Nox Oculis


William Wordsworth (1770-1850)

Poète anglais, auteur, avec Coleridge, des Ballades lyriques, qui marquèrent la naissance du romantisme en Angleterre. Wordsworth naquit le 7 avril 1770, à Cockermouth, dans le Cumberland. Devenu orphelin à huit ans, il fut élevé, avec ses frères et sa sœur, par ses grands-parents. À Cambridge, il manifesta peu de goût pour les études et, en été 1790, se promena à travers la France et la Suisse. Cette expérience fut renouvelée en 1791, lorsque, diplôme en poche, il repartit pour la France, où il prit parti pour les idéaux de la Révolution française. Sa maîtresse rencontrée à Orléans, Annette Vallon, donna naissance à une fille en décembre 1792. Pour une raison inconnue, Wordsworth semble les avoir abandonnées ; quoiqu'il en soit, la guerre qui opposa bientôt l'Angleterre à la France (1793) l'empêcha de voir l'enfant avant qu'elle eût neuf ans.

De retour en Angleterre, Wordsworth s'installa avec sa sœur, dont il était très proche, à Racedown dans le Dorsetshire. En 1797, il gagna Alfoxden, dans le Somersetshire, non loin de la demeure de son ami Coleridge. Ils voyagèrent beaucoup ensemble, notamment en Allemagne. Puis, en 1799, Wordsworth s'installa à Dove Cottage, dans la région des Lacs. Comme le poète Robert Southey et Coleridge vivaient non loin de là, ils devinrent tous trois connus sous le nom de poètes lakistes. Cependant, leurs affinités littéraires évidentes ne permettent pas de considérer qu'ils formaient véritablement une école poétique. À partir de 1800, les idées politiques et intellectuelles de Wordsworth, influencées par son cercle d'amis -- notamment sir Walter Scott -- et par les dérives de la Révolution française qui avaient mené à l'avènement de Napoléon, subirent de profonds changements et, en 1810, il était devenu résolument conservateur. En 1802, il épousa son amie d'enfance Mary Hutchinson, qu'il évoqua dans un charmant poème lyrique, She Was a Phantom of Delight. En 1813, le poète, qui avait eu des difficultés à vivre de sa plume, obtint l'emploi de vendeur de timbres à Westmorland pour un salaire de 400 livres par an. Par la suite, les voix des critiques s'élevèrent en sa faveur et il n'est pas abusif de dire qu'il connut la gloire à partir des années 1830. En 1842, il se vit accorder une rente par le gouvernement et, l'année suivante, succéda à Southey comme poète lauréat. Il mourut à Rydal Mount, le 23 avril 1850, et fut enterré dans le cimetière de Grasmere.

Les œuvres de Wordsworth se caractérisent par leur force et leur grâce lyrique ; les plus grandes d'entre elles sont profondément imprégnées de la puissance mystique qu'il attribuait à la nature, perçue comme le lieu de la manifestation divine.

Il écrivit ses premiers poèmes très jeune, mais ne publia rien avant 1793. Ses premiers ouvrages édités furent la Promenade du soir et Esquisses descriptives, des œuvres qui, malgré leur fraîcheur et leur originalité, reflètent encore l'influence de la poésie compassée du XVIIIe siècle.

La rencontre de Wordsworth avec Samuel Taylor Coleridge, qui avait été l'un de ses premiers admirateurs, fut déterminante sur le plan littéraire. Ils écrivirent en collaboration un recueil de poèmes intitulé Ballades lyriques, dont la première édition fut établie en 1798 et qui, par sa facture, sa thématique et son lexique, annonçait déjà l'évolution de la poésie aux XIXe et XXe siècles. Ce recueil, considéré comme l'origine du mouvement romantique en Angleterre, constituait une véritable révolte contre le classicisme contemporain : il fut naturellement accueilli avec hostilité par les principaux critiques de l'époque.

Afin de faire connaître sa théorie poétique, Wordsworth écrivit une préface à la seconde édition des Ballades, établie en 1801. Il y démontre que la poésie provient de l'expérience directe des sens et des « émotions éprouvées en toute quiétude ». Opposé à une approche formelle et intellectuelle de la poésie, qui selon lui la privait de toute puissance lyrique, Wordsworth affirma que les événements et les mots de la vie quotidienne constituaient le matériau idéal du poète : loin d'apaiser les critiques, cette préface ne fit qu'en accroître l'hostilité.

