Nox Oculis


Du Fu (Tu Fu) (712-770)

Poète chinois. Élevé selon la tradition confucéenne dans une famille de mandarins, il échoua aux examens qui lui auraient ouvert l'accès à la carrière politique qu'il souhaitait faire. Toute sa vie, le sort lui fut malheureusement contraire. Témoin et victime des tragiques événements entraînés par la révolte d'An Lushan (après 755) -- l'insurrection, la famine, la chute de l'empire des Tang  --, il mena avec sa famille une existence précaire, parsemée d'épreuves et de désillusions. Son œuvre, dont nous sont parvenus quelque mille cinq cents poèmes, décrit avec un profond sens de l'humain les horreurs de la guerre, la solitude, la misère, la vieillesse, la séparation d'avec les siens. Parvenu à une parfaite maîtrise de la technique poétique, il excelle à faire naître l'émotion par la puissance de ses parallélismes, et réussit, mieux que nul autre, à suggérer le lien entre l'homme et l'univers. Il apparaît dans la poésie chinoise comme le grand maître de la poésie régulière caractérisée par une prosodie très stricte et simultanément comme le pionnier de la réforme littéraire. Méconnu de son vivant, Du Fu ne fut estimé à sa juste valeur que par Han Yu (768-824), un partisan du « retour à l'antique », et ce n'est qu'au Xe siècle que ses poèmes apparurent dans des anthologies. Considéré sous la dynastie des Song comme le plus grand poète chinois, avec Li Po, il est surnommé par les Chinois le « saint de la poésie ».

Une des caractéristiques du langage poétique chinois est son ambiguité. Du Fu fut l'un des premiers poètes à exploiter à fond cette ambiguité dans ses poèmes. Les poètes chinois les plus anciens se servaient des expressions les plus couramment utilisées, évitant ainsi toute possibilié de mauvaise interprétation ou de sens multiple. Du Fu, quant à lui, joua avec les subtilités de la langue chinoise. Par exemple, il pouvait prendre un mot normalement utilisé comme un nom dans la langue poétique chinoise et créer une phrase où ce mot fonctionnait comme un adjectif, un verbe ou un adverbe, laissant ainsi au lecteur le choix d'interpréter le sens du texte.


Full Moon

    Above the tower -- a lone, twice-sized moon.
    On the cold river passing night-filled homes,
    It scatters restless gold across the waves.
    On mats, it shines richer than silken gauze.
    Empty peaks, silence: among sparse stars,
    Not yet flawed, it drifts. Pine and cinnamon
    Spreading in my old garden . . . All light,
    All ten thousand miles at once in its light !

    Du Fu, traduit par David Hinton


Références :


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