
Table des matières
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Une
courte histoire de la musique japonaise
par Bruno Deschênes, ©
2002
Un peu d’histoire
Des archéologues ont trouvé des artéfacts qui indiquent
que les îles japonaises étaient déjà habitées
près de 3 000 ans avant Jésus-Christ. Toutefois, les premiers
documents permettanta aux historiens de tracer un portrait de l’histoire
du Japon datent approximativement du IVe siècle de notre ère.
À cette époque, des moines japonais voyageaient en Chine
pour y étudier. La première période historique
d’importance au Japon est l’ère de Nara (553-794).
Ce fût l’époque du premier gouvernement officiel
à être instauré dans le pays. Celui-ci tentait d’imposer
une réforme institutionnelle en implantant un système
politique, social et intellectuel basé sur le modèle chinois,
incluant même la construction d’une capitale selon les plans
de la capitale chinoise de l’époque. La société
japonaise était alors basée sur le principe des clans
et ce, en fait, jusqu’au XVIIe siècle, lorsque le shogunat
des Tokugawa réussit finalement à mettre un terme aux
guerres de clans et à instaurer la paix.
Ces moines, qui visitaient la Chine, ont ramené au pays beaucoup
de chose qui ont radicalement transformé la société
japonaise de l’époque. Entre autres choses, l’écriture,
des disciplines spirituelles et philosophiques dont, en particulier,
le bouddhisme et le confucianisme, des nouvelles structures sociales
et politiques, que le nouveau gouvernement a tenté d’imposer,
non sans difficultés. Ces moines ont aussi appris et enseigné
par la suite à la cour japonaise de nouvelles formes d’art
et, en particulier, de nouveaux instruments de musique et de nouveaux
genres musicaux alors inconnus. Le premier genre de musique à
faire son apparition est une musique d’ensemble, portant le nom
de musique de Gagaku, qui signifie musique élégante ou
raffinée. Elle fût entendue pour la première fois
en 612 et est rapidement devenue la musique officielle de la cour. Cette
musique, premièrement d’origine chinoise de l’époque
de la dynastie des Tang, avait aussi des influences coréennes
et indiennes. Il s’avère que les moines japonais reçurent
leur formation de musiciens chinois et coréens. Jusqu’au
Xe siècle, le répertoire et le jeu de l’ensemble
instrumental furent graduellement adaptés aux goûts japonais;
de nouvelles pièces furent écrites. Mais depuis le Xe
siècle, tout cela n’a presque pas changé. Il semble
que la musique de Gagaku est encore joué aujourd’hui presque
exactement telle qu’elle l’était il y a plus de mille
ans.
Les instruments d’un ensemble de Gagaku à ses débuts
au VIIe siècle étaient de trois types : des percussions,
des instruments à cordes et à vent. Parmi les percussions,
nous retrouvons des tambours de différentes grandeurs, dont l’énorme
da-daiko ou encore le Ninai-Dako dont la forme et les ornements indiquent
clairement ses origines coréennes et ce, encore aujourd’hui.
On retrouve de petits tambours et autres percussions, dont des gongs,
des cymbales et quelques petits instruments de percussion. À
la percussion se joignent trois instruments à cordes : le wagon,
une cithare sur table à 7 cordes, le gaku-so, une cithare sur
table à 13 cordes qui est l’ancêtre du koto actuel
et le gaku-biwa, un luth à 4 cordes. Parmi les instruments à
vent, nous retrouvons le hichiriki, un instrument à anches avec
un son nasillard très particulier, le sho, un orgue à
bouche, ainsi que trois flûtes différentes : le kagura-bue,
le koma-bue et le ryuteki. Ces trois flûtes sont des flûtes
traversières en bambou. Des débuts jusqu’au IXe
siècle, le shakuhachi, la célèbre flûte de
bambou japonaise, faisait aussi partie de l’ensemble de Gagaku,
mais on l’a retirée.
Ces instruments semblent être les tout premiers instruments étrangers
à atteindre les berges du Japon. Quelques-uns de ces instruments
ont attiré l’attention et l’intérêt
des mélomanes, devenant des instruments solistes indépendants
de l’ensemble de Gagaku, tout en y demeurant, sauf le shakuhachi.
Ces instruments sont le gaku-so qui deviendra le koto, le biwa, le shakuhachi
et les percussions. Les autres instruments ne sont joués, encore
aujourd’hui, que dans les ensembles de Gagaku. Le shakuhachi refera
surface comme instrument solo vers le XIe siècle.
Cette présentation des débuts de ce qu’on peut appeler
aujourd’hui la musique japonaise traditionnelle est évidemment
trop courte. Mon but était de donner un aperçu des débuts
de trois des instruments les plus connus du Japon : le koto, le biwa
et le shakuhachi. Le shamisen, un luth à trois cordes, fera son
apparition du Japon au XVIe siècle, pour devenir l’instrument
le plus populaire de son histoire. Le reste de cet article donne un
aperçu historique sommaire de ces quatre instruments, les plus
importants et populaires au Japon, tant comme instruments solistes qu’en
musique de chambre.
