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Temps de pose maximum par photo en fonction de la pollution lumineuse
    L'éclairage artificiel de nos villes affecte beaucoup la noirceur du ciel. Il est de plus en plus difficile de trouver des sites d'observation sans pollution lumineuse. Pour l'observation et la photographie du ciel profond, il est recommandé de trouver un site le moins pollué possible. Pour l'observation et la photographie des planètes, on peut le faire en pleine ville, car ces objets sont très lumineux.

Avant d'évaluer le temps de pose maximum par photo en fonction de la pollution lumineuse, il faut connaître l'importance de la pollution lumineuse de son site d'observation. Aussi, il faut déterminer l'intérêt d'utiliser un filtre antipollution lumineuse. Ensuite, on pourra entreprendre l'évaluation du temps de pose maximum afin d'éviter de surexposer le fond du ciel.

Évaluation de la pollution lumineuse de son site d'observation

Magnitude visuelle des objets du ciel profond

Les livres d'astronomie et les planétariums présentent la magnitude visuelle ou magnitude apparente (dont l'acronyme est mv ou V) des objets du ciel profond. C'est une mesure qui définit la brillance de l'objet. Par exemple, la galaxie Andromède (M31) à une magnitude visuelle de 3,4 (plus le chiffre est petit, plus l'objet est lumineux). C'est la galaxie la plus brillante du ciel boréal. Une différence d'une magnitude augmente ou diminue la brillance de l'objet de 2,512 fois. L'évaluation qui sera présentée ci-dessous présentera la magnitude limite (minimum) observable selon la pollution lumineuse du site d'observation. Aussi, il faut connaître la magnitude limite visuelle de son télescope ou lunette. Elle se calcule par la formule suivante :

2,1 + 5 x Log D

D étant le diamètre du télescope en millimètre. Il vous faudra donc une calculatrice scientifique pour faire le calcul pour votre instrument d'observation. Il est à noter que c'est cette formule qui est utilisée par les fabricants de télescopes ou lunettes lorsqu'ils mentionnent la magnitude limite visuelle de leurs instruments d'observation.

Voici donc la magnitude limite visuelle selon le diamètre des télescopes ou lunettes suivants :
 
Diamètre Magnitute
limite visuelle
2,1 + 5 x Log D
Ajout
Astrophoto
Magnitude
limite astrophoto
7,1 + 5 x Log D
500 mm (20 pouces) 15,60 5 20,60
432 mm (17 pouces) 15,28 5 20,28
356 mm (14 pouces) 14,86 5 19,86
320 mm (12,5 pouces) 14,63 5 19,63
280 mm (11 pouces) 14,34 5 19,34
254 mm (10 pouces) 14,12 5 19,12
203,2 mm (8 pouces) 13,64 5 18,64
102 mm (4 pouces) 12,14 5 17,14
80 mm (3,15 pouces) 11,62 5 16,62
 
La magnitude limite visuelle de l'oeil humain (sans télescope) est de 6, considérant le diamètre maximum de la pupille de 6 mm. Celle-ci diminue avec l'âge de l'observateur (la pupille se dilate moins). Il est à noter que les magnitudes limites visuelles des instruments ci-dessus sont celles obtenues lorsque l'oeil humain regarde à travers le télescope. Les magnitudes limites visuelles des instruments ont donc été calculées avec un oculaire qui donne une pupille de sortie de 6 mm, soit le même diamètre maximum que la pupille de l'oeil humain, offrant ainsi une brillance maximum de l'objet observé visuellement. Il est à noter qu'on peut obtenir une magnitude limite supérieure en utilisant un grossissement qui permettra d'assombrir le fond du ciel sans modifier la brillance ponctuelle des étoiles, mais cela ne s'applique pas aux objets étendus tels que les galaxies et nébuleuses (elles seront également assombries avec un grossissement). Aussi, le grossissement n'est pas pertinent en astrophotographie du ciel profond puisque la caméra d'imagerie est installée directement au foyer du télescope ou de la lunette la plupart du temps.

