Avant de réaliser la photographie d'une
image du ciel profond ou d'une planète, certains calculs astronomiques sont
nécessaires pour évaluer l'équipement à mettre en place pour
photographier l'objet. À titre d'exemple, on peut se
demander si l'objet cadre au complet dans le champ de
vision de la caméra CCD. Voici donc une liste de calculs
intéressants à connaître avant d'entreprendre l'acquisition
d'une image.
La dimension d'un objet du ciel profond
Les livres d'astronomie présentent la dimension des objets du
ciel profond et des planètes en degrés, minutes et secondes
d'arc. Voici ce que ces dimensions représentes :
Circonférence = 360 degrés (360o)
1 degré (1o) se divise en soixante minutes d'arc
(60') et une minute (1') contient soixante secondes d'arc (60")
1o = 60' = 3600"
Champ de vision de la caméra CCD en minute d'arc
Formule Cv = S x 3438 / f
Cv = Champ de vision en minutes d'arc
S = Dimension d'un côté de la puce CCD en mm
f = longueur focale du télescope
Autre formule S = (205 x P)/FL
S = Champ de vision couvert par un pixel en seconde d'arc
P = Dimension physique d'un pixel en microns
FL = Longueur focale du télescope
Il reste à multiplier par le nombre de pixel en largeur et
hauteur. Pour convertir en minutes d'arc diviser par 60.
Lorsqu'on connaît le champ de vision de la caméra en minutes
d'arc, on peut le comparer avec la dimension de l'objet à
photographier en minutes d'arc. Alors on saura si l'objet
cadre dans le champ de vision de la caméra.
L'ouverture focale et le temps d'exposition
Les amateurs qui pratiquent la photographie savent que le temps
d'exposition dépend de l'ouverture focale. Une grande
ouverture focale favorise un temps d'exposition plus court.
Dans le domaine de l'imagerie du ciel profond,
l'ouverture focale est donc un élément important à considérer
puisque le suivi (ou autoguidage) de l'objet à photographier est
grandement facilité avec un temps d'exposition plus court.
L'ouverture focale est représentée par un facteur f/ suivi d'un
chiffre. Par exemple f/5, f/10. Plus le chiffre est
petit, plus l'ouverture focale est grande. Pour comparer
le temps d'exposition d'une ouverture focale par rapport à une
autre, on prend le chiffre de l'ouverture focale et on le met au
carré. Voici un exemple :
Pour comparer un temps d'exposition de 20 minutes avec une
ouverture focale de f/10, voici le temps d'exposition équivalent
à la focale f/5 :
f/10 : 10*10 = 100
f/5 : 5*5 = 25
100/25 = 4
Le temps d'exposition à f/5 sera 4 fois moins pour un temps
d'exposition de 5 minutes au lieu de 20 minutes à f/10.
Réducteur de focale et longueur focale du télescope
Avec la même configuration, un télescope avec une plus courte
longueur focale donnera un champ de vision plus grand.
Donc pour augmenter le champ de vision (ou diminuer le
grossissent) d'un télescope on peut utiliser un réducteur de
focale. Le réducteur de focale permet aussi d'augmenter
l'ouverture focale du télescope. Voici des exemples avec
un télescope de longueur focale de 2000 mm ouvert à f/10.
Réducteur de focale 50% : la longueur focale du télescope passera à
1000 mm et la focale à f/5
Réducteur de focale 33% : la longueur focale du télescope
passera à 660 mm et la focale à f/3.3
Il est plus facile de suivre un objet du ciel profond
avec un télescope de plus courte longueur focale. Donc
favoriser une longueur focale de 1000 mm ou moins avec la
majorité des montures de télescope. Seule les montures
très précises (donc très dispendieuses) permettent un bon suivi
des objets avec un télescope de longueur focale de 2000 mm.
Le pouvoir séparateur du télescope
Formule : Ps = 120 / diamètre du télescope en millimètres
Ps = pouvoir séparateur en secondes d'arc
Le pouvoir séparateur du télescope désigne la capacité du
télescope à distinguer deux objets contigus (par exemple des
étoiles doubles).
L'échantillonnage d'un pixel en seconde d'arc
Formule (205 * dimension d'un pixel en microns) / longueur
focale du télescope en mm
Le résultat de la formule s'exprime en seconde d'arc. Il faut 2
pixels pour résoudre l'image. Par exemple pour un
échantillonnage d'un pixel de 2'' d'arc, la résolution théorique
possible (ou pouvoir séparateur) de la caméra est de 4'' d'arc.