Depuis leur introduction, les instruments de musique japonaise ont été
transformés pour s’adapter aux goûts musicaux des
japonais, tant dans leur fabrication, leurs styles et leurs techniques
de jeu que dans leurs répertoires. Il existe même plusieurs
versions de chacun de ces instruments. Le biwa, le koto, le shamisen
et le shakuhachi ont évolué différemment de leurs
ancêtres chinois , mais chacun évolua à sa façon,
devenant vraiment « japonais » à des périodes
différentes de l’histoire du Japon.
Cet article comprend trois parties. La première donne un aperçu
très général et sommaire de l’histoire des
quatre principaux instruments japonais mentionnés précédemment.
La deuxième partie discute de la musique de chambre japonaise,
surtout du fait que, à part la musique de Gagaku, il n’existe
pas d’orchestre ou de musique d’ensemble en musique japonaise.
La troisième partie traite de l’enseignement traditionnel
de la musique au Japon ainsi que des notions traditionnelles d’esthétique.
L’article se termine avec quelques commentaires sur la situation
actuelle de la musique traditionnelle au Japon.
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Première
partie : Musique solo
Tel que mentionné plus haut, les quatre instruments japonais
les plus typiques et les plus connus sont le biwa, le koto, le shamisen
et le shakuhachi. Outre le shamisen, les trois autres instruments faisaient
originalement parti de l’ensemble de Gagaku. Ce n’est que
récemment que ce qu’on pourrait appeler la musique de chambre
existe au Japon. Pendant plusieurs siècles, chacun de ces instruments
étaient surtout joués en solo, chacun ayant créé
des répertoires qui leur sont propres.
Le biwa
Le
biwa est un luth à quatre cordes, dont l’ancêtre
est le oud arabe qui est apparu en Chine de l’Asie centrale à
l’époque de la dynastie des Han (206 av. J-C – 220
ap. J-C) par la voie de la route de la soie. Ce sera durant l’époque
de Nara (553-794) que le biwa vint au Japon de chine. Comme la plupart
des luths, le biwa a une caisse de résonance en forme de poire;
il peut avoir 4 ou 5 cordes ainsi que 4 frettes ou plus sur le manche.
Les cordes sont pincées avec un large plectre en bois, qu’on
appelle un bachi, qui remplit la paume de la main droite. Un son caractéristique
du luth japonais est un bourdonnement appellé le sawari ou “crécelle”,
un effet produit par un jeu entre les cordes et les frettes. Les cordes
sont faites soit en soie ou en boyau. On retrouve le biwa en différentes
grandeurs et avec des noms différents selon le type de musique
dans lequel il est utilisé.
La musique impériale de Gagaku utilise un biwa qui s’appelle
le gaku-biwa. Il a été utilisé comme instrument
soliste par la cour de Nara et de Heian. À cette époque,
des prêtres aveugles du sud du Japon commencèrent à
utiliser un biwa plus petit, appelé le moso-biwa. Ce dernier
est d’origine indienne et était considéré
plus approprié à l’accompagnement des moines chantant
les sutras bouddhistes. À la même époque, deux autres
écoles de prêtres aveugles joueurs de biwa, les écoles
Chikuzen et Satsuma, créent chacun sa propre version du biwa.
Vers le XIIe siècle, ces prêtres aveugles perdirent l’intérêt
de la cour. En même temps, une nouvelle forme de chant épique
accompagné au biwa fit son apparition. Le Heike Monogatari ou
« L’histoire de Heike » raconte une bataille
du clan des Heike qui eut lieu au XIIe. Pour la circonstance, le biwa,
qui fut développé pour ce genre de récit épique,
fut appelé le Heike-biwa. Cependant, en 1562, le shamisen fit
son apparition au Japon. Il devint très vite populaire, surtout
dans la période d’Edo (1615-1868). L’intérêt
à l’égard du biwa tombe de nouveau. Malgré
cela, plusieurs musiciens réussirent à créer de
nouveaux styles de jeu, maintenant l’instrument en vie jusqu’à
nos jours. Les vieux chants et récits épiques furent adaptés
à ces nouveaux biwa, dont la célèbre Histoire des
Heike.
Le biwa a principalement été et, est toujours, utilisé
aujourd’hui pour accompagner les chants et récits épiques
et autres chants similaires. Et jusqu’à récemment,
ces chanteurs étaient aveugles, bien qu’ils ne soient pas
tous prêtres. Le biwa est principalement un instrument d’accompagnement.
Son jeu n’est pas toujours mélodique, tout dépendant
de l’instrument utilisé et du style de chant. De courtes
phrases mélodiques ou rythmiques sont utilisées, ainsi
que des effets sonores descriptifs. Au XXe siècle, quelques compositeurs
ont tenté d’en moderniser le jeu, à partir de principes
musicaux occidentaux et ce, sans grand succès. Une exception
est la pièce pour shakuhachi, biwa et orchestre symphonique du
compositeur Toru Takemitsu, November Step, qui est une sorte de concerto.