En astrophotographie, la magnitude limite sera plus élevée. Mais, il n'existe pas une formule précise pour la déterminer, car elle dépend (en plus du diamètre du télescope) de la sensibilité des matrices CCD ou CMOS, de la focale et du temps d'exposition. Selon l'analyse de Denis Bergeron concernant la magnitude limite d'un instrument en astrophotographie sur une étoile, il a pu accéder à la magnitude de 19,5 avec son télescope de 254 mm avec un temps d'exposition de 10 minutes à la focale f/7 dans un site de faible pollution lumineuse (zone bleue). On peut donc considérer que la magnitude limite de l'instrument utilisé en astrophotographie offre au moins cinq magnitudes additionnelles (ou 7,1 + 5 x Log D). Cette analyse permet de constater que l'utilisation d'un télescope ou lunette de petit diamètre, par exemple de 80 mm dans le tableau ci-dessus, on peut atteindre la magnitude de 16,62 et même un peu plus en astrophotographie dans un site de faible pollution lumineuse. Il est aussi à noter que la magnitude limite maximum sur terre est d'environ 21, peu importe le diamètre du télescope, considérant la brillance de surface de 22 (mag/arcsec2) du fond du ciel dans un site sans pollution lumineuse.

Évaluation de la pollution lumineuse

Voici la carte de pollution lumineuse mondiale qui vous permettra d'afficher l'évaluation pour votre site d'observation :

https://www.lightpollutionmap.info/

Les magnitudes limites visuelles au télescope sont calibrées sur une étoile, donc sur une source ponctuelle, avec un télescope de 320 mm (12,5 pouces) et un grossissement de 250x. Pour la photographie des objets du ciel profond, il faut aussi tenir compte de la brillance de surface des objets étendues. Voici donc la description de la charte de couleur :
   
Couleur
Bortle Situation
Magnitude
Limite
visuelle
télescope
Magnitude
limite estimée
astrophoto
Description
 
  1 Ciel sans pollution lumineuse > 17 21 Il faut un télescope de 500 mm (20 pouces) et plus pour atteindre la magnitude limite de 21 en astrophoto.
  
 
  2 Très peu de pollution lumineuse

16,5 > 19 Les télescopes ou lunettes d'un diamètre 254 mm (10 pouces) et plus peuvent accéder à la magnitude de plus de 19 en astrophoto.  
  3
Ciel rural

16 > 19 Pollution lumineuse présente près de l'horizon.  
  4 Transition entre le ciel rural et la banlieue
15,5 17,5 Faible pollution lumineuse.  
  5
En banlieue

14,5-15 16,5 Pollution lumineuse tout autour. On doit commencer à limiter le temps d'exposition en astrophotographie pour ne pas surexposer le fond du ciel.  
  6 En banlieue avec un ciel plus brillant

14-14,5 15,5 La Voie lactée est encore visible à l'oeil nu (sans télescope) à partir de 30o au-dessus de l'horizon.  
  7 Transition entre la banlieue et la ville
   
14 15 La Voie lactée n'est plus visible à l'oeil nu.  
  8-9
En ville
 
- 14 et
moins
La magnitude limite en astrophoto a été établie selon mon analyse personnelle.  
Référence : selon la description de la charte des couleurs du site (traduction française). La magnitude limite estimée en astrophoto est établie par l'auteur de ce site Web.

La charte des couleurs est valide à partir d'une bonne transparence du ciel. Les conditions locales pourraient faire varier la magnitude limite à la baisse, telles qu'un taux d'humidité important, la fumé causé par les feux de forêts, la pollution atmosphérique et la brume au niveau du sol, etc..

Utilisation de filtres antipollution pour les caméras couleur

Deux grandes catégories de filtres antipollution existent sur le marché pour les caméras couleur : les filtres généraux pour les objets à spectre lumineux continu et les filtres spécialisés pour les nébuleuses à émission.

Les filtres généraux pour les objets à spectre lumineux continus

On utilise ces filtres pour les amas d'étoiles, les galaxies et les nébuleuses à réflexions. Comme ces objets émettent du signal dans toute la largeur de la bande passante visible pour l'oeil humain (incluant la pollution lumineuse), ils ont un rendement médiocre pour combattre la pollution lumineuse. Voici un exemple de transmission du filtre IDAS LPS-P2 de Hutech :



La ligne bleue présente les raies de transmission du filtre IDAS LPS-P2. Les autres lignes de couleurs présentent les principales raies d'émission des lumières des villes (Hg = vapeur de mercure, Na = vapeur de sodium). Le principal défaut de ces filtres est qu'il demande de doubler ou tripler le temps d'exposition pour obtenir des résultats comparables à la photographie sans filtre des objets dans un endroit situé dans la zone orange. De plus, la balance des couleurs est difficile à réaliser, il demeure une dominante de couleur bleue dans l'image. Aussi, après plusieurs recherches que j'ai effectuées sur le Web, plusieurs astrographes expérimentés recommandent de ne pas utiliser de filtres antipollution consacrés aux objets à spectre lumineux continu.

