La Plongée d'Épave

Par Michel Therrien

Il semble que de plus en plus de plongeurs soient intéressés par la plongée d'épave. Après tout, on retrouve au Québec et en Ontario des centaines, voire des milliers d'épaves. La plupart sont des bateaux de bois qui gisent écrasés au fond. D'autres sont encore en bon état et permettent une exploration plus intéressante.

Mais tout d'abord, qu'est­ce qu'une épave? Bien entendu, lorsqu'on parle d'épave, on pense a un bateau qui a coulé et qui repose maintenant au fond des eaux. La majorité des épaves ressemblent plutôt à une caricature déformée de ce qui a jadis été un navire. Il faut rappeler qu'un bateau est avant tout conçu pour flotter. Lorsqu'il est à la surface, la pression de l'eau pousse sur la coque vers l'intérieur, ce qui permet de retenir la structure en place. Lorsque le bateau est rempli d'eau, cette pression est absente et la coque aura tendance à s'écarter. Les ponts perdront ainsi leurs points d'appui et s'écraseront. Après un certain temps, on ne retrouvera que le squelette de la coque avec un ramassis de planches dans les entrailles du bateau.

La plongée sur épave comporte des éléments de risques généralement non attribuables à d'autres types de plongées. D'abord, les profils de plongée sont plus "carrés" (descente à la profondeur voulue jusqu'au retour). Ceci implique la perte d'un facteur important de sécurité dans l'utilisation des tables donc un risque accru d'accident de décompression. Puisque les plongées sont souvent effectuées loin du bord, il est facile de se placer dans une situation périlleuse si on ne peut se rendre a la corde de remontée ou si notre embarcation de plongée s'est décrochée de l'épave. De plus, les épaves comportent généralement des débris qui peuvent être coupants (danger de perforation du vêtement étanche) et dans lesquels le plongeur peut se prendre. Les fils électriques constituent un danger réel pour le plongeur puisque celui-ci peut s'y enchevêtrer solidement.

La pénétration en épave ajoute à la complexité et au niveau de risque de la plongée. Tout d'abord, le plafond nous empêche de retourner en surface si on fait face à un problème. On doit généralement trouver un point d'entrée et la plupart du temps on sortira par ce même point. Beaucoup d'épaves permettent de sortir par différent endroits. Il n'est pas difficile d'imaginer les problèmes potentiels: on a perdu notre chemin, bris de détendeur, manque d'air, lampe de plongée défectueuse, délais causé par un enchevêtrement, bris d'une courroie de palme ou de masque, bris du vêtement étanche, perte de la ceinture de plomb (dans ce cas, on peut être "cloué" au plafond), ou même, bris de l'épave elle même. Ce dernier point a coûté la vie à deux plongeurs hautement expérimentés en 1991. Chris Rouse et Chris Rouse Jr. n'ont pu retourner a la corde de remontée et récupérer leurs bouteilles de décompression. Après avoir trouvé une sortie alternative, ils sont remontés vers la surface sans effectuer leurs paliers et sont tous deux décédés suite à un accident de décompression.

Les sédiments qu'on retrouve sur les planchers et au plafond constituent sans doute les pires ennemis du plongeur d'épave. Lors de la pénétration, on avance tranquillement dans une eau parfois claire, ce qui met le plongeur en confiance. Lorsque le plongeur se retourne pour sortir, il fait immédiatement face a un nuage épais qui ne permet pas de voir plus de 10 centimètres devant lui. Qu'est-il arrivé? Les coups de palmes dirigés vers le plancher ont fait lever les sédiments qui se reposaient fragilement. Ceux-ci restent en suspension et redescendront éventuellement. Selon le type de sédiments et la présence ou non d'un courant, cela peut prendre quelques minutes, ... ou quelques heures! Les bulles rejetées à chaque expiration délogeront aussi les sédiments du plafond qui descendront comme des flocons de neige.

Pourquoi obtenir une formation en plongée d'épave? Comme mentionné plus haut, les risques rencontrés lors de plongées sur épave ne sont généralement pas rencontrés lors de plongées en eau libre. Ainsi, les moniteurs de plongée en eau libre ne saurait eux-même faire face à tous les problèmes qui peuvent survenir.

