thought Morphy.  This Franklin fellow is much stronger than the average master.  He has already stopped several subtle threats that almost anyone would not have seen.  Usually when Morphy got to play his type of opening with White, things ended rather quickly – Anderssen and the other top players always did their best to avoid situations like these against him. 

    And for good reason.  Despite the stranger’s good defense, Morphy soon found his attack irresistible, and even though stranger gave up the exchange to avoid the worst, it was not enough and Morphy finally won a nice endgame.

   -You play very well, Mr. Franklin.

   -Another game ?

    It was only fair.  Morphy took the captured Black pieces and began to set them up.  He found himself obliged to answer 1.e4 with 1…e5,  just as Franklin had done in the first game. 

    This time the game was a Ruy Lopez.  It was the rare 3.Bxc6 exchange variation.  This did not suit Morphy’s style, but he had often won when his Bishop pair was unleashed later in the game.  This time Morphy had some awkwardness defending the queenside, but eventually mustered enough threats on the Kingside to force his opponent to simplify. 

    The endgame, with Rook, Bishop, and six pawns against Rook, Knight, and six pawns was obviously drawn despite Black’s doubled c-pawns.  But Franklin was obviously not satisfied and pressed on for a win. 

    Darkness started to fall and Charles dutifully lit the candles both beside the board and near the doorway. 

    Morphy did not offer a draw.  It was the obligation of the player trying to win to decide when he could not.  Many times Morphy had won when his opponent tried to hard for a win in a drawn position, but Franklin was not giving him one chance at all.  Only careful defense could hold the position.  Morphy was not known for his defense, but as a World Champion he was not all that bad, either.

    It was pitch black outside when Franklin frowned, extended himself to his full height, and offered his hand.  Morphy acknowledged the draw.  Without further pleasantries, Franklin spun around and got to the study door before Charles, in the next room, could react as an escort. 

    Normally a score of one-and-a-half out of two would be an embarrassment to Morphy, but not this time.  The best player in American history picked up the pieces and, one by one, gently placed them back into the box.

haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Civil Battle

par Joseph Crump

 

    I sat facing my opponent, waiting for him to make his next move. I thought back to the beginning, how the game had started, how it had developed and progressed. Many think of chess as a civilized, relaxing activity. This chess game had felt like a savage struggle. This contest had many characteristics of an epic battle: Fear and intimidation of the enemy, a tactical mistake, a desperate attack, a solid defense, mayhem and the death of a king.

 

    It was the final round of the State Championship. My opponent was Ivan, a Russian emigrant and a chess master. Ivan was about sixty. His leathery face was harsh and wrinkled. I remember my feelings of fear and intimidation as he spoke to me with that thick accent. Russians are renowned for their strong chess playing ability. I envisioned him as a vicious predator with decades of experience and advanced knowledge that he would use to decimate me over the chess board.

 

    Once the competition began, he responded almost immediately to my every move.  A feeling of despair came over me as I realized that he must know this opening very well.  Since he had the white pieces, he already had the advantage. One error on my part could mean instant annihilation.

 

    Then something almost unbelievable happened. My opponent made an error. This was not just an error but an outright blunder. The mistake would cost him a knight. I would have a strong winning advantage. I made the necessary move to prove the error, a tactical maneuver attacking the enemy king and an unprotected knight simultaneously. My antagonist did not respond instantly to this move.

 

    My adversary realized that he had made a devastating mistake, but he was not ready to surrender just yet. He parried the threat to his royal monarch. I captured the medieval warrior and made it my first prisoner. A static analysis of the position would show winning automatic; however, chess is dynamic. The situation is always changing.  Capturing the knight had required me to disorganize my army and lose time. My opponent, for the moment, had superior control over the battlefield.

 

    My adversary launched an assault, a dangerous attack, a desperate raid. The foe had nothing to lose. He was pushing his pawns toward my king, like an opposing infantry marching into my territory. A storm of pawns threatened to strip my king's protection away, leaving him naked and vulnerable to the onslaught of my opponent's heavy artillery.

 

    I needed to hold my troops together to maintain a solid defense.  Otherwise, the enemy forces' rapacious threats would crush my army like the prey of a boa constrictor. I also needed to mobilize and coordinate my men to be prepared to counterattack when the opportunity arrived. He had my troops pinned down under enemy fire. The double-edged encounter had become very complex. My heart was pounding in my chest. There were pawns to the left and pawns to the right. The soldiers were fighting in a tangled skirmish. They seemed to cry out in agony from the terror of the conflict. It was like being in the middle of an Armageddon. The prisoners-of-war stood along the side of the battlefield. They were watching their comrades, wanting to help, but powerless to intercede.