Pour toutes ces raisons, je ne recommande pas d'utiliser ces filtres. Ma stratégie personnelle est d'utiliser des temps d'exposition courts et de prendre beaucoup d'images pour bénéficier de la formule suivante : Augmentation du rapport S/B = √ nombre d'images. J'ai obtenu de meilleurs résultats avec cette technique.

Les filtres spécialisés pour les nébuleuses à émission

Voici un exemple de filtre spécialisé pour caméra couleur, que j'ai déjà utilisé, pour les nébuleuses à émission :

Filtre IDAS LPS-V4 de Hutech : Ce filtre est conçu pour fournir un maximum de contraste dans le spectre lumineux des nébuleuses à émission tout en filtrant efficacement la pollution lumineuse. Les spectres couverts sont les suivants : H-Beta (486.1 nm), OIII (500.7 nm) et H-Alpha (656.3 nm). Il laisse passer plus de 95% de la lumière dans ces spectres lumineux. Dans ceux-ci, la bande passante est plus étroite que le filtre IDAS LPS-P2 mentionné plus haut. Il est donc plus efficace contre la pollution lumineuse. Il n'est pas conseillé pour la photographie des galaxies et amas d'étoiles, car il filtrera trop la luminance de ces objets tout en ne préservant pas l'équilibre des couleurs. Ce filtre doit donc être utilisé uniquement pour la photographie des nébuleuses à émission. Je conseille de produire une image de luminance synthétique en utilisant la couche Rouge, ce qui permet d'obtenir une image de luminance en H-Alpha de 19 nm avec une caméra couleur. Ensuite, on la superpose à l'image RVB produite avec ce filtre. Pour plus de détails sur la production d'une image de luminance synthétique, cliquer sur ce lien. Il est à noter que l'équilibre des couleurs des nébuleuses à émission est bien préservé avec ce filtre.

Voici le graphique de transmission de ce filtre :

Graphique de transmission filtre IDAS LPS v4

En comparant les raies de transmission du filtre IDAS LPS-V4 avec le filtre IDAS LPS-P2 ci-dessus, on constate que les bandes passantes du filtre sont beaucoup plus étroites que le filtre IDAS LPS-P2, ce qui le rend grandement plus efficace pour combattre la pollution lumineuse. Un élément très intéressant du filtre IDAS LPS-V4 est la bande passante étroite de seulement 19 nm (à 50% de la transmission du filtre) pour la raie d'émission Ha située à 656,3 nm dans le graphique. Les deux bandes passantes du filtre sont situées dans les raies de transmission des nébuleuses à émission. Il est donc un choix idéal pour la photographie de ces objets avec une caméra couleur.

Voici une image prise avec ce filtre en zone blanche :

IC434
IC434 - Nébuleuse à émission contenant « La Nébuleuse Tête de Cheval » - Cliquer sur l'image pour
l'afficher pleine grandeur

Pour les détails techniques de cette photo, cliquez sur ce lien et allez à IC434.

Temps de pose maximum par photo en fonction de la pollution lumineuse

Voici deux méthodes pour déterminer le temps de pose maximum par photo en fonction de la pollution lumineuse. La première méthode consiste à utiliser un tableau estimant rapidement le temps de pose par photo. La deuxième demande d'effectuer des calculs dans le but de déterminer plus précisément le temps de pose. 

Tableau des temps de pose maximums par photo en fonction de la pollution lumineuse

Vous trouvez ci-dessous un tableau permettant de déterminer un temps de pose selon les conditions du fond du ciel. Pour utiliser ce tableau, il suffit de partir de la sensibilité de votre caméra numérique (colonne de gauche), puis il faut aller vers la droite jusqu'a ce que vous arriviez sur le rapport F/D que vous utilisez (ou le plus proche de celui que vous utilisez). Descendez alors dans la colonne vers le bas du tableau. On aura alors les temps de poses (sans filtre antipollution) et le nombre d'images recommandés pour les zones blanche, rouge, orange et jaune. On peut dépasser ces valeurs selon sa propre expérience avec son équipement personnel et son site d'observation.