Donc l'échantillonnage peut se comparer à la résolution de l'image et au
pouvoir séparateur du télescope exprimé en secondes d'arc.
Voici des exemples de calculs qui permettront de comprendre
l'importance de connaître l'échantillonnage d'un pixel de la caméra.
L'échantillonnage pour le ciel profond
Images en haute résolution
- L'échantillonnage de la caméra doit être de 1'' à 3'' d'arc par pixel
- La turbulence du ciel doit être très faible.
- La précision de suivi (ou autoguidage) de la monture équatoriale doit
être moins de 3'' d'arc.
- La longueur focale du télescope peut être de plus de 700
mm
Dans les exemples plus haut, l'utilisation du télescope avec le
réducteur de focale f/3.3 permet de réaliser une image en haute
résolution. Le temps d'exposition sera 2,3 fois moindre
qu'avec le réducteur de focale 50% (f/5) et 9 fois moindre qu'en
utilisant le télescope sans réducteur de focale (f/10).
Donc le suivi de l'objet sera plus facile à réaliser en
utilisant le réducteur de focale f/3.3.
Dans la majorité des nuits, la turbulence permet une
résolution de 2'' à
3,5'' d'arc. Donc, l'échantillonnage idéal (et
minimum) de la caméra est 1'' d'arc qui donnera une résolution
possible (ou pouvoir séparateur) de la caméra de 2'' d'arc.
Il se compare à la turbulence de l'air dans de très bonnes
conditions d'observation. En imagerie du ciel profond, il
ne faut pas descendre à un échantillonnage inférieur à 1'' d'arc
car la résolution théorique de la caméra sera inférieur à la
turbulence de l'air (2'' d'arc) ce qui n'apportera aucun
avantage. Un échantillonnage jusqu'à 3'' d'arc (résolution
possible de 6'' d'arc) est jugé très satisfaisant pour le ciel
profond car l'échantillonnage (3'' d'arc) est égale à la
turbulence moyenne de l'air et les commandes de corrections
pour recentrer l'étoile guide peuvent commencer immédiatement à partir des
pixels adjacents. Voir le
lien suivant pour plus de détails.
Images en basse résolution
- L'échantillonnage de la caméra peut être de plus de 3'' d'arc
par pixel
- La précision de suivi (ou autoguidage) de la monture
équatoriale peut ête de plus de 3'' d'arc.
- La longueur focale du télescope peut être de 700 mm ou
moins.
Recommandation sur la résolution d'une image
pour le ciel profond
Viser un échantillonnage de la caméra
de 1'' à 3'' d'arc par pixel pour une image
en haute résolution du ciel profond. Si votre monture ne
permet pas un suivi de moins de 3'' d'arc, votre échantillonnage
maximum pourra être plus de 3'' d'arc. Par exemple, si la
qualité de suivi de votre monture en autoguidage est de 10''
d'arc (tel que présenter au tableau ci-haut), l'échantillonnage de la caméra pourra aller jusqu'à
5''
d'arc. Donc dans le tableau, la lunette guide est bien
équilibrée pour la capacité de suivi de la monture
(échantillonnage de 4,92'' d'arc permettant une résolution de
9,84'' d'arc versus le suivi de la monture de 10'' d'arc).
Donc le plus important en ciel profond, c'est la qualité du
suivi de la monture. Il n'est pas facile de connaître la
précision de suivi d'une monture car la plupart du temps, le
fabriquant ne fournit pas cette évaluation. Il faut
considérer investir plusieurs milliers de dollars sur une
monture pour avoir un suivi de moins de 3'' d'arc. Par
exemple, le fabricant de la monture Paramount ME, Software
Bisque, fournit cette
information : l'erreur périodique sans PEC et autoguidage est de
5'' d'arc ! Cette monture vaut 15 000$ et est considéré comme
une référence. Bien entendu avec un PEC et autoguidage
actif, on obtient un suivi de moins de 2'' d'arc.
Accorder donc une grande importance à la qualité du suivi de votre monture.
Voir dans la section dossiers de ce site, l'Évaluation
de l'erreur périodique de plusieurs montures. Si votre
monture n'est pas évaluée, le site fournit l'information pour
effectuer soi-même l'évaluation. Si vous n'avez pas encore
acheté votre monture et qu'elle n'apparaît pas sur le site,
faite une recherche sur le Web en mentionnant ''erreur
périodique nom de la monture''. Il y a de bonnes
probabilités qu'un amateur fournisse son évaluation de la
monture qu'il possède et qui correspond à celle que vous avez
l'intention d'acheter.
Donc dans les exemples ci-haut, on favorisera le réducteur de focale f/3,3 qui est le
meilleur choix en termes d'échantillonnage et de temps d'exposition.
