|
| |
Détection d'un trou noir célibataire
|
De tels trous noirs sont, par leur essence même, invisibles. Ce qui les trahit,
cest lintense champ gravitationnel quils créent. On ne peut «voir» un
trou noir, mais on peut observer son effet sur son environnement. Leffet le plus
spectaculaire dun champ gravitationnel intense est le phénomène de lentille gravitationnelle. En traversant le champ gravitationnel
dun objet massif, la lumière subit une déflexion, dont
langle est directement proportionnel à la masse du corps et inversement
proportionnel à la distance minimale entre le rayon de lumière et lobjet. Lorsque
lobjet en question, un trou noir par exemple, est suffisamment loin de la Terre, on
peut observer le phénomène de mirage gravitationnel. Ces mirages créent deux
images distinctes de la source cachée «derrière» le trou noir, une image principale et
une image secondaire plus faible, dont la somme des luminosités est supérieure à celle
de la source. Cette propriété confère un intérêt particulier au phénomène, car,
lorsque la séparation angulaire entre les deux images est très petite, la source devient
soudainement plus brillante; il se peut que ce
phénomène soit en partie responsable de la luminosité intense des quasars.
Lorsque la masse interposée entre la Terre et la source lumineuse est de forme quasi
sphérique, ce qui est le cas pour un trou noir de Schwarzschild, les rayons sont courbés
avec le même angle dans toutes les directions, formant ainsi un arc lumineux
rigoureusement circulaire autour de la source initiale, un arc dEinstein. |
|
Ainsi, en se servant des lentilles gravitationnelles, il
serait possible, si lon arrive à déceler la présence darcs lumineux, de
détecter une masse interposée de lordre dun trou noir. Cependant, les trous
noirs ne sont pas parfaitement sphériques. De plus, il y a souvent des obstacles, comme
un nuage de poussière cosmique, qui brouillent les résultats, rendant le phénomène
plus difficile à déceler. Quoique les lentilles gravitationnelles
produites par des étoiles individuelles ou des trous noirs soient théoriquement
détectables, leffet est plus facile à observer lorsque la masse interposée est de
lordre dune galaxie (plusieurs centaines de milliards de masses solaires). |
Toutefois, il existe une manière plus pratique dobserver un trou noir. Comme
ceux-ci ont une forte puissance dattraction gravitationnelle, ils «aspirent» la matière aux alentours, comme les restes de supernovae (explosion finale dune étoile massive en
effondrement gravitationnel) ou les poussières interstellaires, en un disque
mince, ayant la forme dune spirale: un disque
daccrétion. Ce faisant, les trous noirs augmentent leur masse, justifiant le
titre de «monstre affamé» qui leur est souvent attribué. Ces disques sont composés de
plasma surchauffé par la compression, de lordre de dix milliards de degrés, et,
conséquemment, rayonnent abondamment, émettant des photons X et gamma, les plus
énergétiques qui puissent exister. Un trou noir convertirait la matière en énergie
avec un rendement dix fois supérieur à celui des réactions nucléaires responsables du
rayonnement des étoiles (10% pour les trous noirs, par rapport à 0,7%
pour la fusion thermonucléaire des étoiles). Les rayons lumineux émis font le
tour du trou avant de sen échapper et forment une image
primaire et une secondaire; la déviation des rayons lumineux rend le dessous du disque
visible. De plus, les particules de plasma sont tellement énergétiques quelles se
meuvent à des vitesses proches de celle de la lumière, dites vitesses relativistes. Pour
détecter un tel phénomène, il faut recourir à leffet Doppler et à leffet
Einstein. |
|
Leffet Doppler est le phénomène par lequel la fréquence démission
dondes, telles la lumière, change en fonction du déplacement relatif. Or, comme la
couleur est essentiellement liée à la fréquence, le spectre de la lumière émise
change selon le mouvement de létoile. Leffet Einstein est le phénomène qui
explique le décalage vers le rouge du spectre lumineux, ainsi que le ralentissement de la
lumière, lorsque celle-ci provient dune région où règne un puissant champ
gravitationnel (aussi appelé redshift gravitationnel). En de
telles conditions, leffet Doppler prend dautant plus dimportance que,
lorsque combiné à leffet Einstein, on peut observer une amplification dun
côté du disque et un affaiblissement de lautre, dus à sa rotation autour du trou.
Ainsi, lapprovisionnement en matière du trou noir trahit sa présence à qui sait
la détecter. Toutefois, le rayonnement émis par le disque est habituellement trop faible
pour être détectable à plus de quelques années-lumière de distance, car le gaz
interstellaire nest pas assez abondant, rendant très improbable que lon
découvre un trou noir par laccrétion seule. |
|
Le phénomène daccrétion nest vraiment intéressant quen présence
soit de systèmes binaires, soit de trous noirs de proportions galactiques, i.e. au coeur
dune galaxie; ces deux cas sont traités plus loin. Ainsi, pour ce qui est de trous
noirs célibataires, i.e. sans compagnon qui tourne autour, il y a bien peu despoir
de détection. La lentille gravitationnelle est difficile à
détecter pour un trou noir seul; elle nécessite habituellement une masse beaucoup plus
grande. Laccrétion de matière, phénomène qui ne dure que tant quil y a de
la matière aux alentours, possède un débit lumineux trop faible pour parvenir
jusquà la Terre; le «moteur» est là, mais il lui manque du carburant. Cependant,
si un trou noir se trouvait dans un système binaire, ce manque de carburant pourrait
être comblé par le gaz de son compagnon.
|
|