LA SCLEROSE LATERALE AMYOTROPHIQUE

  La sclérose latérale amyotrophique est une maladie neurodégénérative liée à l'altération progressive des neurones moteurs, les cellules qui commandent les muscles volontaires. La maladie se déclare entre 45 et 75 ans.

  C'est une affection  handicapante à  l'aggravation  progressive, dont l’évolution moyenne est d'environ 36 mois. L'incidence (800 nouveaux cas par an en France) semble en augmentation dans les pays industrialisés.

  La prise en charge repose sur une action coordonnée des médecins, des rééducateurs et des infirmières. Elle  associe un traitement des principaux symptômes à une rééducation d'entretien et à une prise en compte des handicaps.

Plusieurs  découvertes  récentes ont  mis  en  évidence  le rôle de divers facteurs dans la maladie :

stress oxydatif, acides aminés excitateurs, facteurs de croissance cellulaire.

  Ces découvertes permettent d'imaginer de nouvelles possibilités thérapeutiques. Divers essais  cliniques sont en cours pour évaluer l'efficacité de molécules susceptibles d'infléchir le rythme évolutif de la maladie.

          Comment se définit la sclérose latérale amyotrophique ?
          Comment les malades sont-ils pris en charge ?
          Quelles sont les hypothèses sur l'origine de la maladie ?

Comment se définit la sclérose latérale amyotrophique ?

  La maladie est liée à une dégénérescence des neurones moteurs. Son incidence est en augmentation. La maladie est généralement sporadique, mais il existe de rares formes familiales. Son évolution est imprévisible.

         La maladie est liée à une dégénérescence des neurones moteurs

  La  sclérose  latérale  amyotrophique  se  caractérise  par  une   dégénérescence (mort cellulaire) systématisée des motoneurones,  les cellules  nerveuses qui commandent les muscles volontaires. L'atteinte concerne à la fois les motoneurones "périphériques" (en relation directe avec  les  muscles) et les  motoneurones "centraux" (situés dans le cortex moteur).

         L'incidence de la sclérose latérale amyotrophique

  L'incidence de la sclérose latérale amyotrophique est en France de 1,5 pour 100 000 ( 800 nouveaux cas par an).  On prévoit  qu'elle  augmentera  de 160 % environ d'ici 2040 dans les pays industrialisés.

  Il existe deux zones de haute fréquence de la maladie dans le monde : l'île de Guam, dans le Pacifique,  et la presqu'île de Kii,  au Japon.  Cette fréquence élevée semble liée à des facteurs de l'environnement,  notamment  alimentaires  (voir "quelles sont les hypothèses sur l'origine de la maladie ?").

  La maladie se déclare entre 45 et 75 ans. L'âge moyen de survenue est de 61 ans, plus précoce chez l'homme (58 ans) que chez la femme (63 ans).

  La maladie est généralement sporadique, mais il existe aussi des formes familiales, chez environ 5 % des patients. Elles se déclarent souvent plus tôt (48 ans en moyenne) et leur évolution est en moyenne plus rapide.

  La sclérose latérale amyotrophique touche toutes les catégories socioprofessionnelles. Elle semble  cependant  plus   fréquente  chez  les  patients  ayant  une vie  active,  les sportifs et  les  sujets   exerçant  une   activité   physique  intense  dans   leur   travail, notamment les agriculteurs.

  Au plan clinique, la maladie associe des signes d'atteinte des motoneurones centraux et périphériques. Les principaux signes centraux sont l'existence de spasmes liés à une exagération du tonus musculaire, ainsi qu'une augmentation des réflexes ostéotendineux. Les principaux signes périphériques sont des fasciculations (contractions brèves et anarchiques des fibres musculaires), des paralysies associées à une atrophie musculaire, et une diminution ou une abolition des réflexes ostéo-tendineux.

  Les motoneurones périphériques sont situés dans la moelle épinière et le tronc cérébral. Selon le site où débute l'atteinte des motoneurones périphériques, on distingue deux formes de sclérose latérale amyotrophique :

la forme à début "spinal", liée à l'atteinte initiale des motoneurones de la moelle épinière, entraînant des troubles de la motricité des membres supérieurs ou inférieurs ;

la forme à début "bulbaire", liée à l'atteinte initiale des motoneurones du tronc cérébral, provoquant des troubles de la parole et de la déglutition. Cette forme, plus fréquente chez la femme, débute à un âge plus tardif et se distingue par une évolution plus rapide.

  Cependant, quelle que soit la forme initiale, la maladie évolue vers une forme "complète", avec une double atteinte des membres et des muscles de la langue, du pharynx et du larynx.

  Il n'y a pas d'autres signes d'atteinte neurologique, notamment, pas de troubles sensitifs ni de troubles intellectuels, de sorte que les patients restent pleinement conscients toutau long de la maladie. Cependant, d'autres symptômes viennent s'ajouter aux  troublesmoteurs :

     constipation, amaigrissement, douleurs, œdèmes et troubles vasomoteurs, troubles du sommeil
    et troubles respiratoires.

Une évolution imprévisible

  La sclérose latérale amyotrophique est une maladie handicapante qui évolue, en s'aggravant progressivement, sur une durée moyenne de 36 mois. Cependant, 20 % des patients vivent en moyenne 5 ans et 10 % vivent en moyenne 10 ans. Il existe aussi des formes bénignes de la maladie qui restent stables sur plus de 30 ans. Il est a priori impossible de prédire l'évolution de cette maladie chez un patient donné. Dans plus de 80 % des cas, la mort est due à un trouble respiratoire, aggravé par une surinfection bronchique.
 

