Ornithologie - La côte de Charlevoix
Embouchure de la rivière Jean-Noël, St-Irénée.
La côte de Charlevoix Destination hivernale convoitée par lornithologue en quête doiseaux aquatiques, de rapaces diurnes, de Strigiformes, de Fringillidés ou doiseaux noirs tardifs.
La côte de Charlevoix Destination printanière et estivale où lobservation des espèces aquatiques sera rehaussée par la présence de larges groupes de Laridés desquels émanent parfois quelques sternes, mouettes ou goélands rares.
La côte de Charlevoix Destination au potentiel reconnu mais sous-exploitée par son inaccessibilité relative due à la distance et à lidée bien ancrée des gens à se dire que lorsquon sy rend, il faut faire le grand tour
Ce court exposé vise à vous présenter un itinéraire à votre portée pour une demie-journée dobservation dans des sites tout aussi enchanteurs que prometteurs. Évidemment, je ne mettrai pas en valeur tous les endroits où lon peut se rendre dans Charlevoix. Jinsisterai plutôt sur ceux qui mattirent si souvent, ceux qui font que je nhésite pas à prendre la route après un avant-midi passé au cap Tourmente ou lorsque mon horaire me permet de terminer ma journée de travail plus tôt.
Cest sous la forme dun récit dexcursion que je vous ferai part de lénorme potentiel que jassocie aux endroits sélectionnés.
St-Augustin. Jeudi le 7 juin 2001, il est treize heures quarante La cloche sonne. Je salue le dernier élève à quitter ma classe. Un sourire éclaire mon visage. Je lavais prévue celle-là!!! Mes cours sont donnés, ceux du lendemain sont prêts
Le soleil qui nous avait plongés dans une journée de 25 degrés sera bon en fin daprès-midi! Rendu à St-Irénée, il me chauffera le dos et me donnera une luminosité idéale pour observer les oiseaux!!!
En route vers mon objectif, je garde un il attentif; la route reliant St-Tite-des-Caps à Baie-St-Paul réserve parfois des surprises. Cest particulièrement vrai en hiver où il nest pas rare dapercevoir une Chouette épervière trôner au faîte dun arbre, où les Fringillidés (becs-croisés, sizerins, durs-becs et tarins) sont la plupart du temps faciles à voir aux abords de la route et où merles et jaseurs sont observés plus souvent quà leur tour.
Aujourdhui, mes espoirs sont centrés sur un Pygargue ou sur un rapace diurne quelconque. Lurubu me donnera bientôt satisfaction. De plus en plus commun dans nos contrées, il ne fait pas exception dans Charlevoix.
Il y a à peine une heure quinze que je roule et me voilà, surplombant Baie St-Paul. Oublions les oiseaux! Cette vue panoramique vaut quasiment le déplacement à elle seule!!!
Contradictoire face à mes sentiments, je boude la place. Jaurais pu arrêter au quai, mais je le ferai au retour. À ce moment, le soleil devrait encore me fournir une bonne lumière comparativement à St-Irénée et La Malbaie où ce dernier est plus rapidement voilé par les montagnes.
Allons! Filons vers le centre-ville pour emprunter la route 362 qui me mènera à St-Irénée, mon premier objectif.
Perdu dans mes souvenirs, je me rappelle à nouveau avoir observé la Chouette épervière quelques fois le long de cette artère. Cétait lhiver Dans mes mémoires, je revois la blancheur dun paysage ponctué de rougeurs Rougeurs cramoisies ou écarlates que lon ne retrouve pas à toutes les années.
Mais cette fois-ci, les arbres étaient en fruits et, à ma grande joie, dans un janvier encore jeune, ils avaient attiré de nombreux merles et jaseurs.
Vingt minutes suffisent et jaborde une descente vers ma première halte en scrutant attentivement le ciel. Le Grand Pic est régulier ici. Maintes fois je lai vu passer en vol.
Rendu au niveau de leau, je ralentis. À chaque fois je suis saisi par ce changement de paysage. Le milieu est presque marin. Pourtant, je suis à moins de deux heures de Québec.
Les premières espèces en témoignent. Alors que je ne suis même pas rendu au quai, les eiders se laissent voir de près. Je marrête, scrute le large aux jumelles. Un Harle huppé ainsi quune Macreuse à front blanc marrachent un sourire; communs en mai, ils deviennent de moins en moins fréquents en juin.
Regardant vers lest, un vaste groupe de Laridés se concentre à lembouchure de la rivière Jean-Noël. Je my dirige rapidement en garant ma voiture dans laccotement, tout juste avant son rétrécissement. Posté sur la voie ferrée, je me réjouis de voir la marée montante. Trop haute, elle maurait probablement privé des goélands, et trop basse, ces derniers auraient été trop dispersés.
