Les MARTEL - paru sous la rubrique "Nos grandes familles"


S'ils se cherchent de nobles origines, les Martel pourront sans peine, en fouillant l'histoire des Francs, s'associer à un prince, prénommé Charles et se découvrir , ainsi, des racines de nobles conquérants... Mais la petite histoire des Martel, si elle est celle des défricheurs, n'offre qu'une conquête: celle de l'homme sur la forêt et sur la terre d'un pays neuf et inexploré. Il faut aux Martel la simplicité d'oublier le prince pour admirer le soldat et le colon et consentir à admettre sur leur blason le solide marteau dont la déformation du nom serait à l'origine de leur patronyme.

Plusieurs Martel ont tenté l'aventure en Nouvelle-France. Partis de la Normandie, de l'Ile-de-France, du Roussillon et du Béarn nous sont venus les frères Raymond et Pierre Gratien de Berhouage ou de Brouage. Le premier n'a pas de descendance après la deuxième génération et le deuxième, par son mariage avec Marie-Charlotte Charest, a laissé un fils qui s'est lui-même perpétué à travers ses filles, laissant une descendance indirecte. Vers 1695, un aubergiste normand, Étienne-Joseph Martel, s'établit à Montréal où deux mariages, l'un avec Antoinette Boucher et l'autre avec Marie-Anne Brabant, le laissent père de plusieurs enfants. Mais le père et la mère de la plus grande famille de ce nom en Amérique sont, sans contredit, Honoré Martel, sieur de Lamontagne et Marguerite L'Admirault ou Lamirault, tous deux originaires de Paris.

Honoré Martel vient au monde en 1632, dans la paroisse Saint-Eustache de Paris. Il est fils de Jean et de Barbe Duchesne. Il n'apprend sans doute pas de métier, puisque c'est la carrière des armes qui l'attire et qui l'invite à s'engager pour le Canada. En 1665, le 30 septembre, il débarque à Québec avec les compagnies qui on accompagné le marquis de Tracy. Honoré Martel est âgé de 33 ans. Son premier hiver se passe à Québec avec les autres hommes de la compagnie d'Alexandre de Berthier. L'année suivante le mènera au fort Saint-Jean et au fort Sainte-Anne. Les trois premières années de son séjour en Nouvelle-France lui en font connaître toutes les difficultés. L'ancêtre y découvre aussi toutes les raisons d'espérer y construire son avenir. Mais, dans ce pays, les futures épouses sont rares et il faut compter sur les secours de la France pour que quelques femmes, dotées par le roi, consentent à y venir dans le but spécifique de s'y marier. Marguerite L'Admirault arrive en 1668. Elle est née à Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris, en 1645.

À l'époque où Marguerite et ses compagnes débarquent à Québec, Honoré Martel, sieur de Lamontagne, habite la paroisse Saint-Louis de Sillery, dans la seigneurie de Gaudardville. Il sait qu'il ne quittera pas cette région, c'est pourquoi il s'engage à entretenir la terre de Jacques L'Archevêque. Un extrait de son contrat, cité dans les Mémoires de la Société généalogique Canadienne-Française par Florence Fernet-Martel, décrit la tâche qui sera celle de l'ancêtre. Il devra "semer, recueillir à moitié le contenu de trois arpents de terre sise au dit lieu de Gaudardville (...) Desquels trois arpents il y en a un de net, et prêt à recevoir semence, et les deux autres en bois abattis lesquels le dit Honoré Martel, sieur de la Montagne sera obligé d'ayder à brûler et nettoyer, etc."

Le 17 novembre 1668, les deux fiancés et plusieurs de leurs amis se réunissent dans la maison du sieur Jean Soulard ou Soullard où, devant le notaire Romain Becquet, il signent leur contrat de mariage. La cérémonie religieuse aura lieu le 26 novembre suivant. Il est probable que, pendant les deux années qu suivent, les Martel s'établissent à proximité de la terre de Jacques L'Archevêque mais le 7 octobre 1670, jugeant le moment venu de vivre sur une terre leur appartenant, ils achètent une habitation et une terre au coteau Sainte-Geneviève ayant trois arpents de front sur la Rivière Saint-Charles par dix arpents de profondeur. Malheureusement, cette acquisition est prématurée, comme l'était également l'humble transaction conclue le 5 juillet 1671, et qui avait amené Martel à louer, pour trois ans, une vache laitière. Charles Aubert de La Chesnaye jouant ici les rôles de vendeur et de locateur, c'est devant ce dernier que, deux fois, en 1672 et en 1673, Martel rendra compte de son incapacité à respecter ses engagements. Le 24 septembre 1673, Martel "reconnaît et confesse ne pouvoir payer les arrérages" et, en conséquence, il "prie" Aubert de La Chesnaye "de reprendre la dite terre et de casser et annuler le contrat offrant (de) lui laisser en sa possession les augmentations qu'ils on faites sur l'habitation mentionnée". Selon Florence Fernet-Martel, l'ancêtre qui possédait un peu de bien dans la seigneurie de Gaudardville, les vend pour deux cent quatre-vingts livres tournois.

Honoré Martel a débuté gauchement, mais il se ressaisit en achetant, le 16 octobre 1674 une autre terre à Dombourg où, cette fois, il n'éprouvera pas de réels embarras financiers. Cette terre, beaucoup plus vaste que la première retiendra l'ancêtre et sa famille pendant plusieurs années. En 1688, pour une raison que l'on ignore, Martel loue une maison située sur la rue Saint-Louis, dans la haute ville de Québec. Dans un contrat signé en 1693, pour la fourniture de planches, Honoré Martel est dit habitant de Québec et exerçant le métier de "scieur de bois". En 1706, l'Hôtel-Dieu de Québec enregistre la mort de "Marguerite Lamiro, femme de la montagne, âgée de 62 ans". Un an plus tard, Martel, dont la santé a donné plusieurs alarmes, se remarie avec Marie Marchand, veuve de Joseph Masse et de Jean Labbé. Cette union sera de courte durée, l'ancêtre disparaissant entre 1710 et 1712.

Honoré Martel et Marguerite L'Admirault avaient donné naissance à quatorze enfants. Deux de leurs fils se sont prénommés Jean et deux de leurs filles Marie-Anne. Ces enfants qui devaient devenir les souches d'autres familles allèrent aux Vanier, Desbiens, Groinier, Coureault, Dussault, Guillot, Rochon, Roulois, Ferret, Boucher et Huguenot.

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