Le koto
Depuis
ses débuts, le gaku-so, qui deviendra plus tard le koto, a été
l’instrument préféré de la cour, de la noblesse
et, vers le XVIe siècle, de la classe marchande montante. Une
jeune fille de bonne famille se devait de jouer du koto, comme ce fut
le cas en occident avec le piano. Cette tradition se maintient toujours
aujourd’hui.
D’origine chinoise, le koto est une cithare sur table, aujourd’hui
d’environ 2 mètres de long. C’est un des rares instruments
d’origine typiquement chinoise (à tout le moins parmi ceux
utilisés encore aujourd’hui). En Chine, nous retrouvons
2 principaux types de cithare sur table : un premier sans chevalets
(et de surcroît plus ancien) et un deuxième avec chevalets.
Le koto découle du deuxième instrument. À l’origine,
le mot koto faisait référence à tout instrument
à cordes pincées et cela incluait aussi le biwa. Plus
tard, le nom en vint à désigner uniquement la cithare
sur table. Durant la période de Nara, on retrouvait deux instruments
de cette famille : le gaku-so, avec 12 ou 13 cordes, et le wagon avec
6 cordes. Le gaku-so était utilisé dans l’ensemble
de Gagaku. Lorsqu’il en vint à porter définitivement
le nom de koto, il fut fabriqué avec 13 cordes. L’instrument
est joué avec des plectres, appelés tsumes, placés
au pouce, au majeur et à l’index. Une version à
2 cordes, le nigenkin, existe ainsi qu’une version à une
corde unique, le ichigenkin. Ce dernier est encore joué aujourd’hui
par quelques très rares musiciens. Il existe un koto basse à
17 cordes créé par le compositeur et interprète
du koto Michio Miyagi, ainsi que des version à 20, 25 et même
30 cordes.
Très peu de choses sont connues des débuts du koto, à
l’exception de quelques légendes et de mentions ici et
là dans « L’histoire de Genji », la célèbre
Dame Murasaki et le « Heike Monogatari ». Les premiers écrits
officiels à faire état du koto datent du XVIe siècle
et ont été écrits par un prêtre qui fonda
l’école Tsukushi-goto. Cette musique était considérée
« vulgaire », c’est-à-dire populaire, et ne
reçu pas le support de la cour. Un étudiant, suite à
son expulsion de cette école, pris le nom de Yatsuhashi Kengyo
et fonda sa propre école. Il arrangea trois pièces, qui
sont rapidement devenues les trois pièces les plus connues du
répertoire solo pour koto : « Rokudan », «
Hachidan », et « Midare ». Le koto, tel qu’on
le connaît aujourd’hui, doit ses débuts à
ce musicien.
Au XVIIe siècle, on commença à utiliser le koto
pour accompagner des danses et dans de petits ensembles. Un nouveau
répertoire a alors été créé et ce,
à partir du répertoire de shamisen. En fait, ce nouveau
répertoire est à la source du répertoire de musique
de chambre japonaise. Le principal instigateur de cette musique de chambre
est un musicien du nom de Ikuta Kengyo. Il a créé le Ikuta-ryu,
c’est-à-dire l’école Ikuta, dont le style
existe encore aujourd’hui. Jusqu’à cette époque,
le koto servait principalement à accompagner les chanteurs, sans
toutefois avoir la popularité du shamisen. Faisant suite à
ces changements instigués par Ikuta Kengyo, la popularité
du koto augmenta considérablement. À la fin du XVIIIe
siècle, un autre musicien du nom de Yamada Kengyo créa
une nouvelle école, yamada-ryu, dont le style était aussi
basé sur la musique de shamisen, mais la musique narrative. Avec
l’école Ikuta, la musique prédominait alors qu’avec
l’école Yamada c’était la voix.
Au XXe siècle, des musiciens ont tenté de moderniser le
jeu du koto à partir de principes occidentaux. Ces développements
ont porté fruit. Le premier instigateur de ces développements
est le joueur de koto et compositeur Michio Miyagi, un musicien qui
devint aveugle à l’âge de 6 ans. Il est décédé
en 1957. Un autre musicien qui poussa encore plus la modernisation du
jeu du koto est Tadao Sawai; interprète du koto et compositeur
de très grand talent, il est malheureusement décédé
en 1998. Il modifia presque complètement le jeu du koto en le
rendant beaucoup plus rythmique et virtuose.
Le shakuhachi
Le koto et le shakuhachi sont les deux instruments de musique japonaise
les plus connus en occident. Toutefois, chacun jouit d’une popularité
très distincte. L’intérêt des occidentaux
à l’égard du shakuhachi est tel qu’un nombre
très large l’apprennent, au point d’en devenir professionnel.
