Quelques
citations
P 14
En attendant, défendons-nous
comme Michel Rivard le fait dans sa chanson : " Cher
monsieur le marchand de bonheur
Vous n'êtes pas
méchant, juste un peu menteur
Comme tous les marchands, comme
tous les vendeurs
Vous voulez votre argent, moi je
veux mon bonheur [
]
Arrêtez de m'faire croire que
c'est ma vie qui vous tient à coeur.
"
P 20
Une étude
réalisée par l'Institut national de la
nutrition et Santé Canada révélait
en 1999 que près de 71% des consommateurs
consultent l'étiquette nutritionnelle sur
l'emballage des aliments. Cette information n'est
cependant ni complète ni obligatoire au titre de
la loi; aussi, près de 50% des produits ne portent
aucune information de ce type.
P 32
Jean Lesage. Ce dernier fit appel
à Maurice Leroux qui était
réalisateur à Radio-Canada; pendant les
cinq premières années du règne de M.
Lesage, Leroux fut son conseiller en imagerie politique.
On rapporte que Leroux exigeait trois heures de
répétition pour chaque quinze minutes de
télévision. En 1962, l'adversaire de
Lesage, Daniel Johnson, fit appel à un
publicitaire cette fois : Gabriel Lalande de l'agence de
publicité Young and Rubicam.
P 34
Robert Spero a analysé les
campagnes de publicité des politiciens
américains des années 1960-70. Dans The
duping of the American voter, il porte un jugement
sévère sur leur honnêteté : ce
sont les campagnes de publicité les plus "
trompeuses et les plus mensongères de toutes les
publicités. " (1980)
P 45
Vers 1850, un journal comme
L'Avenir de Montréal dispose d'environ un millier
d'abonnés; The Times de Londres tire
déjà à 40,000 exemplaires, et le
Hérald de New York, à 60,000 (il y a une
dizaine de quotidiens dans cette métropole). Le
Montreal Star, fondé en 1868, est le premier
quotidien canadien à grand tirage; il se vend un
cent. Le premier grand quotidien francophone, La Presse,
est lancé en 1884; au tournant du siècle,
ce journal tire à 65,000 exemplaires
majoritairement lus par les gens ordinaires.
P 46
Suite à l'abolition de la
taxe sur la publicité en 1853, l'hebdomadaire
britannique Athenaeum déclare: " C'est le devoir
d'un journal indépendant de protéger, dans
la mesure du possible, les gens crédules contre
les ruses de la publicité insidieuse. " (1853) La
revue américaine Harper's n'accepte pas de
publicité avant 1880, et Reader's Digest
avant
1955. Eh oui ! ce qui paraît aller de
soi aujourd'hui était pourtant inconcevable il y a
50 ans.
P 46
Une des premières
manifestations connues de cette pression s'est
passée en 1940. Le grand magazine américain
Esquire, à la suite d'un article qui vantait la
guitare comme instrument d'accompagnement, vit
disparaître tous les placements de
publicités pour les grandes marques de pianos; et
elles étaient nombreuses à l'époque
! Les éditeurs savent dorénavant que les
annonceurs imposent un frein au bouleversement de leurs
marchés qui serait suscité par la
matière éditoriale
P 48
L'économie
réalisée estomaquait : en 1910, il fallait
12h28, soit 748 minutes, pour monter un châssis; en
1914, ce temps était déjà
ramené à 1h33, soit moins de 13% du temps
nécessaire quatre ans plus tôt. = 8 fois
moins " Avant Ford, résume Stuart Ewen dans
Consciences sous influence, les usines tournaient pour
satisfaire un marché étroit, centré
sur les classes aisées. L'expansion des
capacités de production appelait désormais
un accroissement symétrique du nombre d'acheteurs
potentiels. [
] Dorénavant, il
fallait habituer les gens à répondre aux
exigences de l'appareil de production. [
]
Pour répondre aux sollicitations du nouveau
système industriel, le 20e siècle abandonna
l'esprit d'épargne pour l'esprit de dépense
promu au rang de valeur sociale. " (1983)
P 54
Cinquante que les premiers
Québécois francophones prirent pied
solidement dans le monde publicitaire: Payeur
Publicité de Québec fut sans doute une de
premières agences francophones à durer.
Dans les années Cinquante, on ne comptait encore
que trois "vraies" agences francophones au Québec;
à la fin des années 60, on n'en comptait
encore tout au plus qu'une dizaine.
P 57
Au même moment, les
annonceurs dépensent de plus en plus d'argent au
Québec. Dans ces années-là, le
géant de la lessive Procter & Gamble
commandite six dramatiques radiophoniques par jour, cinq
jours par semaine. On sait maintenant pourquoi on
réfère à ces séries
dramatiques sous le terme de " roman savon ". La
série Un homme et son péché a battu
le record nord-américain de tous les temps pour la
longueur d'un roman-fleuve; l'engouement pour ce genre
d'émission ne s'est jamais démenti.
Conséquemment, sont nées des agences de
publicité innovatrices comme BCP-Publicis
(fondée en 1963), et Cossette Communication
Marketing (fondée en 1964).
P 63
Le plus important marché
publicitaire au monde est constitué par les
États-Unis. Mais si on exclut les budgets
d'origine américaine, les 25 plus grandes agences
de publicité dans le monde originent de plusieurs
pays : dix sont américaines, sept sont japonaises,
quatre britanniques, deux françaises et une
coréenne. Mais, pour ce qui est des budgets
européens, les plus grandes agences sont
françaises; les deux plus importantes sont
EuroRSCG et PublicisFCB.
P 82
Des sommes énormes sont
investies chaque année en publicité. Au
Canada, ce sont 7,8 milliards$ qui ont été
dépensés l'an dernier en publicité
proprement dite dans les grands médias, une
augmentation de 6,2% sur l'années
précédente. On estime que chaque Canadien
doit payer 234$ en coûts de publicité quand
il achète des marchandises ou des services. Entre
250$ et 900$
P 83
On peut aussi poser la question des
dépenses publicitaires faites au Québec
seulement. Les 10 principaux annonceurs (les derniers
chiffres dont on dispose sont de 1994) :
1. General Motors Canada: 30
millions $ CAN
2. Gouvernement du Québec:
25 millions $ CAN
3. BCE (Bell Canada): 18 millions $
CAN
4. Procter & Gamble: 16
millions $ CAN
5. Chrysler Canada: 15 millions $
CAN
6. Groupe Thomson (magasins La
Baie): 15 millions $ CAN
7. Sears: 13 millions $
CAN
8. Gouvernement du Canada: 12
millions $ CAN
9. Les compagnies Molson
(bières): 11 millions $ CAN
10. Eaton's (magasins): 10 millions
$ CAN=
autos
communication
savon
bière
grands magasins
gouvernements
P 84
Réalisons-nous qu'en 2001,
un message, calculé pour exposer disons 80% de la
population une quinzaine de fois, et diffusé
à la télé sur l'ensemble du
Québec francophone et anglophone, coûte un
demi million$ ? Diffusé sur le marché de
Montréal francophone seulement, il en coûte
encore quelque chose comme 225,000$ et sur le
marché de Québec seulement, plus ou moins
60,000$ Une seule diffusion-réseau d'un message de
30 secondes dans une série à succès
comme La P'tite Vie coûte 35,000$ Au
Téléjournal de Radio-Canada, environ
5000$
P 85
Les entreprises dilapident donc
beaucoup d'argent pour nous persuader d'acheter leurs
produits. C'est un gaspillage refilé aux
consommateurs
d'autant plus que John Wanamaker, le
fondateur du célèbre grand magasin de
Philadelphie, admettait: " :Je sais que la moitié
de mon budget en publicité est gaspillée en
vain, mais malheureusement je ne sais pas quelle
moitié. " Or, les rationnels gens d'affaire sont
tout de même d'accord pour "investir" en
publicité : en Amérique, entre 1980 et
2000, les dépenses publicitaires ont
été multipliées par quatre. Si bien
que, si on ajoute l'emballage et d'autres formes de
communication du marketing, c'est probablement
près de 2000$ par année qu'une famille de
quatre personnes doit consacrer pour payer la
publicité qui lui est
destinée.
P 89
Voyant ses marchés
décliner, Coke annonce au printemps 2001 qu'il
augmente ses budgets publicitaires de près de
50%.
