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La jeune fille jouissait d'une entière liberté. Elle allait et venait à sa guise dans l'immense forteresse, sortait quand bon lui semblait, accompagnée seulement d'une servante dévouée. Son père, homme dur, impitoyable, sombre, sans aucune expansion, n'y trouvait rien à reprendre. Il s'était contenté de lui dire un jour : « Souvenez-vous, jouvencelle, que l'honneur de mon nom repose en partie sur votre tête; si vous l'oubliez jamais, je vous tuerai de ma main ». Et c'était tout. Voilà comment Bertrade, abandonnée à elle-même, ayant rencontré par hasard le chevalier Auger de Guigonis, s'était éprise d'un bel amour pour lui. C'était en traversant une galerie basse pratiquée entre le bastion Saint-Elme et la petite maison de la ruelle du Malonat, qu'elle arrivait chaque soir au rendez-vous. On était alors au 10 octobre. Que fit Bertrade ? Elle avait entendu parler de lettres closes qui, sous peine de mort, ne devaient pas être ouvertes avant la nuit du 10 au 13. En présence du danger dont son amant était menacé, sa résolution fut bientôt prise. Profitant d'une absence du gouverneur, elle s'empara des fameuses lettres et osa en violer le secret! Précisément l'année précédente, sa marraine, la célèbre Brunissande de Foix, comtesse de Talleyrand-Périgord et maîtresse en titre du pape Clément, lui avait fait présent d'une bague, que cette femme galante tenait elle-même de Philippe le Bel. Bertrade se servit du bijou sur lequel étaient gravées les armes du roi pour remplacer les sceaux brisés. A moins d'une inspection minutieuse sa supercherie pouvait passer inaperçue; mais d'ailleurs que lui importait! Surmontant sa poignante émotion elle attendit. La nuit vint.
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Page Web créée par Kathleen Couillard Dernière modification: 20 avril, 2000 |