 

    The turmoil ended as my men broke through his defenses. I had completely neutralized his hostile aggression. His king was in mortal danger, surrounded by my forces. He had no reinforcements, no way to fend off my final assault. A rook delivered the fatal blow. There was no escape--checkmate--the evil despot was dead and victory was mine.

 

    I looked at my opponent as he sat, his face in his hands, deep in thought.  All that remained was to clean up the bloody carnage left on the battlefield. Ivan looked up at me with a pensive expression. He reached out and toppled his king, acknowledging defeat. Then he extended his hand to offer a congratulatory handshake.

 

    This contest had hardly been a relaxing game.  A chess game can feel like a microcosm of war, a battle in miniature or a savage struggle. Chess however, is a battle of ideas played out on a checkered board with wooden pieces. Ivan and his men went on to play again. There were no injuries, no bloodshed. This truly was a civil battle.

 

haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Thompson's Return

par Ron Canter

 

    Astonishing news! After many years Thompson has reappeared out of the blue, and is up to his old tricks again.

    Some time ago on retiring and moving to the Midlands I found to my pleasure that I now lived not far from my old friend and chess opponent Donald Brian Evans (DB for short.) I discovered that he was marketing over the internet his chess database programme DBExam (long ago perfected, in spite of Thompson‘s best efforts) and ran a website for this and other purposes. We arranged to meet at his local, The Greene Manne, and this was the start of many friendly chess games over a pint of Old English ale in that ancient and agreeable country pub. I found the hostelry to have a very relaxing atmosphere with its ancient fireplace and interesting displays of old farm implements and stuffed wildlife. The locals were friendly too.

    I learned that the fireplace was haunted and had been known as Hawke’s Chimney for many years. Philip Hawke, a local man, was well known in Elizabethan times for his hunting prowess with his hawks and falcons, and he became the supplier of game to The Greene Manne. His wife Martha, a comely wench who also served as tavern maid, baked the kills from his expeditions into a famed rabbit and pigeon pie which was regularly served to the patrons of the inn. In one of those quaint Old English rituals it was customary on Midsummer’s Eve for The Hawke, as he became known, to enter the inn by way of its large chimney to the applause of the locals and, blackened with soot, receive a large flagon of foaming ale from the landlord. (The fire must have been left unlit on such occasions.) Afterwards Martha, dressed in a white robe and bedecked with flowers, would be presented with a straw doll and the Hunter and his Lady Consort would then lead a procession round the village. According to local legend the chimney had been haunted by The Hawke ever since his demise.

    In later years it became traditional on Midsummer’s Eve for the landlord to stand in front of the fireplace and call three times "Hawke, are you there?", after which a solemn toast would be drunk to the famous hunter. The ceremony continues to this day. In Hawke’s memory a glass cabinet over the mantelpiece displays a large, fierce-looking stuffed falcon, and newcomers to the pub are often required to bend and peer up the capacious chimney to see if they can see Hawke’s ghost (the fire is no longer lit.)

    In these picturesque surroundings DB and I often reminisced about the old days at the chess club, especially Thompson and his amusing and sometimes irritating activities, speculating whether he would ever reappear. Although Thompson had caused DB considerable grief over a prank involving his database, DB was now able to laugh about the incident and as we played our friendly games we spent many an hour chatting about Thompson’s antics, wondering what he had been getting up to since then.

    There was considerable interest in chess at The Greene Manne as DB had first aroused the curiosity of the regulars by playing games over on his pocket set while imbibing his customary lunchtime pint, and then shown them how to play. Tony, the pub’s amiable landlord, had even gone so far as to decorate parts of the establishment with a chequerboard pattern of tiles, some of the tables were inlaid with chessboards and chess sets were readily available along with the usual dominoes, draughts and skittles. Interest was further stimulated by the appointment of a slim and attractive barmaid who was not only intriguingly foreign but also played a steady game of chess. As nobody could pronounce her Polish name she was known simply as Jo, and she was often seen playing the clientele on her day off.

