Nox Oculis


René Chopin (1885-1953)

Poète. Né à Sault-au-Récollet le 2 avril 1885 et mort le 28 juin 1953.

René Chopin fait ses études classiques au Collège Sainte-Marie et ses études de droit à l'Université Laval à Montréal, où il rencontre Paul Morin qui encourage la publication de ses poèmes. Devenu notaire en 1910, il voyage à Paris et à Rome avant d'exercer son métier. De retour au Canada en 1911, il est notaire tout en poursuivant son travail d'écriture. Avec l'appui de Paul Morin et de Marcel Dugas, il publie son premier recueil de poésie en 1913. À partir de 1914, il collabore au Nigog, à La Revue moderne et à L'Action. René Chopin est également critique littéraire au Devoir en 1944.


La splendeur du vide

    Silence d'une nuit et de neige et d'étoiles
    Où, fresques de lumière, immobile, à travers
    La vitre nette et bleue, étincelle sans voiles,
    Sous mes yeux éblouis le coeur de l'univers !

    Le vaste écran tendu de la nocturne scène
    Me compose un décor tout à coup révélé :
    Rien n'y bouge, rien n'y respire, aucune haleine
    Ne ternit le cristal du bloc immaculé.

    L'inaltérable éther luit à l'horizon blême.
    Là-haut, l'étoile, pleur congelé dans le ciel,
    N'est plus qu'une fragile et scintillante gemme
    Et ne saurait plus dire aux Mages : C'est Noël !

    Les Monts neigeux ont tu l'énigme du Mystère,
    Taciturnes comme des Sphinx ensevelis :
    À jamais confondus vainement ils tentèrent
    D'écarter leur linceul en soulevant ses plis.

    Ô mutisme effrayant d'un monde sans pensée,
    Traversé de lueurs au dur éclat d'acier !
    L'astre mort des minuits reflète renversée
    La terre chaotique où brillent les Glaciers.

    Ne vas-tu pas toi-même entrer dans la Nuit froide,
    On dirait un sépulcre atone et singulier,
    Où reposer, le coeur serein, tes membres roides
    Et, comprenant l'erreur de la Vie, oublier...

    Je frissonne, j'ai peur. Ma chambre est si déserte !
    Le silence y bruit d'un clair bourdonnement,
    Et j'écoute face à face avec l'être inerte
    Si mon sang bat toujours son faible battement.

    Je rêve et communie à la splendeur du Vide.
    Ah! combien je comprends ta froide majesté,
    Ô Silence infini, Voix de l'Éternité,
    Qui pénètres mon songe et qui me rends livide !

    René Chopin, tiré de Le Coeur en exil (1913)


Références :


Oeuvres poétiques :


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