Montréal, le 6 juin 1997

Lettre recommandée
Sans préjudice

Dr Roch Bernier, md
Président
Collège des Médecins du Québec
2170, boul. René-Lévesque Ouest
Montréal
H3H 2T8

Monsieur le Président,

Je vous remercie d’avoir répondu si rapidement à ma question concernant l’importance des antécédents héréditaires dans l’anamnèse d’un patient. L’intérêt que je porte à cette question découle du fait que je suis une personne adoptée qui, comme plus d’un million de personnes au Québec, ignore une partie ou la totalité de ses antécédents héréditaires. Ce nombre pourrait vous paraître surprenant car il s’agit d’une personne sur sept mais, dans les faits, il s’avère malheureusement très réaliste. En effet, entre 1930 et 1970 il y a eu environ 300 000 enfants confiés à l’état et, de ce nombre, 200 000 furent adoptés alors que les autres grandirent soit en institution ou en foyer d’accueil. A la lumière de ces faits, qu’il y ait plus d’un million de personnes ignorant une partie sinon la totalité de leurs antécédents héréditaires ne paraît plus aussi surprenant car beaucoup de ces enfants sont maintenant parents et dans bien des cas grands-parents. Bien pire, dans de nombreux cas, impossibles à dénombrer, des gens donnent les antécédents héréditaires de leur famille adoptive comme étant les leurs, ignorant leur statut d’adopté ou de descendant d’une personne adoptée, l’adoption étant un sujet tabou. Vous même êtes peut-être de ce nombre!

L’ère Duplessis a marqué profondément le Québec et, malheureusement, au lieu de procéder à un grand nettoyage, nous avons, comme société, préféré balayer le tout sous le tapis. Le législateur a même créé une loi d’exception en ce qui concerne l’adoption: tout est secret, y compris les antécédents héréditaires. En agissant ainsi, le législateur a mis et met toujours en péril la vie de nombreux citoyens. En effet, combien d’interventions chirurgicales ont ou n’ont pas eu lieu sur la base d’antécédents héréditaires erronés ou incomplets? Comment peut-on prescrire en toute quiétude des médicaments lorsqu’on sait qu’une personne sur sept ignore son hérédité médicale car le législateur en a décidé ainsi?

En démocratie, ce sont les électeurs qui délèguent le pouvoir du peuple au législateur et, en conséquence, le législateur n’a pas le droit d’écrire des lois qui ont pour objet ou effet de mentir à ces mêmes électeurs car, en agissant ainsi, il excède son mandat et remet la légitimité même de l’état en question. Dans le cas qui nous concerne, le législateur a fait en sorte que les antécédents héréditaires de 15% de la population québécoise sont inconnus ou erronés. Le Collège des Médecins, de par son mandat, se doit de dénoncer immédiatement une telle situation. La célérité avec laquelle le Collège et le corps médical tout entier agira et se dissociera du gouvernement pourrait être déterminante le jour où des poursuites, possiblement collectives, auront lieu. De plus, il s’avère impérieux d’informer vos membres du risque qu’ils prennent lorsqu’ils n’informent pas leurs patients de la situation décrite ci-haut car une telle négligence pourrait entraîner un refus d’indemnisation de la part de leurs assurances en cas de poursuite.

Je désire vous rencontrer le plus tôt possible afin de vous expliquer de façon plus détaillée la problématique exposée dans cette lettre afin d’élaborer une stratégie commune en vue de défendre les intérêts des personnes lésées par les excès du législateur. Suite à cette rencontre, le Collège des Médecins devra prendre position publiquement sur ce dossier et s’adresser au Ministre de la Justice afin de faire modifier la loi pour que cesse cette discrimination.

Je vous remercie de l’attention que vous voudrez bien porter à la présente,

André Desaulniers (E-Mail ou courriel)
(adresse retirée)

PS: Pour de plus amples renseignements, je vous invite à consulter le site web suivant:

http://www.total.net/~adoption/