Nouvelle Prison de Montréal

LES DOUZE PATRIOTES PENDUS AU PIED-DU-COURANT



Au lendemain de l'affrontement sanglant entre les 6,000 soldats de Colborne et les quelque 1,000 patriotes dirigés par Robert Nelson, à Odelltown près de la frontière, au début de novembre 1838, on comptait 50 morts et 50 blessés parmi ces derniers.

Les troupes ont pourchassé les patriotes, les dispersant du côté de Beauharnois, dont le village a été brûlé par les « Glengary Volunteers » - Ontariens d'origine écossaise. Toutes les maisons des patriotes connus ont été incendiées.

Le 19 novembre, Colborne détient 753 prisonniers dont 99 sont condamnés à mort. Léandre Bergeron, dans son Petit manuel d'histoire du Québec, raconte que Adam Thom du « Montreal-Herald » réclame des exécutions immédiates. « Il serait ridicule d'engraisser cela tout l'hiver pour le conduire plus tard à la potence », écrit le journaliste montréalais.

Colborne ordonne donc l'exécution publique de 12 patriotes. Les exécutions auront lieu devant la prison de Montréal, au Pied-du-Courant, à l'angle des rues Notre-Dame et de Lorimier, où se dresse aujourd'hui un monument à la mémoire des douze pendus.

Quant aux autres condamnés, on sait que 58 d'entre eux ont été déportés en Australie, dans des colonies pénitentiaires, deux ont été bannis du pays et 27 ont été libérés sous caution. La sentence de la majorité des condamnés à mort a été commuée.



Qui étaient les douze patriotes pendus?

Pour répondre à cette question, nous avons fouillé dans « l'Histoire des patriotes », de Gérard Filteau, dans « Peuple de la nuit », de Joseph Costisella, et dans le « Petit manuel d'histoire du Québec », de Léandre Bergeron:

CARDINAL JOSEPH NARCISSE

Notaire domicilié à Châteauguay et député du comté de Laprairie de 1834 à 1838, il fut l'un des principaux chefs de la société anticolonialiste des Chasseurs. Après avoir été trahi par les Iroquois, Cardinal a été condamné à la pendaison. Il avait alors quatre enfants et sa femme en attendait un cinquième. Les supplications de sa femme auprès de Colborne n'ont pas suffi à obtenir grâce pour le patriote.

Avant de monter à la potence le 21 décembre 1838, il avait écrit à sa femme : « Le seul regret que j'ai en mourant, c'est de te laisser, chère amie, ainsi que cinq pauvres malheureux orphelins, dont l'un est encore à naître ». Il avait 30 ans et 10 mois.


DUQUETTE JOSEPH

Âgé de 22 ans, Duquette étudiait pour devenir notaire. Membre des Fils de la liberté, il a été trahi et livré aux Anglais, après quoi il a été condamné à mort. Il est monté à la potence le 21 décembre 1838 et fut pendu longtemps... Parce que dans son cas ce fut long.

Costisella écrit: « Le bourreau avait mal ajusté la corde. Dans les convulsions du pendu, on vit le corps de Duquette aller de droite à gauche, puis frapper violemment la charpente ferrée de l'échafaud. Son visage se remplit de meurtrissures, le sang se mit à couler sur ses vêtements. Il vivait toujours. La foule hurla de dégoût et demanda sa grâce. Mais, sur les ordres de l'occupant, le bourreau saisit la corde, ramena le supplicié sur l'échafaud et recommença son œuvre de mort. Il fallut 20 minutes et deux cordes pour l'assassiner ».


DECOIGNE PIERRE THÉOPHILE

Pierre-Théophile est né le 13 mars 1808 à Saint-Philippe-de-Laprairie, fils de Louis Decoigne et Marguerite Bezeau. Il épouse Mary McCabe, une américaine, à Napierville, le 16 octobre 1832, ils auront 2 enfants. Il est d'abord hôtelier à Napierville, puis admis notaire le 6 octobre 1837. Avec ses frères, Louis-Mars et Olivier, il participe à plusieurs manifestations entre autres les Assemblés publics tenus au cours de l'année 1837. Il prend une part active aux charivaris contre les employés du gouvernement.

Decoigne, est perçu comme un chefs dur, décidé, extrémiste et redouté. Il a joué rôle important au niveau du recrutement des troupes patriotes. Son influence était importante et il aimait prendre les devants. Membre des Frères Chasseurs, Decoigne est choisi par les patriotes de son voisinage comme capitaine le 3 novembre 1838. Il est sous les ordres de Cyrille-Hector Octave Côté et Julien Gagnon. Il fut chargé de commander l'avant-garde qui surveillait les troupes de l'Ile aux Noix.

Le 9 novembre 1838, il participe à la bataille d'Odelltown. À cette bataille il se fait remarquer pour sa bravoure et son courage. Après la défaite, il tente de se réfugier aux États-Unis. Il est capturé près de la frontière le 11 novembre et incarcéré à la prison de Montréal le 14 novembre. Il est jugé par une cour martiale et pendant son procès aucun témoin ne peut lui reprocher quoi que ce soit. Pourtant il est condamné à la pendaison.

