Après
avoir passé près de onze saisons derrière le banc de cinq formations de
la LHJMQ, Alain Rajotte a retrouvé la stabilité au plan personnel et professionnel
à Thetford Mines. Depuis son arrivée à la barre d’une équipe de la LHSMQ,
la transition des rangs junior à senior majeur s’est fait rapidement pour
celui qui dirige actuellement pas moins de six joueurs ayant évolué sous
ses ordres dans la LHJMQ.
LE PROLAB À L’IMAGE DU CANADIEN À l'approche du dénouement final, la fièvre du hockey continue de s’intensifier au coeur de la LHSMQ. Thetford Mines, une ville où les partisans appuient fortement leur équipe, ne fait certes pas exception à la règle. Et pour cause : au moment où les séries finales de divisions viennent de prendre leur envol, les porte-couleurs du Prolab vivent intensément un phénomène de société face à leur statue populaire. L’entraîneur-chef, qui exerce également la profession d’enseignant en éducation physique, n’y échappe pas. « Ici, le hockey senior c’est un peu l'équivalant du Canadien à Montréal : lorsque tu diriges le Prolab, tu es certain d’être un personnage connu dans la ville. » Mentionne Rajotte, en référence à la popularité qui entoure l’équipe senior majeure locale. « Dans mon milieu de travail, j’ai même dû mettre un frein aux nombreuses sollicitations pour l’obtention d’autographes afin de replacer les priorités aux bons endroits. » Ajoute-t-il, bien humblement, sur une note qui laisse entrevoir la surprise qui l’attendait en septembre dernier à l’institution anglophone où il pratique l’enseignement. UNE ÉQUIPE QUI S’EST FORGÉE DE LA MATURITÉ Le Prolab a atteint la grande finale lors des deux derniers printemps. En 2003-2004, cette équipe a su demeurer l’une des plus sérieuses aspirante aux grands honneurs. Avec un cumulatif de 82 points, les hommes de Alain Rajotte se sont emparés du premier rang au classement général. Parmi leurs hauts fait d’armes, notons qu’ils ont frôlé la perfection à domicile avec une récolte de 49 points sur une possibilité de 50; ne subissant qu’un seul revers (6-5) en fusillade face au Caron et Guay de Pont-Rouge. De plus, avec leurs 252 filets inscrits contre les 152 alloués, ils affichent le meilleur différentiel du circuit Gaudette. Ce sont eux également qui ont obtenu le plus de tirs aux buts, ainsi que le plus de victoires (5) en fusillade. De surcroît, ils ont terminé au deuxième rang, derrière Pont-Rouge, avec une somme de 74 filets enregistrés sur l’attaque massive. Leur opportunisme à l’offensive leur a également permis d’être campé au deuxième rang, derrière Verdun, avec 14 filets marqués en désavantage numérique. Pour clore le tout, on les retrouve au deuxième échelon, tout juste derrière le Garaga cette fois, dans la moyenne de buts concédés.
Bref, si le succès d’une équipe commence par le deuxième étage, le travail de tous les instants du duo père et fils que forme Paul et Gaston Gagné y est assurément pour quelque chose. Les additions des vétérans de la trempe de Pierre Sévigny; de David Lessard, un attaquant natif de la région (Tring Jonction) que l’on a vu évoluer durant cinq ans dans la LHJMQ; du jeune (22 ans) Éric Bétournay, jadis capitaine des hommes de Rajotte à Chicoutimi, ont permis à cette formation d’ajouter davantage de profondeur à l’offensive. Tandis que l’arrivée du quart arrière de trente et un ans, Simon Olivier, auteur de 21 buts et 44 passes, ainsi que celle d’un ex- membre de l’organisation du Canadien, Christian Proulx, auront consolidé un corps défensif déjà fort respectable avec les Daniel Poudrier, Marc-André Gaudet, Louis Bernard et le « gros » Éric Lavigne à la ligne bleue.