Un bon cours de plongée d'épave discutera de l'historique, de la recherche d'information et de la fabrication des bateaux. Bien que ces éléments du programme ne soient pas tous directement liés à la plongée, il apportent beaucoup à l'intérêt du plongeur et à la possibilité de découvrir de nouveaux sites. Gary Gentile, un plongeur et écrivain renommé affirme d'ailleurs que la recherche d'information compte pour beaucoup dans ce domaine. Le cours comprendra aussi des exposés théorique sur les risques de la plongée sur épaves et les mesures appropriées pour diminuer ces risques. L'équipement additionnel requis sera expliqué et plusieurs exercices seront effectués avec ceux-ci en piscine et en eau libre. Les techniques de propulsion seront adaptées pour les plongées avec pénétration. La planification du volume d'air requis et la planification de la décompression sont aussi des éléments majeurs du programme. A la fin du cours, l'élève aura la chance de pénétrer une épave en assumant un risque calculé, certes, mais ce risque sera de beaucoup inférieur à ce qu'il avait connu avant.

Quel est l'équipement utilisé par le plongeur d'épave? Tout d'abord, on doit prévoir les cordes de descente et de décompression, ainsi que les accessoires requis. Le plongeur se munira de moulinets (primaire et de sécurité) qui lui permettront de retrouver son chemin. Il se munira aussi d'au moins trois sources d'éclairage, dont une de haute puissance. Afin de se déprendre, il portera deux couteaux et une paire de pince coupantes (pour les fils électrique). Pour fournir de l'air à son copain pendant la sortie de l'épave, chaque plongeur aura un deuxième détendeur muni d'un boyau de sept pieds. Il va sans dire qu'un plongeur responsable et formé ne fera pas de pénétration avec une seule source d'air. Au cas où la ligne de remontée serait perdue, le plongeur transportera une ligne de remontée d'urgence avec un sac de renflouage. Plusieurs plongeurs transportent aussi un masque et une courroie de palme supplémentaires. Dans certains cas, des outils de travail seront aussi attachés au plongeur.

Je n'encourage personne à tenter de placer tout cet équipement sur lui ou elle et de partir à l'assaut d'une épave. Cet équipement doit être placé de façon à affecter le moins possible le comportement hydrodynamique du plongeur et aussi de façon à ne pas augmenter indûment les chances de s'enchevêtrer. Rester pris partout est probablement plus risqué que de prendre la chance de perdre son masque.

Qu'en est-il de la récupération d'objets. A cet égard, j'aimerais que les plongeurs d'épave adoptent la même attitude que les plongeurs de caverne à cet égard: "ne prend rien sauf des photos, ne laisse rien sauf des bulles et ne tue rien sauf le temps". Toutefois, cet idéalisme n'est pas partagé par bien des plongeurs. Au Canada, il est requis de déclarer tous les objets trouvés au Receveur Général des Épaves du Canada. Je ne discuterai pas cet aspect en détails puisque vous en connaissez certainement déjà beaucoup à ce sujet. Un point majeur lors de la récupération d'objets est la restauration et la préservation de ces objets. Il n'est pas rare de voir quelqu'un récupérer de magnifiques artefacts qui se détérioreront rapidement avec le résultat que l'objet ne sera bon que pour la poubelle. La préservation et la restauration requièrent une connaissance des matériaux et des techniques appropriées. Sans ces connaissances, il est stupide de récupérer des artefacts. De plus, chacun des matériaux requiert des traitement différents, lesquels peuvent souvent nécessiter plusieurs mois de travail.

Dans cet article, j'ai mentionné les risques associés à la plongée d'épave et aussi de ce que devrait comprendre un bon programme de formation. La vrai question reste: ou puis-je trouver cette formation? On compte au Québec très peu de formateurs qualifiés pour enseigner ce genre de plongée. En 1991, Normand et Ann-Louise Hughes (moniteurs pour l'ACUC et TDI à Ottawa) ont développé un programme de formation qui est sans doute, le meilleur programme reconnu par une association de plongée récréative. Leur cours se veut une introduction à la plongée en pénétration d'épave. Il compte environ vingt (20) heures de théorie et plusieurs séances de pratique. Mis à part ce programme, l'International Association of Nitrox and Technical Divers (IANTD) et Technical Diving International (TDI) offrent des programmes de plongée sur épave qui sont particulièrement avancés.

Je tiens à remercier Richard Larocque pour avoir révisé ce texte et pour l'avoir publié dans le journal du club de plongée L'Empress.