Ce tableau est établi pour une bonne transparence du ciel et pour des objets se trouvant à plus de 30o de l'horizon. Les temps d'expositions sont calculés pour éviter de surexposer le fond du ciel. En photographie du ciel profond, la règle à suivre est d'exposer le plus longtemps possible. Par contre, dans un environnement de pollution lumineuse, il faut éviter de surexposer le fond du ciel. Ces temps de pose fournissent donc un indicateur (point de départ) de temps de pose pour les différentes zones de pollution lumineuse. Les données du tableau proviennent de mes propres tests de temps d'expositions et il est mis à jour au besoin.


* Il est a noté que l'utilisation du filtre rouge avec une caméra monochrome (technique LRVB), on peut jusqu'à tripler les temps d'exposition du tableau. Mais, il n'est pas souhaitable de le faire. En effet, il est recommandé d'utiliser les mêmes temps d'exposition pour  les images rouges, vertes et bleues dans le but de conserver le même poids relatif de chacun des filtres, comme une caméra couleur.

Dans le tableau, je suggère dans certaines situations d'utiliser le mode Bin 2x2. Celui-ci permet de réduire le temps d'exposition dans un facteur de 4, offrant ainsi des temps d'exposition par photo et totaux beaucoup plus courts. Pour en savoir plus sur ce mode, cliquer sur ce lien.

Pour les caméras CCD monochrome en utilisation avec les filtres à bandes étroites pour les nébuleuses à émission (Ha, OIII et SII) ainsi que le filtre IDAS LPS-V4 pour caméras couleur ci-dessus, il n'est pas utile de consulter le tableau, car ces filtres combattent efficacement la pollution lumineuse, même en zone blanche. La règle à suivre est donc d'exposer le plus longtemps possible.

Pour la zone blanche (en excluant les nébuleuses à émission mentionnées ci-dessus), seuls les objets (amas d'étoiles et galaxies) de magnitude visuelle de 10 et moins sont recommandés. Favoriser les amas d'étoiles. Pour les galaxies, les magnitudes visuelles minimums vont de 6 à 10, dépendant de la brillance de surface de la galaxie. Pour faciliter le choix des objets, voir mes images prises en zone blanche dans ce lien. Le traitement de ces images demandera plus d'efforts et de maîtrise, surtout pour les galaxies.

Dans le tableau, on peut observer que plus il y a de pollution lumineuse, plus on augmente le nombre de poses. Au lieu d'utiliser un filtre antipollution général pour les amas d'étoiles et galaxies, cette stratégie donnera de meilleurs résultats. Il faut comprendre ici que dans un site de pollution lumineuse important, l'écart entre le signal et le bruit (S/B) est beaucoup plus faible que dans un site avec peu de pollution lumineuse. En prenant beaucoup d'images, on augmente l'écart entre le S/B tout en diminuant le bruit restant. Voir à ce sujet l'explication détaillée sur les temps d'exposition suggérés au point Le compositage de plusieurs images. Pour faciliter la compréhension de l'importance de prendre beaucoup d'images, je vais reproduire ici le tableau qui démontre l'effet du compositage sur le bruit par rapport à une seule image :



Dans un site avec peu de pollution (zone jaune), je recommande de prendre au moins 10 images, le pourcentage de bruit restant sera de 31,60% et l'augmentation du rapport S/B de 3,16. En prenant 50 images pour la zone blanche, le pourcentage de bruit restant sera de seulement 14,10% et l'augmentation du rapport S/B passera à 7,07, soit plus du double que de prendre 10 images. Voilà donc toute l'importance de prendre beaucoup d'images dans un site de pollution lumineuse extrême (zone blanche).

Calcul du temps d'exposition maximum par photo en tenant compte de la pollution lumineuse

Le tableau du temps de pose par photo en fonction de la pollution lumineuse fournit un estimé général du temps d'exposition par photo dans un environnement de pollution lumineuse. Pour tous ceux qui désirent plus de précision, voici un calcul qui permettra d'estimer précisément le temps d'exposition maximum par photo en tenant compte de son site d'observation et de son équipement personnel.