Nous avons demandé à l’entraîneur-chef de commenter l’apport de deux de ces nouveaux joueurs d’impacts dans son alignement cette saison. « Aucun doute que Simon Olivier s’avère une excellente acquisition pour nous, mentionne Rajotte. Il représente ce type de joueur qui possède beaucoup de caractère. C’est également un individu qui affiche beaucoup de discipline sur le plan personnel et qui prend un soin jaloux de son conditionnement physique. En ce qui concerne Pierre Sévigny, nous apprécions grandement l’expérience et l’énergie qu’il apporte au sein de notre équipe. D’ailleurs, je dois te confier que l’enthousiasme qui le caractérise est un phénomène familial chez les Sévigny; une famille que je connais depuis quelques années déjà puisque j’ai eu l’opportunité de diriger son frère, Louis-Philippe, à Granby et Victoriaville. » Ce fut à quelques jours de célébrer le Noël 2002 que Rajotte a succédé à Alan Haworth à la barre de l’équipe. Ce pilote âgé de trente-huit ans avoue avoir vécu une belle transition des rangs junior au senior majeur. Dépaysé quelque peu? Pas du tout ! Comment pourrait-il en être ainsi lorsque l'on a vu circuler environ 90 % de ses joueurs lors de son passage dans la LHJMQ; lui qui a également dirigé les Thibeault, Gaudet, Pagé, Fillion et Deschênes antérieurement. « Lorsque je suis arrivé ici, je savais que les joueurs possédaient un bon bagage de hockey en eux. Là où ma contribution pouvait les aider davantage, c'est en mettant à leur disposition la somme de mon expérience acquise au fil des ans, non seulement comme entraîneur, mais aussi comme communicateur. Nous (lui et son adjoint, Stephane Thivierge) prenons soin de bien structurer nos séances d’entraînement. Lorsque nous entrons en compétition, chacun connaît donc son rôle dans l'équipe. Je pense que les joueurs apprécient notre façon de faire. J'ai toujours été habitué de diriger des équipes qui «veulent», et ça n'a pas changé avec le Prolab de Thetford Mines de la LHSMQ. L'atmosphère est excellente autour de l'équipe. De plus, étant moi-même un gars près de ma famille, nous échangeons régulièrement sur ce qui gravite autour de nos enfants, nos conjointes et nos milieux de travail respectifs ». Raconte celui qui est marié à Anne-Marie Hébert depuis maintenant vingt et un ans. L'heureux couple a donné naissance à deux enfants par la suite : Jason, onze ans et Anne-Pier, dix ans. DE VALLEYFIELD À LA LHJMQ C’est en arpentant les rues de l’Ouest du Québec, plus précisément celles de Valleyfield, que notre invité s’est forgé une partie de sa personnalité. À l’époque, en compagnie de son compagnon de route, l’illustre Pat Brisson, les deux jeunes hommes étaient déjà remplis d’ambitions.
« Je me souviens de cette période d’adolescence où nous exécutions nos petits projets financiers ensemble. Les idées ne manquaient pas. Nous avons même vendu des pâtisseries et de l’ail des bois afin de gagner nos économies. Quelques années plus tard, après sa carrière de hockeyeur junior (Verdun, Drummondville et Hull), Pat m’avait fait part de ses projets de s’exiler aux Etats-Unis afin de se lancer en affaires. Je l'ai encouragé à passer aux actes car il possédait tout le charisme nécessaire pour réussir. Pour ma part, étant un peu moins talentueux dans la vente, c’est à ce moment que j’ai décidé d’aller chercher mon diplôme en éducation physique à l’Université de Sherbrooke. » Relate notre invité. Pendant que Pat s’affairait à vendre des complexes sportifs aux américains, Alain, lui, tout en conciliant son travail d’enseignant, entreprit de vendre son concept d’équipe au hockey mineur. Les catégories bantam AA, midget AAA ( Lions du Lac St-Louis), puis junior tiers II, (Élites de Châteauguay), se succédèrent à tour de rôle; jusqu’à ce que survienne l’annonce de son embauche avec la formation du Collège Français de Verdun de la LHJMQ. « Quelques mois plus tôt, nous (Élites de Châteauguay) avions éliminés le Collège Français dans les rangs junior tiers II lors d'une série qui s'était rendue au septième match. De plus, les membres de cette organisation cherchaient un entraîneur qui pouvait projeter l’image d’un professeur. Après avoir pesé le pour et le contre, en compagnie