Feuillet de quatre pages de la Sauvegarde de l'Enfance.
(Transcription)

(Dessin représentant la Crèche)

(Dessin d'une Croix)   

        La Crèche         
680, Chemin Ste-Foy
        Québec           

 

   CHER MONSIEUR,

                    CHÈRE MADAME,

        Auriez-vous la bonté de consacrer quelques minutes à la considération d'un vrai cas de pitié, et d'examiner ce que vous pourriez faire pour le soulager?

        La forme de l'aumône que nous demandons est très spéciale.

        Il s'agit, en effet, de l'adoption des enfants abandonnés de la Crèche.

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        Nous observons que, pour un cas de ménages riches, il y a vingt cas de ménages pauvres qui adoptent nos enfants.  Ceux qui le peuvent plus facilement s'y décident plus difficilement.

        Nous observons encore qu'il n'y a pas de parents adoptifs mal satisfaits.  Y en eût-il d'ailleurs, que la Crèche reprendrait aussitôt l'enfant dont on ne voudrait plus.

        On désire évidemment pas imposer la surcharge d'un enfant à des parents qui pourvoient déjà aux besoins d'une famille nombreuses, quoique le cas ne soit pas absolument rare de foyers où tous les enfants sont grands et qui accueillent volontiers un nouveau sujet.

        On ne s'adresse pas non plus aux purs égoïstes, ni aux inconstants.  Ceux-là ne sauraient bien élever un enfant.

        On fait appel plutôt à ces ménages à l'aise, bons chrétiens, tièdes un peu, peut-être, âpres au gain, un peu, peut-être, amoureux de leurs aises, un peu, peut-être, et qui repoussent comme une mauvaise pensé, le tableau de la misère, sachant bien que l'élan de leur coeur les porterait tout de suite pour les secourir.

        Non! qu'ils ouvrent les yeux; qu'ils se penchent sur le berceau, sur le sort des enfants délaissés; et que leur coeur soit touché ne fût-ce d'abord que d'humaine pitié!

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        Un chien lèche la plaie de son congénère blessé; et même la souffrance de son maître l'inquiète et l'abat.

        Des humains verront-ils alors sans s'émouvoir la triste situation de tous ces pauvres enfants, sans défense et sans protection, sans parenté ni patrimoine, en marge de la famille et de la société, innocents, impuissants et nombreux, déshonneur social par leur origine, fardeau social par leur nombre, victimes obligées de parents sans coeur, ignorants, légers ou imprudents, et qui commencent, sous l'égide d'un numéro banal, dans un petit lit d'hospice, le rude combat de la vie?

        Seuls des égoïstes restent les yeux secs et gardent un coeur de pierre devant ce tableau.

        Seuls des égoïstes se réfugient derrière le vain prétexte de l'encouragement au vice.

        Là n'est pourtant pas la question.

        Il s'agit uniquement de savoir si cette misère, telle quelle, la misère de l'enfant né de parents inconnus, mérite la pitié des gens à l'aise aussi bien que des pauvres gens.

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        Mais la pitié humaine, la pitié naturelle est instable, passagère, éphémère.  Aussi, est-ce à une pitié surnaturelle que nous vous convions.

        Elle consiste à voir, en chacun de ces petits abandonnés, Notre-Seigneur qui se cache... qui se cache, pour voir si on sera charitable.  "Ce que vous faites à ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous le faites, dit-il, et ce que vous leur refusez, pouvant le leur donner, c'est à moi que vous le refusez."

        Dès lors, avez-vous les moyens, avez-vous le dévouement, avez-vous l'esprit surnaturel suffisant pour secourir, de façon continue et perpétuelle, un pauvre de Jésus-Christ?

        Vous sentez-vous assez de bonté au coeur pour rendre un père et une mère à un enfant qui les a perdus?

        Portez-vous à Jésus-Christ, qui vous a rachetés du péché, assez d'amour pour vouloir racheter d'un dénuement sans nom l'innocente victime d'une passion coupable?

        Avec la grâce de Dieu, vous pensez-vous capables d'un acte héroïque, persévérant et constamment béni de Celui qui est toute charité, tout amour?

        Voulez-vous de la présence du pauvre de Jésus-Christ et du Jésus-Christ du pauvre à votre foyer, à votre table de famille, sur vos genoux, sur votre coeur et à votre lit de mort?

        Adoptez un enfant de la Crèche.

        Visitez la Crèche:

        Faites votre choix; et choyez désormais l'enfant qui n'a jamais vu son père et sa mère.

        Soyez-lui père et mère, papa et maman, avec tout ce que ces titres comportent de soins attentifs, de dévouement, de sacrifices, de responsabilités même de célestes Bénédictions.

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        --Mais les temps sont durs, direz-vous?  Il faut être prudents.

        --Est-ce que les temps ne sont pas autrement plus durs à ceux qui n'ont ni l'honneur d'une belle famille, ni l'abri d'un confortable foyer, ni la tutelle sûre, ni la chaude affection d'un père et d'une mère?

        Et dans cette crise économique où sombrent quelques-unes des plus belles entreprises humaines, où s'engouffrent les millions de la petite épargne, où s'abîment les plus beaux et légitimes rêves de prospérité matérielle, si nous voulons que Dieu ait pitié de nous, exige un moindre dépouillement, nous favorise même d'une prospérité inespérée, ne ferons-nous tout de même rien pour son amour et pour sa gloire?

        N'est-ce pas le temps d'entreprendre et de poursuivre, avec une application pieuse, le développement d'une jeune intelligence faite avant tout pour le connaître?

