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Enlève la poutre
dans ton oeil avant d'enlever la paille dans l'oeil de
ton voisin
Notre ami a quelque
chose dans l'oeil ! Bien que ce soit quelque chose de
minuscule -Jésus l'appelle une paille- combien cela
n'est-il pas douloureux et combien il importe de l'en
débarrasser au plus vite ! C'est certainement notre rôle
d'ami de faire tout pour l'enlever et il nous en sera
des plus reconnaissants. Et, nous aussi, nous devrions
lui savoir gré de nous rendre le même service.
Il semble donc bien
que le passage de Mat. 7, 3-5 ne nous interdise pas de
chercher à corriger la faute de notre prochain ; au
contraire, il suggère que nous devons nous y employer ;
et cela à n'importe quel prix. Il est vrai que l'accent
repose avant tout sur la condamnation de l'esprit de
jugement, mais, une fois que cet esprit est écarté, le
passage se termine par : « Alors, tu verras comment ôter
la paille de l'oeil de ton frère » (Trad. littérale.: «
tu verras clairement » ou « tu examineras » (note
trad.). Selon le Nouveau Testament, nous devons donc
avoir un tel amour pour notre frère qu'il nous faut être
prêts à faire n'importe quoi pour enlever de son oeil la
paille qui trouble sa vue et l'empêche d'être béni. Il
nous est dit de nous « reprendre les uns les autres »,
de nous « exhorter les uns les autres », de nous «
exciter à la charité et aux bonnes œuvres », enfin de
nous « laver les pieds les uns des autres ». L'amour de
Jésus répandu en nous nous pousse à venir au secours de
notre frère.
Quelle bénédiction
pour beaucoup, si nous acceptions de reprendre et
d'exhorter nos frères en toute humilité, comme Dieu nous
l'inspire ! On raconte qu'un certain Nicolas, de Bâle,
se rendit jusqu'à Strasbourg pour y rencontrer le Dr.
Tauler, alors prédicateur de renom dans cette ville.
Quand il l'eut trouvé, il lui dit humblement : «
Docteur, avant que vous puissiez accomplir une grande
oeuvre pour Dieu, pour cette ville et le monde, il faut
que vous mouriez à vous-même, à vos dons, à votre
réputation et même à votre bonté... Lorsque vous aurez
pleinement saisi le sens de la Croix, vous aurez une
nouvelle puissance auprès de Dieu et des hommes ». Cette
humble exhortation de la part d'un chrétien obscur et
caché transforma la vie de Tauler ; il apprit
effectivement à mourir et devint, entre les mains de
Dieu, un des plus puissants instruments qui préparèrent
la voie à Luther et à la Réforme.
Qu'est-ce que la poutre ?
Tout d'abord, Jésus
nous explique qu'il n'est que trop facile d'enlever la
paille, le petit grain de l'oeil de notre frère -le mot
grec original signifie également une petite parcelle de
sciure lorsqu'il y a dans le nôtre une poutre,
c'est-à-dire un très gros morceau de bois. Si tel est le
cas, nous ne saurions procéder à l'extraction de la
paille chez l'autre, car notre propre vue est obscurcie
; ce serait donc de la pure hypocrisie.
Nous savons tous ce
que signifie cette paille dans l'oeil de notre prochain
: c'est une faute que nous croyons discerner en lui ; il
se peut qu'il s'agisse d'un acte ou d'une attitude
adopté à notre égard. Mais qu'est-ce que Jésus entendait
par la poutre dans notre oeil ? Et si elle n'était autre
chose que notre réaction peu charitable à la paille de
l'autre ? Sans doute, ce dernier a des torts, mais notre
manière de réagir est aussi un tort. La paille de son
oeil a provoqué en nous un ressentiment, une critique,
de l'amertume ou de la mauvaise volonté -autant de
variantes de la faute initiale : le manque d'amour. Et
cela, nous dit le Seigneur, est infiniment pire que le
tort minime qui l'a provoqué. La différence est la même
qu'entre un grain de sciure et une poutre. Chaque fois
que nous montrons du doigt notre frère en disant : «
C'est sa faute », trois autres doigts de notre main sont
dirigés contre nous, en signe d'accusation. Que Dieu
nous pardonne les très nombreuses fois où, dans notre
hypocrisie, nous avons voulu reprendre notre frère, sans
nous rendre compte de l'énormité de notre propre faute.