Il est pendu le 18 janvier 1839, à Montréal. Il était alors âgé de 30 ans. Dès le 14 avril, tous ses biens furent vendus. En 1852, sa femme reçu une indemnité.


HAMELIN FRANÇOIS-XAVIER

Cultivateur, Hamelin devint lieutenant dans l'armée de la résistance. Il a pris une part active dans le combat au cours duquel Walker fut abattu, et il est mort pendu à l'âge de 23 ans (d'autres disent 18 ans), le 18 janvier 1839.


ROBERT JOSEPH JACQUES

Un cultivateur de 54 ans qui a été capitaine dans la milice, pour devenir commandant de l'armée de la résistance. Marié et père de cinq enfants, il est mort par pendaison le 18 janvier 1839.


DAUNAIS AMABLE

Cultivateur et résistant qui fit partie du conseil de guerre qui prononça la condamnation à mort d'un espion nommé Chartrand. Après avoir été acquitté une première fois par un jury canadien-français, Daunais avait repris les armes avec Nelson. Il a été condamné à être pendu et le fut à l'âge de 20 ou 21 ans, le 15 février 1839. Il était célibataire.


SANGUINET AMBROISE

Cultivateur, marié et père de deux enfants, Sanguinet, âgé de 38 ans, a été pendu le 18 janvier 1839, à neuf heures du matin. Il habitait Saint-Philippe et était devenu capitaine dans la résistance. Il appartenait à une famille « ruinée et volée par le tyran Craig » (Joseph Costisella).


SANGUINET CHARLES

Cultivateur à Saint-Philippe également et lieutenant dans la résistance. Il était le frère d'Ambroise et est mort à la potence, le 18 janvier 1839, à l'âge de 36 ans.


DE LORIMIER CHEVALIER FRANCOIS-MARIE-THOMAS

Descendant d'une famille noble, il était un notaire aisé qui s'est fait résistant à l'occupation. Arrêté le 12 novembre 1838, il fut condamné à mort le 20 décembre après avoir été l'un des chefs les plus actifs de la résistance, et avoir travaillé activement à l'organisation de la lutte armée.

De Lorimier avait 30 ans, était marié et père de trois enfants lorsqu'il est monté au gibet d'un pas ferme, le 15 février 1839. La veille de sa mort, depuis sa cellule de la prison de Montréal, il avait rédigé son testament politique qui se terminait ainsi: « ... Et je meurs en m'écriant: vive la liberté, vive l'indépendance!»


NARBONNE PIERRE RÉMI

Peintre et huissier, marié et père de deux enfants, mort pendu. Colonel dans la résistance, Narbonne a été arrêté par des mercenaires mais il a été amnistié en juillet 1838, après la mort de sa femme qui laissait trois enfants en bas âge. Il a repris les armes, notamment lors de la bataille d'Odelltown, et fut fait prisonnier à nouveau puis condamné à mort. Lui aussi a eu une pendaison longue le matin du 15 février 1839.

A ce propos, Costisella écrit: « Le spectacle de son assassinat fut ignoble. Il était manchot, et dès que la trappe s'ouvrit, il saisit de sa seule main valide la corde meurtrière. Un mercenaire se précipita, et le frappa sauvagement à coups de crosse de fusil sur le visage et le bras. Ensanglanté, la figure tuméfiée, Narbonne lâcha prise. Puis il ressaisit à nouveau la corde avec sa main blessée. Plusieurs mercenaires s'acharnèrent à nouveau sur lui, dans une sauvagerie inouïe, au milieu des applaudissements barbares de la foule anglo-saxonne, et des protestations indignées des Québécois présents. La manœuvre se répéta deux ou trois fois. Son affreuse agonie dura environ 15 minutes ».


NICOLAS FRANÇOIS

Instituteur né à Québec, Nicolas participa à la bataille de Saint-Denis, où l'occupant essuya la défaite. Arrêté en juillet 1838, il a été poursuivi pour sa participation à l'exécution de l'espion Chartrand, mais un jury formé de Québécois l'avait acquitté, l'exécution s'étant déroulée conformément aux lois de la guerre. Libéré, François Nicolas refit surface lors de la bataille d'Odelltown, et il fut arrêté le 18 janvier 1839. Il monta sur le gibet le 15 février 1839 en déclarant à vive voix: « Je ne regrette qu'une chose, c'est de mourir avant d'avoir vu mon pays libre, mais la providence finira par en avoir pitié, car il n'y a pas un pays plus mal gouverné dans le monde». Il est mort à 41 ans.


HINDELANG CHARLES

D'origine française, Hindelang a été amené dans la cause de l'indépendance par le fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste, Ludger Duvernay, qui avait dû se réfugier aux États-Unis. Hindelang, fut nommé général de l'armée de la résistance et, après la défaite, il se laissa arrêter. Jugé et condamné le même jour, soit le 22 janvier 1839, par « un simulacre de cour martiale », exécuter par pendaison le 15 février 1839, il plaisanta jusqu'au dernier moment et encouragea ses camarades de combat. Mort à 29 ans.


Sources :
La guerre des Patriotes LE LONG DU RICHELIEU de Réal Fortin, pages 58, 59, 60, Éditions Mille Roches inc.
Gilles Normand, La Presse du 17 novembre 1979.