On estime qu’il y a environ 2 000 occidentaux qui apprennent le
shakuhachi aujourd’hui et qu’environ 300 ont obtenu leur
titre de maître, ou shi-han.
Le shakuhachi est arrivé de Chine avec l’ensemble de Gagaku
à l’époque de la dynastie des Tang (618-917). À
cette époque, il avait 6 trous, comme l’instrument chinois
encore aujourd’hui. Vers le IXe siècle, on le retira de
l’ensemble de Gagaku. À la même époque, un
moine tenta d’en faire connaître une version à 5
trous, mais sans succès. Ce sera au Xe siècle que quatre
moines chinois seront invités à enseigner le xiao, l’ancêtre
du shakuhachi, à des moines japonais et que l’instrument
les captivera graduellement. Mais ce ne sera pas avant le XIIIe siècle
que les moines de la secte bouddhiste Fuke commenceront à l’utiliser
sérieusement, en remplacement du chant des sutras bouddhistes.
Cette utilisation en vint à être connue sous le nom suizen,
le zen de vent ou de la respiration.
À l’ère d’Edo (1615-1868), le shakuhachi sera
totalement transformé. Jusqu’à cette époque,
similaire au xiao chinois, il était mince et allongé.
Les fabriquants utilisèrent un bambou épais qu’on
retrouve principalement sur l’île de Kyushu, au sud du Japon.
L’embouchure changea aussi de fabrication. On utilisa alors la
partie inférieure du bambou, qui comprend 4 rangées de
racines. Le nom de l’instrument fait référence à
une unité de mesure, le shaku qui est approximativement un pied.
Hachi est le chiffre 8. Ainsi, shakuhachi veut dire 1.8. Étant
un instrument pentatonique, le standard à 1.8 est en ré.
Il en existe plusieurs grandeurs, partant de 1.4 allant jusqu’à
3.4.
À l’ère d’Edo, le nouveau shogun réussit
à unifier le pays et à y implanter la paix. Les samouraïs
n’avaient plus rien à faire du fait qu’ils ne pouvaient
plus se battre. Plusieurs sont devenus des ronin, c’est-à-dire
des samouraïs sans maître, et ont joints les rangs de moines
itinérants de la secte Fuke, appelé komuso ou moine du
vide. Ceux-ci quêtaient en jouant du shakuhachi sur la rue et
en portant un panier de paille sur la tête, indiquant leur détachement
de la matérialité terrestre. Déguisés en
moines, ces ronin devinrent des espions pour le shogun, utilisant leur
shakuhachi pour se battre. Une rumeur veut qu’une des raisons
pour l’utilisation d’un bambou plus épais et de ces
quatre rangées de racines dans la fabrication du shakuhachi est
qu’il était alors possible de l’utiliser comme bâton
pour se battre.
À la même époque, le shakuhachi commença
à attirer l’attention de la classe marchande. À
la fin du XIXe siècle, la secte Fuke disparaît suite au
transfert de pouvoir du shogunat à la cour impériale.
Les komuso ne sont plus reconnus par la cour impériale.
Le style de musique interprétée par le shakuhachi s’appelle
le honkyoku, ce qui signifie « musique originale ». C’est
le nom original du style des moines de la secte Fuke, qui se perpétue
encore aujourd’hui. Il existe bien sûr d’autres styles.
La particularité de ce style est que son répertoire comprend
principalement des pièces solo de méditation. Il existe
quelques pièces seulement qui ont été écrites
originalement pour deux shakuhachis, dont plusieurs parmi celles-ci
sont des pièces solo auxquelles on a ajouté une deuxième
partie. Il existe un autre style appelé le gaikyoku, soit le
nom de la partie de shakuhachi de la musique de chambre, le sankyoku.
On peut l’entendre à l’occasion en solo.
Au XXe siècle, le shakuhachi a subi d’autres changements,
mais moindre que ceux du XVIIIe siècle. Au début du XXe
siècle, un nouveau style a été créé,
le Tozan, un style largement influencé par les principes de la
musique occidentale, incluant la modification des partitions. À
la fin des années 1950, un shakuhachi à sept trous a été
créé dans l’espoir de pouvoir interpréter
des pièces occidentales. Il n’attira pas l’intérêt
des musiciens plus traditionalistes et même des occidentaux qui,
généralement, préfèrent la version originale
à cinq trous. Toutefois, il s’avéra être un
bon instrument pour interpréter des chants folkloriques.
Le shamisen
Le shamisen est un luth à 3 cordes avec une caisse de résonance
vide recouverte soit d’une peau de chat ou de chien. Le shamisen
aurait atteint le Japon en 1562 par les îles d’Okinawa,
qui s’appelaient à l’époque les îles
Ryukyu. Similairement à son ancêtre chinois, appelé
le sanxian, le shamisen d’Okinawa est couvert pour sa part d’une
peau de serpent et est appelé le jamisen. Du fait que le shamisen
a fait surface au Japon à l’ère d’Edo, c’était
l’époque d’une classe marchande en plein développement
et une classe de samouraï qui n’avait rien à faire,
outre se divertir. Le shamisen s’avéra le parfait instrument
pour cela.
