Nox Oculis


Contact sur Epona / Yellow Submarine 141 : Dossier extraterrestres, 2002.


Qui n'a pas rêvé de rencontrer l'Homme des Étoiles ? Depuis les Anciens Grecs, qui imaginaient déjà d'autres mondes et d'autres humanités, jusqu'au films populaires de Spielberg tels E.T. et Rencontre du Troisième Type, en passant par les théories sur la pluralité des mondes habités de Gordiano Bruno et du sieur de Fontenelle, le désir de rencontrer une humanité différente se trouve à la source de nombre d'utopies et de contes philosophiques. Chez les Anciens, l'Autre était le Barbare, qui vivait en dehors de l'úcoumène ; chez les auteurs médiévaux, les terrae incognitae étaient habité par des hommes monstrueux aux membres difformes ou au faciès d'animaux ; à la Renaissance, les peuples de la Lune ou des îles inconnues reflèteront l'image déformée et souvent comique que l'on se faisait des autres sociétés européennes ; tandis qu'à l'époque des Lumières, l'Autre sera représenté par le bon sauvage, que l'on découvrait dans les contrées inexplorées d'Amérique et d'Océanie.

Depuis plus d'un siècle, ce sont les auteurs de science-fiction qui se sont emparés de la figure emblématique de l'Autre, pour élaborer le cliché de l'extraterrestre, notre frère/ennemi d'outre espace. Sous l'influence des connaissances scientifiques, l'extraterrestre est passé de la simple caricature humaine à une altérité véritable, reflet d'un environnement étranger et singulier, dont on mesure aujourd'hui de plus en plus l'ascendant sur tous les aspects du vivant.

Plus récemment, les scientifiques, enhardis par l'apparition des nouvelles sciences de la vie ainsi que par le succès des sondes spatiales et le développement de méthodes de plus en plus sophistiquées de détection en astronomie, ont commencé eux-aussi à s'intéresser à la vie extraterrestre. Par exemple, la NASA, sans doute soucieuse de ses devoirs en matière de contamination biologique, s'implique plus activement dans la détection de vie ailleurs dans le système solaire grâce au programme d'exobiologie géré par son Bureau des sciences spatiales et grâce à l'Institut d'astrobiologie qu'elle soutient. L'agence spatiale prévoit d'ailleurs envoyer une sonde explorer l'océan interne d'Europe, un des satellites de Jupiter qui pourrait abriter une vie aquatique primitive sous la couche de glace constituant sa surface. Existence d'eau sur Mars, traces fossiles d'acides aminés dans une météorite martienne, comètes contenant les germes de la vie et ensemençant les planètes, autant de titres qui font maintenant les manchettes des journaux et des revues d'astronomie.

Le bilan des recherches sur le SETI (Search for ExtraTerrestrial Intelligence), bien que décourageant au premier abord si l'on tient compte des résultats négatifs des programmes passés et actuels ainsi que des nouvelles données concernant les zones d'habitabilité cosmique dans notre galaxie, doit nous rappeler que la probabilité de découvrir une civilisation extraterrestre, si elle demeure infime, augmente au fur et à mesure que nos moyens de détection se perfectionnent. Aussi, les scientifiques ont-ils éprouvés le besoin d'explorer les scénarios découlant du succès d'une telle entreprise.

En effet, quelle seront les conséquences pour l'humanité si nous découvrons l'existence d'une vie ailleurs dans l'univers, ou mieux encore, d'une intelligence totalement différente de la nôtre ? Que ferons-nous ? Quelles seront les étapes qui suivront la détection du signal ? À quels scénarios peut-on s'attendre ? Tenterons-nous d'entrer en contact et de communiquer avec ces formes de vie étranges, sinon étrangères ? Et comment nous y prendrons-nous ? Autant de questions qu'il faut se poser avant le "Jour du Contact" si l'on ne veut pas être pris au dépourvu par les circonstances d'une opinion publique hostile, l'existence de protocoles de communication mal conçus, ou les difficultés peut-être insurmontables d'un échange culturel inter-espèces.

