Ce texte est composé de deux parties complémentaires. La première partie traitera du lien entre la confidentialité des dossiers d'adoption et la santé des personnes adoptées. La seconde partie visera à aider les parents biologiques ainsi que les parents adoptifs qui éprouvent des réticences face aux retrouvailles.
La santé prend une place de plus en plus grande dans les préoccupations des gens. Ceci explique en partie la popularité, depuis quelques années, de nouvelles approches thérapeutiques axées sur la prévention. Qui parle santé, parle aussi de bagage génétique et de maladies héréditaires. Il est avantageux de connaître ses antécédents héréditaires pour mieux se soigner. Au moment où j'écris ces lignes, les personnes adoptées n'ont généralement pas la chance de connaître leurs antécédents biologiques parce que la loi le veut ainsi. En effet, la loi, protégeant l'anonymat des parents biologiques, fait en sorte que les enfants adoptés ne peuvent pas connaître leurs antécédents héréditaires à moins que leurs parents biologiques consentent à les rencontrer ou à moins que, tel que mentionné à l'article 584 du code civil du Québec, la personne souffre d'une maladie qui nécessite la connaissance des antécédents médicaux des parents biologiques. Il semble y avoir primauté du droit à la vie privée sur le droit à la santé alors que ça devrait être l'inverse. Dans le présent article d'une série portant sur le thème de l'adoption je vais explorer les problèmes médicaux engendrés par la législation actuelle.
Tout d'abord, il est étonnant de constater que le gouvernement, qui a pour devoir de protéger les démunis de notre société (mineurs, personnes âgées, les handicapés mentaux, etc), mette en place une loi qui exploite le fait que l'enfant, trop jeune, ne se rappelle pas ou n'a jamais connu les noms de ses parents biologiques. L'enfant est victime de la loi tout simplement parce que l'état a pu exploiter son innocence!
On se retrouve avec deux catégories de personnes adoptées: ceux qui se rappellent leur passé et qui peuvent rechercher directement leurs parents biologiques et les autres qui doivent se référer aux Centres de protection de l'enfance et de la jeunesse (C.P.E.J.) et qui sont à la merci de la loi. Serait-il si grave de donner les noms de leurs parents biologiques à cette dernière catégorie de personnes?
Pourquoi l'état ne fait-il pas confiance à des personnes majeures qui cherchent à connaître leurs origines et leurs antécédents médicaux? À l'instar des dossiers de divorce, la personne adoptée devrait pouvoir obtenir une copie intégrale de son dossier d'adoption ainsi que les noms de ses parents biologiques. C'est la seule manière de permettre à la personne adoptée de prendre pleinement connaissance de son bagage génétique. Mais quelles sont les maladies qui peuvent affecter les personnes adoptées? Il y a bien entendu les maladies telles que le diabète, les différentes formes de cancer, les problèmes cardio-vasculaires, etc. qui, sans être purement de nature héréditaire, sont plus probables chez des personnes présentant des prédispositions génétiques. Mais il y a également de nombreuses maladies qui sont d'ordre purement génétique et qui se transmettent de génération en génération telle que l'hémophilie, la maniaco-dépression, etc.
Au Québec, il y a eu environ 300,000 personnes adoptables par le biais de l'adoption nationale et 150,000 personnes adoptées par le biais de l'adoption internationale. En appliquant la théorie statistique du grand nombre, qui veut que plus le nombre de sujets étudiés est grand, plus il est probable que les statistiques recueillies se rapprochent des données typiques de l'ensemble de la population, et faisant l'hypothèse, assez réaliste, qu'il y a 1% de la population qui souffre ou qui souffrira de maladies purement héréditaire. On se retrouve alors au Québec avec 4,500 personnes adoptées (i.e. 1% de 300,000 plus 1% de 150,000) qui ont des maladies héréditaires qui vont nuire à leur santé et à la santé de leur propre enfant. Le vieil adage ne dit-il pas qu'il vaut mieux prévenir que guérir ? Lorsque la personne est déjà atteinte de certaines maladies n'est-il pas déjà trop tard? Lorsqu'une loi crée un mal plus grand que le bien qui en résulte, cette loi doit être changée. La personne adoptée n'aggrave-t-elle pas ses souffrances lorsqu'en plus de devoir survivre à sa maladie elle doit aller au tribunal pour obtenir le droit de connaître ses parents biologiques? Pour s'en convaincre, on peut voir le film Family of Strangers intitulé en français Née de père inconnu et mettant en vedette Mélissa Gilbert.
Cela serait bien plus simple pour tous si les articles de loi étaient modifiés de telle sorte qu'il n'y aie plus de confidentialité!
