En marge des consultations sur la Santé de lautomne 1997 réservées à une certaine catégorie dorganismes, permettez-moi de soumettre un mémoire sur la question. Mes parents étaient décédés depuis trois ans lorsque par hasard japprenais vers 21 ans que jétais adopté. Avant cet événement, javais toujours transmis à mes médecins les antécédents héréditaires de mes parents adoptifs et depuis, je ne puis transmettre de renseignements complets sur mes antécédents héréditaires. Ceci explique en partie lintérêt que je porte à la notion des antécédents héréditaires. Je suis une personne adoptée qui, comme plus dun million de personnes au Québec, ignore une partie ou la totalité de ses antécédents héréditaires. Ce nombre pourrait vous paraître surprenant car il sagit dune personne sur sept mais, dans les faits, il savère malheureusement très réaliste. En effet, entre 1930 et 1970 il y a eu environ 300 000 enfants confiés à létat et, de ce nombre, 200 000 furent adoptés alors que les autres grandirent soit en institution ou en foyer daccueil. A la lumière de ces faits, quil y ait plus dun million de personnes ignorant une partie sinon la totalité de leurs antécédents héréditaires ne paraît plus aussi surprenant car beaucoup de ces enfants sont maintenant parents et dans bien des cas grands-parents. Bien pire, dans de nombreux cas, impossible à dénombrer, des gens donnent les antécédents héréditaires de leur famille adoptive comme étant les leurs, ignorant leur statut dadopté ou de descendant dune personne adoptée, ladoption étant un sujet tabou. Vous qui me lisez aujourdhui êtes vous certain que lun de vos proches ou vous-même nêtes pas parmi ce million de personnes sciemment maintenu dans lignorance par le gouvernement!
Lère Duplessis a marqué profondément le Québec et, malheureusement, au lieu de procéder à un grand nettoyage, nous avons, comme société, préféré balayer le tout sous le tapis. Le législateur a même créé une loi dexception en ce qui concerne ladoption: tout est secret, y compris les antécédents héréditaires. En agissant ainsi, le législateur a mis et met toujours en péril la vie de nombreux citoyens. En effet, combien dinterventions chirurgicales ont ou nont pas eu lieu sur la base dantécédents héréditaires erronés ou incomplets? Comment peut-on prescrire en toute quiétude des médicaments lorsquon sait quune personne sur sept ignore son hérédité médicale car le législateur en a décidé ainsi?
En démocratie, ce sont les électeurs qui délèguent le pouvoir du peuple au législateur et, en conséquence, le législateur na pas le droit décrire des lois qui ont pour objet ou effet de mentir à ces mêmes électeurs car, en agissant ainsi, il excède son mandat et remet la légitimité même de létat en question. Dans un effort pour redorer le blason des politiciens et voulant éviter la déstabilisation de la Démocratie, le 19 mars 1997, lAssemblée nationale déplorait les propos, le thème et les procédés de lémission Un jour à la fois diffusé au réseau T.V.A., le 17 mars 1997 fondé sur un essai dAndré Pratte intitulé Le Syndrome de Pinocchio qui dénonçait le mensonge dans les discours politiques. Ce que je dénonce ici est à mon avis beaucoup plus grave, il sagit dune structure législative qui permet de mentir à un individus en ne linformant pas de son statut dadopté et en lui cachant ses antécédents familiaux (héréditaires), généalogique, etc. Dans le cas qui nous concerne par son inaction législative, le législateur a fait en sorte que les antécédents héréditaires de 15% de la population québécoise sont inconnus, incomplets ou erronés.
Lévolution juridique internationale me permet de penser que dans un proche avenir ce genre dexcès de mandat de la part du législateur pourra être sanctionner par la communauté internationale. Car nest-ce pas une faute contre lhumanité de mentir à sa propre population et de mettre la santé dune fraction importante de celle-ci en danger.
Du point de vue du corp médical, je minterroge sur les actions qui sont prises par les médecins ou leur représentant (Le Collège des médecins) pour être informés et pour informer la population de la situation. Nest-il pas du devoir dun médecin de sassurer que les informations concernant les antécédents héréditaires de ses parents sont fiables, complètes et actualisées.
Il nexiste pas de contradiction entre le maintient de la confidentialité des dossiers dadoption et laccès à linformation concernant les antécédents héréditaires. La Colombie-Britannique en se basant sur lexpérience de dautres législatures a mis en vigueur en 1996 une loi sur ladoption qui tient compte de toutes ces contraintes et en arrive à une solution sinon idéale du moins généralement acceptée pour toutes les parties. Cependant, il est de mon avis que la loi sur ladoption de la Colombie-Britannique ne va pas accès loin car elle ninforme pas un individus de son statut de personne adoptée le privant de la possibilité de senquérir de ces antécédents héréditaires.
Nous pourrions argumenter sur les coûts sur le système de santé du problème soulevé ci-haut et sur les conséquences sur la santé de la connaissance erronée et lignorance partielle ou totale des antécédents héréditaires mais du point de vue des droits de la personnes, nous faisons face à un cas flagrant de discrimination qui doit cesser immédiatement. Au mois davril 1997, je présentais un mémoire à la Commission des institutions. Ce document ci-joint aborde la question de la santé et de la confidentialité des dossiers dadoption sous langle des droits et libertés de la personnes. Il expose la situation et apporte une solution législative en proposant dinformer les personnes adultes de leur statut dadopté et leur permettre dobtenir copie de leur dossier dadoption sous réserve dun droit de véto de la part des parents biologiques.
Nous exigeons du Ministre de la Santé et de tout le gouvernement de pourvoir immédiatement à la mise en vigueur de nos recommandations. Retarder lapplication de celles-ci signifierait que le gouvernement cautionnent des lois discriminatoires.
Dans lespérance dune action rapide du gouvernement, veuillez agréer, lexpression de mes salutations distinguées.
André Desaulniers
(adresse retirée)
(E-Mail: adoption@total.net)