P 91
Tchakhotine, qui était un
disciple de Pavlov auquel il a d'ailleurs
dédié son ouvrage, explique dans Le viol
des foules par la propagande politique : " Ce sont les
mêmes règles techniques que dans le
dressage; mais comme on a affaire ici à des
êtres humains, on utilise des systèmes de
réflexe conditionné d'un plan plus
élevé. " (1939)
P 91
Cheskin raconte dans Marketing : le
système de Cheskin qu'il a réalisé
une recherche dans laquelle il présente deux pots
d'une même crème de beauté; une seule
différence démarque les pots : l'emballage
du premier porte des dessins triangulaires, celui du
deuxième, des dessins circulaires. Eh bien ! 80%
des femmes interviewées trouvent que la
crème du pot aux dessins circulaires a une
meilleure consistance, est plus facile à utiliser
et est d'une qualité supérieure à
celle portant des dessins triangulaires.
(1971)
P 93
le laboratoire de neuropsychologie
Mind of the Market, rattaché à la
célèbre Harvard Business School, cherche
à savoir précisément, grâce
à la tomographie par émission de positons,
comment la publicité agit sur le cerveau des
consommateurs qui sont en train d'acheter. " Notre
intention n'est pas de manipuler les goûts de nos
semblables, affirme sans ciller le professeur de
neuropsychologie, Stephen Kosslyn, nous sommes simplement
les premiers à mettre au service des entreprises
toutes les connaissances fondamentales sur le rôle
des zones cérébrales dans les
émotions et le comportement. Notre travail encore
très préliminaire, devrait à terme
changer radicalement les techniques de marketing. "
(Sciences et Avenir, septembre 1999)
P 100
Ainsi, "les jeunes" ne constituent
plus une cible assez raffinée pour les marketers
d'aujourd'hui. Paul Kurnit de l'agence
spécialisée Kid Thing de New York explique
: " Avant, nous considérions les enfants du
préscolaire comme devant être visés
à travers la mère. Aujourd'hui, les
bébés s'intègrent à l'espace
[publicitaire] dit des enfants. "
(AdvertisingAge, 12 février 2001) En
réalité, le publicitaire considère
désormais qu'il existe six (sic!) segments de
marchés différents chez les jeunes :
nouveaux-nés jusqu'à deux ans; les 3-5 ans;
les 6-8 ans; les 9-12 ans appelés "les tweens";
les 13-15 ans et les 16-18 ans.
P 101
C'est de là que Fred
Anderson explique dans Printer's Ink, la revue de
publicité de l'époque, qu'une bonne
accroche publicitaire consiste à sensibiliser les
consommateurs au jugement que leur entourage porte sur
eux. Il faut amener le consommateur, écrit-il, "
à se préoccuper d'aspects aussi triviaux
que la peau de son nez ou que l'exhalaison de son
haleine. " ("Conscious Advertising Copy", Printers Ink,
1926) Cette directive rappelle peut-être aux
personnes de l'ge d'or les campagnes de publicité
du rince-bouche Listerine qui promet que son produit
lutte efficacement contre "l'halitose", l'halitose
étant simplement un terme
ésotérico-publicitaire pour désigner
la mauvaise haleine. À ses débuts, la
publicité fait en effet beaucoup de place à
la santé et à l'hygiène : un grand
nombre d'annonces vantent des remèdes miracle qui
guérissent n'importe quoi; presque autant
encensent les savons (" Ne prenez pas le risque que les
odeurs humaines vous fassent rejeter par votre entourage
", susurre la publicité). On connaît les
résultats : l'Amérique du Nord est
obsédée par la propreté
et les
vendeurs de savon que sont Procter&Gamble et autres
Unilever sont parmi les multinationales qui
dépensent le plus en
publicité.
P 111
20 formes de publicité sans
mentionner la " publicité virale "
P 113
Depuis les années
Quatre-vingt-quinze, le réseau de
télévision ABC joue avec le jaune comme
image de marque qui le démarque de ses
concurrents. En juillet 1998, ABC fait une entente de
publicité avec les distributeurs de bananes : 15
millions de bananes sont achetées (et
payées!) par les consommateurs avec une petite
vignette publicitaire qui se lit : " TV. Zéro
calories " ou " Another fine use of yellow ". Plus de 15
millions de fois, les consommateurs en sont venus
à manger de la publicité qu'ils avaient
payée
P 115
Dans une émission
enquête diffusée par
TéléQuébec au printemps 2001, on
pose la question : Aimez-vous la
télé-réalité ? 63% des
personnes répondent Non. Pourtant, les
émissions comme Big Brothers en Hollande, Survivor
aux États-Unis ou Pignon sur rue au Québec
vont chercher des cotes d'écoute qui font le
double des habituelles émissions grand public,
dépassant ainsi toutes les espérances en
terme de
revenus publicitaires. La communication de
masse exerce une fascination sur une majorité de
citoyens : voir son image diffusée par les
médias de masse est perçu de nos jours
comme une manière d'exister; nombre de citoyens
sont prêts à afficher aux yeux de tous leurs
vices les plus cachés, à laisser
paraître leurs comportements les plus intimes,
même les plus aberrants. Vivre devant les
médias est vu comme la manière de vivre
à fond.
P 118
Selon Zipf, ce sont les mots les
plus courts, les plus simples et les plus polyvalents qui
sont les plus utilisés et finalement les plus
utiles. Dans cet esprit, un texte doit comprendre 75% de
mots de deux syllabes. (1935)
P 121
Avec sa verve aiguë et morose,
Jean Larose du Devoir évoque la globalisation des
marchés plutôt comme un vampire : " Un
spectre hante le globe, celui d'un marché
totalitaire où le citoyen sera défini comme
un investisseur, la liberté comme le droit
inaliénable du fort à exploiter le faible
sans ingérence de l'État, la politique
comme la gestion de la pauvreté au service du
libre monopole, l'histoire comme une nostalgie des
fraternités archaïques, l'éducation
comme une préparation au marché de l'emploi
précaire, la culture comme un spectacle
stupéfiant, l'égalité comme le droit
de chacun à l'aliénation marchande. " (27
février 2000) Or, la publicité joue le
rôle d'amplificateur pour répandre les
idées concoctées par les marketers
mondialistes.
P 124
Comme le dit si bien Marieke
DeMooij dans Global marketing and advertising : " La
décision de standardiser la publicité vient
d'une culture d'entreprise [globalisante]
plutôt que d'une culture nationale de
marché. Les produits, c'est un marché
global, mais les gens, c'est un marché local. "
(1997) L'argument invoqué par les marketers
globalistes se résume ordinairement à celui
"d'économie d'échelle"; or, cette
économie peut s'avérer extrêmement
coûteuse à terme. Même un slogan
corporatif imaginé comme universel peut ne plus
tenir la route en pays étranger. Prenons la
multinationale Philips qui répète en
signature : Let's make things better (Faisons les choses
mieux). Malgré une volonté de
répéter ce leitmotiv aux quatre coins de la
Terre, Philips a dû se résoudre à
dire Juntos hacemos tu vida mejor en Espagne (Ensemble,
nous rendons ta vie meilleure), Miglioramo il tuo mundo
en Italie (Nous améliorons ton monde) et, en
français, Toujours mieux!
P 125
Toutefois, la bataille
Québec/Monde est loin d'être gagnée.
Ces pieuvres tentaculaires que sont les multinationales
n'ont tout de même qu'un seul cerveau
ordinairement posté aux États-Unis. La
rédactrice en chef de InfoPresse remarque : " Dans
bien des agences, on refusait de répondre
[à notre rédactrice] sans
autorisation formelle du client. Celui-ci
désormais, n'est plus à Montréal.
Dans certains cas, il n'est même plus au Canada.
Ceux qui ont bien voulu nous parler l'ont confirmé
: les stratégies sont désormais
élaborées au niveau mondial.
[
] [Dans les package goods], les
publicités conçues au Québec sont
devenues des événements dignes d'être
mentionnés. " (juin 2000)
P 127
Jusqu'à tout
récemment encore, les français faisaient de
"la réclame" comme on dit dans les manuels, si
bien qu'ils se sont fait chiper une large portion de
leurs budgets publicitaires au profit des grandes agences
américaines qui se sont présentées
en France avec leurs stratégies plus mercantiles,
et en définitive, plus efficaces sur le plan
commercial. Des 15 plus grandes agences de France, 12
sont des agences américaines (plus Saïga qui
est britannique) ; reste Havas Advertising (sic!) et
Publicis. Autant dire que ce sont des stratèges
américains qui désormais encadrent les
concepteurs français pour faire une
publicité "nationale".