Si les études concernant l'impact sociétal de la découverte d'une autre vie intelligente commencent seulement à intéresser sérieusement les chercheurs du SETI, il existe cependant un autre groupe qui débat de ce genre de questions depuis belle lurette... les auteurs de science-fiction, bien entendu ! Les scientifiques ont découvert -- tardivement, et avec quelque réticence -- qu'ils pouvaient s'inspirer d'un large corpus d'idées liées au thème du contact avec les extraterrestres. Un dialogue particulièrement fructueux s'est d'ailleurs établi entre les spécialistes de divers domaines et les écrivains de science-fiction, à l'intérieur d'un symposium annuel consacré au CETI (Communication with Extraterrestrial Intelligence).

Les conférences CONTACT

CONTACT 2002 : Cultures of the imagination
CONTACT 2002: Cultures of the imagination
The 19th Annual Conference
Theme : Is the Cosmos Rife with Life ?
1er au 3 mars 2002, au Marriott Hotel, Santa Clara, Californie, États-Unis
Pour plus d'information sur l'organisation de CONTACT, communiquez en anglais avec Jim Funaro (jafunaro@cabrillo.cc.ca.us).

Depuis 1983, une conférence interdisciplinaire réunit à chaque année des spécialistes de tout acabit (cryptographes, exobiologistes, chercheurs SETI, sociologues, anthropologues, futuristes, etc.) ainsi que des artistes et des auteurs de science-fiction afin d'échanger des idées et de spéculer sur les modalités de contact avec d'autres formes de vie et de civilisation extraterrestres.

Aujourd'hui, ce congrès est devenu une organisation professionnelle et scientifique internationale de même qu'une corporation soutenant des activités d'enseignement dans de nombreuses universités. En dehors des séminaires techniques, communications scientifiques et exposés habituels à ce genre de forum, l'un des aspects les plus fascinants de CONTACT se trouve dans ses ateliers de simulation, de véritables laboratoires où l'on conduit des expériences virtuelles de CETI. Notons que ces jeux de rôle sont ouverts au public et qu'il est ainsi possible d'observer les débats, et même de participer au déroulement en temps réel de ces "wargames", tout au long d'une fin de semaine de trois jours.

La conférence CONTACT de 2002 a réuni des scientifiques de premier rang tels que Rusty Schweickart (astronaute), Frank Drake (astronome spécialiste en SETI), Seth Shostak (astronome), Bob Zubrin (ingénieur et défenseur d'une mission spatiale vers Mars), Marvin Minsky (chercheur en intelligence artificielle), de même que des auteurs de science-fiction de renom, surtout connu pour les oeuvres de "hard-science", comme Larry Niven, Jerry Pournelle, Vernor Vinge.

Les écrivains de science-fiction sont d'ailleurs souvent invités à décrire leurs méthodes de création de monde, comment ils imaginent les extraterrestres, ainsi que la manière dont ils appréhendent un possible contact. Cette approche permet de sensibiliser les scientifiques à diverses questions d'ordre épistémologique ou sémiologique ainsi que de poser les bonnes questions au niveau de la relativité des valeurs culturelles, l'importance de l'évolution sociobiologique dans nos désirs de communication, le processus d'interprétation autant dans l'action que dans le langage, etc.

Depuis quelques années, la NASA, par le biais de certains de ses centres de recherche, s'intéresse activement aux débats des conférences CONTACT. Ainsi, la conférence 2002 s'est en partie déroulé au NASA Ames Center, dont une des missions touche à l'astrobiologie. Voici quelques questions abordées lors des derniers ateliers : Qu'est-ce que la vie et comment la reconnaîtrons-nous si nous la trouvons dans l'univers ? Comment la vie peut-elle exister sur ou autour des planètes géantes ? La panspermie (ou le transfert de la vie entre les mondes) peut-elle exister ? Quelles sont les implications de l'échec du SETI ? Et les implications si nous trouvons des formes de vie non-humaines parmi les étoiles ? Quelles pourraient être les spécificités de la communication non-humaine ?