À ses débuts, on ne trouva pas le shamisen bien intéressant.
Lorsque des joueurs de biwa l’essayèrent en utilisant le
plectre du biwa, le son du shamisen pris une tout autre qualité
qu’on trouva plus intéressante. Par la suite, un musicien
pensa à utiliser une peau de chat, qui en modifia considérablement
le son, une qualité qui plaisait beaucoup aux oreilles japonaises.
Par ailleurs, la peau de chat était plus durable que la peau
de serpent; pour sa part, la peau de chien est utilisée pour
les instruments de plus basse qualité, étant aussi moins
durable que celle du chat. D’autres changements furent apportés
à l’instrument, mais surtout, d’autres versions de
différentes grandeurs furent créées pour les besoins
de différents styles. Le shamisen est devenu rapidement l’instrument
de choix pour la nouvelle vie sociale où les plaisirs avaient
remplacé la guerre.
Le shamisen n’a pas de frettes. Différents effets peuvent
être produits, mais le plus particulier est le sawari, similaire
au sawari du biwa. C’est une résonance produit uniquement
par la première corde.
Les premiers interprètes du shamisen étaient des joueurs
de biwa. Par conséquent, le premier répertoire du shamisen
découle du répertoire narratif du biwa. Toutefois, la
popularité croissante du shamisen pour accompagner les chanteurs
a relégué au deuxième rang le biwa. Plusieurs écoles
et styles de jeu ont été créés, basés
sur deux styles prédominants : le katarimono, soit le style
narratif, et le utaimono, soit le style de chants et mélodies
diverses. Les shamisens furent adaptés pour ces deux styles.
Le shamisen devint l’instrument de prédilection pour toute
occasion : théâtre, maisons de geisha, festivals, musique
folklorique et autre. Au théâtre, il devint l’instrument
parfait pour le kabuki et le bunraku, le théâtre de marionnettes.
Il s’avère que ces deux formes théâtrales
ont été créées à la même époque
que l’arrivée du shamisen. Le bunraku n’utilise qu’un
seul style de jeu, alors que le kabuki utilise plusieurs styles, dont
le principal s’appelle le nagauta, « uta » signifiant
chant. Ces différents styles cherchent à mieux appuyer
la trame dramatique des pièces de kabuki.
Un autre instrument a été créé à
partir du shamisen : le kokyu. C’est en fait un shamisen droit
joué avec un archet. Il peut avoir deux, trois ou quatre cordes.
Il semble s’apparenter, de prime abord, au kokin ou au erhu chinois,
deux vièles à deux cordes, mais la construction du kokyu
est entièrement différente. Une rumeur circule suggérant
que le kokyu a été créé suite aux premiers
contacts des japonais avec des instruments de musique occidentaux, à
l’époque des premiers contacts avec les Portuguais. Parmi
l’équipage, quatre matelots formaient un quatuor à
cordes. Il semble que quelqu’un a eu subséquemment l’idée
de créer un instrument à archet japonais, le kokyu, à
partir du shamisen. Cette rumeur n’est aucunement confirmée
et n’est aucunement mentionnée dans les textes sur la musique
japonaise. Le kokyu a eu un certain succès à l’ère
d’Edo. Mais aujourd’hui, seulement quelques musiciens en
jouent et généralement il accompagne un ensemble de kotos.
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Deuxième partie :
Musique de chambre
Ce qu’on pourrait appeler la musique de chambre japonaise est
apparue tard dans l’histoire de la musique japonaise. Ce ne sera
que vers 1750 que l’idée de faire jouer des instruments
de musique différents ensemble a surgi. La rumeur mentionnée
précédemment suggère que l’idée d’une
musique d’ensemble japonaise découlerait aussi de l’écoute
du quatuor à cordes portugais.
A cette époque, le koto était utilisé pour accompagner
les danses et divers ensembles. Grâce à cette utilisation
du koto, Ikuta Kengyo mettra en place une musique d’ensemble dans
le vrai sens du terme, dans laquelle le koto sera l’instrument
prédominant. Ce premier ensemble de musique de chambre inclu
le koto, le shamisen et le kokyu. On l’appellera l’ensemble
de sankyoku, ce qui signifie musique pour trois instruments. Graduellement,
le kokyu sera remplacé par le shakuhachi. Au début du
19e siècle, il sera supplanté par le shakuhachi, une des
raisons étant que le kokyu est un instrument très difficile
à maintenir juste. Il semble que le biwa ne fit jamais partie
de cet ensemble.
Il semble que les trois pièces mentionnées ci-haut furent
les premières pièces arrangées pour le nouvel ensemble.