de mon épouse et mon employeur, j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour tenter ma chance dans la LHJMQ. » Dès sa première campagne dans le circuit Gilles Courteau, en 1991-92, notre invité fut couronné au titre d’entraîneur recrue. Ses talents furent reconnus à l’échelle du Québec puisque la saison suivante on a eu recours à ses services comme assistant-entraîneur derrière le banc de la formation toute étoile du Québec lors du tournoi disputé à Sudbury. Après deux saisons à Verdun, l’équipe fut vendue à une partie du célèbre clan Morissette. Rajotte, lui, s’est retrouvé à la barre des Prédateurs de Granby. Mais son passage dans cette ville lui laissa plutôt un goût amer : il se trouvait en Alberta, à Red Deer, dans le rôle d’adjoint avec l’Équipe Canada Junior lorsqu’il prit conscience que la direction des Prédateurs l’avait embauché dans le simple but de faire le grand ménage. À Red Deer, on lui avait confié le mandat de faire produire l’attaque à cinq. Cette unité spéciale pouvait compter entre autres sur les services de Alexandre Daigle et Éric Dazé lors de cette année où la grève fut décrétée dans la LNH. Le « Dream Team canadien » , qui bénéficia d'une vision inespérée au petit écran, boucla le tournoi avec un taux de réussite de 45% en surnombre. Ces moments mémorables ont conservé une place de choix dans ses souvenirs puisqu’il aida sa formation à remporter le Championnat du Monde. Par la suite, c’est à Victoriaville, non sans avoir fait une brève escale avec le Titan du Collège Français de Laval, qu’il est allé vivre ses meilleurs moments au sein du circuit Courteau. Le successeur de Jean Hamel a piloté les Tigres durant plus de cinq années. En plus de s’être façonné un dossier de 178 victoires, il fut un personnage très impliqué dans la communauté des Bois-Francs. D’ailleurs, lors de son licenciement en fin de saison 1999-00, une partie de la population manifesta sa colère et fit circuler une pétition afin que l’organisation révise ses plans, mais ce fut peine perdue.
Pendant ce temps, à Chicoutimi, Guy Carbonneau, qui était à la fois président des Saguenéens et membre de la direction du Canadien, avait eu vent que Réjean Houle s’était enchérit des services de ce pilote reconnu pour le développement des joueurs. Embauché le 25 octobre 2000 par une formation qui n’allait nulle part, celui qui comptait déjà huit années d’expérience derrière le banc de formations de la LHJMQ ramena l’intérêt du hockey au Centre Georges-Vézina en permettant à la formation du Saguenay d’accéder aux séries éliminatoires. La saison suivante, les Saguenéens figurèrent comme l’une des puissances de la Ligue, mais le toit s’effondra lorsque les Remparts de Québec causèrent une surprise en éliminant la troupe de Alain Rajotte. En début de campagne 2002-2003, pendant que son vétéran cerbère Jeff Drouin-Deslauriers se trouvait sur la touche; Pierre-Marc Bouchard (140 points) et Christian Larrivée (100 points), quant à eux, étaient retenus dans les camps professionnels. L’équipe connut un début de saison en deça des attentes : n’enregistrant que huit gains en vingt et une joutes disputées. L’entraîneur-chef vivait donc chacune des journées avec l’Épée de Damoclès au-dessus de sa tête. C’est le 5 novembre 2002 que le couperet est tombé sur celui qui est campé au sixième rang de tous les temps pour le nombre de victoires dans la LHJMQ. A bout de souffle, désirant redonner la stabilité à son épouse et ses enfants, celui qui a aidé une multitude de jeunes hockeyeurs à grandir a choisi de tourner la page sur sa carrière d'entraîneur dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Àprès une saison et demie dans le circuit Gaudette, il a eu la distinction d'avoir conduit ses troupiers à deux titres de champions en saison régulière et à une grande finale en séries éliminatoires. Dieu seul connait le grand champion de ce printemps 2004, mais pariez quelques huards qu'il connait les demandes de celui qui dirige la formation de Thetford Mines : permettre à ses employeurs et aux partisans du Prolab de savourer leur première conquête de la coupe Futura! À la prochaine. Pour vos commentaires:
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