Mais si ces débats se révèlent tout aussi intéressants pour le grand public que pour les chercheurs spécialisés dans ces domaines, ce sont surtout les ateliers de simulation qui font tout l'intérêt des conférences CONTACT.

Les ateliers de simulation

L'atelier le plus populaire, en autre parce qu'ouvert à la contribution active de non-spécialistes, est le Culture Of The Imagination (COTI). Cette expérience virtuelle de contact avec une autre civilisation permet aux participants de créer un monde étranger, une forme de vie extraterrestre avec sa culture, et de simuler le contact avec une société humaine future. Une équipe construit un système solaire, avec ses mondes, leur écologie, etc., utilisant toujours les principes scientifiques comme guide à leur imagination. L'autre équipe, quant à elle, conçoit une colonie humaine, avec sa propre dynamique culturelle. À travers une procédure de "révélations" progressives, les deux équipes simulent -- et expérimentent en temps réel -- un contact entre ces deux cultures fictives, explorent les problèmes de communication, et les potentialités d'adaptation découlant d'un échange interculturel.

L'atelier de SolSysSim, créé pour la première fois en 1987, tente de construire un modèle d'une communauté humaine future, servant de décor aux autres ateliers de contact extraterrestre. Des équipes d'étudiants universitaires correspondent par l'intermédiaire de courrier électronique et de programmes de réalité virtuelle et bâtissent un environnement plausible futur. De cette manière, ils peuvent également explorer les difficultés de communication future, par exemple, de colonies spatiales isolées. Le public, quant à lui, est invité à visiter le cadre virtuel établi pour cette simulation, dans lequel il peut marcher sur la Lune ou parler à des habitants de Mars.

Destiné aux spécialistes, simSETI, un atelier créé en 1991, consiste en une simulation très élaborée de contact avec une intelligence étrangère. Sur une période de trois ans, une équipe de scientifiques, d'artistes et d'écrivains de science-fiction travaillent de concert afin de créer de toutes pièces une civilisation extraterrestre crédible et cohérente. (Ce processus de construction de monde -- ou "world building" -- est souvent employé par les auteurs de "hard SF" pour étoffer le décor de leur histoire. Poul Anderson, un des maîtres du genre, conduisait d'ailleurs l'atelier initial). Les représentants des extraterrestres conçoivent et envoient donc des messages à la Terre depuis leur planète à des années-lumière de distance. Tout cela simulé par Internet, bien entendu ! Une équipe de participants détecte le signal et doit alors le déchiffrer, l'interpréter, le comprendre, prédire l'accueil de ce signal dans notre monde et formuler une réponse. Le public peut suivre le déroulement de ce scénario par l'intermédiaire de bulletins de nouvelles et de conférences de presse. À la fin de l'atelier, les participants du congrès sont éventuellement confrontés aux " extraterrestres ", qui décrivent leur monde et leur culture, montrent les artefacts réalisés par les artistes de l'équipe de simulation, et expliquent leurs motivations. L'atelier simSETI constitue une simulation réaliste, d'une grande valeur pratique pour les chercheurs de SETI. Ceux-ci considèrent d'ailleurs que ce type d'expérience reproduit autant que possible les conditions d'un test pour les protocoles de communication et de diffusion développés en matière de CETI.

Un premier CONTACT

Comment se déroule un de ces ateliers de simulation ? Prenons l'exemple du premier atelier COTI, qui s'est déroulé en 1983.

Les participants de l'atelier de simulation -- auteurs, artistes et anthropologistes -- se sont d'abord divisés en deux groupes, dont l'un devait jouer le rôle d'extraterrestres. Au départ, les deux groupes n'ont pas d'interaction entre eux, ayant seulement contact avec le modérateur du jeu, un consultant qui fait aussi figure d'expert pour dénouer certains problèmes techniques.