    As was customary in those parts a friendly rivalry existed with the pub in the next village, The Ruddy Duck, which also had a few chess players. Every Christmas a tournament was arranged between the two establishments, in which dominoes, draughts, skittles and chess were played in a spirit of friendly competition, but the first event of the evening was always an inter-pub game of grimbles, that fascinating country pastime which dated back many years. During and after the competitions there would be much quaffing of ale and consumption of the best country food, followed by the singing of carols and country songs long into the night.

    The other day I was sitting in my usual place at The Greene Manne defending the Black side of a rather tricky King’s Gambit against DB as I consumed a pint of that week’s special, Blackthorne Peculiar, when somebody behind me uttered the once-familiar phrase "Mmphh, I wouldn’t have done that. Mmphh!" I looked up at DB to see a very strange look on his face, and my mind began to race. It couldn’t be, could it ? Slowly I turned on my stool, and sure enough Thompson was standing behind me with a pint in his hand and a smile on his face, grey haired and somewhat thinner, but with the same dark brown eyes and piercing stare.

    It turned out that Thompson had seen DB’s website, which amongst other things gave quite a bit of information about The Greene Manne, and decided to visit in the hope of meeting up with some of his old chess colleagues. (We never found out how he got there, but I’m pretty sure he didn’t drive as his one attempt at the driving test had left the examiner a quivering wreck.) After getting over the surprise we greeted him cordially, told him about The Hawke and invited him to look up the chimney. He was a bit wary of the stuffed falcon, no doubt because of his strange experience with a stuffed turtle in the past, but duly peered up the ancient shaft at the top of which daylight could be seen. As he failed to spot Hawke’s ghost we informed him of his consequent obligation to buy a round and then we sat down with our drinks to talk over old times. Before long Jo came on duty and we mentioned to Thompson that as well as being Polish she was a chess player, both of which facts interested him greatly. "Ah" he said "I speak a bit of Polish, I’ll give her a game" and, not without some misgivings, this was arranged. Thompson was introduced to Jo, who seemed to take a liking to him, and, Tony having given his permission, they sat down to play.

    My match with DB was adjourned as we felt that we should keep an eye on Thompson, and we followed Thompson and Jo’s game from our table beside the fireplace. Tony watched from behind the bar, although he knew little about chess, and the various regulars also viewed the game with interest. Thompson opened with his favourite Polish opening, no doubt in tribute to his opponent’s origins, and Jo defended steadily. Soon Thompson checked with his King’s Bishop and triumphantly and loudly declaimed what sounded like a phrase in Polish. The effect on Jo was astounding. She sat bolt upright, glared at Thompson then suddenly leaned over the board and delivered a tremendous slap to the side of his head which toppled him from his stool and on to the floor. We were all frozen in amazement, and then before anyone could react Thompson leapt up and extended his arm in what I think was meant to be a gesture of conciliation.

    Betty, a deceptively frail-looking lady of about seventy who was sitting next to them, interpreted Thompson’s movement as one of aggression and immediately tripped him up with the crook of her walking stick. Thompson crashed to the floor again and by now the regulars were up in arms, eager to defend their favourite barmaid. Derek, who was confined to an electric wheelchair but drove it with considerable skill, set his motor going and, assisted by kicks from people nearby, unceremoniously shunted Thompson across the floor and into the fireplace where he finished up in a heap beside me with his head in the grate. He shook his head, looked up at me and said, "Don’t know what’s up with her, I only said I was checking her King." Before I could discuss his obviously imperfect knowledge of the Polish language with him, Spook the pub cat, sensing the general atmosphere of hostility to Thompson, pounced upon him and sank her teeth and claws into his calf causing him to yell with pain. In the meantime the other regulars began to advance menacingly, intent on avenging whatever insult had been delivered to Jo.

    Still tangled up in the fireplace, Thompson suddenly stiffened, went white, and shouted "My God, it’s him!!! I can see The Hawke!!!". Just then the glass case above the mantelpiece shattered and the stuffed falcon appeared to glide at Thompson, finishing up on his chest with its sharp raptor’s beak against his nose and its yellow eyes staring unblinkingly into his. I quickly prised Spook off his leg, removed the falcon, got him to his feet and hustled him through the door into the car park. Breathing heavily, Thompson said "I saw him - a bloke with a beard - looking down the chimney - it must have been The Hawke." And then the blighter had the almighty cheek to say that he thought the cost of his round should be refunded as he had spotted the ghost! Struggling to contain myself I advised him to make himself scarce before the regulars got outside, gave him a push, and he staggered off down the road.