P 127
C'est pourquoi je suis d'accord
avec l'éminent publicitaire David Ogilvy. " Ce qui
décide le consommateur à acheter ou pas,
c'est le contenu de votre publicité, non sa forme.
" Ce contenu sera identifié à partir d'une
masse d'information colligée par les gens de
recherche. J'appelle aussi à la barre Rosser
Reeve, l'auteur de Le Réalisme en publicité
(1963) qui me résume bien: " Non, un concepteur
publicitaire en fin de carrière ne conçoit
sans doute pas des annonces aussi nouvelles et brillantes
que les jeunes aimeraient. Mais il peut concevoir des
annonces qui généreront peut-être
cinq fois plus de ventes. Et c'est ça l'objectif.
" Ce qui détermine une "bonne annonce", ce ne sont
pas les Lions d'or que, à Cannes, s'attribuent les
créatifs entre eux. La bonne annonce n'est pas
l'annonce originale, celle dont tout le monde parle, mais
celle qui produit la dissonance cognitive, qui remet en
question l'assurance des cibles, qui les amène
à réévaluer leur décision
d'achat.
P 165
La publicité n'est pas
omnipotente. Laura Bird nous le rappelle : " Parmi les 25
produits de consommation les plus vendus, sept ont
diffusé des publicités qui ont
compté parmi les plus populaires en 1993;
pourtant, les ventes de cinq des sept package goods
étaient stagnantes ou déclinantes.
Shaquille O'Neil ne fait pas abandonner Coke pour Pepsi,
pas plus que le lapin Energizer n'est capable de
convaincre les consommateurs d'abandonner Duracell. "
(WallStreetJournal, April 7, 1994)
P 131
Les marketers font flèche de
tout bois. La publicité récupère
toutes les idées à la mode. Une
publicité de Sprite imite une chanson de l'album Dispepsi du groupe Negativland, les spécialistes du sampling qui militent pourtant pour la "résistance culturelle". Mark Hosler, un des artistes du groupe qui questionne la surconsommation, raconte à Jere Chandler du Birmingham Weekly (Rewind online) qu'il reçoit en 1997 une offre de l'agence de publicité Wieden & Kennedy (l'agence de Nike et de Microsoft) pour concevoir une ritournelle pour la bière Miller
Hosler explique que l'agence les a approchés parce que se dessine cette nouvelle tendance en publicité qui consiste à faire " de la publicité qui parodie la publicité. "
P 134
À partir de maintenant, on peut imaginer que ce sont les vedettes des films pornos qui feront la publicité des grandes marques de (dé-)vêtements pour les jeunes. " E.T. vendait les chocolats Reese, Austin Powers poussait la Heineken, Tom Cruise a fait augmenter de 80% les ventes de verres fumés Oakley qu'il portait dans Mission impossible 2.Et maintenant ce sont [les vedettes porno] Shelbee Myne, Jane Lixx et Charlie Angel qui font la promotion de vêtements mode dans des films hardcore comme The Watcher 8: Operation Voyeurism ou Colorblind: A Van Fantasy. Avant que les fringues se retrouvent en tas sur le plancher, on voit clairement le logo du fabricant sur les poitrines des gars et des filles sur le point de s'envoyer en l'air : Eckõ Unlimited " (Los Angeles Times, July, 27, 2000)
La comédienne Sophie Lorain a interprété des rôles remarqués dans des dramatiques télévisées comme Omerta et Urgence; elle a obtenu des trophées Métro Star qui sont des prix du public; en 2001, elle joue le rôle principal de la série policière Fortier. Aussi, les publicitaires ont-il décidé de proposer à Danone de recourir à Lorain comme porte-parole pour ses yogourts légers Silhouette. Personne n'admettra qu'il achète ses aliments santé simplement parce que c'est une vedette qui les vante; pourtant, un an après le lancement de cette publicité, le pdg de Danone Canada avoue que les ventes de son yogourt Sihouette ont grimpé de 45%.
P 137
Le professeur James B. Twitchell affirme dans AdCult USA : " Nous vivons par les objets. Nous nous créons par les objets. Et nous nous changeons en changeant nos objets. Nous dépendons souvent de tels objets matériels pour trouver du sens à la vie. " (1996) Triste de penser que, pour certains, le sens de la vie leur vienne d'objets ? Oui, mais tellement humain ! Qui ne fait pas collection de petits objets, n'amasse pas de petits souvenirs qui donnent sens à leur vie ? rappel de personnes, d'endroits, de moments ? Un caillou, un papier, une mèche de cheveux
P 194
Selon Alain Giguère, président de la maison de sondage CROP qui travaille essentiellement pour le marketing et la publicité, 43% des Québécois " donnent un sens à leur vie en se jetant corps et âme dans une ou deux catégories de consommation ". (L'Actualité, janvier 1992) N'est-ce pas effarant de penser que le sens de la vie vient à d'aucuns de la seule possibilité de posséder des objets. Amulettes et autres gris-gris ont donc fait leur apparition sous d'autres formes dans la société contemporaine : ce sont les objets que la publicité dore du prestige de la marque.
P 140
Voici cependant ce qu'en pense Encyclopaedia Britannica : " Dans le secteur manufacturier, il existe environ 400 domaines d'activité [
] dans LA MOITIÉ des domaines, il y a suffisamment de concentration de l'offre pour que l'on puisse les qualifier d'oligopoles. " (Article "Monopoly and competition", Encyclopædia Britannica Online) Et l'auteur ajoute que la tendance monopolistique se fait davantage sentir au Japon, en France et au Canada qu'aux États-Unis.
P 142
Naomi Klein, l'auteure de No Logo, explique que les grandes marques " vendent l'illusion de faire partie de quelque chose de plus grand que soi, comme la religion ou la fierté nationale. " Porter un logo est valorisant pour les jeunes d'aujourd'hui &emdash;et quel que soit leur niveau d'éducation ou de revenu. Cela démontre bien le prestige et l'importance de la marque pour les jeunes Québécois; d'ailleurs, il y a deux fois plus de québécois qui boudent les produits sans marque que la moyenne canadienne!
P 143
Prenons les vêtements de plein air, pour l'ensemble de la population, 29% des répondants n'arrivent pas à citer un seul nom de marque; intéressant de constater cependant, que 78% des jeunes 18-34 ans peuvent en citer une &emdash;et 85% des plus riches y arrivent. (LaPresse, 8 et 15 mars 2000) On a compris dans cet exemple que certains consommateurs seulement sont fortement influencés par le prestige de la marque : ceux qui peuvent se permettre d'y mettre le prix.
P 143
Le français Jean-Noël Kapferer, écrit dans Les marques, capital de l'entreprise : " Avant 1980, on cherchait à acheter une usine de chocolat, de plats cuisinés. Après 1980, on désirait acheter [
] la marque KitKat ou Buitoni. Cette distinction est de taille : dans le premier cas, il s'agit d'acheter une capacité de production; dans l'autre, [il s'agit d'acheter] une part de l'esprit des consommateurs. " (1991) La marque diffusée par l'entremise de son image visuelle &emdash;les fameux logos! &emdash; s'impose par la répétition dans l'esprit des consommateurs.
P 144
Des produits qui jouaient naguère encore, par leur nature même, d'un prestige social énorme sont aujourd'hui challengés par des produits de luxe qui misent essentiellement sur le nom de marque. C'est si vrai que le diamant même n'a plus le même attrait qu'il avait. Aussi, le géant sud-africain DeBeers, cartel qui contrôle le marché du diamant depuis les années Trente vient, pour garantir son avenir, de réenligné ses activités sur le nom de marque. Un "label de qualité" sera associé au diamant et publicisé à travers le monde au coût de 170 millions$ de publicité. Même le diamant a besoin de publicité!
P 144
Les gens d'affaire prennent conscience de manière aiguë du pouvoir de la marque. Le Bureau des marques de commerce à Ottawa reçoit chaque semaine 800 demandes d'enregistrement de marques qui viennent aussi bien de l'étranger que du Canada. Aujourd'hui, ce n'est plus seulement le nom qui est enregistré comme marque mais aussi une forme (la bouteille de ketchup Heinz), une couleur (le jaune de Kodak), un son (le rugissement de lion de la major du cinéma MGM) ou quelques mots (The real thing de Coke).