Comment les malades sont-ils pris en charge ?

  Il faut réviser le jugement selon lequel "il n'y a rien à faire" pour un patient atteint de sclérose latérale amyotrophique. La prise en charge d'un tel patient, au contraire, doit s'appuyer sur trois grands principes : l'aide aux handicaps, la prévention des dysfonctions motrices et le traitement des symptômes.

  Cette prise en charge est progressive et repose sur une action coordonnée des médecins(neurologue, gastro-entérologue, pneumologue, médecin ORL et généraliste), des rééducateurs et des infirmières.

  Les médecins jugent préférable de dire la vérité au malade, en insistant sur le caractère définitif du handicap mais sans se prononcer sur l'évolution, qui reste imprévisible. La rééducation ne vise qu'à entretenir les fonctions musculaires restantes. Les handicaps sont pris en charge par divers appareils soulageant la vie quotidienne : orthèses, déambulateurs et fauteuil roulant pour les handicaps
moteurs ; appareils de synthèse de la parole pour les troubles de la phonation ; sondes gastriques pour les troubles alimentaires ; assistance ventilatoire à domicile pour les handicaps respiratoires.

  Par ailleurs, les principaux symptômes associés à ces handicaps sont également traités : constipation, crampes, douleurs articulaires, spasmes, troubles du sommeil, dépression et anxiété, hypersalivation et mycoses.

  Enfin, pour prévenir les surinfections bronchiques aux conséquences redoutables, des antibiotiques à large spectre sont prescrits. En phase terminale, des soins palliatifs sont mis en place.
 

Quelles sont les hypothèses sur l'origine de la maladie ?

              Stress oxydatif et facteurs génétiques
              Acides aminés excitateurs
              Facteurs de croissance

  Plusieurs découvertes récentes ont conduit à différentes hypothèses sur les mécanismes possibles à l'origine de la sclérose latérale amyotrophique. En particulier, plusieursfacteurs ont été mis en cause : le stress oxydatif, les acides aminés excitateurs et les facteurs de croissance. Ces découvertes orientent les recherches thérapeutiques. Les premiers essais cliniques ont donné des résultats encourageants.

     Stress oxydatif et facteurs génétiques

  Dans environ 5 % des cas, la sclérose latérale amyotrophique est une maladie familiale (elle touche plusieurs membres d'une même famille). La recherche de facteurs génétiques a permis de mettre en évidence, chez 15 % de ces formes familiales, la présence d'une mutation d'un gène situé sur le chromosome 21 : le gène la "superoxyde dismutase Cuivre/Zinc", une enzyme qui intervient dans le
contrôle du métabolisme de l'oxygène. Cette découverte suggère qu'une altération du métabolisme de l'oxygèneintervient dans le développement de la maladie. Un modèle animal a été mis au point : des souris qui possèdent un gène de la superoxyde dismutase déficient, et qui présentent certains symptômes de sclérose latérale amyotrophique.

    Acides aminés excitateurs et facteurs environnementaux

  La sclérose latérale amyotrophique présente une fréquence élevée dans l'île de Guam (Pacifique). On a montré que cette fréquence accrue est liée à la présence d'un acide aminé excitateur particulier dans une farine utilisée dans l'alimentation traditionnelle des habitants.

  Par ailleurs, on a mis en évidence, chez des patients atteints de sclérose latérale amyotrophique, des anomalies dumétabolisme du glutamate, un acide aminé qui intervient dans la transmission de l'influx nerveux (un "neurotransmetteur") en se liant à un récepteur de surface des neurones, déclenchant ainsi leur excitation. On sait depuis longtemps que les acides aminésexcitateurs comme le glutamate jouent un rôle dans la mort neuronale. Il est probable que les anomalies observées dans le métabolisme du glutamate favorisent la mort neuronale chez les malades.

  Cette découverte a conduit à la mise en place d'essais thérapeutiques à l'aide de substances venant corriger les voies métaboliques du glutamate (acidesaminés branchés) ou intervenant sur lestaux de glutamate présents dans la fente synaptique (riluzole). De premiersrésultats très encourageants ont étéobtenus, qui restent à confirmer.

    Facteurs de croissance

  Les "facteurs de croissance" sont des messagers chimiques destinés à favoriser la croissance de certaines cellules, celles qui portent à leur surface des "récepteurs" spécifiques de ces facteurs (des sortes de "boîtes à lettre"). Des anomalies de plusieurs de ces facteurs ont été suspectées dans la scléroselatérale amyotrophique. Aucune anomalie n'a cependant été encore identifiée (d'autant qu'on ne connaît pas de facteur de croissance spécifique du motoneurone). Plusieurs essais cliniquessont
en cours avec différents facteurs de croissance, notamment le GDNF (Glial Derived Neurotrophic Factor).

     Florence ROSIER
     Mars 1998

    Nous tenons à remercier de leur précieuse collaboration :
 Bertrand FONTAINE (Fédération de Neurologie,Groupe Hospitalier de la Pitié-Salpêtrière, Paris),
 Vincent MEININGER (Fédération de Neurologie,Groupe Hospitalier de la Pitié-Salpêtrière, Paris)


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