    As I went back inside Tony was offering everyone a drink on the house to cool the proceedings and this unprecedented and unusual offer had the desired effect. Spook was stroked and petted by everyone in recognition of her gallantry and received a double portion of her favourite tuna for supper that night. There was much lively discussion of the day’s events and Jo was pressed to tell us why she had slapped Thompson. She refused to impart exactly what he had said to her but indicated that he had suggested doing something to her with his Bishop which no gentleman would ever do to a lady.

    For several days afterwards the pub’s takings were considerably increased as word got around the village and those who had not been fortunate enough to witness the evening’s events flocked to the bar to hear eye witness accounts of that eventful day. The falcon has been reinstalled in a new glass cabinet over the mantelpiece and Thompson is now permanently banned from The Greene Manne.

 haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jeu d'échecs vers son âge adulte

Jeu d'échecs et sciences humaines

par Norbert Engel et Jacques Dextreit

 

Quelques comportements d'apparition récente

    La lutte psychologique appliquée au jeu d'échecs, qui connut en Emmanuel Lasker son premier théoricien, s'est transformée et amplifiée de façon surprenante depuis quelques années.  Depuis 1972, année du match Fischer-Spassky, rares sont les rencontres d'importance qui ne connaissent guerre des nerfs et incidents extra-échiquéens multiples.  Nous en citerons ici quelques exemples, moins pour en dresser une liste exhaustive ou pour commenter ces rencontres que pour fournir au lecteur néophyte l'occasion de comprendre ce dont il sera question plus loin.

a) Fischer-Spassky, Reykjavik, 1972

    Deux temps bien différents rythment la rencontre pour le titre mondial sur le plan psychologique.

    Premier temps:  Fischer a le trait.  Les incidents liés à la préparation et au début du match son innombrables et font la une des journaux du monde entier:  Tractations sans fin au sujet du lieu du match et des conditions financières (du 1er janvier au 10 mai 1972, la F.I.D.E. a reçu quatre-vingt-dix-sept télégrammes et en a envoyé cent trente-neuf concernant ce match !), exigences de dernière heure de la part de Fischer à propos des prix et des conditions de jeu, défait dans la première partie, forfait dans la deuxième !  L'interruption du match est évitée de fort peu et la troisième partie se joue à huis clos, Fischer ne supportant plus ni les spectateurs ni le bruit des caméras de télévision...

    Deuxième temps:  Trait à l'équipe soviétique.  Pendant la dixième partie, des témoins islandais voient deux spectateurs parlant russe (puis un troisième) sortir de leur poche des tubes métalliques qu'ils portent à leur bouche avant de les diriger vers Fischer.  Se sentant observés, les hommes quittent la salle et regagnent en voiture... l'ambassade soviétique !  Après la quinzième partie, l'équipe soviétique accuse officiellement Fischer d'employer des techniques électroniques et des substances chimiques pour influencer Spassky et lui faire perdre son esprit combatif.  Un examen minutieux de la salle, de l'éclairage, des sièges (chacun fut radiographié sous dix-huit incidences différentes!), accompli par des policiers et des techniciens spécialisés, permit de découvrir comme seul élément anormal... deux mouches mortes dans le système d'éclairage.

b) Mecking-Polougaievsky, Lucerne, 1977

    Le jeune grand maître brésilien Henrique Mecking, préparé d'une façon exceptionnelle pour ce match (huit heures d'entraînement chaque jour pendant presque huit mois), n'obtient pourtant qu'un résultat décevant:  Il perd le match, sur le score de une défaite et onze parties nulles, et surtout il se montre incapable de fournir un jeu combatif et inventif.  Par contre, il est à l'origine de nombreux incidents:  Protestations concernant le bruit, les portes ouvertes dans la salle de jeu et, surtout, le comportement de son adversaire.  Il accuse le joueur soviétique de chercher à le distraire pendant qu'il réfléchit (par exemple, dans le Zeitnot de la onzième partie, en «se tournant les pouces») et d'exercer sur lui des «pressions psychologiques» intolérables en faisant modifier la date d'une partie pour raison médicale; il se plaint aussi du «regard fixe» de Polougaievsky.  Les juges et arbitres passent plus de temps à examiner - et à rejeter - ces réclamations que les deux grands maîtres n'en mettent à jouer leurs parties.

c) Kortchnoy-Spassky, Belgrae, 1977-1978

    La finale des candidats oppose Boris Spassky, Soviétique établi en France depuis un récent mariage, et Victor Kortchnoy, transfuge soviétique installé alors en R.F.A. et en passe d'être déchu de sa nationalité soviétique.  Climat de crise, lutte politique, inimitié entre les deux hommes, tout est prêt pour une lutte psychologique de haut niveau.  L'espérance des observeurs n'est pas déçue.