Ne croyons pas,
cependant, que la poutre soit nécessairement une
réaction violente de notre part. Non, un début de
ressentiment est une poutre, tout comme la première
lueur d'une pensée mauvaise ou l'ombre d'une critique
naissante. Ces éléments déforment notre vision et nous
ne pouvons plus voir notre frère tel qu'il est, un
bien-aimé de Dieu. Si donc nous lui parlons avec un tel
obstacle dans notre coeur, cela ne fera que provoquer
chez lui la même attitude dure, selon le principe humain
qu'on nous « mesurera de la mesure avec laquelle nous
aurons mesuré ».
Déposons la poutre au Calvaire
Non ! « Ote
premièrement la poutre de ton œil ». Voilà la première
chose à faire : reconnaître notre réaction peu
charitable comme un péché. Puis aller à genoux au
Calvaire, y contempler Jésus et voir ce que ce péché lui
a coûté. Il nous faut nous repentir à ses pieds, être
brisés tout à nouveau et accepter par la foi la
purification par son sang, lui demander qu'il nous
remplisse de son amour pour l'intéressé, selon sa
promesse. Ensuite, notre devoir consistera très
probablement à aller trouver notre frère dans une
attitude de repentance, lui demandant pardon pour le
péché qui a obstrué notre coeur, en témoignant de sa
purification par le sang de Christ. Certains objecteront
-et peut-être serons-nous tentés d'objecter nous-mêmes-
que le péché que nous confessons est bien inférieur à
celui de l'autre, qu'il ne confesse pas encore. Mais
nous avons été au Calvaire, nous y avons vu notre péché
et nous ne pouvons plus comparer ce dernier avec celui
de quelqu'un d'autre.
Après avoir ainsi
débarrassé notre oeil de la poutre, nous « voyons
clairement » comment procéder à l'extraction de la
paille chez notre frère. A ce moment, Dieu déversera sur
lui et sur nous une lumière inconnue jusqu'ici ;
peut-être verrons-nous même que cette fameuse brindille
n'était qu'une illusion, ou encore une projection de ce
qui entravait notre propre vue. Mais il se peut aussi
que Dieu nous révèle au sujet de notre frère des choses
cachées dont il n'avait pas conscience. Alors, sous la
direction de l'Esprit, nous les lui montrerons
humblement, afin qu'il puisse les voir lui-même et les
apporter à la Source qui coule encore pour le péché,
pour en être délivré. Il est fort probable qu'il nous
laisse faire et, s'il est humble, il nous en saura gré;
il verra qu'il n'y a pas de motif égoïste en nous, mais
seulement de l'amour et de l'intérêt pour lui.
Si Dieu nous conduit
à reprendre quelqu'un, ne nous laissons pas arrêter par
la crainte. Ne cherchons pas non plus à imposer notre
point de vue à tout prix ; disons simplement ce que Dieu
nous met à coeur et laissons-Le faire le reste. C'est
son oeuvre et non la nôtre. Il faut du temps pour
courber un cou raide. Et, lorsqu'à notre tour nous
sommes repris, ne nous défendons pas et ne nous
expliquons pas. Acceptons en silence, en remerciant
celui qui nous reprend ; puis demandons à Dieu qu'il
nous éclaire et, si notre ami a raison, soyons assez
humbles pour le lui dire et louer Dieu ensemble. Nous
avons grandement besoin les uns des autres ; il y a dans
notre vie des points noirs que nous ne verrons jamais si
nous ne permettons à Dieu d'employer nos frères comme
des instruments pour nous éclairer. |