        N'est-ce pas opportun de lui façonner, pour ainsi dire, de nos mains, un jeune coeur qui l'aime et s'y attache pour toujours?

        Laisserons- nous, au contraire, passer l'occasion de réhabiliter un déshonoré, de greffer sur un arbre sain un rejeton précaire?  Et pourrons-nous refuser, en toute connaissance de cause, la nourriture à celui qui a faim, le boire à celui qui a soif, le vêtement à celui qui est nu, l'asile à celui qui est étranger?

        Nous est-il permis d'oublier l'importance capitale attachée par le Souverain Juge à l'exercice des oeuvres de miséricorde?

        Telle est pourtant cette importance, qu'en annonçant le jugement général Notre-Seigneur nous met, à première vue, sous l'impression qu'il n'y sera point question d'autre chose  :

        "Venez, les bénis de mon père...  Ce que vous avez fait au moindre d'entre ces petits, c'est à moi-même que vous l'avez fait."

        Et la contre-partie:

        "Retirez-vous de moi, maudits; allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et ses anges.  Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; J'étais étranger et vous ne m'avez pas recueilli; nu, et vous ne m'avez pas vêtu; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.

        "Alors, eux aussi lui diront:

        "Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim ou soif, ou être étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne vous avons-nous pas assisté?

        "Et il leur répondra:

        "En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait.

        "Et ceux-ci s'en iront à l'éternel supplice, et les justes à la vie éternelle."

        --Damnerons-nous, après cela, tout ménage sans enfants qui n'adopte pas un enfant de la Crèche?

        --Non, pourvu qu'il s'adonne, d'autre part et sous une autre forme, au soulagement de la misère.

        Mais assurons-nous, par exemple, que l'adoption d'un enfant de la Crèche est un gage de salut, en gage de prédestination.  Pourquoi?  Parce que Notre-Seigneur lui-même nous en avertit.  Pourquoi encore?  Parce qu'il n'y a guère d'acte de plus pure charité fraternelle, et que, quand on aime héroïquement son prochain pour l'amour de Dieu, on a les deux amours requis pour entrer au ciel.

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        La pure charité du prochain exprimée par des oeuvres de miséricorde, c'est, pour les gens du monde, la vraie manière d'aimer Jésus-Christ.

        Et plus la charité est librement consentie, plus elle contrarie de goûts, d'inclinations, d'habitudes et d'aises, plus elle est héroïque, en un mot, plus elle prouve à Notre-Seigneur que c'est lui que l'on veut obliger dans le pauvre qu'on secourt.

        Plus la charité est héroïque, plus elle a de chance d'être surnaturelle, et de compter pour le salut et la bienheureuse éternité.

        C'est dans la lumière de cet enseignement évangélique qu'un couple chrétien sans enfants apprécie l'occasion qui lui est offerte de secourir un membre délaissé du corps mystique de Jésus-Christ.

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        Et voici le résumé tout simple de cet appel:

        La meilleure aumône que vous puissiez faire à la Crèche, c'est d'adopter un enfant délaissé.

        Si vous adoptez un malheureux, Notre-Seigneur se considère votre obligé pour autant que fait à lui-même.

        Si vous en êtes empêché, il y a une aumône que vous pouvez toujours donner sans parcimonie, c'est celle de votre sympathie.

        Celle-ci se traduira par des visites à la Crèche, par la coopération aux collectes, aux ventes de charité et aux ouvroirs, par une intelligente propagande des adoptions, par des dons en argent ou en nature, proportionnés à vos moyens et à votre intérêt.

        Peut-être même voudrez-vous continuer cette sympathie au delà de votre mort et faire, par votre testament, une part aux enfants de la Crèche dans votre succession.

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        Pour la sympathie agissante que vous voudrez désormais témoigner à l'oeuvre de la Crèche, veuillez agréer, cher Monsieur, chère Madame, de la part des religieuses du Bon-Pasteur, l'assurance de leur meilleure gratitude devant le bon Dieu.

(signature de V. Germain, prêtre)                         

Directeur du Placement     
 des enfants abandonnés.


DIRECTIONS PRATIQUES POUR LES INTÉRESSÉS

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1.  Relire et méditer cette lettre avec soin.

2.  Peser les obligations et les responsabilités d'une adoption.

     BIEN ÉLEVER un enfant adoptif, c'est

3.  Examiner, à ce point de vue, ses moyens, ses aptitudes, son coeur, sa situation, l'emploi, les circonstances d'habitation et de famille, la réputation.

4.  Au besoin, consulter son curé, son médecin, ou quelque autre personne sage.

5.  Une fois d'accord et décidés, demander le QUESTIONNAIRE DES PARENTS ADOPTIFS

6.  Répondre consciencieusement à chacune des questions posées et signer de sa main chacun sa propre    signature.

7.  Attendre avec patience les résultats de l'enquête sociale qui s'ensuit.

8.  Sur convocation seulement, et pas avant, se rendre à la Crèche, de préférence entre deux et trois heures de l'après-midi, et procéder au choix d'un pupille.

9.  Après six mois d'essai, ou plus si l'on veut, procéder à l'adoption légale et donner à l'adopté les mêmes droits légaux qu'à un héritier en ligne directe.  Présenter pour cela, par l'entremise d'un avocat et conformément à la Loi de l'Adoption (Statuts Refondus de 1941, chapitre 324) une requête à un juge de la Cour supérieure.  Il n'y a à débourser que les frais et honoraires de l'homme de loi.

10.  Compter sur les grâces d'état et les bénédictions du ciel.


Adresser toute correspondance:
La Sauvegarde de l'Enfance (Service des Adoptions) 43, rue d'Auteuil, Québec.