Manuel Fréchette, de plombier à menuisier!

Texte: Sylvain Neveu
Montage: Michel Lacas jr.

Le 15 février 2003 -Vous connaissez le « petit » Fréchette? Aucun doute, on parle bien de celui qui nous paraît plutôt diminutif sur la glace dans ce monde de géants qu’est devenu le hockey. En compagnie entre autres des Corey Holland et Jamie Leinhos, il fait partis d’une catégorie qui plait aux amateurs. Manuel, du haut de ses 5 pieds, huit pouces et demi, est monté sur une charpente de rock de 200 livres bien pile, rien que du muscle. Plombier sur la glace, menuisier dans la vie de tous les jours, c’est avec beaucoup de plaisir que le # 38 du Cousin de St-Hyacinthe a accepté de participer à ce reportage.

Bonjour, vous êtes bien chez Audrey et Manu, nous sommes présentement dans l’impossibilité de vous répondre mais laissez-nous vos coordonnées et nous vous rappellerons le plus tôt que possible! Il n’a fallu que quelques instants pour que Manuel, très jovial soit dit en passant, me retourne l’appel.

Audrey, c’est sa conjointe qui, à l’image des partenaires de nos joueurs, nous semble heureuse lorsque les choses vont bien. A l’opposé, ces dernières sont un peu plus fragiles lorsque les critiques incisives et parfois non justifié viennent toucher la vie de leurs conjoints. Ensemble, ils viennent d’emménager, depuis peu, dans un appartement au centre-ville. L’un des deux, vient d’entreprendre une carrière dans le domaine de la construction. L’autre, fréquente les bancs de l’université afin d’embrasser une carrière dans le domaine des communications.

Il faisait un froid glacial cette journée là, moins 35 degrés avec le facteur vent, lorsque je me suis entretenu avec ce jeune homme de vingt-trois ans. Manuel venait de se « taper» une dure journée de travail à ériger le «carré» d’une nouvelle construction, soit les quatre murs extérieurs et la toiture, au grand vent. C’est un côté de nos joueurs de hockey semi-professionnels qui ne nous est pas toujours accessible mais on ne peut que les admirer davantage devant un quotidien déjà bien garni par un dur labeur.

Milieu familial.

Manuel a fêté ses 23 ans le 1er février dernier. C’est à Ville LaSalle qu’il a vu le jour pour la toute première fois, il y aura habité jusqu’à l’âge de sept ans. Par la suite, les Fréchette ont établi pignon sur rue à Rigaud, une municipalité située à l’Ouest de l’île de Montréal. Ses parents, Jacques et Ghyslaine, ont pour leur part donné naissance à deux autres rejetons, soit Mélanie, 26 ans ainsi que Marie-Eve, 20 ans. Un peu plus tard, deux autres enfants, Eric et Marie-Soleil, sont venus s’ajouter à cette famille via le système d’adoption.

« Chez nous le hockey a toujours occupé une grande place. Les plus vieilles, Marie-Ève et Mélanie, ont également évoluées plusieurs saisons dans des ligues de hockey, me dit-il en souriant. Nous formons une famille très unie et je dois te dire que mes parents m’ont toujours supporté fidèlement au cours de toutes ces années. J’en profite pour les remercier grandement pour tous les sacrifices, joutes après joutes, qu’ils se sont imposés depuis mes tous débuts dans le hockey. Même aujourd’hui, que ce soit à domicile ou sur la route, ils sont encore bien présents dans les arénas.» me confie-t-il.

Ses débuts au hockey mineur.

Manuel a éprouvé une passion très tôt pour son sport. Pour lui, pas question d’attendre la tombée des feuilles en automne pour chausser les patins. Même à 30 degrés celcius, le hockey privilégiait sur les autres sports.

« Effectivement, Sylvain, c’est à l’âge de quatre ans que j’ai fait mes premiers pas dans une équipe, je jouais à ce moment là en ligue d’été dans le deux lettres. Par la suite, lorsque nous sommes arrivés à Rigaud, j’ai passé deux ans dans les rangs novice AA. » me dira-t-il.

La saison suivante, c’est dans le Atome AA et pour l’organisation du Lac St-Louis qu’il poursuivra son ascension. Du hockey régional, qui lui permettra de jouer compétition en bas âge, tout en faisant la connaissance des Mathieu Benoît, Marc Lauzon, Martin Moïse et, un de ses bons copains encore aujourd’hui, Jonathan Girard. Ce dernier évoluait d’ailleurs en sa compagnie avec le Cousin de St-Hyacinthe la saison dernière.

Fait à noter également, c’est à la position d’ailier droit, toute sa carrière durant, que Manuel évoluera. Dans la région du Lac St-Louis, il endossera l’uniforme du Select AAA, au niveau pee-wee. Par la suite, après un an bantam BB, il graduera dans le AA la saison suivante.