Un monde étranger a été brièvement esquissé, en respectant les contraintes scientifiques (éléments astronomiques, particularités géologiques, répercussions climatiques, etc.). Le système stellaire des E.T. fut alors constitué d'une étoile de type K1 (moins brillante que le Soleil) et d'une planète se trouvant à 1 unité astronomique. Ce monde était donc plus froid que la Terre, avec des saisons plus extrêmes et des calottes glaciaires permanentes, sa surface étant principalement constituée par des océans.

Il devait donc en découler que les E.T. serait des créatures aquatiques, combinant les caractéristiques de certains mollusques, crustacés et cétacés terrestres. Il fut décidé qu'ils obéissaient à des stages de développement distincts qui les obligeaient à une taille croissante au fur et à mesure que leur mobilité se réduisait. Cette biologie particulière conduisait à une société où les jeunes (guerriers-chanteurs) prenaient soin du Nid, tandis que les vieux (rêveurs-philosophes) devenaient complètement immobiles. L'espèce fut nommée les Alchimistes, parce que leurs corps consistaient en de véritables usines chimiques, produisant des messages complexes de sons (ou de chants semblables aux baleines) et de phéromones. L'équipe des Humains, quant à eux, devait également s'inventer de nouveaux rôles. Il fut ainsi décidé que l'équipe de contact soit composée d'une colonie humaine ayant fui une Terre dévastée. Vivant dans l'espace depuis plusieurs générations, ils avaient évolués biologiquement en développant des corps plus fins, des doigts plus longs ainsi qu'une queue préhensile !

Les deux cultures se sont rencontrées dans l'espace. Le développement spatial des Alchimistes avait été plus difficile à cause de leur environnement aquatique, leur vaisseau étant un véritable aquarium ; toutefois, ils étaient mus par des motifs religieux pour leur expansion dans l'espace. Ils venaient tout juste d'atteindre leur orbite quand le vaisseau des Humains est arrivé dans leur système.

Le contact fut joué par les deux équipes devant audience, en utilisant un scénario de jeu de rôle. Un dialogue structuré eut lieu entre les deux équipes, chacune effectuant un "mouvement" ou une action à tour de rôle. Le dénouement eut lieu lorsque les Humains eurent la permission d'entrer à bord du vaisseau des Alchimistes. Malheureusement, à la suite d'un malentendu, les Humains se dirigèrent vers le Nid central, et les guerriers défendant celui-ci, devant cette apparition surprise devant une des endroits les plus stratégiques de la colonie, mirent fin à l'aventure humaine.

Si, au niveau du jeu, le contact s'est soldé par un échec, on ne peut pas le considérer comme tel au niveau du projet. En effet, certains ateliers font la démonstration que le contact entre deux cultures différentes doit être engagé avec circonspection, et qu'avec les risques encourus, certains sacrifices doivent être envisagés. Ainsi, même si l'équipe des Humains pouvait détruire facilement la colonie des Alchimistes en revanche de la mort de leurs envoyés, ils ne le firent pas, et purent ainsi essayer d'autres tactiques de contact. Bien entendu, tout cela n'est qu'une simulation, personne ne fut réellement lésé lors de cet exercice. Mais, les participants purent ainsi faire un pas positif dans la réalisation d'un des objectifs de la conférence CONTACT : développer des approches éthiques dans le contact interculturel, quelles que soient les conditions dans lesquelles elles devront se dérouler.

