Lamartine

Portrait de Lamartine en 1844 par Théodore
Chassériau, L'Artiste, revue de Paris, septembre 1886
Lamartine (Alphonse PRAT, comte de), 1790-1869, né à Mâcon, le premier et l'un des plus grands poétes romantiques. Après une enfance et une adolescence provinciales, il mène une vie d'aristocrate oisif, s'essayant à la poésie; il voyage en Italie (1811-1812), fait quelques séjours à Paris, puis se lie en 1816 à Aix-les-Bains aveç Julie Charles, la future Elvire des Méditations; la mort de la jeune femme interrompt l'idylle dès I'année suivante. La publication en 1820 du premier recueil poétique des Méditations apporte au poète une gloire immense et immédiate, car l'idéal romantique trouve dans cette oeuvre sa première expression lyrique et poétique. Ce succès ouvre à Lamartine les portes d'une carrière diplomatique, qui débute à Naples (1820-1821) et se continue à Florence (1825-1828). Elu académicien en 1829, Lamartine publie en 1830 un second recueil, Les Harmonies poétiques et religieuses, aussi bien accueilli que le premier. Mais la Révolution de 1830 le pousse vers le libéralisme. Il quitte la diplomatie et entreprend un long voyage en Orient, pour y chercher à la fois un raffermissement de sa foi tourmentée et des sources d'inspiration pour le grand ouvrage épique qu'il envisage d'écrire. Mais il perd sa fille unique au cours du voyage son désespoir le pousse hors de l'orthodoxie catholique - ses oeuvres seront mises à l'Index - et le décide à l'action politique. Elu député en 1833, il conservera son mandat jusqu'en 1852. A la Chambre, il siège, selon sa propre expression « au plafond », c'est-à-dire au-dessus des partis; mais il ne cesse d'évoluer vers la gauche, comme le montre son Histoire des Girondins, publiée en 1847, inspirée par un idéalisme profondément humanitaire. En 1848, le légitimiste de 1820 est devenu l'un des chefs de l'opposition et, nommé à la tête du Gouvernement provisoire de février 1848, c'est lui qui proclame la République et qui fait maintenir, par un discours célèbre contre le drapeau rouge, le drapeau tricolore. Mais il ne tarde pas, à la suite de l'insurrection de juin, à être supplanté par Cavaignac et à se heurter violemment à la Constituante conservatrice, décidée à ne pas tenir compte de son idéal de progrès social. Sa candidature à la présidence de la République n'obtient que 18 000 voix (çontre 5 millions et demi au prince Napoléon). découragé, il quitte la vie politique. La fin de sa vie est attristée par de graves problèmes financiers: ruiné et accablé de dettes dues à sa prodigalité et à sa générosité (il devait près de 10 millions de francs), il doit se livrer à de véritables « travaux forcés littéraires »: romans, cours familier de littérature, compilations historiques, biographies, qui se ressentent de leur écriture hâtive, mais d'où émergent quelques chefs d'oeuvre comme Graziella, Raphaël, La Vigne et la Maison. En 1860, il doit vendre sa maison de famille, Milly, et accepter de I'Empire de quoi pouvoir vivre. De l'oeuvre considérable de Lamartine - 33 ouvrages, dont 11 de poésie et 22 de prose - la postérité a surtout retenu l'oeuvre poétique. Il y a effectivement donné le meilleur de lui-même: son coeur et son merveilleux sens de l'harmonie des mots. Son originalité réside en effet dans l'accent spontané et profondément personnel des sentiments qu'il exprime, et que la poésie française semblait avoir oublié depuis Ronsard: à nouveau il chante l'amour malheureux, la solitude, la mélancolie, la nature consolatrice, sa foi religieuse, sincère et tourmentée. Il est servi par une langue au rythme souple, mélodieux, dont les harmonies savent suggérer les mille nuances du sentiment, malgré une influence sensible des maîtres élégiaques du XVIIIe siècle, qui lui ont légué le goût des périphrases, des termes nobles, du style oratoire. Aussi bien Lamartine était-il un remarquable orateur, et ces qualités l'ont-elles également servi dans le domaine épique, où son grand poème Jocelyn (1836) remporta un suçcès mérité par l'attrait pathétique des aventures du héros, la beauté des descriptions et la générosité des intentions sociales et religieuses dont Lamartine avait chargé son oeuvre.