Toutefois, le type de musique à partir duquel Ikuta Kenggyo a
plus spécifiquement développé son répertoire
de musique de chambre est celui du shamisen, et plus spécifiquement
le style du jiuta. Originalement, le jiuta est le style de musique de
Kyoto de l’ère d’Edo. Par la suite, il en vint à
désigner le nouveau style de musique du nouvel ensemble de sankyoku.
La principale innovation du nouveau style de jiuta-mai, comme on en
vint à l’appeler, est que la partie instrumentale a précédence
sur la partie vocale, alors qu’à l’époque,
c’était le contraire. De plus, il devint un instrument
soliste, ce qui n’était aucunement le cas précédemment.
Par la suite, les développements de la musique de chambre seront
étroitement liés à ceux du koto. Par exemple, au
18e siècle, une nouvelle école de koto voit le jour, l’école
Yamada, qui, à l’inverse de l’école Ikuta,
met un plus grand accent sur la partie vocale. Toutefois, les nouvelles
œuvres des deux écoles accordent une importance première
à la partie instrumentale. Au 19e siècle, de nouvelles
pièces n’auront aucune partie vocale. Toujours au 19e siècle,
un maître de l’école Ikuta ajouta une deuxième
partie de koto différente de la partie principale. L’ensemble
prit alors un allure de quatuor. Par la suite, au 20e siècle,
l’écriture d’oeuvres de musique de chambre subit
les influences de la musique occidentale. Le principal exemple a trait
aux partitions. Précédemment, les partitions japonaises
n’utilisaient pas ce qu’on appelle en occident des mesures.
Chaque instrument possèdait sa propre notation, de haut en bas,
de droite à gauche. On développa une écriture qui
inclua des boîtes désignant des mesures, tout en maintenant
la notation traditionnelle.
La musique de sankyoku japonaise ne peut se comparer à la musique
de chambre occidentale. On n’entend pas trois parties distinctes,
s’imbriquant l’une dans l’autre harmoniquement ou
en contrepoint. Au contraire, les trois instruments jouent presque exactement
la même chose, à l’exception de la deuxième
partie de koto, qui joue une contremélodie différente
du premier koto. Le koto étant l’instrument principal,
les deux autres instruments doivent suivre le koto, tout en adaptant
la mélodie ici et là aux particularités de chacun
de ces deux instruments accompagnateurs. Le seul effet d’ensemble
qu’on peut entendre en de rares occasions dans une pièce
est le kake-ai, qui est un jeu de courtes réponses mélodiques
entre deux instruments. Il s’avère que cela permet à
chaque instrument de jouer ces pièces soit en solo, soit en duo
(koto et shakuhachi, koto et shamisen, ou encore shamisen et shakuhachi),
en trio (soit le trio traditionnel ou deux partitions de koto et shakuhachi
ou shamisen).
Les pièces du répertoire de jiuta des ensembles de sankyoku
comprennent ordinairement 3 sections, et plusieurs pièces en
comprennent 4, 5 ou même 6 sections. Lorsqu’une pièce
est en trois sections, la première section est le maeuta ou chant
de début, une section instrumentale, le tegoto, et un chant de
fin, le atouta.
Au 20e siècle, il semble que l’intérêt dans
l’écriture de pièces pour les ensembles de sankyoku
a diminué. Après la Deuxième grande guerre mondiale,
l’intérêt à l’égard de la musique
traditionnelle même a subi une baisse. Mais depuis le début
des années 1970, il y a un regain et les compositeurs se sont
remis à écrire pour les instruments traditionnels japonais.
Toutefois, une majorité de ces nouvelles pièces sont principalement
écrites pour koto et shakuhachi, bien que de nouvelles pièces
incluant le shamisen et même le biwa soient écrites.
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Troisième
partie : Enseignement et esthétique en musique japonaise
Dans les arts japonais, la notion d’école
ne fait pas référence à une institution comme on
l’entend en occident, mais plus à une guilde qui préconise
un style de jeu qui lui est spécifique. Lorsqu’une école
est créée par un musicien connu, ses étudiants
deviennent ses disciplines, promulguant la technique et le style de
cette école. Chaque école porte le nom de leur créateur.
Lorsqu’un musicien crée un style de jeu différent
de l’école auquel il appartient, il peut créer une
école pour promulguer son nouveau style. Cela peut inclure aussi
le cas où un membre d’une école est en désaccord
avec son maître, le quittant pour créer sa propre école.
Il existe un grand nombre d’écoles, encore aujourd’hui,
mais seulement quelques-unes demeurent populaires et influentes auprès
de la population. Les quatre instruments présentés ici
ont leurs propres écoles. Par exemple, il existe deux principales
écoles pour le koto, l’école Ikuta créée
par Ikuta Kengyo, et l’école Yamada, créée
par Yamada Kengyo. Au 20e siècle, deux nouvelles écoles
ont été créées par deux célèbres
compositeurs et joueurs de koto : Michio Miyagi, de la première
moitié du 20e siècle et Tadao Sawai, de la deuxième
moitié. En shakuhachi, il existe aussi deux écoles principales :
l’école Kinko et l’école Tozan.