Les participants des conférences CONTACT ne sont plus les seuls à examiner l'impact sociétal de la réussite du SETI par le biais de la simulation. En effet, d'autres organisations, sensibilisées au pouvoir du jeu de rôle dans l'acquisition de compétences inédites, ont décidé de mettre sur pied des ateliers similaires. Ainsi, la International Space Sciences Organization, un organisme non-gouvernemental dédié au développement de l'exploration spatiale, a orchestré un atelier de simulation de SETI, à Denver, au Colorado, du 9 au 11 juillet 1999. Vingt-quatre participants venus de tous les milieux -- académique, scientifique, militaire, etc. -- se sont penchés sur les divers scénarios de contact possibles, en s'intéressant plus particulièrement aux implications les plus importantes de chacun d'entre eux, afin de mettre sur pied une stratégie globale pour prévoir ces événements et y répondre de façon positive.

Les participants à cette conférence, intitulée "Contact Planning II" se sont divisés en cinq groupes (affaires, religion, gouvernement, science, et media/public) chargés d'anticiper le comportement d'un segment de la société lors d'une expérience de contact avec une intelligence non-humaine. Chaque groupe simula un comportement vis-à-vis huit scénarios différents. Ces scénarios étaient conçus en fonction d'un spectre de réponses potentielles relativement à certains éléments critiques du contact : par exemple, la vitesse à laquelle les événements pouvaient se dérouler, la familiarité ou l'étrangeté des intelligences non-humaines, le danger perçu ou la bonne volonté apparente des E.T. De manière à ce que tous les types possibles de contact puissent être considérés, un exercice fut mis sur pied afin d'identifier un continuum sur les formes, les origines et les formes de communication non-humaines. Ces facteurs sont devenus les ingrédients de scénarios selon lesquels divers événements peuvent être envisagés. Les participants ont pu appréhender de cette manière la difficulté d'un réel contact interculturel. La confrontation à ce genre d'exercices a pu mettre en lumière certains principes directeurs ; par exemple, dire toute la vérité à la population, et se préparer à communiquer et à négocier avec les E.T. de façon amicale et constructive même si leur comportement semble à première vue menaçant.

Comment mettre au monde un extraterrestre

La pollinisation entre scientifiques et auteurs de science-fiction s'est révélé féconde à plus d'un titre. Conséquemment aux exercices de simulation et de jeux de rôle, on a pu observer un intérêt grandissant envers la construction de mondes imaginaires.

C'est d'ailleurs ainsi qu'a débuté le Projet Epona, dans un atelier de création virtuelle à la conférence CONTACT de 1993. Normalement, les participants au COTI n'ont que 72 heures pour bâtir de toutes pièces un monde cohérent, dont la géologie puisse entretenir une écologie plausible, soutenu par une biologie vraisemblable, et qui puisse produire des formes de vie crédibles et une culture appropriée à leur environnement. Cette limitation de temps empêche toutefois d'approfondir ce qui se révèle un exercice fascinant de "science-fiction dure" et de science appliquée. Et c'est en poussant l'étude de toutes les facettes d'un environnement spécifique, qu'une véritable créature étrangère peut émerger, créature que l'on peut détailler avec une plus grande finesse.

Plusieurs participants ont alors décidé de continuer le travail de construction après la conférence et d'augmenter le nombre de collaborateurs. Un système solaire hypothétique a donc été projeté autour de l'étoile 82 Eridani, renommée Taranis, une étoile semblable au Soleil, située à 21 années-lumière dans une constellation de l'hémisphère austral. La décision d'y établir une planète habitable, nommée Epona, a permis aux participants d'y faire naître et d'y développer une race d'êtres intelligents. Aujourd'hui, Epona possède une vie bien à elle, et on peut explorer ses diverses branches évolutionnaires, voir les images de la planète et de ses formes de vie, etc.