P 145
Joel S. Dubrow, responsable de la recherche en communication chez Coke-Atlanta, explique ce qu'il attend de la publicité : " Pavlov a pris un objet neutre [la cloche] et l'a associé à un objet significatif [pour le chien, la viande], transformant le premier objet en symbole du deuxième; c'est grâce à la visualisation qu'il a réussi à ajouter une valeur au deuxième objet. C'est ce que nous essayons de faire avec la publicité moderne. " (Wall Street Journal, 19 janvier 1984) L'aboutissement ultime rêvé par tous les grands annonceurs est de transformer les consommateurs en "chiens de Pavlov". Coca-Cola Limitée a assez bien
réussi : selon Charles F. Frazer, professeur émérite de publicité à l'université de l'Oregon, il se consomme en Amérique du Nord environ 395 canettes de 8oz de Coke par habitant, et Coca-Cola vise des ventes accrues de 7% à 8% par année et promet à ses investisseurs des rendements à long terme de 15% à 20%. (The Atlanta Journal-Constitution, 27 janvier 2000)
Jean-Noël Kapferer, le spécialiste internationalement reconnu de la valeur des marques, explique dans Les Marques, capital de l'entreprise : " La philosophie de Coke tient dans le principe dit des trois A : availability, affordability et awareness. " (1998) Autrement dit faire en sorte que Coke soit disponible partout, qu'il soit offert à un prix abordable, et que le nom soit toujours "top of mind" dans la tête du consommateur. C'est pourquoi Coke est maintenant offert aux caisses des Zeller's, près des pompes des stations d'essences, et dans les corridors des écoles. C'est l'aboutissement de campagnes de publicité bien orchestrées.
P 148
Howard Morgens, président de Procter & Gamble portait le jugement suivant sur la publicité : " Nous pensons que la publicité est le système le plus efficace et le plus rentable pour vendre aux consommateurs. Si nous découvrions un jour de meilleures méthodes pour vendre nos produits, nous abandonnerions la publicité pour nous tourner vers ces autres méthodes. " (cité dans La publicité selon Ogilvy, 1983) Or P&G dépensent au Québec 16 millions$ chaque année. C'est dire que cette entreprise détient la preuve que la publicité est efficace.
P 149
Mais il ne faut pas oublier que ce Code n'est pas obligatoire comme une loi, ni comme un règlement en découlant. Iain Ramsay, professeur à la Osgoode Hall Law School de l'Université York jugeait justement dans Advertising Self-Regulation que " il ne semble pas y avoir de tentative systématique pour s'assurer que les publicitaires se conforment au Code, et on ne sait pas si la Fondation de la publicité [qui en est responsable] a réussi à communiquer ses Normes au milieu de la publicité. " Il ajoute que " la Direction des pratiques commerciales de Industrie Canada laisse entendre qu'on devrait faire des efforts supplémentaires pour transformer cette auto-réglementation en réglementation. " (1996)
P 150
Comme le chante Michel Rivard les publicitaires sont " juste un peu menteurs ". Ogilvy se défend dans un chapitre entier de son livre La Publicité selon Ogilvy : " Personne n'affirme que la rotative est diabolique parce qu'on l'utilise pour imprimer de la pornographie; on l'utilise aussi pour imprimer la Bible. La publicité n'est diabolique que lorsqu'elle vend des objets diaboliques " écrit-il. " Les professeur d'université puritains, ajoute-t-il, ne paraissent pas savoir qu'acheter des objets est un des plus innocents plaisirs de la vie, que vous ayiez besoin ou pas de ces objets. " (1983)
P 151
Bref, la publicité ne ment jamais. Mais elle ruse. Voici par exemple le texte d'une annonce journal parue dans LaPresse du 29 juin 1999. Une pleine page blanche (avec une demi-page rabattue sur elle même qui cache la suite du message) étale ce seul gros titre aguichant: " IL N'Y A PAS DE FRAIS ". Rien d'autre. En dépliant le rabat, on se trouve devant un espace d'une page et demie avec le titre : " IL N'Y A PAS DE FRAIS/CACHÉS. " Et le texte explique : " Contrairement à certaines compagnies de téléphone mobile
etc. " Puis le texte énumère " Les nouveaux forfaits Mobilité : [par exemple] 150 minutes /29$ mois [
] Facturation à la secondeÝÝÝ " Or, qui ira lire les petits caractères de ce renvoi qui dit : " Avec les forfaits numériques [seulement]. Téléphone non compris. Taxes, services optionnels et autres frais (activation, accès mensuel au réseau, interurbain et frais d'antenne) en sus. " Quel consommateur peut savoir par cette annonce combien lui coûtera son "forfait sans frais cachés" ?
P 152
Tous les trois ans, Léger Marketing publie un sondage sur les professions. Dans le dernier de ceux-ci, on constate que les pompiers sont en première place dans la considération des citoyens (comme dans les sondages précédents avec la cote 98%); viennent tout de suite après, les infirmières suivies des fermiers, puis des pharmaciens, des médecins, des scientifiques et des enseignants. Bref, les plus admirés sont ceux qui sont sur le front des services essentiels. Le citoyen moyen n'est pas stupide et sait reconnaître ceux dont il a réellement besoin. En milieu de liste, on trouve les policiers, les juges, les banquiers et les gens d'affaires de même que les environnementalistes, les entrepreneurs et les propriétaires d'immeubles; on y retrouve aussi les gens des communications : marketers (57%), relationnistes (56%) et journalistes (54%)
avec les maires et les échevins (51%).
Dans un dernier groupe, on rencontre les professionnels qui vivent de belles promesses : fonctionnaires, avocats, courtiers en valeurs, agents d'immeuble (±48%). Et en queue de liste, se ramassent les administrateurs publics, les syndicalistes et
les publicitaires en 47e place sur la liste de 50 métiers &emdash;seuls les devancent en enfer, les hauts fonctionnaires, les vendeurs d'auto et
les politiciens. (Léger&Léger, Tendances Marketing 2000)
P 152
Une publicité n'est efficace que si elle s'enracine profondément dans le terreau régional. Les tenants du global marketing doivent en tenir compte. S'ils prétendent toucher les cibles en faisant de la global communication, ils se mettent le doigt dans l'oeil : aucune publicité conçue à NewYork ne peut, au Québec, atteindre la même force de frappe que Monsieur B pour Bell ou Claude Meunier pour Pepsi. Au printemps 2001, Benoît Brière a déjà tourné 100 messages publicitaires différents pour Bell et, en 20 ans, Claude Meunier en a tourné 75 pour Pepsi. Mois après mois dans les sondages, la publicité Bell se maintient comme la plus remarquée étant mentionnée spontanément par 18% des gens (alors qu'une bonne publicité ne sera mentionnée que par 2% des répondants).
P 153
Sur le plan de la communication persuasive, le Québécois n'est pas un nord-américain comme les autres. " Vous prenez un francophone québécois au hasard, vous lui posez une question sur les adolescents, sur l'Église, sur toutes sortes de choses dont les gens ordinaires discutent, sur les attitudes qu'ils adoptent pour organiser leur vie et pour comprendre le monde qui les entoure, et vous trouvez une opinion différente de celle d'un Canadien anglais typique " résume Michael Adams, président de la firme de sondage Environics de Toronto. (L'Actualité, janvier 1992). Adams croit même que le Québec est, plus que les autres parties du Canada, une société post-moderne, " à un degré atteint par peu d'autres sociétés au monde " ajoute-t-il. C'est-à-dire que les Québécois ont coupé avec la société traditionnelle, avec ses valeurs; le Québécois prend ses décisions d'après une morale personnelle.