L’enseignement des arts au Japon, incluant la musique, est considéré
« intuitif », c’est-à-dire que le professeur
ne parle presque pas; il joue sans rien dire. En fait, ce serait considéré
comme impoli pour un étudiant de poser trop de questions et au
professeur de trop parler. L’étudiant doit observer et
intégrer intuitivement ce que son professeur lui enseigne. Ordinairement,
le professeur joue avec l’étudiant.
D’autre part, un professeur ne convoquera jamais un élève
à une heure précise. Traditionnellement, l’enseignement
se fait sur la base du premier arrivé, premier servi. Aujourd’hui,
un rendez-vous est pris, tout en maintenant certains principes traditionnels.
Par exemple, il est commun pour un étudiant d’attendre
un certain temps avant son cours. Généralement, l’élève
attend dans la pièce où le cours a lieu. Ceci permet à
l’étudiant d’être attentif au cours que reçoit
l’autre étudiant. En ce temps, l’étudiant
en attente apprend autant que celui recevant le cours. L’étude
d’un instrument de musique, ou de toute autre forme d’art,
est très longue et l’étudiant doit tout apprendre
par cœur. Il existe des partitions qui diffèrent d’un
instrument à l’autre (un joueur de shakuhachi ne peut pas
lire une partition de koto, par exemple), mais ces dernières
ne sont uniquement qu’un guide très sommaire et incomplet.
L’élève doit respecter et suivre les instructions
de son maître, en apprenant son style de jeu. Il ne lui est pas
permis d’aller étudier avec un autre professeur ou dans
une autre école. Le sens communal est très développé
dans ce type d’école. C’est même le professeur
qui détermine si un élève est prêt à
jouer en public.
Lorsque l’élève est rendu à un certain niveau,
il reçoit son titre de maître. Il en existe trois principaux
: le jun-shi-han qui permet à l’élève, ou
disciple de ce niveau, d’enseigner son instrument, le shi-han,
le titre de maître proprement dit ou le dai-shi-han, le titre
de grand maître. Les écoles de tous les arts japonais utilisent
ce principe à la base. Du fait que l’apprentissage est
long avant d’obtenir son shi-han, cela semble avoir joué
un rôle dans le déclin des arts traditionnels au Japon.
Quelques mots sur l’esthétique japonaise. Ce qui frappe
de prime abord les occidentaux, est le caractère méditatif
de la musique japonaise. L’interprétation de la musique
japonaise est très ritualisée. Le tempo est généralement
lent, posé et, effectivement, méditatif, ce qui peut être
déconcertant pour un occidental habitué à une musique
plus vivante. On discerne des mélodies et des structures musicales,
qui n’ont rien de bien commun avec la musique occidentale. La
musique occidentale est basée sur des gammes et des rapports
musicaux tonaux et harmoniques, qui ont été rendus possible
grâce à notre gamme tempérée. La musique
occidentale est en quelque sorte verticale. Au Japon, et dans l’ensemble
de l’Asie, la musique est modale et les rapports musicaux sont
intervalliques et non tonaux. C’est une musique horizontale, une
musique où la ligne mélodique prime.
L’apprentissage et l’interprétation de la musique
japonaise ont un caractère spirituel, similairement aux arts
martiaux et autres formes d’art. Le musicien intègre autant
une formation et une technique musicales qu’une forme de spiritualité.
Traditionnellement, les auditoires japonais, à l’écoute
d’un ou de plusieurs musiciens, recherchent généralement
cet état spirituel. Cela a joué un rôle dans la
ritualisation de la musique et toute forme d’art. Tout musicien
doit démontrer, dans son interprétation, cette maîtrise
spirituelle intérieure. Cela a bien sûr changé au
20e siècle avec l’influence occidentale, mais ces principes
demeurent quand même, surtout en ce qui a trait à la musique
traditionnelle.
Un aspect important de la musique japonaise est la représentation
des sons de la nature et de la vie. Pour eux, les émotions s’expriment
par ces représentations rituelles des sons de la nature. Le musicien
est simplement un canal pour l’expression naturelle de la musique.
Bien que les compositeurs signaient leurs œuvres à l’ère
de Nara (553-794), soit bien avant les compositeurs européens,
ceux-ci, ainsi que les poètes et les écrivains, ne considéraient
pas posséder un droit intellectuel de leurs œuvres (bien
que cela ait changé au 20e siècle, suite à l’influence
occidentale). L’écriture musicale, poétique ou même
théâtrale traditionnelle était basée sur
des formes et structures prescrites auxquelles ils devaient se plier.
