Partie II
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Gaspard était un homme juste et pieux qui, après avoir vaillamment combattu à la croisade, avait pensé à passer sa vie dans la prière et la retraite. Au monastère de Saint-Lantier, chacun le traitait de fou et d’insensé. Au lieu de se livrer à la chasse et aux orgies comme les autres Templiers, on le voyait toujours à genoux et priant, ou lisant quelque vieux manuscrit qu’il mettait ensuite des années à recopier. Un morceau de pain grossier et un peu d’eau lui suffisaient pour calmer sa faim et sa soif ; chaque matin il sortait du couvent, descendait au village, portait des provisions aux malheureux, et remontait ensuite dans sa chambre  se livrer à la prière et à l’étude.

Un jour qu’à son habitude il revenait du hameau, le frère Gaspard eut l’idée de traverser la forêt pour y recueillir les plantes qui guérissent les maladies. Il arriva dans une clairière toute tapissée de ces bruyères aux clochettes rose qu’on rencontre dans les allées ensoleillées des grands bois. L’endroit lui parut si agréable, qu’il s’arrêta, se mit à genoux et pria.

Le soleil brillait radieux au-dessus des branches noueuses des vieux chênes ; la nature était comme en fête ; les feuilles bruissaient doucement caressées par la brise ; les insectes criaient sous la mousse, ou bourdonnaient en s’envolant du calice des menthes et des centaurées ; les oiseaux gazouillaient, piaillaient, caquetaient, s’appelaient d’un arbre à l’autre arbre, d’un buisson à l’autre buisson ; et tout au loin, dans le fond du bois, le coucou faisait entendre en sourdine son long cri mélancolique.

Tout à coup un rossignol vint se poser sur la tête du saint homme en prières et se mit à chanter à plein gosier un air si harmonieux, une si merveilleuse chanson, que le frère Gaspard leva les yeux et pour un instant oublia son oraison. Jamais le pieux Templier n’avait entendu pareille musique ; la mélodie lui sembla venir des cieux et devoir être celle des anges ou des séraphins.

« Non, non, s’écria-t-il, ce chant n’est pas un chant terrestre ; cet oiseau, que je crois un rossignol, est un envoyé de Dieu !… »

Sa prière fut exaucée.

Suite...

 

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Dernière modification: 12 avril, 2003