Dans la marmite du Nord-Côtier
Auteur :  Henri-Paul Boudreau


Livre de recettes à paraître en novembre 1999

Sur la Côte Nord, on ne manquait de rien.  L'été, le poisson était en abondance suivi des fruits sauvages.  L'hiver la viande provenait de la boucherie de chacun, quelquefois de caribou défendu (la chasse au caribou fut défendu jusqu'à vers 1970), secondé de la viande, du lard et poisson salé et du gibier frais ; la viande de phoque apparaissait également sur nos tables.  Naturellement, la mélasse, dessert préféré, arrivait en baril de 90 gallons que nous appelions communément la tonne de mélasse, régalait jeunes et vieux.

De descendance française, normands, bretons, du Poitou, à l'origine attaché à la terre, l'acadien est devenu pêcheur par le besoin de survivance après la déportation ; Le Nord Côtier, en majorité acadien, était donc un pêcheur de métier.  Il ne fut certainement pas attiré par la qualité du sol ni par la proximité des marchés.  Le poisson constituait la denrée principale pour préparer les plats.

Les mets étaient choisis selon les saisons. L'hiver le gibier tel le lièvre, les binnes à la perdrix étaient populaires.  Dès le départ des glaces, aux mois avec un "R", au temps des grandes marées, tous se rendaient sur les battures pour y cueillir des coques.  Au printemps le hareng frais du mois d'avril était attendu avec impatience suivi du capelan et du saumon.  L'été, la morue, le flétan, le maquereau garnissaient nos tables.  À la fin de l'été, toute la famille se rendait cueillir les fruits sauvages, plaquebières (chicoutais), bleuets, framboises, groseilles, graines rouges (ou airelles).  Sous forme de confiture, ils étaient mis en conserve pour l'hiver.

Chaque famille avait son potager et récoltait ses pommes de terre, ses navets, et carottes.  Les oeufs provenaient du poulailler familial.  Plusieurs familles élevaient un ou deux cochons, un veau, un ou deux moutons.  À l'automne, il faisait boucherie.  Une corvée s'organisait, chacun y mettait du sien.

En octobre, la chasse à la perdrix et aux lièvres était pratiqué par les plus jeunes ; après la classe, les collets étaient visités ; plus tard, on se régalait des produits de boucherie familiale.  Le bateau débarquait les barils de pommes de conserve, les gros "crates" de choux et les barils de 200 livres de lard et boeuf salés en plus des aliments de base : farine, saindoux, vinaigre en baril, etc.

Au tempe des Fêtes, nous mangions le ragoût de Noël, la dinde, les pâtés à la viande, le rôti de porc frais, le jambon et toute la gamme des pâtisseries.  Aux Rois, le gâteau était de mise et contenait deux items qui serviront à choisir une Reine et un Roi ; ces items pouvaient être des boutons de couleur différente, un pois, une fève, etc.

Durant le carême, la morue séchée trempée toute la nuit, était préparée aux jours de jeûne obligatoire soit les mercredi et vendredi.  Le hareng, dessalé et mariné avec de beaux oignons rouges, servi avec des pommes de terre en robe des champs remplaçait la morue à l'occasion ; les jours de jeûne, la Sainte Église permettait la consommation de la viande de phoque, pour nous c'était le loup-marin, produit de la mer.  Le vendredi soir, les bonnes crêpes arrosées de mélasse nous régalaient.  Après la messe quotidienne du matin, on s'empiffrait de galettes à la poudre à pâte, d'oeufs frais, de bonnes grosses rôties, faites à même les ronds de poêle à bois, avec le bon pain de ménage de nos mères.

Et, que dire du four à pain extérieur de ma grand-mère fabriqué de glaise bleue provenant de la rivière du Vieux Fort ?

Ah ! que c'était le bon temps... de la bouffe à s'en pourlécher les babines !


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