« C’est dans le bantam AA que ma carrière a démarré, soit lorsque l’on a commencé à jouer contact, et il ajoute. De mon côté, j’aimais frapper et aller dans les coins, le jeu rude ne m’effrayait pas du tout, j’aimais cela, donc j’avais plus de latitude pour m’exprimer sur la patinoire. » me dit-il.

Arrivé à l’âge de seize ans, cet ailier droit décide donc de laisser les études et d’entrer sur le marché du travail, pendant un moment il cherchera sa véritable vocation. Finalement, au bout d’un an et demi, il retournera compléter son secondaire cinq.

« Je voulais me diriger dans le métier de menuisier, c’est un métier qui me passionne beaucoup, j’adore travailler le bois. Évidemment, il me fallait donc aller chercher mon certificat de secondaire cinq et ma carte de compétence pour pouvoir gagner ma vie dans le domaine de la construction. » souligne-t-il.

Au cours de cette période, au plan hockey, il endossera le chandail du Lac St-Louis au niveau midget AA, soit en ligues d’hiver. De plus, il évoluera au Midget AAA en ligue estivale. Au cours de ces deux dernières saisons Midget, les Tigres de Victoriaville lui manifesteront de l’intérêt.

Racontes-nous Manuel, ce qui s’est passé suite à ton stage au niveau Midget?

« Les Tigres m’ont demandé de participer au camp d’entraînement de leur club-école, dans le junior AAA, soit à St-Hyacinthe. Il semble qu’il n’y avait pas de place pour moi avec cette organisation. Peu de temps après, je me suis donc retrouvé avec les Cobras de Laplaine, et il enchaîne. J’ai évolué trois saisons junior AAA à Laplaine, on m’a utilisé sur un troisième trio lors de ma première saison. Il en sera de même pour la première moitié de ma deuxième saison, soit jusqu’à l’arrivée d’un nouvel entraîneur, Daniel Noonan, et il ajoute. Daniel m’a fait confiance et c’est vraiment là que j’ai débloqué. Je brassais, tout en jetant les gants régulièrement, j’ai fait ma place et mon nom a commencé à circuler de plus en plus. » décrit-il.

Manu n’a pas eu peur de se salir les mains, et cela Daniel Noonan, un ex. défenseur du National de Laval de la LHJMQ, ainsi que la direction de l’équipe le lui feront savoir. C’est d’ailleurs dans le rôle de capitaine qu’il jouera sa dernière saison junior. Une saison qui soit dit en passant, s’est plutôt mal terminé alors qu’en séries éliminatoires, Manuel subira une déchirure ligamentaire à l’épaule.

Parallèlement au hockey, c’est vers la fin de son stage junior AAA que Manuel entamera ses cours en menuiserie. Pendant dix-huit mois, il se rapportera au Centre de Formation Professionnelle « Le chantier » à Laval, un établissement spécialisé dans les métiers de la construction.

Ses débuts dans la LHSPQ.

Suite à son stage junior AAA, les Dragons de St-Laurent qui détiennent ses droits, lui feront signe.

« Venant de Rigaud, j’appartenais aux Dragons, j’ai fait le camp d’entraînement, je dois te dire que je connaissais le semi-pro et je savais donc à quoi m’attendre. Au début je ne voulais pas seulement me battre, je voulais également jouer. J’étais nouveau à ce moment là et plusieurs ne me connaissaient pas, mon nom a commencé à circuler lorsque j’ai affronté Billy Frainetti pour la première fois. » me dit-il.

Eh comment donc! Un combat qui avait fait parler de lui durant un bon moment, sans oublier qu’en chaque occasion qu’ils se rencontraient sur la glace, instantanément, on se souhaitait la bienvenue.

« Billy et moi on a dû s’être battu une dizaine de fois l’un contre l’autre, on a fait connaissance à force de se taper dessus. C’est un peu pour cela que nous sommes devenus de bons amis avec le temps! » ajoute-t-il, en s’exclamant dans un éclat de rires.

Au sujet de son passage avec les Dragons, Manuel ne tarit pas d’éloges envers Nathan Morin, un type qui l’a pris sous son aile.

« Nathan m’a beaucoup aidé, que ce soit lors des pratiques de l’équipe ou en dehors du hockey, il ne m’a pas lâché un seul instant, et il ajoute. Il m’a refilé pleins de trucs qui m’ont bien servi jusqu’à présent au cours de mes combats, de plus il m’a prescrit quelques programmes d’entraînement tout en me guidant lors des galas de boxe auquel j’ai participé. J’apprécie tout ce qu’il a fait pour moi depuis que l’on se connaît. » me confie-t-il.