P 155
Généralement, les Québécois sont de plus féroces défenseurs des droits individuels alors que les canadiens sont plus portés à respecter les droits collectifs. Contrairement à ce que les Québécois pensent souvent d'eux-mêmes, ce sont les canadiens qui sont plus "moutons" qu'eux : " J'ai toujours cru qu'il n'y avait pas réellement de tradition de défense des droits individuels dans le reste du Canada. En effet, la mesure gouvernementale la plus populaire des temps modernes fut l'imposition de la Loi des mesures de guerre par Pierre Trudeau en 1970 " déclare Allan Gregg de Decima Research. Alain Giguère de CROP renchérit : " Les canadiens mettent l'accent sur la moralité, une espèce de recherche de pureté qui s'exprime par un contrôle direct sur le corps et le plaisir [
] Ils se donnent un rôle beaucoup plus directif auprès de leurs enfants, [
] ils sont garants de la moralité des enfants. " De tous les marchés d'Amérique du Nord, le Québec est le seul marché où, dans les années Quatre-vingt-dix, Benetton peut publier un double-page entier qui montre des condoms de couleur.
P 157
Au Canada, les différences culturelles sont fortement marquées par la langue d'usage. Ainsi, quand on demande d'évaluer si "consommer est un des grands plaisirs de la vie", 71% des Québécois le pensent
mais seulement 29% des autres canadiens sont d'accord avec cet énoncé. On aura compris à constater ces différences, qu'aucun publicitaire consciencieux n'osera présenter son produit aux canadiens et aux Québécois d'une manière identique et avec des arguments similaires.
P 159
La maison de recherche Impact Recherche réalise en continu ce qu'elle nomme des Test D'Efficacité Séquentiels (TES). Dans une compilation de sa banque de donnée, cette maison a trouvé que les publicité de télévision créées au Québec sont " 41% plus performantes globalement que celles traduites ou adaptées ". Elle conclut même qu'il y a deux fois plus de consommateurs qui associent correctement un annonceur avec un message. (Concepts québécois vs adaptations-traductions, Cossette Médias, 1998)
P 161
D'ailleurs, on le sait maintenant, à 1/3000e de seconde, il ne peut y avoir ni perception psychologique, ni sensation physiologique. L'éminent spécialiste britannique de la question, le professeur Norman F. Dixon du University College de Londres a fait son doctorat sur le sujet et a poursuivi ses recherches pendant vingt ans sur la question. Il a consulté à peu près tous les rapports de recherches sérieux; il cite en bibliographie de Subliminal Perception (1971) près de 500 titres. Sa conclusion est claire: il existe des stimuli subliminaux mais ceux-ci ne peuvent modifier ni les attitudes, ni les comportements &emdash;à fortiori, à long terme.
P 164
Pratkanis & Aronso ont refait récemment le tour de la question. Ils concluent dans Age of Propaganda : " Nous avons passé en revue plus de 150 articles diffusés dans les médias et plus de 200 articles scientifiques sur le sujet (une pile de deux pieds de haut). Dans aucun de ces articles peut-on trouver une preuve claire que les messages subliminaux influencent les comportements. " (1991)
P 165
Le professeur Horst Brand de l'Institut de Psychologie sociale de l'Université de Cologne a écrit un important ouvrage sur le sujet. Le titre dit tout: Die Legende von den "geheimen Verführern", c'est-à-dire: la persuasion clandestine est une légende. (1978)
P 166
L'American Association of Advertising Agencies (AAAA &emdash;the Four As) estime que les consommateurs nord-américains sont soumis à 3000 messages par jour
dont ils prennent conscience de moins de 80 d'entre eux
et dont pas plus de 12 suscitent un certain intérêt. Les sondages révèlent que près de 40% des gens ne peuvent se rappeler un seul message publicitaire!
P 173
Si les gouvernements du Canada et du Québec sont devenus les plus gros annonceurs en matière de publicité
sociale, cette réalité n'est pas nécessairement prisée de tous. L'Actualité (février 2001) a commandé une recherche à Sondagem pour savoir si les citoyens sont d'accord pour que leurs gouvernements dépensent ainsi des millions$ pour " justifier leurs actions ". On a trouvé que plus de 72% des citoyens sont en désaccord!
P 175
Les enseignants sont complices. On laisse organiser le Concours CV-Personnalité Banque Nationale dans lequel les représentants de la BNC viennent s'entretenir avec les étudiants sur le CV et l'entrevue d'emploi : " Les professeurs apprécient de telles activités car elles viennent compléter leur plan de cours " explique Diane Seguin, présidente de Communication DSA (InfoPresse, mai 1997). " Il est moins coûteux pour un annonceur de viser le milieu scolaire de cette façon [concours adapté aux cours] que de mener une campagne publicitaire à la télé " renchérit Ginette Flynn, présidente du Groupe Jeunesse, agence spécialisée dans les opérations publicitaires en milieu scolaire. Selon le Center for Media Education cité par Jean Kilbourne, docteur en éducation, dans Deadly Persuasion, " la personne qui connaît la couleur favorite d'un enfant, ou son animal favori, ou son activité favorite, peut mixer psychologie et technologie, et le manipuler en misant sur sa vulnérabilité. " (1999)
P 177
Beaucoup de marketers reniflent la bonne affaire qui les attend derrière les portes de nos écoles. Selon le Council for Aid to Education, les budgets dépensés par les entreprises en programmes "éducationnels" dans les écoles primaires et secondaires américaines sont passés de 5 millions$ en 1965 à 500 millions$ &emdash;une multiplication par 100. C'est ce qui s'appelle proliférer au centuple. (chiffres mentionnés par Jean Kilbourne, dans Deadly Persuasion)
P 178
Malheureusement pour les publicitaires, se trouve en travers de leur chemin, une loi québécoise qui interdit depuis 1977 la publicité aux enfants de moins de 13 ans. L'ensemble des citoyens du Québec a décidé &emdash;dans une passagère envolée socio-d mocrateÊ ? &emdash; de protéger ses enfants de la "persuasion clandestine" selon l'expression de Vance Packard (1958)&emdash;au moins à l'âge où ils peuvent difficilement porter un jugement éclairé.
P 179
Les jeunes étaient fermement protégés par la loi dans les "années socio-démocrates", mais les temps changent : nous évoluons désormais dans les "années déréglementation", mondialisation, globalisation. Dans les écoles, le problème grandit depuis que le Ministre de l'éducation lui-même, François Legault, ouvre la porte aux marchands de tous ordres. En effet, il rappelle dans le fascicule intitulé Publicité et contributions financières à l'école,
que les modifications apportées en 1997 à
la Loi sur l'instruction publique " permet notamment au
conseil d'établissement de solliciter ou de
recevoir des dons de personnes ou d'organismes qui
désirent aider financièrement
l'école ". (1999) Il ajoute : " L'examen de
participation de partenaires financiers à la vie
scolaire s'effectuera avec prudence et en cas de doute
sur la compatibilité d'un projet avec la mission
de l'école, on saura s'abstenir de l'accepter. "
Il incite donc à la prudence. Néanmoins, la
porte reste ouverte car il écrit: " Comment
prendre des décisions [
] qui
tiennent compte aussi de sa volonté de se donner
des moyens d'action additionnels ? " On voit que le
ministre veut "le beurre
et l'argent du
beurre".
P 180
On voit donc couramment de la
publicité sur les campus scolaires, mais
bientôt, ce seront les manuels qui en seront
parsemés, les contenus de cours qui en seront
étoilés, et les profs eux-mêmes qui
deviendront les porte-couleurs de l'industrie et du
commerce. C'est déjà commencé
à l'École des Hautes Études
commerciales de Montréal où les professeurs
Louis Jacques Filion sont respectivement "responsable de
la Chaire d'entrepreneurship Maclean Hunter", et
Jean-Charles Chebat, de la "Chaire de commerce Omer
DeSerres".
P 182
Le Conseil des normes de la
publicité reçoit les plaintes des
consommateurs qui voient matière à se
plaindre dans certaines publicités
diffusées. En 2000 pour l'ensemble du Canada, le
Conseil n'a reçu que 1143 plaintes dont seulement
71 ont été jugées fondées. Le
Conseil reçoit du Québec à peine une
trentaine de plaintes par mois; les 2/3 de ces pubs ne
suscitent la plainte que d'un seul consommateur; à
peine quelques unes sont critiquées par plusieurs
dizaines de personnes. Les citoyens aiment la
publicité. Les sondages Descarie&Complices
révèlent des chiffres fascinants : si on
leur demande de " donner une note " à la
publicité québécoise, 72,6% des
répondants donnent une note de 7 sur 10 ou mieux;
une majorité trouvent qu'elle est de plus en plus
intéressante : 68,4% considèrent que la
publicité québécoise " s'est
améliorée au cours des cinq
dernières années ". (communication à
l'auteur, janvier 2001)
P 184
Dans Vers la libération:
au-delà de l'homme unidimensionnel,
l'économiste Herbert Marcuse critique vertement la
société de consommation à outrance.