Lisez sur Epona

Sites Web : Epona Project :
http://www.io.com/~stefanj/82Eridani/
http://www.cabrillo.cc.ca.us/contact/epona.html

Essai :
G. David Nordley, "Fugue on a Sunken Continent", Analog Science Fiction and Fact, November 1996

Fictions :
Wolf Read, "Epona", Analog Science Fiction and Fact, November 1996
Wolf Read, "Duel For a Dracowolf ", Analog Science Fiction and Fact, November 1998
Wolf Read, "Mirka's Wings", Analog Science Fiction and Fact, February 2001 ; 121(2)

Les mondes d'Epona

Le système stellaire de Taranis comporte neuf planètes. Les quatre planètes intérieures sont de types telluriques (rocheuses comme la Terre) : Belenos et Grannos, deux planètes pareilles à Mercure, Epona (avec une gravité et une pression atmosphérique d'environ la moitié de la Terre) et Sucellus (une planète dont les conditions propices à la vie sont voisines dune Mars jeune). Les quatre planètes extérieures sont des géantes gazeuses : Rosmerta, Borvo, Bormo avec un axe incliné de rotation, Bormanus et son anneau de glace. La dernière planète est Sirona, dont la surface glacée est comparable à celle de Triton. Comme on le voit, la famille planétaire de Taranis ressemble beaucoup à celle du Soleil, les positions orbitales obéissant à la même Loi de Bode-Titus, qui gouverne l'espacement entre les corps célestes dans notre système solaire.

La géologie d'Epona est semblable dans les grandes lignes à la Terre mais diffère par quelques points majeurs. Par exemple, les éléments lourds existent en moindre abondance, ce qui rend compte de sa densité plus faible. Comme Epona est un plus petit monde que la Terre, elle possède un plus grand ratio surface/volume, ce qui provoque une dissipation plus rapide de la chaleur interne du noyau. En retour, cette déperdition d'énergie planétaire a éteint le tectonisme. Sans volcanisme, la lithosphère s'est donc épaissi ; et le mécanisme permettant la création des montagnes, l'orogenèse, s'est arrêté. L'érosion devient alors le seul moteur géologique des masses continentales. Cette inactivité géologique a des conséquences dramatiques sur l'évolution de la vie car il rompt le recyclage des carbonates/silicates. Dans les millions d'années à venir, tout le CO2 sera chimiquement lié à l'écorce de la planète et ne sera plus réutilisé dans l'atmosphère d'Epona, afin de nourrir la photosynthèse. La planète deviendra alors un monde stérile.

La géographie d'Epona est dominée par deux grands continents : à l'est, la région du Continent Englouti, connu sous le nom de Tir fo Thuinn, et à l'ouest, dans l'hémisphère Nord, les Hautes Terres, appelées Ard-Thir. Le Continent Englouti est un craton érodé par la pluie et les âges glaciaires depuis un milliard d'années. Il en résulte un terrain plat, dénudé, dont le paysage s'apparente à la Floride mais à l'échelle continentale. À cause de l'action des glaciers, plusieurs fjords ont été créés, ce qui fait de cette vaste région une ménagerie d'îles et de sous-continents. Ard-Thir, par contre, a connu les derniers épisodes de volcanisme de la planète. La région est constituée d'un renflement de la croûte planétaire (à l'image de la région de Tharsis sur Mars). Le paysage étant surtout constitué de roches volcaniques, de basalte et de coulées de cendres.

Epona supporte une vaste et complexe écologie. C'est notamment la région de Tir fo Thuinn qui a été " étudiée " par les membres de l'atelier COTI. On peut énumérer ici quelques-uns de ses habitants et se concentrer sur le groupe animal qui a donné lieu à l'apparition d'une vie intelligente. D'abord, notons le règne des Archaeanimaux, dont les membres possèdent une morphologie et une physiologie analogues aux organismes terrestres. Bien que ces créatures comportent certaines similarités telles qu'un squelette minéralisé et une musculature, il n'y a pas de vertébrés, et elles diffèrent considérablement de celles de la Terre.

Les Calcariopodiens est une branche animale similaire aux insectes terrestres comprenant les plus dangereux prédateurs de la planète : les Springcrocs.