Parles-moi maintenant de la transaction qui t’a fait passer des Dragons au Cousin de St-Hyacinthe?

Au moment où tu es arrivé à St-Hyacinthe, la direction de l’équipe semble avoir apporté simultanément une nouvelle philosophie en ajoutant quelques hommes-forts dans l’alignement. Mais des gars qui n’usaient pas pour autant leurs culottes sur le banc, cela t’a surpris d’avoir la chance de jouer régulièrement?

« Dès mon arrivé, une bonne chimie s’est installé entre l’entraîneur Francis Breault et moi-même. Francis c’est un des meilleurs « coach-motivateur » qui puisse exister au hockey, et cela, autant sur la glace qu’à l’extérieur. S’il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas, il était capable d’être à mon écoute, il a eu confiance en moi et je lui en suis reconnaissant. Tiens, juste comme cela, avant mes combats amateurs sur un ring lui et son frère Jocelyn, m’ont toujours appelé pour m’encourager. Ils se présentaient même dans l’assistance lors de ces combats afin de m’appuyer. » me mentionne-t-il.

Cette saison, suite au départ de Breault, le Cousin a mis la main sur Daniel Vincelette. Comment est la relation avec ton nouvel entraîneur?

« Dès le départ, alors que Daniel s’est présenté, il nous a fait une très bonne impression. C’est un gars de la région, qui connaissait bien l’organisation ainsi que quelques joueurs. Il n’a pas mis de temps à s’adapter. Personnellement je suis bien heureux que l’organisation ait trouvé quelqu’un qui continue à me faire confiance. Je suis comblé d’évoluer ici, je joue en compagnie d’un bon groupe de gars et la direction met tout en œuvre pour que l’équipe figure parmi les meilleures. » avoue-t-il.

Manuel est ce type de joueurs spectaculaires en son genre, on lui reconnaît peu de dénigreurs. Fonceur, surprenant pour sa stature, en plus de posséder un excellent système cardiovasculaire. D’autre part, il ne se cache pas pour dire qu’il apprécie ses supporters de St-Hyacinthe.

« Ici la foule est excellente, je sens qu’elle est derrière moi, et cela mon Sylvain, ça me procure toute une poussée d’adrénaline, c’est très valorisant pour un joueur. » raconte-t-il avec un brin d’émotions à peine perceptible dans la voix.

Parles-moi du calibre de bagarreurs qui s’exécutent dans la LHSPQ?

« A chaque saison on dirait que le format des joueurs grandi de plus en plus, ce n’est pas toujours facile psychologiquement lorsque l’on concède plusieurs pouces aux adversaires mais il faut « dealer » avec ce désavantage, soit en étant fin prêt à faire face à la musique. Un combat c’est souvent celui qui a le plus d’adrénaline qui va le remporter. » nous dira celui qui tient très bien son bout.

Tu es reconnu pour avoir un des meilleures système cardiovasculaire de la ligue, j’aimerais que tu racontes aux amateurs comment tu as développé cette qualité au fil du temps?

« Comme tu sais, depuis nombre d’années que je suis asthmatique, ce qui a pour effet de refermer les voix respiratoires. On m’a toujours mentionné que le conditionnement physique éloignait «la pompe» et c’est cette philosophie que je pratique depuis un bon moment déjà. Alors je passe beaucoup d’heures par semaine à m’entraîner à longueur d’années. » nous mentionne celui qui possède également un bateau et qui sillonne le lac des Deux-Montagnes en ski nautique après sa saison de hockey.

En terminant Manuel, j’aimerais que tu nous parle de tes meilleurs moments vécus jusqu’à présent dans la ligue?

« Sans aucun doute, c’est la joute télévisée à RDS, celle que nous avons disputée en séries 2002 contre les Chiefs de Laval. Je conserve précieusement cette cassette et je crois que nous avons très bien représenté le hockey semi-pro au travers du Québec. » conclut-il avec beaucoup de fierté.

Manuel Fréchette, au nom des amateurs de hockey, on te souhaite une bonne fin de saison et longue vie parmi nous.

« Je te remercie beaucoup. »

On ne peut qu’apprécier et respecter ces sympathiques personnages…lorsque les gants ne sont pas tombés sur la glace!

Vie privée, pas du tout. On vient encore une fois de faire la connaissance d’un de nos joueurs fort attachant et qui m’a paru bien heureux de venir partager, en notre compagnie, une partie de son vécu. De plus, dans quelques années, Manuel veut fonder sa propre entreprise de construction-rénovation alors retenez bien ce nom. Sans me tromper, je crois qu’il sera bien heureux que l’on requière ses services.

À la prochaine!

Merci a Marco LeClerc du site www.cousinfight.fr.st et www.frechette.fr.st pour utilisation des photos de Manuel Fréchette.