(1964) Professeur à Columbia, Marcuse est
identifié par la jeunesse de Soixante-huit,
époque du Flower Power, comme un maître
à penser gauchiste mais crédible. Marcuse
est un genre "d'économiste psychanalyste"; il
répète que les citoyens des pays riches ont
échangé leur liberté de penser par
eux-mêmes contre le confort
matériel.
P 187
Dans tout journal, rédaction
et publicité sont supposément deux services
indépendants. Pourtant, Ronald Collins affirme
dans le Washington Journalism Review, revue de recherche
sérieuse sur le journalisme, que 80 % des
annonceurs préviendraient les éditeurs
qu'ils couperaient leur budget de placement en cas d'
"environnement inamical". ("Dictating Content: How
Advertising Pressure Can Corrupt a Free Press", 1992)
Voici un exemple raconté par Steven Chin,
journaliste du San Francisco Examiner et seul journaliste
du site web ChannelA. Ses bailleurs de fonds ne veulent
pas qu'il identifie comme tel "l'advertorial", de la
publicité (advertising) déguisée en
matière éditoriale. À un moment, on
le fait venir pour lui préciser que les articles
sur le monde du travail, la politique ou les
problèmes raciaux sont inappropriée pour un
site comme ChannelA, et qu'il doit se contenter de parler
de "lifestyles" et de décoration. " J'ai fini par
être écoeuré de voir chacun de mes
articles jugé sur sa capacité à
générer des ventes, raconte Chin. C'est
devenu clair qu'il n'y avait plus de place pour le
journalisme. "
(http://ajr.newslink.org/ajrjdsept98.html). De
manière générale, les journalistes
savent ce qui est acceptable ou pas pour leurs
propriétaires-financiers; c'est ce que l'on
appelle l'autocensure.
P 188
Le philosophe Jacques Dufresne
rapporte dans Après l'homme, le cyborg un exemple
d'autocensure déclenchée par la relation
financière entre un média et les
publicitaires, exemple dans lequel il est personnellement
impliqué : " Dans un station [de radio dans
laquelle j'avais été embauché pour
exprimer mes opinions] mon contrat verbal a
été rompu car, plutôt que d'approuver
la publicité qu'une chaîne de fast food se
faisait à elle-même en associant son image
à celle de la recherche biomédicale
classique sur le cancer, j'avais posé en ondes la
question suivante : "Ne serait-il pas plus
approprié que la compagnie en cause finance les
recherches sur les rapports [possibles] entre le
cancer et le fast food ?" Quelques minutes après
[la fin de] l'émission, le
propriétaire de la station, un ami, me priait
d'accepter de mettre fin à notre entente. Il avait
lui-même reçu un appel de l'agent [de
publicité] de la chaîne de fast food. A
noter qu'il ne bénéficiait pas encore des
largesses financières de la dite chaîne. Il
était [simplement en train] de
négocier un accord [pour un budget de
diffusion publicitaire]. L'agent lui a
signifié qu'il devait d'abord se
débarrasser du commentateur qui avait osé
évoquer l'hypothèse d'un lien entre le
hamburger/frites et le cancer. " (1999)
P 189
Vous pensez que l'exemple
donné plus haut du client's booth ne pouvait se
passer que dans les années Soixante ? Le
journaliste Louis Cornelier exprime la même
idée en l'an 2000 : " La promotion du secteur
privé et de ses valeurs prend beaucoup de place
[dans les médias] et le poids des
annonceurs relègue le principe du droit du public
à l'information au second plan. On taira, par
exemple, que telle compagnie exploite les enfants, on
soumettra le contenu aux annonceurs qui tiennent à
les surveiller et on ira jusqu'à confondre
parfois, publicité et information pour donner de
la crédibilité à la première.
" (LeDevoir, 12 mars 2000) Il exagère
peut-être ce Cornelier
P 190
Le journaliste Gil Courtemanche
montre que ces intégrations verticales influencent
la publicité en contrôlant les moyens de
diffusion : " Par exemple, une chanteuse qui, parce
qu'elle fait la première page d'un magazine
Quebecor, passe dans une émission de
télé Quebecor qui est critiquée par
un Journal de Montréal Quebecor qui parle de son
spectacle produit par une filiale Quebecor et dont les
extraits sont présentés sur un site
Internet Quebecor. Elle aura bien sûr une
biographie autorisée Quebecor, des tee-shirts
Quebecor, et un nouveau disque Quebecor. " Il
résume la situation en ses mots cinglants : "
L'année 2000 aura été l'année
de la fin de la liberté d'information dans le
silence absolu et poli des journalistes qui regardent,
muets, leur terrain d'expertise grugé par des
comédiens, des "performers", des amuseurs publics.
[
] Une telle emprise sur la pensée
des gens s'appelle le totalitarisme. Nous sommes devenus
la nouvelle Union soviétique. Et nous en sommes
heureux. " (Voir, 21 décembre 2000)
P 190
Si la publicité constitue un
phénomène de masse et culturel important,
on peut se demander pourquoi aucun massmédia ne
dispose d'une chronique régulière pour
évaluer les campagnes publicitaires les plus
remarquées, les soupeser, les critiquer ? Les
articles (ou les émissions!) sur la
publicité sont généralement
écrits par des publicitaires ou par des personnes
qui vivent de la publicité ; ces papiers ne sont
que des autopublicités déguisées.
Ils sont souvent bien écrits et bien
documentés, mais peu critiques. Comme le fait
remarquer Tilliette et Barthélémy dans La
Pub : " Cette publicité qui n'a de cesse de nous
provoquer à travers tous les médias reste
encore un des sujets tabous de la grande presse, de peur
que les annonceurs désertent ses colonnes,
d'où le paradoxe : plus la publicité fait
de bruit, plus elle impose le silence sur son
fonctionnement réel. " (1983)
P 191
Dans Le Poète, Michael
Connelly, prix Pulitzer, fait dire à son
personnage principal : " Les paroles de Glenn
dévoilaient la vérité qui se cachait
derrière une grande partie du journalisme
contemporain. Il n'y était guère question
d'altruisme, de service public et de droit à
l'information. C'était devenu une question de
concurrence, de rivalité et de publicité. "
(1997) En effet, comme le rapporte Donald Gutstein dans
The Missing News, une enquête canadienne
commandée récemment par Newwatch Canada de
la chaîne de télévision CBC
révèle que 43% des journalistes avouent
être soit "souvent" soit "occasionnellement"
victimes de pressions exercées par les annonceurs
qui investissent en publicité dans leur journal.
(2000) Eh oui ! la publicité
censure.
P 192
Dans L'Ère de l'opulence,
l'économiste John Kenneth Galbraith, professeur
à Harvard, exprime sa foi dans le système
capitaliste (1961) mais en faisant remarquer que la
richesse ne réside pas seulement dans une
production accrue mais aussi dans des services publics
élargis.
Gaspillage de ressources humaines
pour des "abonnés" qui ne sont pas de vrais
lecteurs ! Et que penser du gaspillage de papier :
près de 2,000 acres de forêt sont
détruites chaque année par un grand
quotidien new yorkais
dont le tiers ou la
moitié de l'espace est occupé par la
publicité. De telle sorte que John Burke estime
que la " publicité a contribué largement
à polluer [
] les ruisseaux, les
rivières, les lacs et les eaux
côtières de l'Amérique. " ("Wood,
Pulp, Water Pollution, and Advertising", Technology and
Culture, Janvier 1979)
P 193
Et désormais, la
publicité prétend contribuer au
"one-to-one" marketing : par les statistiques que les
grandes banques de données mettent à la
disposition des marketers, elle traque chaque
consommateur personnellement. Un publicitaire peut
dorénavant coupler les données de votre
code postal avec votre numéro de
téléphone, votre navigation Internet, les
achats faits sur votre carte de crédit
La
Federal Trade Commission des États-Unis a
enquêté sur 1400 sites Web; elle a
trouvé que 85% de ces sites colligeaient des
renseignements personnels sur leurs visiteurs
&emdash;mais que seulement 14% les en avertissaient.