Le règne des Archaeplantes comprend des organismes à photosynthèse ressemblant superficiellement aux plantes terrestres. Une des espèces les plus répandues consiste dans les Bubbleweed, qui comportent des feuilles en forme de ballon pour retenir le précieux CO2. L'organisme est pélagique, vivant à la surface du vaste océan d'Epona.

Le règne myosquelettique comprend les organismes dépourvus de charpentes osseuses. Au lieu d'un squelette, ces créatures possèdent une structure musculaire frayée, appelée muscles extensibles, donnant à ces métazoaires un corps flexible et élastique. Ce règne animal est divisé en deux branches : celle des Myophytes, des organismes photosynthétiques et celle des Pentapodes, qui a généré plusieurs espèces. Les Pentapodes possèdent un corps en forme de baril, contenant tous les organes vitaux, incluant le cerveau et les équipements sensoriels. Ces sens consistent en quatre yeux, deux oreilles et un organe placé au sommet de la tête, dont la fonction est similaire au sonar. La branche des Pentapodes a produit deux principaux groupes : les Avians et les Cérétridons.

Les Avians ont donné naissance à la seule espèce intelligence d'Epona : les Uther, ou, de leur désignation scientifique, les Eponas utherensis, des créatures ailées.

Des mondes imaginaires à profusion

Epona n'est pas seule à abriter des formes de vie... virtuelles. On trouve aujourd'hui sur le Web des centaines de sites sur la construction de mondes imaginaires, surtout liés aux jeux de rôle. Mais vous pouvez visiter deux planètes, dont la géologie, la biologie, l'histoire, etc., sont décrites : Duallus (http://www.gatwood.net/duallus/) et Fievel (http://mars.utm.edu/~naohcald/fievel.html). Ces deux mondes imaginaires ont été créés par des étudiants universitaires dans le cadre d'un cours sur la construction de mondes.

D'autres exercices du même genre habitent la science-fiction. Citons l'exemple de Poul Anderson, grand architecte de mondes inventés, qui, en communauté avec plusieurs autres auteurs de SF pure et dure, imagina de toutes pièces la planète Cléopatra (A World Named Cleopatra, 1977) et le système de Murasaki (Murasaki, 1992). Dans le roman inspiré de cette dernière création, deux appendices montrent le cheminement scientifique derrière la formation d'un système étonnant de planètes jumelles, nommées Chujo et Genji.

En 1975, Harlan Ellison avait animé un panel sur la construction d'un monde habité, avec sa géographie, son système météorologique, sa biologie, son écologie, ses civilisations, en collaboration Larry Niven, Frederik Pohl, Frank Herbert et d'autres luminaires du genre. Le résultat de ce panel fut publié sous le titre de Medea : Harlan's World (1985). Une des démonstrations scientifiques les plus célèbres demeure Question de poids (1954) d'Hal Clement, où ce dernier imagine de manière très plausible l'énorme planète Mesklin. Celle-ci est animée d'une très grande vitesse de rotation, qui lui a donné une forme très aplatie aux pôles, causant une différence de gravité importante entre l'équateur et les pôles. Si la gravité est de trois gravités terrestres à l'équateur, elle dépasse les 900 G aux pôles !

D'autres mondes extraordinaires, minutieusement détaillés, ont fait les délices des lecteurs de science-fiction. Citons seulement la planète Arrakis et ses Freemen (Dune de Frank Herbert), la planète Tschaï et ses différentes races, les peuples Chasch, Wankh, Dirdir, Pnume (le cycle de Tschaï de Jack Vance), les mondes doubles de Rocheworld (Robert Forward), les planètes Tiamat (dans La reine des neiges de Joan D. Vinge) et Helliconia (dans la trilogie d'Helliconia de Brian W. Aldiss) avec leurs saisons longues de plusieurs siècles, etc.