Autre point à souligner au sujet de la confidentialité des dossiers d'adoption: Qu'arrive-t-il si les parents biologiques sont décédés? Sur ce point, le cas d'un ami me déconcerte.En effet, le C.P.E.J. lui annonce que sa mère biologique est décédée et lui apprend par la même occasion que cela implique qu'il ne pourra plus retrouver sa famille biologique car on doit fermer son dossier. On lui remet alors un sommaire des causes du décès de sa mère biologique tout en prenant bien soin, bien entendu, de ne pas dévoiler l'identité de celle-ci. Après avoir retracé sa famille biologique par ses propres moyens, l'ami en question prend connaissance du certificat de décès de sa mère. Il découvre alors que le sommaire du certificat de décès que lui a remis le C.P.E.J. était fort incomplet, oubliant d'indiquer que la cause principale du décès était une forme de cancer. Ceci porte à questionnement. Comment se fier sur les documents envoyés par le C.P.E.J.? Comment les personnes adoptées peuvent-elles être assurées d'avoir tous les renseignements relatifs à la santé de leurs parents biologiques puisqu'elles ne peuvent remonter à la source? Le droit à la santé devrait-il prévaloir sur le droit à l'anonymat d'une personne décédée?
Un autre aspect militant en faveur de l'ouverture des dossiers d'adoption est le risque inhérent aux relations consanguines. En effet, bien que le gouvernement veille à ce qu'il n'y aie pas de mariages consanguins, il ne peut pas contrôler les mariages outre-frontières et il ne peut pas contrôler les unions de fait. Nous savons que la consanguinité peut avoir des effets néfastes sur les enfants et la seule façon d'éviter le problème, c'est de permettre aux personnes adoptées de connaître leur famille biologique.
Passons maintenant à un autre aspect beaucoup moins discuté, celui de l'assurance-vie. Qu'arrive-t-il lorsque nous sommes une personne adoptée? Deux cas peuvent se présenter: 1) La personne adoptée ignore son statut et déclare de bonne foi comme étant ses antécédents ceux de sa famille adoptive; 2) La personne adoptée sait qu'elle a été adoptée mais ne connaît pas ces antécédents. A une époque où la prime varie selon le risque, est-ce que l'assureur fait varier la prime lorsqu'il s'agit d'une personne adoptée? Ceci serait une forme de discrimination. Le Bureau des assureurs du Canada devrait se pencher sur ce problème et faire les recommandations qui s'imposent à ses membres.
J'aimerais maintenant passer à la seconde partie de cet article qui s'adresse plus particulièrement aux parents biologiques et aux parents adoptifs. À ce sujet Colette Besner a écrit un excellent livre aux Éditions Goulet qui s'intitule "Pourquoi et comment chercher sa mère biologique?" .
Bien que certains parents biologiques aient fait des démarches pour retracer leur enfant d'autres, les circonstances ne s'y prêtant guère ou voulant oublier un passé douloureux, n'ont pas fait cette démarche car la perspective de rencontrer leur enfant suscite chez eux toutes sortes de réticences. Soyez rassurés, si vos enfants biologiques ont entrepris toutes ces démarches c'est d'abord et avant tout parce qu'ils veulent vous rencontrer et veulent vous connaître pour enfin mieux se connaître.
Dans la majorité des cas dont j'ai eu vent, il y a une grande amitié qui s'installe entre les personnes et je crois que c'est pour le plus grand enrichissement de tous.
D'un côté, c'est souvent la fin d'un tabou familial qui a déjà trop duré et de l'autre, l'enfant apprend ce qu'il veut savoir sur son passé et sur ses antécédents biologiques.
Souvent les parents adoptifs ont l'impression qu'ils vont perdre leur enfant adoptif dès qu'il va connaître ses parents biologiques. C'est une erreur, des années d'affection et de soins ne peuvent pas être oubliés du jour au lendemain.
Durant toute sa vie l'enfant vivra toutes sortes d'expériences qui donnent aux parents l'impression que "c'est plus notre petit bébé" que ce soit les premiers amis, la première journée d'école ou, lorsque devenu grand, notre enfant fonde à son tour une famille. Toutes ces expériences font partie de la vie et c'est pour le plus grand enrichissement de votre enfant. Dans le cas d'un enfant adopté, il en est de même lorsqu'un jour il voudra rencontrer ses parents biologiques. Il s'agit pour lui d'une étape qu'il devra franchir et c'est pour son plus grand bien et il est possible que même les parents adoptifs y trouvent leur compte.
André Desaulniers
(adresse et numéro de téléphone retirés)