Pendant ses séjours en Allemagne avec Coleridge, en 1798 et en 1799, Wordsworth écrivit quelques-uns de ses meilleurs poèmes lyriques et commença le Prélude, première partie d'un ambitieux ouvrage sur la condition de l'homme et ses relations avec la nature. Ce remarquable récit introspectif, relatant la crise morale qu'il avait traversée en voyant s'effondrer les idéaux de liberté incarnés par la Révolution française, fut achevé en 1804, mais il subit de nombreuses corrections et ne fut finalement publié que bien plus tard, à titre posthume, en 1850. En 1807, le poète établit l'édition de ses Poèmes où figurent la plupart de ses meilleurs textes, notamment de très beaux sonnets. Avec l'âge, son inspiration diminua, et ses derniers poèmes, moralistes et rhétoriques, ne sauraient être comparés aux ballades lyriques de sa jeunesse. En 1814, il publia l'Excursion, qui constitue une suite du Prélude, mais dépourvue de la puissance et de la beauté de l'œuvre antérieure.

Parmi les autres œuvres poétiques de Wordsworth, il faut citer sa célèbre Description du paysage des lacs (1810, complétée en 1822), la tragédie les Frontaliers (1842) et le Reclus (1888).


Star-Gazers

    What crowd is this ? what have we here! we must not pass it by ;
    A Telescope upon its frame, and pointed to the sky :
    Long is it as a barber's pole, or mast of little boat,
    Some little pleasure-skiff, that doth on Thames's waters float.

    The Showman chooses well his place, 'tis Leicester's busy Square ;
    And is as happy in his night, for the heavens are blue and fair ;
    Calm, though impatient, is the crowd ; each stands ready with the fee,
    And envies him that's looking ; -- what an insight must it be !

    Yet, Showman, where can lie the cause ? Shall thy Implement have blame,
    A boaster, that when he is tried, fails, and is put to shame ?
    Or is it good as others are, and be their eyes in fault ?
    Their eyes, or minds ? or, finally, is yon resplendent vault ?

    Is nothing of that radiant pomp so good as we have here ?
    Or gives a thing but small delight that never can be dear ?
    The silver moon with all her vales, and hills of mightiest fame,
    Doth she betray us when they're seen ? or are they but a name ?

    Or is it rather that Conceit rapacious is and strong,
    And bounty never yields so much but it seems to do her wrong ?
    Or is it, that when human Souls a journey long have had
    And are returned into themselves, they cannot but be sad ?

    Or must we be constrained to think that these Spectators rude,
    Poor in estate, of manners base, men of the multitude,
    Have souls which never yet have risen, and therefore prostrate lie ?
    No, no, this cannot be ; -- men thirst for power and majesty !

    Does, then, a deep and earnest thought the blissful mind employ
    Of him who gazes, or has gazed ? a grave and steady joy,
    That doth reject all show of pride, admits no outward sign,
    Because not of this noisy world, but silent and divine !

    Whatever be the cause, 'tis sure that they who pry and pore
    Seem to meet with little gain, seem less happy than before :
    One after One they take their turn, nor have I one espied
    That doth not slackly go away, as if dissatisfied.

    William Wordsworth, 1806


To the Planet Venus, an Evening Star

    Though joy attend Thee orient at the birth
    Of dawn, it cheers the lofty spirit most
    To watch thy course when Day-light, fled from earth,
    In the grey sky hath left his lingering Ghost,
    Perplexed as if between a splendour lost
    And splendour slowly mustering. Since the Sun,
    The absolute, the world-absorbing One,
    Relinquished half his empire to the host
    Emboldened by thy guidance, holy Star,
    Holy as princely -- who that looks on thee,
    Touching, as now, in thy humility
    The mountain borders of this seat of care,
    Can question that thy countenance is bright,
    Celestial Power, as much with love as light ?

    William Wordsworth, dans Yarrow Revisited, and Other Poems


Who but is Pleased to Watch the Moon on High

    Who but is pleased to watch the moon on high
    Travelling where she from time to time enshrouds
    Her head, and nothing loth her Majesty
    Renounces, till among the scattered clouds
    One with its kindling edge declares that soon
    Will reappear before the uplifted eye
    A Form as bright, as beautiful a moon,
    To glide in open prospect through clear sky.
    Pity that such a promise e'er should prove
    False in the issue, that yon seeming space
    Of sky should be in truth the stedfast face
    Of a cloud flat and dense, through which must move
    (By transit not unlike man's frequent doom)
    The Wanderer lost in more determined gloom.

    William Wordsworth, 1846


Références :


Bibliographie :


Oeuvres :


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