(Wall Street Journal, June 4, 1998) Dan Schiller,
l'auteur de Digital Capitalism (2000) écrit : "
Les informations concernant les habitudes de consommation
acquièrent une importance stratégique.
America Online (AOL) dispose de données assez
fines sur les 130 MILLIONS d'abonnés aux magazines
(Time, Fortune, etc.), chaînes câblées
(CNN) et services Internet qu'elle contrôle. " (Le
Monde diplomatique, mai 2001)
La famille Toulmonde dépense
donc chaque année, près de 4,300$ pour les
vêtements seulement. De plus, elle dépense
9,200$ en "transport". De vrais voyageurs qui
élargissent leur culture et visitent de riches
civilisations ? Bien sûr que non ! Ces gens veulent
profiter de la "liberté" que leur procure
l'automobile. Rien que pour le superflus (soins
personnels, loisirs, journaux, tabac, alcool et divers),
la famille Toulmonde dépense 9,500$ La famille
Toulmonde réagit très bien à la
publicité : elle veut vivre "comme tout le monde"
! Aussi est-elle endettée comme tout le monde au
Canada, sur ses cartes de crédit et autres formes
d'emprunt, pour un total avoisinant
dites un
chiffre ! Eh oui ! 27,000$ de dette par famille= 15% pour
le superflus (soins personnels, loisirs, journaux, tabac,
alcool et divers),
P 194
Les publicitaires n'auront de cesse
qu'ils réussissent à convaincre tout un
chacun de consommer toujours plus, et, ce faisant, de
consumer la Terre
quand ce n'est pas de consumer
ses propres forces. Ils réussissent fort bien avec
les jeunes. Une étude récente du sociologue
Robert Manning de la Georgetown University et
publiée par la Trane Federal Credit Union,
démontre que " la mise en marché des cartes
de crédit sur les campus est faite agressivement
et efficacement. " L'étude révèle
que certains collèges et universités tirent
profit de ces activités commerciales en
étant payés par les entreprises.
Résultat : 81% des étudiants obtiennent
leur première carte de crédit avant la fin
de leur première année d'université
(70% en avaient déjà une avant de
compléter leurs études collégiales);
les revolvers (ceux qui sont incapables de payer la
totalité de la somme mensuelle due), supportent
des soldes supérieurs à 2000$ en moyenne,
et pour 20% d'entre eux, ce solde excède 10,000$
L'endettement des jeunes est tel que l'Université
d'Indiana rapportait en 1998 qu'elle perdait davantage
d'étudiants à cause de leur
incapacité à rembourser leurs dettes
qu'à cause de leurs échecs
académiques. (Trane Federal Credit Union. "Student
Credit Card Debt Looms Large"
http://www.tranefcu.org/whatsnew/071999/student.html,
1999)
P 195
Les marchands sont tous adeptes du
libre marché, de la mondialisation, de la
déréglementation
Peut-on croire que
les gens d'argent, "capitalistes" par nature, ont pour
objectif de faire avancer le progrès ? Peut-on
vraiment gober l'idée que des marchés plus
libres vont permettre de créer une situation
avantageuse pour le citoyen consommateur ?Laissez libres
les compagnies aériennes d'offrir &emdash;selon la
philosophie du marketing&emdash; le service "que le
consommateur désire", laissez-les fixer le prix du
marché, et vous verrez petit à petit les
avions manquer d'entretien jusqu'à ce qu'ils
s'écrasent. Un exemple plus terre-à-terre
(!) et qui n'est qu'un exemple récent parmi tant
d'autres : " 50% des autocars Sherbus sont dangereux pour
les passagers ", titre à la une le Soleil du
samedi 11 mars 2000.
P 196
Pour mettre un frein à ce
gaspillage, pour augmenter la résistance aux
charmes de la publicité, il ne nous reste qu'un
seul espoir : investir toujours davantage dans un
système d'éducation universel et gratuit.
Cette idée n'est plus tellement à la mode
comme le rabâche le slogan de la droite " Le
citoyen utilisateur doit être le citoyen payeur ! "
Mais seule l'éducation permet à chacun
d'assembler petit à petit des points de
comparaison, de développer un esprit critique,
bref, l'éducation apprend à penser par
soi-même plutôt que de succomber
naïvement aux sirènes publicitaires des
marchands. Sinon, le citoyen qui ne s'est jamais
colleté aux idées des autres, en
particulier aux idées des penseurs universels, se
contente de rabâcher les lieux communs qui sont
répétés dans les médias de
masse : " Nous avons droit au bonheur ! ", un "droit" que
seuls les citoyens des pays riches réclament. "
Seules les sociétés avancées,
avancées dans leur démagogie au service du
politique, de l'économie et des médias,
agitent avec une frénésie accrue ce hochet
de la vulgarité (du latin vulgus, le commun des
hommes), ce mirage auquel on fait semblant de croire, qui
fait se battre les hommes et courir les foules : le
bonheur " précise le logicien Marcel Boisot dans
La morale, cette imposture. (1999) Mais le publicitaire
Frédéric Beigbeder, plus cynique,
rétorque dans 99 francs: " Dans ma profession,
personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens
heureux ne consomment pas. " (2000)
Voilà où le marketing
et sa publicité nous ont menés. Voici
quelques chiffres présentés par Michel
Chossudovsky dans La Mondialisation de la pauvreté
: 20% de la population du globe consomme 80% des
richesses de la planète ! Une famille moyenne
nord-américaine a des revenus cents fois
supérieurs à ceux d'une famille
vietnamienne, et elle réussit à tout
dépenser ce revenu
et même à
s'endetter ! Les membres de cette famille en sont
obèses, et leur cave est encombrée de biens
inutiles. Les américains à eux seuls
consomment chaque année pour 30 milliards$ en
Pepsi et Coke seulement. (1998) Gaspillage ! Par la
publicité, nous sommes tous
"entraînés au gaspillage".
P 198
Or les nations sont, pour ces
transnationales, les objectifs d'une guerre
économique à finir : de nos jours, les
territoires à conquérir sont les
"marchés". Et l'arme
d'information-désinformation de cette guerre
économique, c'est la publicité &emdash;et
la publicité livre ses batailles sur le terrain
culturel. Le professeur Henri Gobard écrit dans La
Guerre culturelle : " Les ravages de la guerre culturelle
sont pires que ceux de la lutte économique : la
lutte, c'est la domination de l'adversaire; la guerre,
c'est la destruction physique de l'ennemi, et la guerre
culturelle, l'anéantissement de son âme. "
(1979) Il explique : " Les impératifs commerciaux
des sociétés multinationales impliquent la
création d'un marché homogène, d'une
clientèle mondiale aussi peu diversifiée
que possible afin de pouvoir vendre la même
bouteille de liquide ou le même vêtement
à des millions de consommateurs. La propagande de
la guerre culturelle fera donc tout pour intensifier le
matraquage dit publicitaire et qui n'est que la nouvelle
forme du bourrage de crâne. Le matraquage
publicitaire est une forme moderne et supérieure
de la propagande. " (italiques de l'auteur
lui-même) Non seulement les objets offerts et dont
le désir est stimulé sont-ils
homogènes, mais les messages qui les vantent
tendent eux aussi à être
homogènes
par mesure d'économie
globale.
P 199
La publicité façonne
la culture populaire d'aujourd'hui. Prenons seulement
l'aspect artistique; la publicité
québécoise est réalisée par
les meilleurs photographes, cinéastes, musiciens,
comédiens, etc. oeuvrant au Québec.
Certains de ces artistes se font une gloire d'être
remorqués par la locomotive économique et
de voir leur "oeuvre" ainsi exposée à un
large public; mais plusieurs le font avec
réticence, "pour gagner leur croûte", et se
méprisent en secret de sacrifier ainsi au dieu
Mammon. Le sociologue Gérard Lagneau écrit
dans Le Faire-valoir : " Inverse de l'ascèse
artistique, l'abaissement publicitaire vers le grand
public où se contraignent l'écrivain et le
peintre est ressenti par eux comme une chute dans la
vulgarité du siècle; la floraison
d'association ou de clubs où les créatifs
communient dans la conviction que l'oeuvre publicitaire
peut malgré tout être un art, a pour
rôle objectif de conjurer cette
déchéance. " (1969)
P 200
Pire : dorénavant, ce ne
sont plus les musées mais les marchands et leurs
mandataires publicitaires qui créent les
événements culturels. C'est Oldsmobile et
non le Musée d'art de Montréal
présente en 1999 " Giacometti, le plus grand
sculpteur du 20e siècle ". Mais, le "plus grand
sculpteur", n'est-ce pas plutôt " Rodin "
présenté la même année au
Musée du Québec par le Groupe Investors.