    Alors qu'il est largement distancé au score, Spassky choisit à la dixième partie de rester assis dans un box semi-clos (prévu à l'origine pour le repos des joueurs hors de la vue des spectateurs) lorsque c'est à lui de jouer et il étudie la position sur un échiquier mural géant et non plus sur l'échiquier du jeu.  À la onzième partie, Kortchnoy l'imite et le public (une salle comble, deux mille personnes) assiste au spectacle d'une scène vide, traversée de temps à autre par un joueur venant effectuer son coup sur l'échiquier avant de regagner au plus vite l'abri de son box !  À ce jeu Kortchnoy joue faiblement et perd.  Suivent réclamations, forfait transformé en «congé-maladie», accusations diverses (hypnotisme, tricherie, «perversion»...)Spassky améliore encore sa technique dans la treizième partiePendant que son adversaire réfléchit, il s'assoit dos tourné au public et en partie à Kortchnoy et, pour sa propre réflexion, il va s'installer dans son box; dans une position inférieure Kortchnoy commet une gaffe d'une énormité rare à ce niveau de compétition et perd la partie; il subit une nouvelle défaite dans la partie suivante...

d) Karpov-Kortchnoy, Baguio, 1978

    Les incidents opposant les deux prétendants au titre de champion du monde, le Soviétique Anatoli Karpov et le dissident -néo-helvétique - Victor Kortchnoy ont eu une grande diffusion dans la presse.  Aussi rappellerons-nous simplement l'«affaire des yaourts» (Kortchnoy voyait dans les yaourts de couleurs différentes servis à son adversaire des messages codés en provenance des analyses soviétiques présents) et, surtout, les accusations d'influence hypnotique:  Kortchnoy, convaincu de l'existence des phénomènes parapsychologiques, fut très perturbé par la présence dans l'équipe soviétique du docteur Zoukhar, un des grands parapsychologues d'U.R.S.S.  Réclamations, demandes visant à interdire à Zoukhar l'accès de la salle du match, recours à la contre-influence bénéfique de yogis originaires des États-Unis... la parapsychologie eut dans ce match un rôle peut-être plus important que le jeu d'échecs lui-même.

Techniques de lutte psychologique aux échecs

    Les exemples qui nous ont servi à fonder notre propos attestent l'existence d'une forme nouvelle de combat échiquéen.  Il ne s'agit plus de la lutte psychologique telle que la définissait Emmanuel Lasker, qui subordonnait le choix du coup à la position de la partie et à la personnalité de l'adversaire, mais d'une affaire extérieure à la partie en cours; le but est ici de gêner, perturber, influencer l'adversaire indépendamment de ce qui se passe sur l'échiquier.

    Le titre que nous avons donné à ce chapitre («l'âge adulte») trouve alors sa signification; il y a passage d'un état infantile, aveugle ou plus exactement myope, où le joueur ne voit pas plus loin que le roi adverse, à un état de conscience, permettant d'établir avec certitude que l'opposant est un être de chair et de sang, de nerfs et de névroses, et non un morceau de bois, d'onyx ou d'albâtre.  Dès lors il faut organiser la lutte à un autre niveau et chercher dans les manuels de psychiatrie et de psychologie sociale les moyens de son combat.

    Nous ne connaissons qu'un texe pour aborder ce sujet, celui de Hans Böhm, qui dresse un catalogue des formes d'«influences» - pour reprendre sa terminologie - dans la lutte psychologique aux échecs.  Il propose une classification en quatre groupes, et fournir des exemples de chacun est chose aisée:

1) Influence non intentionnelle et légale

    Température ambiante trop basse ou trop élevée ou, tout simplement, avoir une tête qui ne plaise pas à son opposant !

2) Influence non intentionnelle et illégale

    C'est la kyrielle des tics et manies qui gênent l'adversaire:  Chantonner, souffler la fumée de cigarette sur l'échiquier... ou l'opposant, ajuster sans cesse les pièces sur l'échiquier (les grands maîtres Henrique Mecking et Walter Browne sont connus pour leurs «j'adoube» itératifs tout comme pour leurs «chut !» bruyants et excédés en réponse au moindre bruit).