Jouez au démiurge

Si la construction d'un monde imaginaire permet aux auteurs de science-fiction de jouer au démiurge, pourquoi ne pas essayer vous aussi vos pouvoirs créateurs. Avant l'avènement de l'ordinateur, il fallait posséder de solides connaissances en astronomie, en chimie, en géologie, en biologie afin de pouvoir exécuter tous les calculs relatifs à l'élaboration d'un monde scientifiquement cohérent. Mais aujourd'hui plusieurs logiciels existent afin de nous faciliter la tâche : ils généreront des systèmes solaires et des planètes sur commande, et respecteront les contraintes théoriques de masse, de température, d'atmosphère, etc.

Au lieu de logiciels, vous pouvez également vous servir de sites Web afin d'élaborer en quelques secondes les éléments physiques de votre planète (voir encadré 2). D'autres sites Web vous procureront des cartes et des rendus graphiques de votre monde.

Créez vos propres mondes grâce à ces sites Web :

Éléments physiques

Images et cartes

Sites scientifiques

Points de contact

Le succès des conférences CONTACT a amené ses initiateurs à développer un programme d'études pour les collèges et universités. Ces simulations de contact constituent une méthode inusitée, et fort amusante au demeurant, pour enseigner l'astronomie, la physique, les sciences spatiales et l'anthropologie. De plus, l'utilisation de jeux de rôles permet aux participants d'acquérir une expérience en résolution de conflit et d'élargir leurs horizons culturels en relativisant les valeurs auxquelles ils sont confrontés dans une simulation de ce type.

Toutefois, en dernière analyse, il s'avère impossible d'évaluer le bien-fondé de ces simulations puisque, quoique l'on puisse imaginer comme phénomène étranger, l'univers se révélera plus étrange encore. Une situation de contact avec des créatures extraterrestres constituera un test décisif à la fois pour l'Humanité comme race mais aussi pour ce qui informe notre humanité, les qualités fondamentales qui déterminent ce que nous sommes et qui nous désirons être.

Les ateliers de simulation décrits plus hauts nous forcent à une réflexion plus poussée sur le thème de l'altérité et du comportement éthique de l'homme dans le cosmos. En effet, avant d'anticiper les rapports que nous aurons éventuellement avec nos frères des étoiles, pourquoi ne pas réévaluer les relations que nous entretenons avec les autres créatures pensantes de notre propre planète. Tenter de comprendre l'intelligence non-humaine des cétacés ou des grands primates, et essayer de communiquer avec les espèces inférieures, pourraient nous donner une leçon salutaire de premier contact... surtout si, dans l'éventualité d'un contact avec une race venue des étoiles, nous devions nous trouver dans la situation de l'espèce inférieure !

Les efforts de détection d'intelligence extraterrestre demeureront peut-être à tout jamais vains. Et les histoires qu'écrivent les auteurs de science-fiction resteront peut-être ce qu'elles sont pour l'instant, de la fiction. Mais le désir de communiquer avec l'Autre, par delà les gouffres de l'espace et du temps, n'est pas près de s'éteindre, comme le prouve la pérennité du concept de pluralité des mondes habités à travers l'histoire.

Pourtant, l'importance ultime des ateliers COTI, des jeux de rôle sur le SETI et des conférences CONTACT ne réside pas dans ce qu'ils nous permettent d'entrevoir à propos d'hypothétiques extraterrestres, mais plutôt ce qu'ils nous révèlent de nous-mêmes : notre inépuisable curiosité, nos aspirations les plus nobles comme nos instincts les plus honteux, notre inavouable sentiment de supériorité, la crainte que le cosmos soit à l'image de notre histoire, darwinien et cruel, ainsi que nos espoirs les plus fous, de la Parousie scientifique à l'avènement d'un Sauveur d'outre espace. Du matériel fécond pour les auteurs de science-fiction !

Si, comme le croient les adversaires du SETI, l'humanité est condamnée à être seule dans l'univers, la connaissance de nous-mêmes que nous apportent les conférences CONTACT constitue en soi une justification suffisante pour la tenue de cet événement annuel.


Sites Web

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Création de mondes imaginaires

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