Le calcul tiendra compte de toutes les variables personnelles qui sont :
  • La caméra utilisée
  • Le Bin 1x1 ou autre
  • Son télescope
  • La focale utilisée
  • L'objet photographié
  • Son lieu d'observation
  • La noirceur du ciel : La zone de pollution lumineuse
  • La transparence du ciel
  • Le taux d'humidité
  • La hauteur de l'objet photographié (de préférence 30o et plus au-dessus de l'horizon)
  • Pour les appareils photo numériques (APN), la sensibilité ISO utilisée pour prendre la photo
  • La calibration de l'image (Bias, Noir, PLU)
  • Le test du temps d'exposition
  • L'image utilisée : RVB, Luminance, H-Alpha, Rouge, Vert, Bleu et autres
  • Le filtre antipollution utilisé (non recommandé pour les amas d'étoiles, galaxies et nébuleuses à réflexion)
  • Le nombre d'images composité
On utilise une image calibrée et compositée d'un objet que l'on a photographié selon les indications du tableau des temps de pose maximums pour votre site d'observation. L'objet photographié doit se trouver à au moins 30o au-dessus de l'horizon. L'image ne doit pas être traitée (stretching). Il est important d'utiliser une image calibrée pour ne pas considérer dans l'évaluation le bruit inclus dans le Bias et le Noir (Dark). Aussi, elle doit être assemblée (compositée) dans le but de bénéficier de l'augmentation du rapport S/B et de la diminution du bruit de fond, telle que présentée dans le tableau ci-dessus. De plus, le compositage des images permettra de tenir compte des valeurs moyennes de toutes les images (c'est l'image qui sera traitée).

Après plusieurs lectures que j'ai effectuées sur le sujet, la meilleure façon de procéder est de déterminer la valeur ADU (le test d'exposition moyen du fond du ciel) maximum acceptable pour le fond du ciel dans un environnement de pollution lumineuse. La valeur maximale que j'ai déterminée est la suivante pour une image de 16 bits :

10% de 65 536 = 6 600 nuances affectées par la pollution lumineuse

Pour plus d'informations sur l'établissement de cette norme, cliquez sur ce lien.

À titre de comparaison, la valeur ADU du fond du ciel dans un environnement sans pollution lumineuse est moins de 1 000 ADU pour des temps d'exposition de 10 minutes par photo en Bin 1x1 et un compositage de 10 photos pour l'image de luminance à une focale f/4,5 (donc télescope très ouvert). Par exemple, la valeur ADU de mon image de la galaxie M101, prise au Nouveau-Mexique dans un ciel sans pollution lumineuse (zone grise), est de 841 seulement pour l'image de luminance (filtre clair).

On peut adapter le calcul pour d'autres formats d'images (par exemple pour une image 8 bits = 10% de 256 nuances possibles). En utilisant cette norme, la dynamique de l'image sera donc répartie sur 90% des nuances restantes, soit 59 000 nuances consacrées à l'objet du ciel profond (pour une image 16 bits). Par expérience, les 6 600 nuances consacrées (sacrifiées) à la pollution lumineuse n'affecteront pas la balance des couleurs de l'image tout en permettant de produire un ciel dans les tonalités noires. Lorsqu'on effectuera l'équilibre et la balance des couleurs de l'image selon la technique des points noir et blanc, on enlèvera la couleur orangée du fond du ciel causée par la pollution lumineuse et par le fait même, la balance des couleurs de l'objet du ciel profond sera réalisée (enlèvera aussi la dominante orangée de l'objet). Pour plus d'information sur la balance des couleurs selon la technique des points noir et blanc, cliquer sur ce lien et aller au processus #2 (il y a aussi une vidéo de formation).

Je vais donc procéder en utilisant un exemple réel dans un environnement de pollution lumineuse extrême (zone blanche)
  • La caméra utilisée : Atix 383L+ monochrome
  • Bin 2x2
  • Télescope : Celestron Edge HD, diamètre 203,2 mm (8'')
  • Focale (avec réducteur de focale) : f/6,3
  • Objet photographié : M92
  • Lieu d'observation : Mon observatoire permanent à Longueuil
  • Noirceur du ciel : Zone blanche
  • Transparence du ciel : Au-dessus de la moyenne et transparent
  • Taux d'humidité : 53% les deux sessions
  • Altitude de l'objet : 60 à 82 degrés
  • Sensibilité ISO : s.o., c'est une caméra CCD
  • Calibration de l'image : Noir, PLU et Bias
  • Le test du temps d'exposition : 60 secondes
  • L'image utilisée : Luminance (filtre clair)
  • Filtre antipollution utilisé : Aucun
  • Le nombre d'images composité : 49
Calcul de la valeur ADU du fond du ciel