Je suis confiant. En balayant méticuleusement le groupe avec mon télescope, je devrais au moins men tirer avec un Goéland brun. Ce faisant, dheureux souvenirs se bousculent dans ma tête; cest à cet endroit que nous avions repéré quatre plumages différents en une journée pour cette espèce.
Tout à coup, un manteau ardoisé attire mon attention. Loiseau est petit, la tête ronde, le bec délicat, les pattes sont jaunes Un Goéland brun!!! Plus que régulier me dis-je! Fin mai-début juin, je lai presque à chaque visite!!!
Les récentes mentions de Sterne caspienne, de Mouettes de Sabine, atricille et pygmée me font persévérer On peut sattendre à tout à St-Irénée!
Ensuite, je jette un coup dil aux canards qui se nourrissent devant moi pour repérer un superbe mâle dEider à tête grise accompagné dune femelle. Sans être commun, on le rencontre à loccasion ici et la proximité des oiseaux facilite grandement létude des femelles.
Cherchez! Vous finirez tôt ou tard par trouver un petit eider plus pâle, à bec court et à tête ronde. De plus, en considérant les femelles, vous doublez vos chances!!!
Avant de quitter, je scrute le fond de la baie ainsi que le large qui apportent toujours quelques espèces intéressantes. En hiver ou au début du printemps, les trois espèces de garrots, le guillemot à miroir et le Harle huppé sont à espérer, tandis quen mai et juin, les chances de repérer un pingouin, un plongeon ou une macreuse sont excellentes. La marée basse, apportera à coup sûr le Bihoreau gris.
Au bout dune heure dobservation, La Malbaie mappelle. Quinze minutes de route et je suis rendu au quai de Pointe-au-Pic doù je balaie le fleuve avec mon télescope.
En hiver, les guillemots sont très abondants ici. De plus, le Garrot dIslande y est presque immanquable. Souvent majoritaire en nombre, par rapport à son cousin à il dor, loccasion est excellente pour étudier les différences.
Dès le mois de mai, les eiders commencent à se concentrer et lendroit se révèle de plus en plus fiable pour lEider à tête grise.
Aussi, à cette époque de lannée, on pourra observer le Plongeon huard, le Cormoran à aigrettes, le Petit Pingouin et la Mouette tridactyle. Dame chance amènera peut-être un Grèbe jougris ou esclavon, un voilier de Bernaches cravant, quelques Mouettes de Bonaparte ou un Plongeon catmarin.
En quittant Pointe-au-Pic vers La Malbaie, je roule lentement, à laffût des groupes de Laridés que lon retrouve généralement en face du Canadian Tire ou directement à lembouchure de la rivière Malbaie.
Encore une fois, je préfère une marée mi-haute à haute, parce quelle concentre les oiseaux aux endroits stratégiques.
Ici, tout est permis. La spécialité locale est le Goéland brun, mais toutes les Mouettes rares ont été observées en plus de la Sterne caspienne.
Un balayage méticuleux simpose donc. Certes, il peut paraître décourageant davoir à se taper tous ces oiseaux et lidentification dimmatures pose souvent problème.
Notez cependant que les adultes sont faciles à trouver et à identifier et que le plumage des «immatures âgés» tend drôlement vers celui de leurs aînés. Pourquoi ne pas commencer par cela?
Aujourdhui, ma chance est à son comble! Je ne comprends pas trop pourquoi les goélands désertent lembouchure de la rivière. Normalement, lorsque la marée est trop haute, ils se posent sur les berges de sable du côté de Cap-à lAigle. Quoiquil en soit, je viens dintercepter un adulte de Mouette atricille en vol! En plein milieu de la baie!!!
Je savoure ce moment en me disant que cest ce qui me fera revenir Printemps, été, automne ou hiver, je reviendrai Car il y a des Laridés en toute saison ici, et le rêve de découvrir une Mouette blanche parmi les Goélands arctiques et bourgmestres ou de revoir le Faucon gerfaut foncer dans un groupe de garrots ne cesse de me caresser!
Sur ce, je reprends la même route qui m'a amené et je file vers Québec. Une brève halte au quai de Baie St-Paul pour profiter des derniers rayons du soleil et me donner bonne conscience. Personnellement, je n'y ai jamais connu de succès, mais il y a assez de Laridés pour en abriter un plus rare. De plus, la Barge marbrée et le Chevalier semipalmé y ont déjà été observés.
Mais ce ne sera pas aujourd'hui... Il est 20h25... Filons et profitons des derniers moments de lumière pour rentrer à Québec.
Vingt-et-une heure trente, j'entre à la maison un peu fatigué mais satisfait. Encore sous les effets du voyage, je me mets à rire. Combien de temps ai-je été parti? Huit heures? Ah! Je croyais que cela faisait deux jours!!!