3) Influence intentionnelle et légale

    Chapitre fondamental, source de discussions interminables et de défaites imméritées.  Citons, parmi bien d'autres méthodes, les trois suivantes:

- Regarder l'adversaire, le fixer comme pour l'hypnotiser (Paul benko en était arrivé à porter des verres fumés quand il jouait contre Michel Tal).

-Écrire sur sa feuille de partie son abandon (et ne surtout pas signer, ce qui rendrait celui-ci effectif) pour inviter l'adversaire à un optimisme excessif, propre à le faire jouer trop superficiellement.

- Se présenter à la table de partie quelques minutes avant la fin du délai légal d'une heure, créant ainsi une soudaine désillusion chez l'adversaire qui escomptait déjà une victoire par défaut.

4) Influence intentionnelle et illégale

    Cette forme est de sanction immédiate, donc de peu d'intérêt; c'est, pour exemple extrême, l'agression physique d'un adversaire pour le mettre hors d'état de continuer la partie.  Une variante, qui serait loin d'être exceptionnelle à en juger d'après le nombre d'anecdotes s'y rapportant, consiste à empêcher l'adversaire de se présenter à un ajournement matinal en l'enfermant dans sa chambre d'hôtel ou en lui subtilisant son réveille-matin !

    Toutes les techniques décrites par Böhm restent au stade d'un artisanat imaginatif, mais la pratique de haute compétition a, ces dernières anées, montré un approfondissement et un affinement certains de ces méthodes.  Les deux points à signaler sont, d'une part, l'adaptation des techniques psychologiques à la personnalité de l'adversaire (donc d'étude préalable de celle-ci) et, d'autre part, la nécessité d'un travail de groupe, l'improvisation solitaire ne pouvant être aussi efficace que le travail coordonné d'une équipe pluridisciplinaire.  On comprend alors pourquoi seules les rencontres particulièrement importantes sont actuellement susceptibles d'être le théâtre de la guerre psychologique:  La durée de la préparation et l'importance des «troupes» mobilisées ne sont compatibles qu'avec des objectifs encore limités, mais il ne fait aucun doute que des recherches sérieuses soient accomplies en ce moment même et qu'une extension de cette lutte psychologique à des rencontres et des tournois de plus en plus nombreux doive marquer les années à venir.  Il va de soi que, simultanément, des défenses, des contre-attaques s'élaborent...

Perspectives d'avenir

    Le jeu d'échecs, dans la forme classique qui fut la sienne jusqu'à ces dernières années et qui demeure vivace chez les amateurs, exige un présupposé:  La mystification du joueur, son aveuglement, son incapacité à lever le regard de l'échiquier pour voir enfin son adversaire.  Démystifier jeu et joueurs - mécanisme qui est inexorablement en marche - correspond à un passage à l'âge adulte, donc à une première trace repérable de vieillissement et d'évolution vers la mort.

   En effet, il faut s'interroger sur les conséquences qu'aura l'extension prévisible, sinon probable, des techniques de guerre psychologique.

    Si rien ne vient limiter cette extension, les échecs seront bientôt un jeu si agressif et sadique que bien rares pourront être les sujets assez téméraires pour s'y risquer (sauf, mais faut-il y croire, si une défense efficace est mise au point).

    Beaucoup plus probable est la limitation légale des armes psychologiques, par concensus général des joueurs ou décision autoritaire de la F.I.D.E..  Mais le risque est ici d'aboutir à un système de règles sophistiquées, à un jeu de haute compétition totalement différent de celui de la masse des joueurs, donc à un système artificiel et qui ne pourrait survivre longtemps élitaire.

    Une alternative consiste à se désintéresser du jeu de compétition pour redonner aux échecs le caractère ludique et sociable qu'ils avaient aux XVIIIe et au XIXe siècles par exemple.  Ce sera sans doute une solution choisie par beaucoup; les prémisses d'un passage du jeu de compétition au jeu de distraction sont déjà repérables chez les joueurs de cercle.  Le jeu d'échecs, sa révolution accomplie, revient à ses origines; sclérose et réaction, c'est toujours de mort qu'il s'agit et la question fondamentale reste posée:  En dehors de la compétition, le jeu d'échecs existe-t-il ?

haut de page