Avec la souris, pointer au moins six endroits qui représentent le fond du ciel et pour chacune prendre en note la valeur. Ensuite, effectuer la moyenne des valeurs. Voici l'information à prendre en note :

  • Avec le logiciel Nebulosity : l'information apparaît en bas de l'image à droite
  • Avec le logiciel Maxim DL : Idem. Au besoin, prendre l'information à côté de la lettre i: (qui est la luminance)

La valeur ADU du fond du ciel de cet exemple est : 4 915


Calcul du temps d'exposition maximum

Formule :
Temps d'exposition maximum = Le test du temps d'exposition / La valeur ADU du fond du ciel pour le test * 6 600

Donc pour cet exemple : 60 sec / 4 915 * 6 600 = 81 secondes ou 1,3 minute (on peut l'arrondir à 1 minute)

Comparez ce résultat avec le tableau des temps d'expositions. La focale utilisée est f/6,3. Dans le tableau, prendre la focale proche f/5,6 de la ligne CCD Luminance et descendre à la ligne En ville (zone blanche). Le temps d'exposition est 4 minutes pour la focale f/5,6 en Bin 1x1 avec une recommandation de prendre 50 images (49 ont été prises dans cet exemple). L'image a été prise en Bin 2x2 (c.-a-d. quatre fois plus de lumière que le Bin 1x1). Le temps d'exposition converti en Bin 2x2 est donc de 1 minute (4 minutes / 4). Il est donc très proche du temps d'exposition mentionné au tableau ci-dessus (selon cet exemple, le temps maximum pourrait aller jusqu'à 1,3 minute). Il est à noter que dans cet exemple, le temps d'exposition maximum selon les calculs détaillés est semblable à celui du tableau, mais ce n'est pas toujours le cas. La raison est qu'il y a beaucoup de variables, par exemple, la sensibilité différente des matrices CCD et CMOS. Il est donc préférable d'effectuer les calculs détaillés.

Voici l'image de l'amas globulaire M92 produite avec ces temps d'expositions recommandés pour la zone blanche :
 
M92
Cliquer sur l'image pour l'afficher pleine grandeur

La magnitude visuelle de l'amas est 6,5. Pour tous les détails techniques de cette photo, cliquer sur ce lien et aller M92 (NGC 6341) photographié le 21 mai et 13 juin 2017.

Voici une autre exemple d'image, la galaxie M33 '' La galaxie du Triangle '' prise dans un ciel de pollution lumineuse extrême (zone blanche) en utilisant les mêmes temps d'expositions recommandés :

M33
Cliquer sur l'image pour l'afficher pleine grandeur

La magnitude visuelle de la galaxie est de 5,7 et sa brillance de surface 14,2 (mag/arcmin2). Pour tous les détails techniques de cette photo, cliquer sur ce lien et aller M33 (NGC 598) photographié le 21 septembre 2017.

Voici un dernier exemple d'une galaxie (NGC891) prise en zone blanche avec les même temps d'exposition :
 
NGC891
Cliquer sur l'image pour l'afficher pleine grandeur

La magnitude visuelle de la galaxie est de 9,9 et sa brillance de surface 13,6 (mag/arcmin2). Pour tous les détails techniques de cette photo, cliquer sur ce lien et aller NGC891 photographié le 12 octobre 2017.

J'ai tenté la photographie d'une autre galaxie, IC342, sans succès. Je n'avais aucun signal dans les bras de la galaxie. Sa magnitude visuelle est de 9,1 et sa brillance de surface de 14,9 (mag/arcmin2). La raison de l'absence de signal dans les bras de la galaxie est la magnitude de surface (ou brillance de surface) de celle-ci qui est égale à celle de mon site d'observation de 15 (mag/arcsec2), empêchant ainsi de faire ressortir les détails des faibles nébulosités des bras de la galaxie qui sont noyés dans la brillance de surface du fond du ciel du site.

En conclusion, lorsque vous allez à un nouveau site d'observation, commencez par utiliser les valeurs du tableau des temps d'exposition par photo. Ensuite, je vous recommande d'effectuer les calculs détaillés pour avoir plus de précision sur le temps d'exposition maximum. Aussi, il faut respecter les magnitudes limites en astrophotographie des zones de pollution lumineuse ainsi que celle de votre instrument d'observation.



Richard Beauregard
Le Ciel Astro-CCD


Révisé le 11 novembre 2017

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