Source: "Pourquoi les gens consultent-ils les psychologues?", Psychologie Québécoise (Journal de l'Ordre des psychologues), janvier 1995, p. 1.
On le sait, les Québécoises et les Québécois consultent de plus en plus facilement en psychologie. En dix ans, le nombre de psychologues est passé de 3 000 à 5 300. C'est donc que leurs services sont en demande par la population. Mais pourquoi les gens s'adressent-ils aujourd'hui à ces professionnels longtemps considérés comme des ressources ultimes dans les cas de grande détresse psychologique? C'est ce que la Corporation a voulu savoir en commandant un sondage auprès de ses membres. Les résultats de cette enquête ont été rendus publics lors d'une conférence de presse qui coïncidait avec la présentation de la campagne de publicité ayant pour thème "Confiez-nous vos bébittes".
Les 400 psychologues interrogés par la firme Impact Recherche ont d'abord répondu à des questions visant à tracer un profil de la clientèle. Il ressort que les femmes sont de plus grandes consommatrices de soins psychologiques, les hommes ne représentant que 39 % de la clientèle. L'âge des clients se situe plus souvent en bas de 35 ans et la majorité (58 %) des personnes en consultation est composée de gens à revenus modestes. Pour commenter ces résultats, qui peuvent paraître surprenant à priori, le président de la Corporation, Michel Sabourin, a expliqué lors de la conférence de presse que ce sondage avait été effectué autant auprès des psychologues qui interviennent dans le réseau public de la santé que dans les bureaux privés. De plus, les répondants au sondage devaient donner leur opinion sur le revenu de leur clientèle en fonction des catégories : revenu élevé ou modeste.
Les motifs de consultation
Le manque d'estime de soi est l'une des principales raisons qui incitent les Québécois à consulter un psychologue. Suivent de près, dans l'ordre des motifs les plus fréquemment présentés, la dépression et l'anxiété. "Par les temps qui courent, on ne doit pas se surprendre d'un tel résultat, a souligné monsieur Sabourin, car notre époque accorde une trop grande valeur à la compétition et à la haute performance. L'estime de soi est, effectivement, le dénominateur commun de la plupart des problèmes psychologiques actuels."
Autre fait intéressant : le sondage démontre clairement que les problèmes psychologiques varient avec les différentes époques de la vie. Les adolescents se préoccupent surtout de leur relation avec leurs parents tandis que les adultes de moins de 30 ans consultent d'abord pour des problèmes de couple. La dépression et l'angoisse sont le lot des 30 à 50 ans alors que les personnes âgées souffrent, plus souvent qu'autrement, de problèmes de solitude et de dépression.
La santé psychologique de la population
Au cours de ce sondage, les psychologues interrogés ont aussi été appelés à évaluer l'état de santé psychologique de la population. À leur avis, la situation économique difficile que nous vivons actuellement est l'un des principaux facteurs qui peut expliquer que 28 % d'entre eux jugent cet état de santé "bon", 45 % le trouve "moyen" alors que 19 % le qualifie de passable. Par ailleurs, 40 % des psychologues disent que l'état psychologique des Québécois s'est détérioré depuis dix ans, 27 % le considèrent stable et 25 % jugent qu'il y a eu amélioration.
Lors de la conférence de presse, le président a présenté deux interprétations possibles de ces résultats. La première est de considérer que la situation économique actuelle crée des problèmes qui amènent les gens à manifester des signes d'angoisse et de dépression. "Les gens fragiles émotivement sont plus facilement à l'abri pendant les périodes d'abondance. Par contre, en cas de crise et d'insécurité économiques, ils sont plus vulnérables et peuvent ainsi connaître plus facilement des problèmes psychologiques." La deuxième interprétation proposée par monsieur Sabourin est à l'effet de considérer que de plus en plus de Québécois sont conscients des difficultés personnelles qu'ils éprouvent et qu'ils agissent pour régler ces difficultés en allant chercher de l'aide.
Les résultats de ce sondage s'avéreront très utiles à la Corporation pour orienter ses prochaines activités de promotion et de prévention telles que les tournées de conférences publiques qui seront offertes dans les principales villes du Québec.
Les médias ont accordé un très bon écho à cette conférence de presse; le président a répondu à plusieurs entrevues aux journaux et à la presse électronique, tant des réseaux francophones qu'anglophones de Montréal. Les journalistes ont démontré beaucoup d'intérêt pour les actions entreprises par la Corporation pour sensibiliser le public à la nature des services psychologiques et pour démystifier le rôle du psychologue.
Les motifs de consultation les plus fréquemment présentés
|
|
% |
| INDIVIDUEL | |
| Estime de soi | 47 |
| Troubles d'anxiété | 45 |
| Dépression | 43 |
| Troubles de la personnalité | 20 |
| Dépendances (alcool, drogue, etc.) | 10 |
| Sexualité | 10 |
| Deuil de personne | 10 |
| Troubles du sommeil | 8 |
| Réactions face au diagnostic de maladie | 6 |
| Drogue chez les adolescents | 5 |
| Psychose | 3 |
| Troubles de l'alimentation (obésité, anorexie) | 2 |
| COUPLE | |
| Problèmes de couple | 31 |
| Difficultés à établir une relation amoureuse | 18 |
| Problèmes reliés au divorce | 15 |
| Problèmes reliés à la décision de se séparer | 13 |
| FAMILLE | |
| Problèmes de relations avec la famille | 29 |
| Problèmes de comportement enfants/adolescents | 23 |
| Relations parents - enfants | 22 |
| Familles recomposées | 7 |
| RELATIONNEL | |
| Difficultés à établir une relation amoureuse | 18 |
| Solitude | 18 |
| Troubles d'agressivité (abuseurs) | 15 |
| Victime de violence | 13 |
| Problèmes de relations avec les amis | 10 |
| ÉCOLE ET TRAVAIL | |
| Burnout | 17 |
| Problèmes d'apprentissage scolaire | 15 |
| Orientation professionnelle | 7 |
| Relations au travail | 7 |
| Décrochage scolaire | 6 |
| Perte d'emploi | 5 |
| Changement d'emploi | 3 |
| Retraite | 1 |