D’autre part, l’esprit social japonais a prédominance
sur la créativité et la pensée individuelle. Lorsqu’un
musicien écrit une nouvelle œuvre, ce le sera avant tout
dans l’esprit de l’école auquel il appartient. Au
Japon, la tradition et le groupe auquel chacun appartient prédominent
sur les besoins individuels. Toutefois, contrairement à la musique
occidentale, il est permis à un musicien de modifier librement
l’œuvre d’un autre musicien. En fait, cela est même
recommandé. On retrouve au Japon un respect strict des traditions,
mais asserti d’une liberté d’esprit qu’on ne
rencontre point en occident. Il est inadmissible en occident de modifier
une œuvre de Mozart ou d'un tout autre compositeur, alors que c’est
une pratique acceptée au Japon. Par contre, cela n’est
permis qu’aux maîtres.
Au Japon, un des principes premiers gouvernant l’univers est le
temps, et non un dieu ou l’homme. Ce temps est une énergie
perpétuellement en mouvement et à travers laquelle tout
évolue et est en « devenir ». Ce concept de «
devenir », ou naru, est très important, surtout en musique
traditionnelle, ainsi que dans toutes les formes d’art. Chaque
art évolue à travers son naru, que ce soit le mouvement
musical, le mouvement gestuel du peintre ou du sculpteur ou du potier,
incitant par conséquent à ritualiser tous les gestes qu’un
artiste pose.
Le plus important principe esthétique japonais est basé
sur ce concept de naru. Ce principe s’appelle jo-ha-kyû,
qui signifie sipmlement introduction, développement et conclusion
ou fin. C’est un principe temporel qui s’applique à
une œuvre entière, à chacune de ses sections ainsi
qu’à chaque note. Le but derrière ce principe est
de s’assurer que chaque note, chaque élément musical,
chaque section s’imbriquent l’un dans l’autre sans
heurts et coupures. Jo-ha-kyû est la manifestation du naru qui
est conçue comme une loi naturelle.
Un autre principe fort important dans les arts japonais est la notion
de ma, qui est généralement traduit par espace, mais un
espace sensoriel et non physique. En d’autres mots, ce n’est
pas la distance physique entre nos sens et les objets qui priment, mais
plutôt l’impact et l’impression sensorielle qu’une
position et une distance dans l’espace impreignent dans nos sens.
Par exemple, la position des meubles et des éléments décoratifs
dans une pièce se fait non pas en fonction de leur position physique
spécifique, mais en fonction de leur position dans l’espace
lorsqu’elle sollicite les sens, l’œil en premier, lorsqu’on
la perçoit. Un kimono suspendu dans un salon de thé sollicite
l’œil pour sa beauté mais aussi le touché pour
l’impression qu’il laisse de porter un si beau kimono. Une
calligraphie présentant un poème sur un oiseau particulier,
sollicite notre imagination face à cet oiseau. La position de
ce kimono et de cette calligraphie sera faite de façon à
ce que nos sens soient sollicités selon un ma différent,
soit un espace sensoriel différent. En musique, ce ma
s’exprime par la façon qu’une note débute,
sa durée, la façon dont elle est tenue, ainsi que le silence
entre cette note et la prochaine note. Dans les arts de la scène,
la notion du ma est spirituelle, liée au naru. C’est un
espace temporel et spirituel.
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Conclusion
La situation du Japon moderne a grandement changé.
Ceci est dû, de toute évidence, à l’influence
occidentale contemporaine. Bien que la musique traditionnelle soit toujours
vivante, on ne peut que remarquer un déclin de la part des jeunes
et ce, surtout, depuis la Deuxième guerre mondiale. Une des principales
raisons semble être liée au fait que la formation traditionnelle
est fort longue, et même trop longue certains diront.
Par ailleurs, il existe un mouvement de modernisation des arts traditionnels
basée sur la musique occidentale. Un des premiers compositeurs
à procéder à cette modernisation est Michio Miyagi,
dans la première moitié du 20e siècle. Il était
compositeur et probablement le plus grand joueur de koto de l’histoire
du Japon. Plus récemment, un autre compositeur et joueur de koto,
Tadao Sawai, a aussi considérablement modernisé le jeu
du koto. Ces deux grands musiciens ont largement influencé l’ensemble
de la musique traditionnelle. D’autres compositeurs font de même
avec les autres instruments, que ce soit le shakuhachi, le biwa ou le
shamisen. On peut retrouver facilement des enregistrements de pièces
contemporaines pour koto, koto et shakuhachi ou ensemble de kotos. Certaines
sont des pièces d’avant-garde, d’autres sont d’un
style plus traditionnel, alors que plusieurs sont d’un style plus
mélodique. On remarque l’influence occidentale dans bien
des cas. Par contre, plusieurs compositeurs maintiennent un caractère
typiquement japonais.
D’autre part, on peut remarquer un intérêt grandissant
de la part d’occidentaux à l’égard de la musique
japonaise. Un nombre croissant de gens apprennent, par exemple, à
jouer du shakuhachi et plusieurs d’entre eux obtiennent leur shi-han.
Un nombre beaucoup moins large apprennent le koto ou le shamisen. Il
semble que la principale raison derrière cet intérêt
soit l’aspect spirituel sous-tendant la musique japonaise.
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