Ironiquement, si je veux écouter un concert
gratuit, je suis obligé de me rendre au grand
magasin Les Ailes de la Mode. Le monde est à
l'envers : les concerts se donnent dans les magasins et
les musées sont devenus des panneaux
réclame. Jacques Godbout résume : "
L'hyperclasse [des propriétaires du
capital] s'est emparée de nos rêves
comme de nos désirs, qui ne sont plus que des
objets de consommation mis en scène par la
publicité. " (L'Actualité, 15 avril
2000)
Cette culture imposée par la
publicité s'impose même en "gastronomie" (!)
: si on demande aux jeunes américains de 9-12 ans
quel est leur aliment préféré, 36%
répondent la pizza, 32% le hambuger-frites, 14% le
poulet (pané, évidemment!), et 7% les
pâtes. Et leurs boissons
préférée ? 23% répondent
Coke, 21% Dr Pepper, 17% Pepsi, 8% Sprite et
8% le
thé glacé. (Children's Market Research.
Marketing to Tweens 2001 Report) N'est-ce pas une
démonstration que la publicité agit
puissamment sur les jeunes ?
P 201
" Il va de soi que la "culture pub"
n'est pas la culture d'élite; mais elle est un
produit dérivé qui finit par supplanter la
Culture. " résume Mathieu Guidère dans
Publicité et traduction. (2000) La
publicité influence la "culture cultivée",
mais elle influe tout autant sur notre vie quotidienne.
Et avec quelle force ne tisonne-t-elle pas les jeunes
esprits ! Le National Science Foundation estimait
déjà il y a 20 ans que les enfants
nord-américains s'exposent volontairement à
20,000 messages publicitaires chaque année.
(Research on the Effects of Television Advertising on
Children, 1977) Or Louis Quesnel explique dans
Communications, no 17 : " La publicité est
normative : elle pose, expose, impose une nouvelle table
des valeurs, un style de vie, des modèles de
comportement. Elle dit aux nouveaux riches de la
civilisation moderne occidentale comment il convient de
vivre et d'être, comment "on" s'habille et "on" se
déshabille, comment "on" travaille et "on"
s'amuse, comment "on" sera éternellement jeune,
aimé, heureux. Le monde de la publicité est
celui du "on" heideggérien, du moi impersonnel,
et, selon Heidegger, inauthentique. " (1971) Jeunes comme
moins jeunes, tous sont culturellement colonisés
par l'imagerie publicitaire et, "inauthentiques", il ne
sont plus eux-mêmes mais des décalques de
"on".
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Même les intellectuels
succombent aujourd'hui au monde de l'image. Ils auraient
honte de se payer une nuit au Ritz Carlton mais ils se
payent le pèlerinage à pied à
St-Jacques de Compostelle ou s'envolent pour aller
embrasser à Jérusalem le Mur des
lamentations (idées glanées dans la section
Loisirs de leur périodique
préféré); ils habitent un quartier
populaire mais leur salle d'eau, grande comme le domicile
de la famille immigrée, est lambrissée
d'ardoise éclatée à la main par un
artisan Fung Shui (idée reprise de
l'émission Habitat de leur chaîne
favorite).Ils ne porteraient pas de complets Armani ou
d'escarpins Méphisto mais pour marcher un
kilomètre à Mont-Tremblant, ils sont
prêts à investir une semaine de salaire dans
un vêtement techno Kanuk ou Chlorophylle. Les
socio-intellectuels critiquent la société
de consommation mais ils ont déjà
été repérés et
catalogués comme consommateurs-types; ce sont les
"bobos" que David Brooks décrit dans son livre Les
bobos : les bourgeois bohèmes.
(2000)
10% de la population consommke 90%
de ressourcesPourquoi haïr la publicité ?
Parce qu'elle est insistante, me débusque
où que je sois, me harcèle en me
rabâchant mille fois le même message, me fait
de l'appel de la cuisse comme une putain, bref, elle
ternit mon bonheur actuel en me promettant des plaisirs
à venir.
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" Il est beaucoup plus
américain d'acheter que de créer ", disait
le pape du pop, l'artiste-peintre de la soupe Campbell,
Andy Wharhol
qui travaillait aussi pour la
publicité. Voltaire se trompait: ce n'est pas la
religion qui est l'opium du peuple, qui gèle les
esprits; ce sont les biens vantés par la
publicité. C'est l'argent du développement
de l'intelligence, du partage international, du temps de
méditation qui est ainsi gaspillé millions
de panneaux réclame lumineux, en milliers d'heures
d'émissions de télévision insipides,
en radiodiffusion musicale simpliste, tous ces
médias travaillant de concert et vivent de vanter
des gadgets électroniques de plus en plus
sophistiqués, et autres babioles qui excitent le
chaland.
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Le cinéma a
réalisé plus d'une centaine de
longs-métrages dont le sujet est le milieu
publicitaire. La chaîne de télévision
TVA diffuse en 2001 une télédramatique,
Tribu.com, dont le noyau est une agence de
publicité. Le réseau de
télévision TQS présente chaque
semaine une émission d'information (!) grand
public intitulée Planète Pub. Les
journalistes y voient matière à nouvelle:
ils m'interviewent le lendemain du 34e SuperBowl qui
devient un événement de culture
publicitaire autant que de sport (une publicité de
30 secondes y coûte 2$ millions et il est
déjà arrivé que 44% d'une plage de
45 minutes de "jeu" soit occupée par la pub). La
publicité fascine.
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Rien n'arrêtera les gens
d'argent. Voici les déclaration de chefs
d'entreprise importants : " En regardant l'avenir, je
tremble d'excitation car les soupes Campbell's sont
désormais engagées dans une croisade totale
pour gagner le consommateur. " (Campbell's Soup Company,
Annual Report 1994) " J'envisage le jour où les
Arabes comme les Américains, les Latins comme les
Scandinaves croqueront des biscuits Ritz avec autant
d'enthousiasme qu'ils boivent déjà du Coke
ou se brossent les dents avec du Colgate. " (Le
président de Nabisco) " Notre priorité est
de dominer d'abord l'Amérique du Nord, ensuite
l'Amérique du Sud, ensuite l'Asie et enfin
l'Europe. " (David Glass, président de Wal-Mart)
Ces riches deviennent riches en suçant l'argent
des petites gens. Selon un rapport du Conseil canadien de
développement social, l'inégalités
entre pauvres et riche s'est accrue entre 1993 et 1998 :
le revenu annuel des 20% des salariés les plus
riches a augmenté de 20,000$ alors que le revenu
annuel des 20% les plus pauvres a diminué de
1,000$ En faisant croire qu'ils obtiendront le bonheur en
achetant leurs produits &emdash;ce qui est le rôle
des publicitaires qui agissent pour eux comme des
haut-parleurs&emdash; les riches s'engrossent aux
dépends des pauvres.
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Or consommer ne rend pas heureux.
Tout être humain est fondamentalement un
créateur; il ne peut savourer un sentiment de
réalisation, de plénitude, que s'il
crée lui-même. Seule la création lui
permet d'exister pleinement. Ceux qui ne créent
pas doivent trouver compensation; cela se manifeste
souvent par une frénésie à "avoir":
avoir un beau bungalow, une rutilante auto, une
troisième radio, un gros bateau, un sixième
manteau... On se rabat sur la consommation... dans
laquelle l'âme se consume. Dans notre civilisation
de l'obsolescence, on sent bien, en effet, que tout se
démode, aussi bien les idées que les objets
&emdash;quand ce ne sont pas les êtres humains
eux-mêmes ! Pour s'en défendre, il faut se
défendre de l'envahissement publicitaire. La
publicité est charmante-charmeuse. Mais, comme le
rappelle le photographe publicitaire Oliviero Toscani, La
pub est une charogne qui nous sourit
(1999).
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« Il faut
encore,
à l'encontre de cette
idéologie
dominante et
réductrice,
prôner l'idéal
d'une personne consciente,
libre
et
responsable.»
François Brune Le Bonheur
conforme (1981)