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Jules Breton (1827-1906)

Jules Breton est né le 1er mai 1827, dans une région rurale dans le nord-ouest de la France. Sa famille fait partie de la bourgeoisie montante. Son père, Marie-Louis Breton, était maire de Courrières, un petit village du Pas-de-Calas.

Il fit reçut sa première formation artistiques, non loin de son village natal, au Collège Saint-Bertin, près de Saint-Omer, puis du Collège Royal de Douai. En 1842, il fit la connaissance du peintre Félix de Vigne (1806-1862), qui fut si impressionné par son jeune talent, qu'il persuada la famille de lui laisser étudier les arts. En 1843, Breton quitta son foyer pour Gand, en Belgique, où il continua ses études artistiques à l'Academie Royale des Beaux-Arts de Vigne, sous la direction du peintrre Hendrik Van der Haert (1790-1846). En 1846, Breton déménagea à Anvers, où il prit des leçons du Baron Gustaf Wappers ; il s'occupa également à faire des copies des maîtres flamands. Formé comme peintre académique, Breton était néanmoins sensible aux autres tendances en peinture, notamment le rôle de la peinture de genre. En 1847, Breton quitta finalement pour Paris où il espérait parfaire sa formation artistique à l'École des Beaux-Arts.

À Paris, il étudia à l'atelier du peintre de genre Michel-Martin Drolling (1786- 1851). Il rencontra, et dévint ami avec plusieurs peintres réalistes (François Bonvin, 1817-1887 et Gustave Brion, 1824-1877). Ses premiers tableaux reflètent d'ailleurs leur influence, mais aussi sa compassion pour les démunis, principales victimes de la Révolution de 1848. En 1854, Breton retourna dans son village natal et commença les Glaneuses, une oeuvre qui le fit connaître et qui lui ouvrit les portes d'une carrière pleine de succès. En 1858, Breton épousa la fille de son mentor, Élodie de Vigne. Élodie deviendra d'ailleurs un de ses modèles préférés. L'année suivante naît leur fille unique, Virginie, qui deviendra elle-même peintre (Virginie Demont-Breton, 1859-1935).

Durant les années 1870, 1880 et 1890, la réputation de Jules Breton, ses expositions assurèrent sa réputation auprès de la Troisième République. Plus tard dans sa carrière, Breton continua son illustration de la vie paysanne, mais dans une manière plus proche des peintres symbolistes que des réalistes. Mais ses peintures poétiques des paysannes, sur fond de crépuscule, demeurèrent particulièrement populaires auprès des collectionneurs américains. Breton fut extrêmement populaire de son temps. Il devint membre de l'Institut de France et de l'Académie des Beaux-Arts en 1886.

Il est le premier « peintre paysan », comme il devait se définir lui-même en 1896, à devenir ainsi membre de l'Institut. Il est de ceux qui ont abandonné l'idée que la prestigieuse Italie présentait les meilleurs modèles aux artistes et ont décidé de peindre la vie de leur pays natal, de créer ainsi la peinture d'histoire de leur temps. On sait que, sous le Second Empire, l'administration des Beaux-Arts et la critique réactionnaire furent sévères pour Courbet et Millet, mais épargnèrent largement Jules Breton, qui collectionna les médailles et les décorations à partir de 1855 et obtint des achats réguliers pour le musée du Luxembourg, signe visible de consécration officielle. Breton sera d'ailleurs l'un des peintres fétiches du Second Empire et de la Troisième République. Loin des audaces de Courbet ou même de Millet, il présente une image idéalisée du monde paysan, héritée du romantisme socialiste de 1848, qui plaît aux tenants d'un « réalisme moral ».

Il présenta de nombreuses oeuvres chaque année au Salon et poursuivit ses écrits poétiques qui donnèrent lieu à plusieurs publications chez l'éditeur Alphonse Lemerre : Un peintre paysan (1896), Savarette (1898) et Nos peintres du siècle.

Victime des critiques acerbes d'un Baudelaire, souvent comparé et opposé à Millet, évoqué à plusieurs reprises par Vincent Van Gogh dans ses lettres à Théo, Jules Breton fut un personnage incontournable de la vie artistique après 1850, comme en témoignent ses récompenses ou ses nombreuses décorations officielles, et l'achat de ses toiles par l'Empereur et les collectionneurs anglo-saxons.

Jules Breton est mort le 5 juillet 1906 dans son hôtel particulier à Paris.

En plus d'être peintre, Breton fut également un écrivain reconnu, qui publia une volume de poèmes et plusieurs ouvrages en prose concernant sa vie de peintre ainsi que la vie d'autres artistes qu'il connût personnellement. Encouragé par son ami José Maria de Heredia, il publia en 1875 un recueil de poèmes, Les champs et la mer, qui lui valût un succès considérable. Il fut largement louangé par la critique et ses pairs, y compris des luminaires tels que Victor Hugo, Fromentin, et Anatole France. Il publia ensuite un roman du terroir, Jeanne (1880), puis ses Mémoires (1890), Un peintre paysan (1895), et quelques autres poèmes, toujours bien accueillis. Sa poésie se situe dans la lignée de ses amis Leconte de Lisle et José Maria de Hérédia. Parmi ses poèmes évocateurs qui accompagnent certaines de ses peintures, l'un deux, intitulé « Hameaux de Finistère » retient l'attention.


Nocturne

    La nuit se mêle encore à de vagues pâleurs ;
    L'étoile naît, jetant son reflet qui se brouille
    Dans la mare dormante où croupit la grenouille.
    Les champs, les bois n'ont plus ni formes ni couleurs.

    Leurs calices fermés, s'assoupissent les fleurs.
    Entrevue à travers le brouillard qui la mouille,
    La faucille du ciel fond sa corne et se rouille.
    La brume égraine en bas les perles de ses pleurs.

    Les constellations sont à peine éveillées,
    Et les oiseaux, blottis sous les noires feuillées,
    Goûtent, le bec sous l'aile, un paisible repos.

    Et dans ce grand sommeil de l'être et de la terre,
    Longtemps chante, rêveuse et douce, des crapauds
    Mélancoliquement la flûte solitaire.

    Jules Breton, tiré de Les champs et la mer (1875)


Références :


Oeuvres poétiques :


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