Il faut aussi noter qu'avec le même télescope, le champ de
vision sera plus grand avec le réducteur de focale f/3.3 qu'avec
le réducteur de focale 50% (f/5). Mais comme beaucoup de
caméras CCD ont un capteur très petit (donnant un champ de
vision court), on utilise souvent un réducteur de focale pour
augmenter le champ de vision de la caméra.
Vous pouvez adapter ces calculs avec votre équipement. Vous
saurez alors la configuration maximale à utiliser en termes de
résolution de l'image, d'échantillonnage de la caméra, de temps
d'exposition et de qualité de suivi (autoguidage) d'un objet.
L'échantillonnage pour l'imagerie des planètes
Pour l'imagerie des planètes, l'échantillonnage doit être
inférieur à 1'' d'arc (résolution 2'' d'arc). En effet, pour aller chercher des
détails dans la structure de la surface de de la planète, la
résolution de l'image doit être inférieur à la turbulence de l'air !
La question qui vient immédiatement à l'esprit est comment
descendre à une résolution inférieure à la turbulence de l'air ?
Cela représente un bon défit pour l'amateur d'imagerie
planétaire. Pour maximiser les résultats il faut choisir
une nuit où la turbulence est faible.
Ensuite prendre beaucoup d'images (voir la section
Temps d'exposition minimum suggéré de ce site pour plus
de détails). On sélectionne ensuite les images où
la turbulence est très faible. En dernier lieu on assemble
les images choisies pour produire une image composite de la
planète qui aura une résolution inférieure à 2'' d'arc.
Dans l'imagerie des planètes, le pouvoir séparateur du télescope
est l'élément le plus important. Bien entendu, il doit être
inférieur à 2'' d'arc. Le pouvoir séparateur du télescope
dépend d'un seul élément qui est le diamètre de l'instrument
(voir la formule ci-haut). Donc il faut utiliser un télescope
avec un diamètre d'au moins 100 mm (4
pouces) qui donnera une résolution de 1,2'' d'arc (120 / 100).
Ensuite il faut équilibrer l'échantillonnage de la caméra pour
atteindre la résolution du télescope. L'échantillonnage de
la caméra doit donc être 0,6'' d'arc (2 pixels = 1,2'' d'arc).
L'élément à rechercher est la longueur focale du télescope
nécessaire pour pouvoir rapprocher l'échantillonnage de la
caméra au pouvoir séparateur de l'instrument. On adaptera donc
la formule de l'échantillonnage de la caméra
comme suit :
Longueur focale du télescope en mm = 205 * dimension d'un pixel
en microns / échantillonnage
En se référant au tableau ci-haut la longueur focale nécessaire
du télescope à un échantillonnage de la caméra de 0.295 (50% de
0,59'' d'arc qui est le pouvoir séparateur du télescope LX90) sera :
205 * 8.6 / 0.295 = 5 976 mm
Il faudra donc un télescope d'une longueur focale de 5 976 mm
pour équilibrer l'échantillonnage de la caméra au pouvoir
séparateur (ou résolution) du télescope. Dans le tableau,
le télescope à une longueur focale de 2 000 mm. Pour allonger la
longueur focale du télescope à la valeur de référence, on
utilisera une Barlow 3x, qui procurera une longueur effective du
télescope de 6 000 mm qui est très près de la valeur de
référence (5 976 mm). Voir les résultats des calculs dans
la colonne Barlow 3x du tableau ci-haut.
Il y a tout de même une limite pour le diamètre de l'instrument
en imagerie planétaire. En référence à une turbulence
minimum de 2'' d'arc, le diamètre maximum de l'instrument
recommandé est de 250 mm (10 pouces) qui fournira une résolution
de 0,48'' d'arc. Il sera possible de dépasser cette limite si la
turbulence est inférieure à 2'' d'arc, moment très rare au
Québec.
Il est à noter que la qualité de suivi de la monture est un
facteur beaucoup moins important pour la photographie des
planètes car le temps d'exposition est très court (moins d'une
seconde).
En conclusion à cette section consacrée aux calculs
astronomiques, en utilisant ces quelques formules ou calculs
simples (du moins pas trop compliqués !), vous pourrez maximiser
l'utilisation de votre équipement. Je vous recommande donc
de bien maîtriser ces calculs pour vos images du ciel profond et
des planètes. De plus, avant d'acheter un équipement dédié
à l'astrophotographie, il est très intéressant de connaître et
maîtriser ces calculs car ils vous permettront d'effectuer un
meilleur choix.